‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 31 sur 88 · CHARLES BRON · texte numérisé non relu

CHARLES BRON

CULTIVATEUR A CORRAN, DISTRICT DE MOUTIERS (jURA BERNOIS)

Coxalgie avec plaie et carie des os guérie le 16 mai 1897

à Lourdes

U mois d’août 1896, Charles Bron, atteint d’un abeès au niveau de la hanche et dans l’impossibilité de s’appuyer sur sa jambe, fut admis à l’hôpital de Berne, où M. le professeur Girard ouvrit son abcès, évacua le pus et retira plusieurs pièces d’os nécrosés qui provenaient de la tète du fémur.

La lésion parut si grave que deux Jours après INI. le professeur Girard, assisté de plusieurs de ses confrères, après avoir fait un nouvel examen, déclara qu’il faudraitpratiquer une opération plus radicale et réséquer toute l’étendue de l’os malade. Le malheureux

I,ES CHANÏ)ES (iTlEEISO’S DE EOUHDES

Bl'on (leinanda si celle opérai ion ponvail assurer sa g-iiérison. Oii lui ré[)ondit fpie laehosc n’élail pas eerlaine, mais (pi’il n’avail cpie ce moyen pour sortir du triste élal où il se Irouvait.

Dans eelle eruelle alleruative, Brou remit sou sort entre les mains de Notre-Dame des Ermites et de Notre-Dame de Lourdes, priant la sainte Yi(‘re^e de lui obtenir sa guérison, et si l’opération nedevait pas réussir, de vouloir bien le lui Taire connaître par quelque eirconstanee qui [)ùt le guider dans sa détermination.

Le jour est lixé. Brou reste à jeun en attendant qu’on vienne le eliercher pour le poi-ter à la salle d’opération. Pendant qu’il attend son tour, les médeeins lui font dire que l’opération est remise au lendemain. L’inürmier lui sert alors son dîner; il n’avaitpas üni de manger que les médeeins, revenant sur leur première détermination, viennent le prendre pour l’opérer. IMaiseomme il n’est plus à jeun et qu’on ne peut l’endormir, onestforeé d’attendre.

Le pauvre malade voit dans toutes ces eirconstanees une indication bien visible de ne pas se laisser opérer. « La sainte Vierge, dit-il, semble vouloir s’y opposer. »

Des le soir meme, il éerit à sa femme et à son frère de venir le cbercher, et quelques jours après, il était de retour dans ses foyers.

iMiqinltant riiôpital, le médeein déelare à la famille que si l’on reprend le malade sans le faire opérer, il ne pourra guère survivre plus de trois oucpuitre semaines.

Une fois rentré chez lui, son état paraît, en elfet, s’aggraver de plus en plus; il ne quitte pas le lit, il s’affaiblit. Cependant, sa eontianee dans Notre-Dame de Lourdes n’est pas ébranlée; il prie sans eesse, il veut faire une eonfession générale et reeevoir les derniers sacrements. Il promet que s’il guérit, il ira tous les ans en pèlerinage à Einsiedeln ; il promet eneore d’assister à la sainte messe tous les jours pendantdeux aus, et de faire la sainte eommunion tous les mois.

Son cnré nous dit : «Je ne le décourageais pas trop de son intention d’aller à Lourdes ; j’avais la eonviction <pi’an printemps il ne serait pins en vie; le D^ Vermeille, (pii le soignait, m’allirmait <pie ee serait la maladie de poitrine (pii remporterait. »

MAI, DK l'OTT

Nous sommes au mois de mai-s 185)37 : le momeiil du pèlerinage appi'oehe. Dans l’élat d’iudigeuee où il se Irouve, il faul rceourir à la charité pulilique pour se procurer les ressources nécessaires. Une jeune tille du village veut bien lui rendre le service d’aller quêter pour lui. Que de dillieultés encore à surmonter! Il laut une personne pour raccompagner; il faut un panier d’osier pour transporter le malade; avec sa hanche ouverte il ne peut supporter ni

choc, ni trépidation; tout mouvement réveille des douleurs insupportables.

Le panier une fois fait se trouve trop large pour culrcr dans la portière deswagons; il faut alors se contenter d’une planche, avec une charnière en son milieu, pour coucher le malade sur un matelas.

Le chef de gare de Delemont, craignant d’engager sa responsabilité, ne veut le laisser partir que muni d’un certificat médical autorisant le voyage. On le place dans un Avagon servant au

Charles Bron.

transport des bestiaux, et c’est dans ces conditions qu'il arrive

à Montbéliard le 10 mai au soir. On refuse de recevoir le malade dans les hôtels; il faut aller à l’hôpital en attendant le train spécial du pèlerinage des Jurassiens, unis aux Suisses romans, qui doivent partir le lendemain.

A Lourdes, on le porte à l’hôpital sur un brancard. Les deux premiersjours, on n’ose pas le baigner, on le Irouve trop malade : on se contente de faire des lotions sur la hanche et la jamlic ; toute cette région est très enllée, rouge foncée. Enfin, le samedi pour la première fois, il entre dans l’eau et prend, jus([u’au

LES GHANDES GUEUISOA’S DE LOURDES

dimanche soir, trois bains consccuLirs. Chacjuc liain produit une amélioration, mais ce n’est pas la guérison. Bron ne peut se redresser, et sa plaie existe toujours.

Le dimanehc soir, en sortant de la piscine, il demande de faire prier beaucoup pour lui en disant qu’il espère être guéri pendant la proeession.

Lors(jue le Saint-Saercment s’approche et s’arrête devant lui, Bron prie avec toute la ferveur dont il est capable, les bras en croix, pressant dans sa main droite une petite statue de Notre- Dame de Lourdes.

Le Saint-Saerement s’éloigne, et ses pressentiments paraissent l’avoir trompé. Cependant, quelques instants apres, lorsque le prêtre élève l’.ostensoir au-dessus de la foule sur le devant du péristyle du Rosaire, Bron qui se trouve à vingt pas à peine, tient les yeux toujours fixés sur le Saint-Sacrement; sa prière est encore plus ardente, si e’est possible.

Alors il ressent dans sa hanche toujours froide, glacée, une ehaleur brûlante; eette raideur qui le elouait sur son grabat semble disparaitre; il se sent léger, il n’a plus aucune sensation de son mal, un besoin irrésistible de se lever le pousse, le presse.

Il se lève, il marehe, soutenu par deux brancardiers, il vient au bureau des médecins.

Je le vois encore devant nous, pâle, les yeux brillants, la parole entrecoupée, tout tremblant sous le eoup de l’émotion la plus profonde qu’un homme puisse ressentir, essayant de ressaisir tous les souvenirs de sa vie passée, entrevoyant déjà la joie de sa femme, de ses enfants, à la nouvelle de sa guérison, seeoué, en un mot, par le ehoe le plus profond et le plus soudain. Il était là, debout, essayant de mareher, alors que depuis le mois d’août dernier on ne pouvait même faire son lit.

A côté de lui, partageant son émotion, le braneardier qui l’aeeomgnait, M. Soulé, nous disait : « J’ai vu Bron à la piseine, il avaitau niveau de la hauehe une plaie profonde dans laquelle je pou\ ais enfoncer mon pouce; cette plaie suppurait abondamment, toute la hanche était gonllée, noire, douloureuse. Il n’y a plus trace de

MAL DE POTT

plaie, plus de suppuraüon, plus de gonllcnicnt, cl la coloration des lissas redevient normale. »

Ces cliangeincnts instantanés, qui s’étaient passés sons scs yeux, lui causaient une impression qu’il ne pouvait définir; il ne quittait plus ce malade, il lui appartenait, il était son témoin; une sorte de parenté spirituelle unissait ees deux hommes.

Dire les émotions, les ovations de la foule, lorsque Charles Brou sortit de notre bureau, serait diflieile. On l’accompagne à la Grotte, et le Magnificat éclate spontanément de toutes ces poitrines.

Charles Brou avait été guéri au pied de l’escalier du Bosaire. C’est là qu’il s’était relevé, mais bien faible encore, se traînant sur deux bras : la reprise des forces s’est faite avec une rapidité qui dépasse toute prévision. 11 avait perdu le sommeil, l’appétit. Il vivait avec un œuf cru et quelque peu de lait. Dès ce moment, il se met à table, on ne peut le rassasier, il mange à tout instant ; dès le premier soir, il s’endort d’un sommeil tranquille, ininterrompu.

Au retour depuis la station de Delle, il peut rester assis dans le wagon. Le mercredi soir 19 mai, il arrive dans son village de Corban. 11 y a neuf jours qu’il est parti couché sur sa planche, et le chef de gare ne voulait pas prendre la responsabilité de le laisser monter en wagon. Il revient assis sur un char à bancs la figure radieuse de santé.

Les habitants, prévenus de sa guérison, viennent en foule au-devant de lui. Ils forment un cortège précédé de la fanfare et l’accompagnent processionnellement à l’église où se font les exercices du mois de Marie; de l’église ils conduisent Bron à son domicile.

Bron estle cousin d’Eugénie Bron, qui fut guérie il y a quelques années dans les mêmes conditions. A quatre ans d’intervalle, il venait lui aussi retrouver la santé auprès de cette Grotte de Lourdes dont le nom résonnait depuis longtemps sans doute merveilleusement à ses oreilles.

Dans ces montagnes du Jura bernois, le sol est dur, le climat rigoureux; mais la religion réserve aux habitants ses meilleures consolations. Au milieu des protestants, les catholiques ont un vif

u;s (;UAM)ES gukhiso^js de eouhdes

allachcmenl pour leurs croyances, et leur vie louL entière est orienlée par leur loi.

Je (lisais à lîrou : A quelle épocjue êtes-vous né? Il me répond : J’ai été baptisé le i8 août i<SGi2. — (Juels sont les événements saillants de votre; vie? — J’ai reçu le sacrement de contirmation le i3 septembre dS;;!, j’ai fait la première communion leay mai 18^5, Je me suis marié le 21 mai 1889.

Voilà l’extrait de son état civil ou religieux. Voilà son histoire dans ses grandes lignes. Désormais, il pourra mettre la date de sa guérison.

La ligure de Bron est énergirpie ; il est grand, fortement charpenté. Pendant tonte sa Jeunesse, il était en service. J’aimais alors, nous dit-il, à faire des vaillances (c’est le mot consacré) pour montrer ma force. Comment, dans ces conditions, a-t-il pu subir une déchéance pareille? Comment la phtisie et la scrofule ont-elles pu mordre sur lui et les bacilles trouver un terrain propice à leur développement? Comme sa cousine Eugénie, il a connu la misère, et la maladie est venue se greffer sur elle. Tous les habitants du Jura travaillent au tissage de la soie, travail peu rémunérateur.

Il parvenait dillîcilement à nourrir sa femme, ses enfants. Souvent le pain mampiait dans le ménage. « Un Jour, nous dit-il, nous n’avions absolument rien à manger, nous étions à Jeun depuis le matin, la nuit venait avec ses angoisses. Nous avons prié saint Antoine, et nous avons eu (pielque chose à manger le soir même. Mais Je ne puis vous dire ce que J’ai souffert. » Bien des Journées dans sa vie ont été semblables à celle-là. Comment s’étonner cpie quelle (pie fût l’énergie de sa constitution, elle n’ait pu résjster à une telle vie de privations?

Ainsi Cliarles Bron vint à Lourdes, couché surun matelas ; depuis sept mois on ne [iouvait(pic ditlicilcment faire son lit. Bavait une plai(‘ profonde au niveau de la Iianchc, des tubercules dans le poumon. Devant l’esplanade du Rosaire, à la fin de la procession, le i() mai i8j);7, à 4 heures du soir, sa plaie se cicatrise instautanément, il se relève et marche en s’appuyant sur deux bras; tous les désordres de la poitrine s’effacent, il retrouve l’appétit, le sommeil.

Al AL DK l‘()TT

C’est une triuislorimitioii eomplète. J)e[mis ee joue il n’u pas cessé (le mai-eliei’, il ne sonllVe pins de la hanelic, ni de la plaie, il a repris les travaux des champs et même sa place à l’atelier.

Mais il est resté boiteux, sa jambe est pins courte, elle est sondée an niveau de la banclie. Pendant longtemps, par les anciennes listnles, on a constaté nn snintement de pus. Que signifie ce mélange d’ombre et de lumière dans nue guérison cpii, par certains côtés, paraît dépasser toutes les lois de la nature?

Dans ces cicatrices indélébiles, dans ces inürmités, derniers vestiges des lésions éteintes, nous avons un témoignage irrécusable de la maladie et de la guérison.

On a dit longtemps que nous n'observions à Lourdes que des guérisons de coxalgies nerveuses. Ces coxalgies nerveuses, je les eberebe, et je ne les trouve pas!

Avait-elle une coxalgie nerveuse iMarie BrilFaut, que l’on nous apportait dans une caisse avec une plaie qui comprenait toute la banebe, avec tous les os altérés et cariés et qui fut guérie instantanément dans la piscine? Gomme Charles Bron, elle a eonseix^é sa jambe plus courte, soudée, raide, elle boite légèrement. Ce que nous disons de iMarie Brillant, de Charles Bron, nous pourrions le dire de vingt cas semblables (pii ont passé sous nos yeux. Dans ces exemples, la lésion était visible; elle a disparu instantanément, mais il n’y a pas eu reconstitution des parties détruites et le côté véritablement merveilleux de ces observations est dans cette cicatrisation cpii s’est faite d’une façon si rapide et si parfaite. La nature n’aurait pu donner un résultat semblable.

Que pouvait la médecine pour Bron? Après deux ans de soins, il était couché dans son lit, avec une plaie à la banebe, une carie des os, des tubercules dans les poumons. L’opération (ju’on lui proposait, qu’aurait-elle donné? En résécpiant les os malades, on ne guérissait pas sa poitrine, et si la lésion s’arrêtait du côté de la banebe, ce (pii n’était pas certain, il se trouvait avec une jambe pins courte de lo ou i.") centimètres, une jambe sans usage, condamné à se traîner toute sa vie sur des béipiillcs.

A Lourdes, dans (|uelques instants, la plaie se ferme, la banebe

lÆS GRANDES GUERISONS DE LOURDES

SC soude, la poilriiic se cicatrise, la santé est retrouvée. Il sullit de comparer les résultats pour voir la didérencc profonde rpii les sépare.

INIélange d’ombre et de lumière, disons-nous. Mélange de phénomènes naturels et de phénomènes plus difliciles à définir. Ankylosé, fistules qui suintent quehpic temps, ce sont les proeédés ordinaires. Cicatrisation de la plaie, guérison de la poitrine, constitution refaite,

tout cela d’une façon instantanée, voilà qui n’est plus de notre domaine.

Si nous demandons des guérisons à grands clléts, notre curiosité peut être déçue.

Lorsque je montrai Marie Lemarehand sortant de la piscine avec son lupus recouvert d’une pellicule mince, rouge, qui se formait et s’épaississait sous nos yeux; ça, un miracle!

me dit Zola, elle est bien trop laide.

Lorsque la jeune sourde et muette de Belgique commence à parler comme Bron, à faire ses premiers pas : ça, un miracle! me dit-on, mais on se moquerait de nous, elle ne parle que patois!

On se fait du miracle une conception erronée, il ne consiste ni dans la correction des lignes, ni dans le rétablissement absolu des formes, mais dans un ensemble de conditions prises en dehors des lois naturelles.

Pèlerin breton atteint de mnl de Pott : paralysé des deux jambes, guéri à la procession, le 16 septembre 1896.

AI AL DE POTT

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