LES 3IIRACULÉS DE GRENELLE
GUÉRISON d’une ROSSUE
Un intérieur d’ouvrier. — Léa Courtout.
A la lin de notre réunion de novembre, une religieuse de l’Assomption nous disait : « Si vous voulez voir un très grand
nombre de nos miraeulés, allez à tlrenelle, c’est là que depuis quel- <pie temps Notre-Dame de Lourdes semble vouloir répandre ses grâces les plus abondantes. »
Aller à Grenelle pour trouver des miraculés! Le milieu paraissait mal choisi ; dans ces grandes agglomérations ouvrières, la lutte pour la vie semble absorber toutes les énergies; le labeur est sans trêve, les dimanches et les fêtes en interrompent à peine le cours ; les pratiques religieuses sont le plus souvent abandonnées.
Cependant, les paroles de la Sœur m’avaient frappé, me revenaient souvent à l’esprit : « Allez à Grenelle! »
Je résolus de suivre ce conseil; je me procurai quelques adresses, et je me rendis à Grenelle, rue Saint-Charles. C’était le soir; j’eus <pielque peine à me guider dans ces quartiers qui m’étaient inconnus; enfin, j’arrivai à l’adresse indiquée. Au fond d’une vaste cour, à droite, au rez-de-chaussée, je trouvai toute la famille Courtout réunie : le père, la mère, la seconde tille; les plus jeunes enfants dormaient déjà dans leur lit. Il était huit heures et demie.
Léa Courtout.
MAI. DK l’OTT
C’est le seul nionienl où la iiiaison se remplit de scs hèles.
Le jièrc était accoudé sur la table, soucieux, la ligure l'alignée, creusée de rides profondes, fortement hàlée, la parole rude et brève ; la mère était occupée aux soins du ménage, à la garde de petits cillants (pi’uiic ouvrière voisine lui conliait. Au milieu d’eux, la jeune lille guérie à Lourdes semblait vouloir, par ses prévenances, me faire oublier l’accueil un peu froid qui m’était lait. Ma présence déterminait une certaine gène; on ne comprenait pas le but de ma visite. J’essayai de rompre la glace, et m’adressant au père, je lui dis :
« Vous avez dù être bien heureux de la guérison de votre fille. Je l’ai vue à Lourdes au moment où elle venait d’clre guérie dans la piscine.
— Je ne sais lias, me dit-il, si elle a été guérie à Lourdes. Peut-être que le voyage, le changement d’air lui ont fait du bien.
— Gomment! vous pensez que ce n’est qu’une question de voyage?
— J'ai eu un frère, reprit-il, qui était malade et qui fut guéri aux eaux de \ ichy. Si ma lille était allée aux eaux, elle eut été guérie de meme. »
Ce début était peu encourageant; je changeai la conversation.
« Quel est votre état?
— Ajusteur.
— C’est un métier pénible?
— Oui, très pénible ; je ne puis plus travailler, j’ai les muscles, les bras fatigués, usés.
— ÎNIais vous n’etes pas âgé?
— J’ai quarante-sept ans. »
On aurait pu facilement lui donner dix ans de plus.
« Alors vous ne travaillez pas.
— Le dimanclie, j’aide mon lils aîné qui est placier dans un marclié; je m’occupe aussi quelquefois la semaine. »
A l’encontre des autres ouvriers qui travaillent la semaine et qucl(j[uefois le dimanche, lui travaillait habituellement le dimanche et quelquefois la semaine. Je lui parlai de ses autres enfants, de
tout ce (jui pouvait l’intéresser... Vains elForts! 11 y avait du malaise autour de moi; j’étais le bourj^eois doublé du clérical. Avec ce bagage, je ne pouvais gagner la confiance de mes hôtes. Je me retirai en donnant rendez-vous à la jeune ülle à son atelier.
Comment, me disais-je en partant, c’est là dans un pareil milieu que la sainte Vierge vient chercher ses sujets préférés? Mais ce n’est pas possible, je dois être victime d’une illusion. Ah! tout au moins on ne m’objectera pas que les guérisons s’opèrent ici par suggestion, car ce père n’a point inculqué à ses enfantsle germe de cette « foi qui guérit » ou qui soulève des montagnes.
Une éducation laïque. — La maladie. — La guérison.
J’ai revu plusieurs fois Léa Gourtout à son atelier, et c’est là que j’ai pu reconstituer l’histoire de sa maladie et de sa guérison. Nous sommes loin des sentiers fleuris qui conduisent au ciel. Au milieu des plus dangereux courants. Dieu a pris cette enfant par la main pour l’attirer jusqu’à lui.
« J’ai été baptisée, nous dit Léa, à l’àge de huit ans; mes aînés le furent en même temps cj[ue moi; un peu plus tard mon père se ravisa, et à partir de mon frère, qui a quinze ans maintenant, il ne voulut plus les faire baptiser. Ma mère le faisait en cacliette; cependant deux de mes frères sont morts sans avoir reçu le baptême. J’étais élevée dans une école laïipie, et je n’avais aucune idée de religion; je vivais dans un état d’esprit que j'ai peine à comprendre aujourd’hui. Mon père était d’une société de librespenseurs très hostile à la religion; la lecture des mau^■ais journaux l’avait mis dans cette disposition, car j’ai toujours entendu dire (pie mes grands parents étaient très pieux et que mon père avait servi la messe jusqu’à l’âge de dix-sept ans.
(( J’avais dix-sept ans lorsque je lis ma première communion, j’avaisbeaucouphésitéàla faire, etjene mcscraispasdécidée sansles instances et la salutaire influence d’une jeune lille très pieuse et très dévouée (pii m’attira cliez elle et m’apprit mon catéchisme. Après
MAI. D1-: POTT
ma première communion, celle amie me lil admetlre au palronage (les Sœurs, j’y allais régulièrement, et (piekpies mois après j eus le bonheur d’élrc reçue enfant de Marie. C’était le saint pour moi.
« De dix-sept à dix-neuf ans, je continuai d’assister au patronage, je remplissais très exactement mes devoirs religieux. On m’avait fait
Transport des malades des hôpitaux à la grotte.
entrer aux ateliers de composition de la Croix, où ma sœur aînée travaillait déjà. Ma sœur avait quitté la famille et vivait seule dans une chamljre. Dans l’atelier, j’étais toujours debout; je portais souvent des caractères d’imprimerie du poids de 25 kilos ; je composais depuis huit heures du matin juscpi’à midi, depuis une heure et demie justpi’à sept heures du soir, avec une demi-heure de repos pour le goûter. Je faisais deux fois par jour une course de plus d’une heure chatpie fois pour venir à l’atelier ou pour rentrer chez mes parents. »
U<:S GRAiNDKS OUKRISONS DE I.OURDES
La lâche é lai tau-dessus des forces de celle jeune lille. Grande, mince, délicate, insunisaminent nourrie, Lca clail encore trop jeune (à peine dix-huit ans) pour supporter toutes ces fatigues.
A la lin de 189^, elle ressentit une faiblesse, une fatigue générale que rieii ne pouvaitdissipcr. f]lle avait des douleurs dans le dos, elle ne pouvait se tenir droite, elle se eourbait d’une façon très sensible : a Vainement, nous dit-elle, on me disait : redressez-vous, je ne le pouvaispas. J’essayais de cacher mon mal, sachant qu’on ne pourrait pas me faire soigner ou qu’il me faudrait entrer à l’hôpital. »
Les Sœurs du Patronage la eonduisirent au docteur Ferran, médeein de l’Hotel-Dieu. Le docteur dit que sa maladie venait d’une grande faiblesse et conseilla l’huile de foie de morue, les bains salés et le phosphate de chaux. L’amélioration ne vint pas.
Au mois de février i8q5, elle se rendit à la consultation de Necker. Le chirurgien prescrivit un corset qui fut délivré par l’administration des hôpitaux de Paris. Le corset occasionnait une grande gène; la jeune lille ne pouvait ni se baisser, ni remuer les bras; le travail était de plus en plus difficile. Cependant, jusqu’au moment du pèlerinage, Léa ne voulut pas quitter l’atelier.
Déjà, l’année précédente, elle avait formé le projet d’aller à Lourdes. Pendant un an, elle s’était privée de son goi'der, elle avait économisé de la sorte 4^ fr. Mais au moment de son départ, ses parents étaient en retard pour le paiement du terme. La pauvre enfant n’hésita pas, elle leur donna ses 45 francs et lit généreusement le sacrifice de son voyage.
En 1895, pour obtenir son admission, elle demanda un certilicat au D‘ Chirié. Celui-ci constate une double déviation de la eolonne vertébrale (cyphose dorsale) ou bosse en arrière (scoliose) ; ou déviation à convexité gauche, abaissement de l’épaule droite ; de plus une bosse en avant et diminution du diamètre transversal delà poitrine. D’après cette description, la déviation avait beaucoup progressé. Au début, il n’y avait qu’une inclinaison latérale; au moment du départ, la colonne vertébrale était tordue sur son axe; il y avait une saillie très prononcée en avant et en arrière ; évidem-
MAL DE POTT
ment c’éUiit une lésion osseuse avee anaissemeiiL des vertèbres. Eu style vulgaire, e’était tout simpleiueut une bossue.
Léa arrive à Lourdes le 20 août avee le pèleiâuage national ; il lui est impossible eejour-là d’aller à la piscine. Il y a trop d’eucouibreiueut ; elle est obligée d’attendre le lendemain, mercredi, à dix heures du malin.
Eu entrant dans l’eau, elle est sutForpiée, elle se dél)at ; son
L’ancien Bureau des constatations.
angoisse est extrême. Il lui semble qu’on lui arrache les bras, elle pousse un grand cri, on la relire de l’eau. Le calme se fait, il ne lui reste qu’une sorte de courbature qui se dissipe l’après-midi du même jour, au second bain.
Léa se rend à la Grotte, elle prie longtemps àgenoux, lesbras en croix, ce quelle n’aurait pu faire avant; elle ne se lasse pas de remercier la sainte Vierge. Elle vint au bureau des médecins le Jeudi 22. Nous l’examinâmes longuement. Elle s’inelinaiteneore sur son côté, mais il n’y avait plus cette torsion des vertèbres signalée dans son cerliücat. Ce qui nous frappa surtout, ce fut la reprise
ÎÆS GUANDKS GUKIUSONS DE LOT'HDES
générale (|iii nous parul coinplèlc. Plus de douleui*, plus de l'aligne. La Jeune lille avait posé son corset, restait debout Ionie la journée et suivait Ions les excrciecs du pèlerinage.
De retour à Paris, Léa reprend iinniédiatement sa place à l’atelier, et depuis huit mois, elle n’a pas été arrêtée un seul jour. Sa mère qui lui mettait chaque matin son eorset eonslale ([u’elle est absolument droite ; elle lui reproche pourtant d’avoir laissé ce corset à Lourdes, car sa maladie, dit-elle, pourrait revenir. Son père qui s’élait beaucoup opposé <à son départ, en apprenant sa guérison, lui dit: « C’est le voyage et le changement d’air qui t’ont guérie. — Je voudrais, lui répond sa ülle^ que vous puissiez aller à Lourdes, et vous verriez autre chose que le changement d’air. »
Quoi qu’il en soit, nous disait Léa Courtout, « il y a du mieux chez moi. Mes deux plus jeunes frères ont fait leur première communion à douze ans. Ma petite sœur va à l’école chez les religieuses : j’ai encore mon frère ainé et ma belle-sœur qui n’ont pas fait leur première communion. En attendant, je prie pour eux et j’espère qu’un jour ils la feront. »
Comment on doit interpréter cette guérison
A quelle cause peut-on attribuer ces déviations de la taille qui surviennent à dix-sept ou dix-huit ans ? D’ordinaire on les observe chez des jeunes lilles faibles, mal nourri, es, surmenées. Ce sont des accidents fréquents dans les ateliers, dans les usines.
l^nlevez à un organisme délicat tout ce qui est nécessaire à son développement ; demandez-lui un travail au-dessus de ses forces, vous le verrez rapidement décroître et s’étioler.
Léa était comme ces jeunes plantes qui s’élancent droites et hères vers le ciel, tant ([u’elles trouvent, dans le sol, des sues assimilables ; dans l’air, le soleil ou la pluie, la sève qui les vivilie, mais qui s’arrêtent, se llétrissent, se tordent sur leur tige lorsque tout leur manque à la fois.
Que peut la médecine pour ces malades? Conseiller le repos. Le repos pour des malheureuses qui vivent au jour le jour de leur
>r.\L DK POTT
Iruvail, c’est la misère. Il laut eiilrer à l’hopilal, et là, les unes (levieimenl tuberculeuses, les autres restent inlirnies avec de grandes déviations ; la jdupart se remettent lentement après des séjours plus ou moins prolongés dans des asiles de eonvalescence.
Essayez de [)rendre une de ees jeunes lilles, en pleine poussée de ratiebisme ou même une de ees surmenées ou de ees nerveuses au plus fort de ses crises, plongez-la dans un bain d’eau froide et ditcs-lui de laisser dans l’eau sa faiblesse, sa langueur, d’arrêter iuslantanément sa déviation, de reprendre du jour au lendemain sa place à l’atelier : de supporter fatigues, travail, privations de tous genres et de n’avoir plus désormais un moment de défaillance.
Bien plus! rendez en un instant à sa physionomie son sourire, à ses joues leur coloris, leur éclat; que de nouveau tout respire en elle la jeunesse et la vie! Dites-moi si vous avez fait une œuvre vaine et si ces transformations subites sont en notre pouvoir.
Nous ne prétendons pas que ces reprises instantanées puissent nous donner la preuve d’une action surnaturelle^ comme nous la trouvons dans la cicatrisation d’une plaie. Après la guérison, les traces de ces déviations subsistent souvent, la maladie semble avoir laissé sa signature. Le résultat pourrait paraître ineomplet, si ce vestige du mal disparu n’était pas là plutôt pour rendre témoignage du passé.
Léa Courtout semble s’incliner légèrement à droite ; cependant, cette déviation est plus apparente que réelle. Le Dr Cliirié, qui avait examiné cette jeune lille au moment de son départ pour Lourdes, avait constaté une double déviation ; la colonne vertébrale dessinait comme une S et ressortait en avant et en arrière en formant une double bosse.
Au retour, le même médecin déclare dans son certificat que toutes ces lésions ont disparu.
« Appelé, dit-il, à examiner M"e Léa Courtout, domiciliée rue Saint-Charles, j’ai constaté :
« 1° Que la colonne vertébrale était bien droite;
« 2° Une saillie légère des deux dernières vertèbres dorsales;
T,KS (IHANDES OTIKIUSONS DK LOIJRDKS
« 3” L’ôpiuilc gîluclie ('lait un peu cxliausscîc, et le C()l(3 di-oit de
la poitrine un peu plus mince <pie l’autre. »
Au point de vue de la rectitude de la taille, la modiUcatiou parait complète. Il est ccrtaiuemeut impossible par tous les moyens dont la médecine dispose, de redresser ainsi en (pielques secondes une colonne vertébrale déviée depuis huit mois, plus dillicile encore de la maintenir dans cette position, car les os se sont tassés, allaissés dans le sens de l’inclinaison, ils ne peuvent reprendre que lentement leur assise et leur l’orme normale.
Le mode de guérison, l’inslantanéilé de la reprise nous laissent en présence d’un problème insoluble par les seules données de la science. Si nous n’avions ipi’iin seul fait, on pourrait nous dire ([u’il ne s’agit (pie d’une simple coïncidence, mais ces faits se répètent chacpie année en grand nombre avec les mêmes caractères. Il faut doue chercher en dehors des coïncidences ce pourquoi, cet inconnu ([ue nous ceïtoyons sans cesse à Lourdes et qui huit par se révéler devant les yeux les plus obslinémeut fermés. Il tant étudier eeç questions de bien près pour les interpréter à leur valeur; les seuls mots d’hystérie et de suggestion ne sutlisent pas à nous donner la clé de ces difliciles problèmes.
Guérison et conversion. — Nouvelle manière de résoudre
les questions sociales.
En laissant de cêité les considérations médicales, nous trouvons dans le récit de cette jeune tille un enseignement plus grave (jui s’impose à nos méditations. Léa Courtout, avons-nous dit, a repris sa tâche à l’imprimerie de la Croix, elle gagne trois francs cinquante par jour, elle vient en aide à scs parents, elle est heureuse d’apporter dans leur foyer triste et sévère, avec tout son salaire,
son rayon de gaieté.
« Ah! me disait-elle, j’avais rêvé de donner à ma vie une autre direction : j’ai renoncé au mariage, je voudrais (imtler le monde, mais je me dois à mes parents, (pic feraient-ils sans moi? » Dévouement bien touchant (pii aura certainement sa récompensé.
Bureau de l’Hospitalité.
MAL DE POTT
Pendant qu’elle me parlait ainsi, je voyais encore devant mes yeux son père avec sa ligure contractée, son regard sombre, ce regard (pii trahit une désillusion absolue et surtout le désir de prendre sa revanche dans ce duel de la vie, inégal pour lui. Les mauvais journaux lui ont enlevé la foi ; le travail, le cabaret peulèlre l’ont usé bien jeune. Il a (piarante-sept ans, il ne peut plus travailler; il a eu onze enfants, il lui eu reste six. Sans le secours de sa femme et surtout de sa lille, la tâche serait au-dessus de ses forces.
Pendant ma maladie, nous disait Léa, ma mère travaillait comme un cheval, cependant il nous est arrivé souvent de soufirir de la faim. Que peuvent dans ces conditions tous les secours de la médecine? Que pouvons-nous prescrire à ces malheureux ({ui n’ont même pas le pain qui leur est nécessaire?
Ma pensée se reportait encore vers le père, et je me disais : « Le jour où les revendications sociales, passant de la théorie à la pratique, se feront dans la rue, que de souffrances accumulées, que de haines se montreront au grand jour! Que dirons-nous à ces hommes avides de prendre eette revanelie depuis longtemps désirée, comment les arrêter? Ce seront des fauves déchaînés. »
Mais en voyant devant moi cette jeune tille, d’une douceur inaltérable, toujours le sourire sur les lèvres, cpii porte le soir le bon livre ou le bon journal dont elle fait elle-même la lecture, qui conduit son plus jeune frère au patronage, je me disais : « Voilà l’ange qui arrêtera le bras prêt à frapper, fermera la bouche qui s’ouvre pour maudire, fera entrer dans ce foyer la foi qui console, l’espérance qui fait vivre. »
Notre-Dame de Lourdes garde ses plus doux sourires pour ses enfants les plus déshérités; elle nous apprend (pi’il faut aller au cœur des pauvres pour désarmer leurs colères. Sous les traits de celte jeune tille transfigurée par la grâce, elle leur montre la religion toujours prêle à panser leurs blessures: comme elle sait bien choisir et le temps et le lieu, choisir scs intermédiaires!
(^uel magnilupic apostolat exerce celle jeune tille!
Sa parole parait d’abord sans écho. Elle est seule, faible, en hutte à toutes les conlradictions, sa santé est perdue. Elle louche
GUKUISONS DE LOURDES jn
T,i:S GRANDES GUEUlSf)NS DE LOURDES
le sol de Lourdes, elle se plonj^e dans la piscine; non seulenienl elle relrouvc la sanlé, mais elle irouve snrlout une llainine que rien n’éleindra désormais. Repassez dans (picUpies mois, frappez à celle porte, vous verrez les changements opérés.
Ah! ces hommes (pii ont touché le fond de la misère perçoivent avec une acuité dont nous n’avons pas l’idée la plus faible lueur d’espérance; avec eux, rien ne se perd, l’écorce est rude, mais elle vibre fortement.
Il y a quelques années, nous racontions deux guérisons qui s’élaient opérées dans les mêmes conditions dans la rue Mouffetard. Aux derniers pèlerinages, une jeune lille, poitrinaire au dernier degré, guérissait dans la piscine; en nous faisant l’histoire de sa vie, elle nous disait : « Personne ne pratiquait dans ma famille, et J’ai reçu bien des soulllels pour être allée à la messe. »
Ne nous laissons pas arrêter par ce qui nous heurte ou nous choque, par les dilïicultés du début; dans ces milieux où l’abord est si rude, dès que la grâce pénètre, elle fait vite son chemin, il y a souvent autant de consolations à recueillir qu’à donner.
P. S. — Nous avions à peine terminé cette relation lorsque nous avons reçu une lettre de Léa Cour tout, dans laquelle elle nous dit : « C’est avec une bien grande Joie que Je vous écris pour vous dire (]ue ma mère a fait ses Pâques et que J’espère pouvoir vous écrire un Jour (pie mon père en a fait autant ; J’ai pu le conduire dans ces derniers temps à des réunions d’hommes chez les Petites Sœurs de l’Assomption, et il a paru très content. Je me porte toujours très bien, etc... »
Nous n’aurons donc pas besoin d’attendre six mois ou un an jiour constater les heureux changements opérés dans cet intérieur d’ouvrier. Ces étals d’àme transformés, ces conversions soudaines donnent à ces guérisons un bien grand intérêt. Pour les interpréter, nous avons à la fois des preuves d’ordre moral et des preuves l)hysi({ues. On ne ramène pas des malheureux égarés dans tous les mauvais courants cpii ravagent notre société par des inlluences suggestives. Il faut un rayon de la grâce pour éclairer leur intelligence et pour les relever sur leur couche.