D’UN MÉDECIN ANARCHISTE
Comment on devient anarchiste. — L’état d’âme de l’anarchiste. — L’idée de Dieu. — Les diflicultés de la conversion. — A quel degré de perfection ce médecin s’élève. — 11 finit par entrer en religion.
U milieu des guérisons que nous observons à Lourdes, nous sommes souvent témoins de eonversions qui renversent toute prévision et qui nous laissent des impressions inelFaçables. — La conversion que nous allons résumer est une des plus étonnantes dont nous ayons reçu la conlidence.
Le II juillet, un jeune médecin de Paris entrait dans notre bureau en nous disant :
« Je viens à Lourdes pour répondre à toutes les objections que l’ou me fait sans cesse, pour pouvoir dire : j’ai vu Lourdes, j’ai vu des guérisons. Pour moi, je n’ai besoin ni de guérisons, ni de miracles; je crois!
« Je suis d’ailleurs convaincu que vous n'aurez jamais le miracle que demandent les incrédules : le miracle sur commande, sur un trajet clioisi d’avance, à l’heure voulue, un miracle d'une évidence telle (pi’il force tous les esprits à s’incliner, qu’il ne nous demande
LES GH ANDES GUEIUSONS DE EOUIIDES
même pas de regarder pour voir, de rédéeliir pour comjueudre.
« Ce miracle, vous ne le Irouverez pas. »
Le médeeiu qui nous parlait ainsi pouvait avoir trente-cinq ans. Son nom nous était inconnu, il exerçait au milieu d’une population ouvrière, dans le voisinage de Montmartre. D’où lui venait celte foi, cette notion si claire du miracle? Il comprit notre étonnement, il pressentit la question que nous allions lui poser, il s’empressa d’y répondre.
« Je suis un converti, nous dit-il, bien plus, un anarchiste converti. Je suis revenu de loin, j’ai eu le temps de mûrir toutes choses, et ma conversion n’a pas été l’œuvre d'un jour, ne s’est pas faite sans étude et sans lutte. »
ün anarchiste converti! La chose n’était pas banale. Notre jeune confrère voulut bien nous raconter l’histoire de sa vie, que nous allons résumer, en conservant à son récit ses notes personnelles :
« Je suis né dans la province de Constantine. Mon père était entrepreneur. Je ne l’ai pas connu. J’avais à peine quinze mois lorsqu’il mourut. Il avait fait de mauvaises affaires et ne nous laissait absolument rien. Il restait, je crois, treize sous dans la maison le jour de sa mort. IMa mère était malade; il fallut entrer à l’hôpital. Nous y finies un très long séjour.
«Que serions-nous devenus sans l’intervention d’une amie de ma mère qui lui donna quelques avances pour monter une petite maisondecommerce?Quoi qu’ilen soit, manière put bientôtsullireà tous nos besoins: avec son intelligence, son esprit d’ordre, nos aÜaircs prospérèrent rapidement. Cependant, (pie de ditïicullés sur notre roule ! En i8^i, nous fûmes assiégés par cimj niilleAral)es et sauvés par miracle. Toute notre ville fut lirùlée, nous avions tout perdu. II fallut recommencer la lutte pour rexislence.
« Jus([ue-là, j’avais reçu une assez bonne éducation chrétienne ; je venais de faire ma jircmièrc communion, lors([ue je concourus pour une liourse au lycée de Constantine : je fus reçu...
« Au lycée, tout allait changer.
« On SC mo([uait des élèves (pii pratiijuaienl. Je me souviens
CONVEUSION d’un MEDECIN ANARCHISTE
que dans rétmle des grands, lorsiin’on appelait pour la eonlession, un seul de nos eaniarades se levait. Tous les regards ino([ueurs se portaient sur lui, mais lui restait souriant; par sou caractère, par sou intelligence, il était au-dessus des railleries. Il y R (pielipics années, il est mort élève au grand séminaire de Saint-Snlpice.
« Au lycée, j’ai fait la communion encore une Ibis ou deux, puis j’ai tout abandonné.
« Deux camarades se chargèrent un jour de me démontrer <pi'il n’y avait pas de Dieu. Nous lisions les plus mauvais romans. Les professeurs encourageaient nos mauvaises tendances et nous enseignaient qu’il faut être praticpie dans la vie et eherchcr surtout les jouissances ; j’avais obtenu de ne plus assister à la messe, aux conféreuces de l’aumônier, où j’interrompais, du reste, constamment. INIa composition pour le baccalauréat était tellement exagérée, au point de vue matérialiste, que je fus refusé. Je faisais le tourment de ma mère, je la rendais fort malheureuse.
« Je partis pour Paris, je fus reçu bachelier, je commençai ma médecine. Les courants de l’école répondaient à mes tendances et me charmaient. J’avais la tète farcie desidéeschères aux romanciers du jour. Je donnais, du reste, un libre cours à toutes mes passions. L’ambition seule tempérait nn peu mes écarts. Je voulais arriver, d’abord, parla voie des concours, bientôt après par la politique. Je conduisis rapidement mes études.
« A peine reçu docteur, je m’alîiliai aux loges maçonniques, je posai ma candidature à la première place de député, vacante dans mon arrondissement. Je m’aperçus bientôt que les opportunistes et les radicaux s’entendaient secrètement entre eux; je ne pouvais arriver dans ces conditions; je repartis pour Paris, bien décidé à reprendre un peu plus tard cette campagne.
« J’étais assidu dans les loges, je devins orateur de l’Étoile- Polaire (Orient de Paris). Il n’y avait pourtant pas là un élément sidlisantpour mou activité. On discutait sur les grèves, les syndicats, mais en bons et paisibles bourgeois. A la lin des séances, un membre proposait d’ordinaire un vote pour la suppression des congrégations, l’application des lois d’abonnement ; on adoptait
lÆS CH ANDES OUKHTSONS DE EOUHDES
sans discussion. Snrpi-is de celle lendance, je demandai ponnjuoi on s’alla(piail ainsi aux calliolicpies (pn me paraissaient bien inoflensils; on éluda ma ([ueslion, et on conlinuaà voter de meme à la lin des séances. Ne comj)renant pas le but de la maçonnerie, je me relirai, je fus « mis en sommeil ».
« Sur ces enlrelailes, d’ailleurs, j’avais lu le journal la Jics'oUe; ses idées m’avaient plu, je m’y étais abonné, j’avais envoyé des articles, je m’étais mis en relation avec le rédacteur en clicf. Pendant ce lemps-là, ma conduite était déplorable; ma mère (pic je rendais très mallieureuse, fut obligée de me quitter et de retourner en AlVi([ue. l']lle ne pouvait (jue gémir sur mes égarements; elle comprenait combien mes succès de college, (jui avaient pu tlaller un instant son amour-propre, lui contaient cher.
(( J’écrivais donc dans la RevoUe ; j’étais dégoûté de tous les autres partis politiques. Je voyais <pie, sous prétexte de chercher le bonheur du peuple, en réalité nos hommes d’Etat ne s’en souciaient nullement. Les anarchistes ont pour principe (pie l’homme liait bon; la société le gâte: il faut laisser nos instincts naturels se développer et changer la société au protit de l’individu. C’est une doctrine (pii plaît à tous ceux (pii sont les esclaves de leurs passions. Je n’ai jamais été partisan de la propagande par le fait, je n’ai jamais été bombisle. Je ne voyais dans la bombe (|u’un moyen de propagande pour nos idées.
(( Les anarchistes, en général, vivent seuls; voilà pourcpioi on trouve rarement des complices. Il n'y a ni programme commiin, ni organisation bien délinic. (ie sont des indi^ idualités qui ne peuvent avoir de lien ([iie par le journal. La solitude, la réllexion se prête au développement d’idées arrêtées, tixes, qui deviennent impulsives. Véritable monomanie.
(( Téorgueil est leur grand mobile: ils prétendent au rôle de réformateurs, et pour al teindre leur idéal, rien ne les arrête; la vie humaine n’est plus qu’un jeu. Les attentats de i8()3-()^ me préoccupaient; je craignais d’être recherché pour mes idées, })our les relations (pie ma profession me créait dans ce milieu. Des anarchistes m’écrivirent de prison pour me recommander leurs femmes.
CONVERSION d’un MEDECIN ANARCHISTE
Ah risijuc de ihc eomproiHcIlrc, je leur servais d’iiilennédiaiie.
« ()ne de (bis j’ai en la pensée de ne pas payer ihoh loyer, de me laisser jeler dans la rue, de devenir inarlyr pour la cause (pie je voulais servir! Mais après! me disais-je, si je meurs, si je suis enlermé, j’arrèle hrusipiement ma carrière, je ne suis pins utile à rien, je tombe dans le néant. Cette absence dn lendemain m’arrêtait. On ne lait, des martyrs ([ii’avec la croyance à l’immortalilé.
(( Unjonr,jeme trouvais avee rpielques amis, je faisais un ex])osé de doctrine. L’un d’eux médit : — iMais c’est le sermon sur la moutaiïue ([ue vous servez ! — Je ne connais pas ce sermon, lui dis-je. — Vous le trouverez dans rEvanj’ilc de saint Mattbicn. Je lus saint iMalthicu, tous les Évangiles; tout cela me surprit, me parut très beau; je méditais d’eu (‘aire un seul des quatre eu me servant du texte.
« C’est alors (pi’uu de mes amis, un juif, Lazare, me ('onscilla de lire la Bible. La genèse me parut la conlirmation de la théorie de Laplacc snrla formation du monde. Ce fut pour moi nue révélation. Toutes ces lectures m’amenèrent à la notion de l’intini; j’avais alors dans ma conduite tout le désordre (pi’autorisaicnt mes principes. Cependant, un travail se faisait dans mon esprit.
« De l’idée de l’inlini, de Dieu, j’arrivai facilement à la nécessité (l'une révélation, d’une religion; mais laquelle? Le Jiouddliisme me dégoûtait. J’hésitais entre le protestantisme et le catholicisme. Je penchais d’abord vers le protestantisme. Je fus au temple, je causai avec des ministres; mais cette multiplicité de sectes ne m’allait j>as, je trouvais les protestants trop raides, tro[) formalistes.
« C’était le 27 mai 189^ que j’étais arrivé à la conviction rpi'il y avait un Dieu. J'abordais tous mes amis en leur disant : Il y a un Dieu! Ils me regardaient surpris.
« Tous mes amis! ils étaient clairsemés. A la suite de l’attentat de Carnot, le plus grand nondire avait été mis eu prison. J'aurais voulu, au moins, en amener un à mes idées ; je cherchais ee second, mais vainement; je m’étonnais de ne pouvoir répandre mes convictions autour de moi.
« Je connaissais pou lo calliolicisme : j’avais loul oublie depuis viugl ans: depuis celle cpo(pic je n avais pas luis les pieds dans une ci,dise. Il y avait plus de quatre mois (pie j’ctail parti de cette idée de Dieu sans pouvoir aller plus loin. Je résolus d’aller à la messe, nou dans ma paroisse, j’étais trop connu, je Tus à Saiul-Pierre de Moulmarlre. C’était le 2 octobre, un vieaire prêchait sur le Rosaire: je l’écoutai avec intérêt, (luehpics Jours aprc's, je fus chez les Pc-res Uécollcls, de la rue de Puteaux, pour éclaircir mes doutes. Apres (picUpies instants d’entretien, le Père me propose de me cou fesser: j’accepte, mais bienl()t j’entre en discussion avec lui: et lorsipi'il me propose de réformer ma vie, je refuse, je me relire: le Père m’engage à lire Nicolas, ,1c cherche longtemps cet ouvrage, je liuis par le découvrir sur les quais. La préface de Lacordaire me frappa: voilà, me dis-je, un homme sincère. Cet accent de sincérité, de conviction, je le retrouvai dans loul l'ouvrage.
« Toujours poursuivi par l’idée de rentrer dans la religion catholi([ue, je revins à Montmartre; je retrouvai le vicaire (pie j’avais entendu prêcher. Je lui lisconnaitre mou étal d’àmc: il fut un peu démonté et me demanda d’en référer à son curé. Le curé déclina, de son C()lé, la responsabilité de ma direction: il m’adi’cssa au P. S..., un Jésuite. Ce mot sonnait mal à mon oreille, me rappelait tous mes préjugés. N’importe, je voulais aller jus(pi’au bout.
(( Tout paraissait se tourner contre moi. Le Père était à Clamarl. Je dus attendre deux heures eu me promenant, sous une petite pluie d’oetobre. ()ue de fois j’eus la lenlalion de m’eu aller! Lutin, le Père vient, cause longuement avee moi, me relient à diner. Je scandalisai singulièrement les autres Jésuites. L’un d’enx me disait : (v Mais nous recevons ici des généraux, des ambassadeurs. » Pour moi, c’étaient les derniers des hommes : c’étaient des ambitieux qui exploitaient le peuple; je laissai voir mon mépris pour tous ces personnages. Les religieux se demandaient à (piel sauvage ils avaient adaire. Je pris cependant rendez-vous avee le P. S..., et le 17 octobre je me confessai sérieusement ; je lis la communion le lendemain.
<( On a écrit ma vie dans la Psychologie du socialiste-anarchiste :
CONVEllSION d’un MEDECIN ANARCHISTE
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OU UC parle pas de ma conversion: mais on dit que si j’ai cessé d’èlre anarchiste, c’est d’une façon logiipie, car nous n’admettons pas, parmi nous, <pic le calcul, l’intérêt puissent nous faire agir.
« Depuis le 17 octobre, il y a en quelques étapes dans ma conversion. Je ne suis pas venu tout d’abord à la communion fré- ([iiente. Ce n’est que le 8 décembre, fête de rimmaculéc Conception, ([lie je compris tonte futilité des sacrements: j’avais toujours en, dans ma première enfance, une dévotion particulière à la sainte Vierge. En 1871, nous fumes délivrés à la suite d’un vœu ({ne nous lui avions fait; à cette épo({iie, je lui avais dressé un petit autel dans ma chandjre, et je ne faisais rien sans l’invo- ({uer. Entin, j’étais du pays de saint Augustin et de sainteMonique !
« Une fois converti, j’ai voulu mettre dans ma vie les règles absolues qui résultaient de mes tendances; j’aurais tout donné aux pauvres, sans rien me réserver, sans souci du lendemain. Mon confesseur a voulu que ma mère prit l’administration de ma maison et que je remisse entre scs mains le produit de ma profession. Le dimanche, je vais voir mes malades, mais je n’accepte pas de rétribution cejour-lâ.
« J’ai voulu exercer un mouvement de propagande autour de moi, convertir mes anciens amis. J’étais plein d’illusion, mais je n’ai pas réussi. Mes amis disent que mes cellules cérébrales sont détraquées et se détournent de moi. Au début, j’ai souvent confié mon embarras d’esprit à un médecin catholique de mon quartier qui faisait mon admiration par sa conduite, la générosité de ses sentiments (i).
« Je trouve que les catholiques en général ne sont pas assez instruits, ne savent pas défendre leurs idées.
« Moi, je bataillais tout le temps ; c’était un excès, je faisais le vide
(1) Lorsque je craignais d'ètre arrêté, ce confrère m’avait promis de visiter mes clients au mieux de mes intérêts; il était du reste, le seul médecin dans lequel j'avais une entière confiance. Pendant ma période protestante, alors que j’inclinais de ce côté, il m'a formellement engagé à consulter les Pères Itécollets de la rue de Puteaux. Son conseil avait d'autant plus de poids qu'il s’était alistenu de me dire quoi que ce soit pendant ma première formation chrétienne. Ce confrère semble avoir été mis à coté de moi pour me guider dans mes débuts; il ne s’en est pas douté. Les soins, les délicates attentions qu’il a pour ses malades m’avaient frappé depuis longtemps.
Q.îO
auloui‘ (le moi. Au clievel des malades, je ii’lK'silc jamais à faire ^ eiiir le jiièli-e, el je me suis vu coni^édier (|uel([uefois à cause de mou zèle. Mou eonlesseur m’a dil de me mochuci* de ec e(jlé et de prendre (piehpie ménagement. Du resle, ma elienlèlc a eom[)lèlcmenl changé d(*puis ma conversion. J’avais ohlenu (pielques places comme anarchislc, que l'on a voulu m’enlever; ceu.v qui me soulenaienl le plus me eomliallent.
(( Je me trouvais à Reims avec l’abbé Garnier, tout près du dra-
Le r«. P. Picard préside le pèlerinage national.
peau, lorsque des agents vinrent le saisir. ]\Ion premier mouvement fut de le défendre el de me précipiter sxir les agents. Puis je me rappelai que je ne pouvais me conduire comme un anarchislc : je restai là immobile, sans broncher, bien décidé à recevoir des coups, mais à ne pas reculer d’une semelle.
« (ihacpie dimanche, je vais à la messe dans la chapelle de la rue d(‘ Puleanx. T^à, nous avons de six à huit cenis pauvres (pii viennent, deux fois par semaine, recevoir un pain, entendre une instruction religieuse.
CONVERSION o’UN MÉDECIN ANARCHISTE
« Je n’ai plus de préoccupalion inalériclle, aucun souci de l’oi'lune, de I)ien-èlie; ma mère, heureuse près de moi, admiuisirc loul. L'ai-je tait assez souIlVir, ma pauvre mère! Quand je soufre à mou passé, je suis edrayé: je ne connais aucun saint (jui ail eu des écarls [lareils aux miens. On me parle de saint Augustin, mais il n’étail pas haplisc; et je l’élais. Je reviens parlout où j’ai passé dans mes mauvais jours, pour edaccr, réparer le scandale cpiej’ai pu causer.
« Al>! si nous voulions, nous catholiques, nous aurions plus d’induence que les anarchistes! Quand on va généreusement au jicuple. <piand on se donne à lui, on n’est pas trompé, mais il ne faut ni calcul, ni réserve. »
J.,a conliance de ce jeune converti dans la prière est absolue, sa foi surprend; nous ne sommes pas habitués à de tels élans. Son confesseur le modère sans cesse, il sort de toute convention, il vil en dehors de la trame de nos idées, de notre civilisation; toute jouissance lui est à charge. C’est un homme de petite taille, mais à l’allure décidée, à la physionomie expressive, intelligente. Très au courant de ce qui se publie, il raisonne froidement, mais avec une logique indexible; il parle de lui-mème comme d’un étranger. Aucun sentiment personnel ne l’edleure. Il va droit à son bntsans s’occuper des obstacles, il ne les connaît pas. On devine rinducnce que cet homme doit exercer autour de lui. 11 serait religieux si son confesseur ne l’eùt retenu ; il peut faire plus de bien dans le monde.
La générosité plaît toujours au peuple. Le suffrage universel, dans CCS quartiers populeux, peut venir à lui. Habitué dès longtemps à penser, à travailler seul, il dit qu’il sulfit de quelques individualités pour réformer le monde; il nous cite l’exemple des saints. Il ne se plaint ni des hommes, ni des choses. Il ne regarde pas derrière lui, mais toujours en avant.
C’est une figure étrange. D’origine italienne, élevé dans la province de Constanlinc, transplanté dans Paris, il est le produit d’un croisement de races et de l’action de climats divers. Ces liommes ont des énergies qui nous sont inconnues. Dans notre pays qui
LKS GRANDES GUERISONS DE LOURDES
d('r<iiUc, au milieu (rime socicîlé (éprise de jouissance, ou s’étonne de icnconlrcr des hommes cpii ne subissent aucun alliage, qui compecnncutle détachement évangélique dans sa plénitude. Caractères (pie rien ne brise, volontés que rien ne plie.
Anarchiste, ce jeune médecin pouvait dans les jours de révolution, en traîner les foules aux derniers excès. Il leur apportait ce ferment qui soulève les masses.
Converti, nous le trouvons doué de la meme puissance d’entraî-
nement, capable d’enrayer autour de lui les mauvais courants qui nous menacent.
Il est du pays de saint Augustin et de sainte Moni(]ue. Il a connu tous les écarts, mais il a entendu comme ce grand saint cette parole : « Prends et lis. » Il a lu l’évangile, son esprit s’est éclairéde lueurs inattendues. Cela n’aurait pas sudi. Pour comprendre l’évangile, il fallait la prière de sa mère. Nouvelle Moni(pie par sa douleur et sa foi, sa mère demandait elnupic jour la conversion de son lils.
La foule à la fontaine.
CONVERSION d’un MEDECIN ANARCHISTE
Enfin il avait en dans son enfance un enlLe spécial pour la sainle Vierge.
Nous trouvons dans la disposition de ces événements l’action visible, directe de la Vierge Immaculée. C’est le 2^ mai ({ii’il comprend l’existence de Dieu: pendant le mois du rosaire il entre dans une église, il assiste à la messe: pendant le mois du rosaire il se confesse. C’est le 8 décembre que la lumière se fait plus complète, qu’il vient à la communion fréquente. A Lourdes entin, il veut apporter le témoignage de sa reconnaissance; c’est là ipi’il déverse les émotions longtemps contenues de son àmc.
Conversions et guérisons procèdent toujours de la même source. C’est la main de la Vierge qui est la dispensatrice de toutes les grâces. Les prières cl les épreuves sont les grandes voies du ciel. Les conseils d’un ami chrétien soutiennent les premiers pas, toujours mal assurés.
Ces vérités ressortent ici dans toute leur clarté. Le caractère de ce jeune médecin donne des reliefs très accusés. Il est jeune, il aime la lutte, le sacritice. Avec les ardeurs d’une foi, qui ne connaît ni les compromissions, ni les obstacles, il doit faire beaucoup de bien, il doit émerger au-dessus de la foule.
Depuis que nous avons écrit ces notes, ce jeune médecin a quitté le monde. Il est aujourd’hui chez les Pères Récollcts, dans la maison où il s’était présenté au mois d’octobre 189^ pour éclaircir ses premiers doutes.