‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 35 sur 88 · IX · texte numérisé non relu

IX

LES GEANDES GUERISONS DE LOURDES

ne pouvait supporter la trépidation d’une voiture; elle ineltait dix minutes pour aller d’un lit à l’autre, elle ne pouvait se redresser, se tenir debout. Quelle translbrmation !

Depuis, il n’y a pas eu un moment de défaillance. Durant tout l’iiiver, elle n’a pas été arrêtée un seul jour. Pendant l’épidémie d’inlluenza, elle était seule debout, elle soignait tous les siens.

« Si vous traversez la place de Notre-Dame des Victoires, regardez à cette croisée, vous ne verrez plus la malade que vous avez vue pendant si longtemps clouée à cette place; mais si vous apercevez Jeanne, vous comprendrez à la limpidité idéale de sa ligure, à la pureté de ses regards qui conservent comme un rayon du ciel, que l’ange de Dieu qui avait apporté sa délivrance lui a, en meme temps, laissé comme témoignage visible de son passage quelque chose de sa pureté virginale et de sa céleste beauté (i). » Vous verrez une jeune lîlle bien droite, grande, alerte, le regard plein de vie, et qui ne conserve aucune trace de ses infirmités.

Pour moi, en écoutant le récit de sa maladie, je me disais que la médecine est bien impuissante à porter remède à des désordres pareils. Nous ne guérissons pas les tubercules, surtout lorsqu'ils cnvaliissent tous les organes, lorsque les malades cessent de manger et que la lièvre les consume.

Jamais nous ne pouvons obtenir ces changements à vue, et rendre cà de malheureux agonisants, en une seconde, la plénitude de leurs forces et de leur santé. Ces résultats ne sont pas à notre portée.

[l] Ujiioei's, septembre 1892.

MAI. DK POTT

‘il 3

JAMES TOINEKIDGE

La jîuérison de Tonbiâdgc que nous trouvons dans les Annales ■est aussi extraordinaire que celle de Jeanne Gasteau.

Les D's Tliorens, protestant, médecin du bureau de bienfaisance, et iNIac Geven, également protestant, constatent la guérison de James Tonbridge.

Ce dernier était atteint du mal de Pott, avec des aliccs et des plaies étendues; dans ses longues soulïrances, sa poitrine avait vté atteinte à son tour, et une toux incessante indiquait l’usure organique qui se faisait chez lui et semblait devoir aboutir à une lin prochaine. Arrivé à Lourdes le 20 aoiit 1879, il est porté sur un brancard, à la Grotte d’abord, à la piscine ensuite. Là, il sent comme une flamme qui traverse son corps; une force extraordinaire le pénètre; il se relève, s’habille seul et marche sans appui. Tonbridge était arrivé, couché dans son wagon, incapable de faire un mouvement, et il repart, portant son sac et sa couverture, marchant d’un pas ferme et décidé. A sa vue, sa femme s’évanouit, ■et les personnes qui l’avaient vu partir mourant et qui le revoyaient libre, bien portant, couraient après lui dans toute l’avenue de la Reine-Hortense, pour s’assurer quelles n’étaient pas victimes d’une illusion.

Un membre du pèlerinage, qui décrit la relation de celte guérison , nous dit :

« Quelques mois après, au retour de la campagne, j’allai avec iNRie H... demander des nouvelles de Tonbridge. Sa femme était seule avec ses enfants, bien habillés, sautant autour d’elle avec joie. Cet intérieur respirait le bonheur et l’aisance. La femme de Tonbridge reconnut H... — Ah! Madame, s’écria-t-elle, vous souvenez-vous que je ne voulais pas le laisser partir? Comme vous fûtes bonne! vous lui donnâtes votre place au wagon!... — Et Tonbridge, demandai-je, où est-il? — Il est placé. Il est maître d’hôtel, avenue Friedland, 36.

Nous allâmes le demander. Il élait six heures du soir: il faisait un froid de loup. Tonbridgc arriva en courant, tète nue, en grande lenue de maître d’iuîtel. — Le reconnaissez-vous? dis-je à iM'nc II... — C’est à ne pas y eroire, répondit-elle.

(Quelques jours après. Je demandai à Tonbridgc de me raconter sa guérison. Il médit :

« Le lendemain de mon arrivée à Lourdes, le matin, deux Pères vinrent me ehercherà Fhospiee. J’entendis la messeà la Grotte, et je eonnnuniai. Ils m’amenèrent ensuite à la piseine et m’y plongèrent par trois fois, me tenant comme un petit enfant. J’éprouvai dans tout mon être une sensation inexprimable de douleur et de joie tout à la fois. Il me semblait que j’allais ou mourir ou guérir. Au dehors, onpriaità voix haute; je me joignais de cœur à ces prières sans pouvoir articuler aucun son; j’étais comme paralysé. Tout à coup, je sens comme une llamme qui me traverse le corps; une force extraordinaire me pénètre; me dégageant des mains qui me tenaient, je me plonge dans la piscine pour la quatrième fois.

« J’en sortis guéri: je me tenais debout; je m’habillai seul; je marchai sans appui, mais si bouleversé que je ne pouvais encore dire un seul mot. Les Pères m’olfrirent du vin pour me fortifier et me remettre. Je refusai tout, et marchant seul, j’allai immédiatement à la Grotte.

« Je restai là longtemps à prier; il me semblait que l’image de la sainte Vierge me souriait. Il me semblait aussi que je n’étais plus de ce monde. Maintenant encore, tout cela me parait comme un rêve. Mais la réalité, c’est ma guérison complète.

« ()uand je revins à Paris, ceux qui m’avaient vu emporter mourant et (pii me revoyaient marchant et bien portant, couraient après moi dans toute l’avenue de la Reine-Hortense. J’allai à la chapelle de Saint-Joseph faire mon action de grâces. lime semblait que l’image de la sainte Vierge me souriait toujours.

— Et les médecins? lui dis-je. — M. le D» Tliorcns, protestant, médecin du bureau de bienfaisance, qui m’avait donné un certiticat, m’a dit : « Vous êtes guéri, tant mieux pour vous. » Il a été toujours très bon pour moi.

Plaies situées de chaque côté du côté, cicatrisées pendant le pèlerinage national de 1S98. Le malade rendait les aliments pai ces deux plaies qui existaient depuis douze ans et s étaient déclarées a la suite d’une fracture de la colonne vertébrale.

LKS GRANDES GUERISONS DE LOURDES

P.lO

« M. le D‘ MacGeven, un aulre prolestant, s’est aussi montré très heureux de ma guérison,

« Un autre médeein a paru très étonné et très mécontent. Il m’a demandé ce qu’on m’avait fait; je lui ai dit : — C’est la sainte Vierge qui m’a guéri. — Ce n’est pas possible! s’est-il écrié: il n’y a pas de miracles; ce sont des sottises. Avouez qu’on vous a fait prendre quelque médicament. — Vous savez J)ien, lui dis-je, que je ne prenais plus aucun remède. C’est la sainte Vierge qui m’a guéri en un instant. — Vous êtes un imposteur, s’est-il écrié; ce n’est pas possible; allez vous promener avec votre sainte Vierge. Et furieux, il m’a mis à la porte.

«Je pleurai d’être ainsi traité et d’entendre parler ainsi. Il y avait là plusieurs personnes: l’une d’elles, un ministre protestant, s'avança vers moi. Après m’avoir interrogé avec soin, il me dit : « Votre foi vous a sauvé. »

JEANNE ÏULASNE, de Tours

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