‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 44 sur 88 · I.KS GUANDKS OUKHISONS DE LOURDES · texte numérisé non relu

I.KS GUANDKS OUKHISONS DE LOURDES

SOEUll MARIE-STÉPHANIE

RELIGIEUSE AUXILIAÏRIGE DE l’iMAIACULÉE-CONCEPTIOX d’aUTEUIL

Ulcère de l’estomac

Le 18 août dernier, le pèlerinage national partait de Paris. On enibar([iiait dans la matinée les grands malades dans le train blanc. Sur le quai ; les membres de l’Hospitalité de Notre-Dame du Salut, les amis, les parents, des curieux, et puis toujours ce même défilé d’infirmes, de poitrinaires, d’agonisants ; les uns portés sur des brancards, les autres se traînant sur des béquilles, plusieurs assis en groupe le long des murs, attendant leur tour.

On ne s’habitue pas à ce spectacle qui se renouvelle chaque année, mais qui réserve toujours des surprises nouvelles.

L’arrivée dans la gare de Sœur Marie-Stéphanie produisit une émotion générale.

« Je vis, nous dit le correspondant de V Univers, un fort rassemblement se former autour d’une civière qui avançait lentement et auprès de laquelle plusieurs personnes s’empressaient avec mille précautions pour le transport et le transbordement de la personne malade. La compassion était peinte sur tous les visages et aussi ce sentiment qu’on peut traduire ainsi :

« Celle-là est perdue! » Je m’approchai: une pauvre Sœur en robe noire, avec la cornette blanche, un voile noir et un ruban d’un bleu pâle, gisait sur un brancard plus morte que vive. Sa tète, délaissant l’oreiller placé sous elle, était approchée du bord, tournée de côté comme pour chercher ailleurs un repos qu’elle n’y trouvait pas, et, de ses deux bras, elle enlaçait celui d’une autre religieuse, femme robuste, qui l’accompagnait.

« Sur ce bras ami, on voyait qu’elle cherchait un appui pour son cœur autant que pour son pauvre corps anéanti. Les yeux étaient complètement fermés et ne s’ouvrirent pas une seule fois jusqu’à

l/lILCKHE DE l’estomac

son internement dans le wagon. Les plus indillérents étaient émus, et on se regardait en murmurant tout bas de lugubres paroles. » Quelle était donc la maladie qui avait pu mettre dans un si triste état celte religieuse encore jeune? Son médecin va nous l’apprendre. Le !)'■ Malliéné disait dans son certilicat : « La Sœur Marie-Stéphanie est atteinte d’un ulcère simple de l’estomac, avec vomissements de sang à répétitions. Elle est incapable de supporter de la

Sœur Marie-Stéphanie portée à la piscine.

nourriture, quelle qu’elle soit, et, d’accord avec le D‘' Labadie- Lagrave, Je la considère comme incurable. »

Avant de suivre cette Sœur dans son pèlerinage, faisons un retour sur son passé jusqu à cette date du 18 août, qui devait marquer une phase nouvelle dans sa vie.

Sa jeunesse. — Son entrée en religion. — Sa maladie.

Sœur Marie-Stéplianie est née à INlar.seille, elle est l’avantdernière de dix enfants, dont huit sont encore vivants ; orpheline

l.KS onANDES GUEIUSOXS DE EOTJRDES

‘lyi

(lès son bas âge, elle élail: resiée chez les religieuses jus(]u’à l’Age de dix-huit ans: son Ame s’étail ouverte facilement aux premières ins[)iralions de la grAce; an moment de sa première communion, elle se sentit appelée vers la vie religieuse. Quelques années après, en (juittant l’orphelinat, toutes ses pensées étaient tournées de ce C()té.

Son heau-frère et sa sœur pensèrent que ses idées se modifieraient

Retour des piscines. Un mois après.

au contaet du monde : il fallait éprouver eette vocation qui résultait pour eux de l’influence subie.

Pendant trois ans, cette jeune tille dut suivre ses parents dans les réunions, dans les spectacles, dut entendre des propositions de mariage ; son Ame aux aspirations si élevées, était sans cesse meurtrie; ces trois années de lutte lui ont laissé un souvenir pénible (pi’elle évoque à regret.

Un jour, à bout de forces, elle reprit le chemin de son orphelinat. Pendant un séjour de deux mois (pi’ellcüt auprès de ses anciennes maîtresses, elle se ressaisit. Comprenant mieux (pie jamais que sa place n’était pas dans le monde, elle prépare son trousseau et part

Le R. P. SEMPE

Supérieur général des Pères de Lourdes

l’ulcère de l’estomac

pour Paris sans avcrlir sa famille. Le 23 mai 1889, elle entrait chez les Dames Aiixiliatriccs d’Auteiiil.

Jusque-là elle avait été forte et robuste : mais dans ces derniers temps sa santé avait été très ébranlée, l^lle tit péniblement son noviciat, et si on consentit à la garder, c’est à cause des conditions exceptionnelles dans lesquelles elle se trouvait.

Sa dernière maladie remonte à l’épidémie d’influenza de i8()i.

C’est à cette époque qu’elle fut appelée chez la comtesse d’Eu, qui, la voyant fatiguée, l’envoya à Lourdes pour la première fois, il y a trois ans, demander sa guérison. Sa santé ne fut pas améliorée, les vomissements revenaient de temps à autre; depuis cette époque la Sœur ne s’est jamais bien rétablie : elle a toujours souffert de l’estomac. Dans l’intervalle de scs crises, elle reprenait toujours et ses gardes et ses veilles.

A la ün de novembre i8()5, à la suite de fatigues prolongées, les douleurs d’estomac revinrent avec une intensité nouvelle, et pour la première fois elle eut des vomissements de sang noir. La Sœur s’alite pour ne plus se relever; elle ne prend presque plus rien : un peu de lait et de revalescière.

Le 4 janvier, nouvelle crise qui dure douze heures, avec des hémorragies qu’on ne peut arrêter. On s’alarme autour de la malade.

la comtesse d’Eu lui envoie son médecin, le D>' Labadie- Lagrave, qui prescrit vainement de la peptone, du cognac, du consommé. Rien ne passe, tout ce que l’on fait prendre à la Sœur est immédiatement rejeté; les vomissements de sang sont toujours très abondants, l’état s’aggrave chaque jour, tout espoir humain semble perdu; les médecins ne dissimulent pas leurs craintes. Après une consultation, ils se demandent ce qu’il faut penser de cette religieuse; ils répondent tous : « Elle est sans ressource. »

C’est alors que la pensée de la malade se tourne vers Lourdes; on fait une première neuvaine aux âmes du Purgatoire pour coniiailre la volonté de Dieu. A la lin de la neuvaine, la Supérieure vient à l’inürmerie, parle du Pèlerinage. Il y avait à ce moment dans la salle une poitrinaire et Sœur Marie-Stéphanie. La poitri-

GUÉniSONS DE LOUnDES J U

I,K.S OHAA'DES GUKHISONS DK LOUHDKS

naire n’ose pas acccplcr, elle ciaiiit de ne pouvoir supporter lo voyas>e, elle l’a bien regretté depuis.

Sœur Stéplianie au contraire saisit a\ ce enthousiasme cette proposition : « Mais au moins ne mourez pas en route, lui dit la Supérieure, car on vous laissera où vous serez, on ne vous rapportera pas ici. »

Ou consulte le médecin : « Il n’y a plus d’espoir, dit-il; mourir pour mourir, autant vaut-il lui donner cette satisfaction. » On demande à la Sœur une déclaration formelle, d’après laquelle elle se déclare seule responsable des éventualités du voyage. Toutes ces réserves n’ébranlent pas un instant sa conlianee.

Le Pèlerinage. — La guérison.

Le moment de partir est arrivé; le jardinier des Sœurs, homme robuste, descend la malade dans ses bras et la dépose dans un landau; le cocher s’écrie : « Si cette Sœur ne meurt pas en route, ce sera un grand miracle. » Sœur Thérèse la soutient pendant que Sœur jNIaurice lui fait respirer des sels.

La iMère générale en la quittant, avait dit à Sœur Thérèse : « Si elle vient à mourir avant d’arriver à la gare d’Orléans, ramenezmoi son corps et que l’autre Sœur continue son pèlerinage. »

La Sœur inürmière emportait les papiers de l’état civil afin de faire promptement les déclarations de décès.

Ce que fut le voyage dans ces conditions, il est facile de se l’imaginer. A Poitiers, on la transporte chez les hospitalières où elle donne les plus grandes inquiétudes; on craint de ne pouvoir aller plus loin.

Enfin on arrive à Lourdes, la Sœur veut aller tout de suite à la Grotte; de la Grotte on la conduit aux piscines, et là sur ses instances réitérées on consent à la baigner.

(^uand ou la retire de l’eau, elle est bleue, cyanosée, glacée, son teint est cadavérique, son aspect clfrayant; on s’empresse de la porter à l’hopilal; on l’entoure de boules d’eau chaude, on lui donne une cuillerée à café de lait qu’elle vomit aussitôt.

1,’ULCKHK DK l’kSTOAIAC

Dans la soifée du même jour, un vendredi, à trois heures, clic revieul à la piscine; nouveau relus des dames baigneuses; nouvelles inslanccs de la Sœur. On lui laiL réciter son acledcconlrition, cl on la descend dans l’eau sur un drap.

Là. une douleur atroce la transperce, elle ressent un Iburmillemcnt général, sa ligure est décomposée, elle ne respire plus, on craint de la voir expirer.

Tout à coup elle pousse un cri : « Laissez-moi, laissez-moi, ditelle, je suis g'uérie. »

Et brusquement se redressant dans son drap, elle répète : « Je suis guérie! » Elle gravit seule les marches de la piscine, elle s’habille seule, elle demande à manger; elle se rend ensuite à la Grotte.

On lui approche un siège, et le P. Picard lui dit : « Quand on est guéri, on se met à genoux pour remercier la sainte Vierge. » Elle se met à genoux et reste près d’une heure en prière. Le matin, en arrivant, elle n’avait pu que jeter un regard sur la Vierge, aucune parole n’avait pu monter jusqu’à ses lèvres, et maintenant quelles prières ferventes! quel acte brûlant de reconnaissance et d’amour montait de tout son être!

De la Grotte, la Sœur vient au Bureau des constatations; elle est là devant nous, portant encore sur son visage la trace des ravages que la maladie a profondément creusés; c’est la statue de la douleur. La souffrance a brisé les dernières énergies de sa nature ; la Sœur marche affaissée, pliée sur elle-même, se soutenant au bras d’une religieuse; elle est d’une pâleur de cire, son regard conserve seul une dernière étincelle, sa parole est faible, mais d’une très grande douceur. Les religieuses qui raccompagnent nous disent qu’elle vient d’être guérie dans la piscine.

Mais comment était-elle donc avant sa guérison?

Je lui offre une tasse de lait; elle la prend entre ses deux mains tremblantes, hésite, nous regarde et semble demander grâce. Avait-elle désappris à porter la nourriture à ses lèvres? Etait-elle trop émue? Nous la faisons entrer dans un cabinet séparé, et là,

loin des regards du public, en s’essayant et se reprenant à plusieurs fois, elle boit à traits interrompus sa tasse de lait.

I,KS GUANDES (iUEHISONS DE LOURDES

« SoulIVcz-voiis, lui dis-je? ce lait vous pèsc-t-il? — Mais non, je ne soudrc pas, je me sens mieux. »

Pendant ce temps, une foule compacte se pressait à la porte de noire Bureau ; tout le monde voulait voir la Sœur, l’entendre parler, constater sa guérison. Il était impossible de contenir cet enthousiasme; la Sœur aurait été perdue, noyée au milieu de ces poussées irrésistibles. Nous dûmes la faire sortir à la dérobée, par une porte latérale et la faire conduire en voiture, directement à l’hôpital; mais la foule eut bientôt retrouvé sa trace, et la suivit en raccompagnant de scs acclamations enthousiastes.

Dès ce moment, la guérison s’est effectuée avec une rapidité qui défie toute explication. Pendant tout le voyage, la Sœur n’avait pris que quelques cuillerées d’eau de Lourdes. Le matin même de ce jour, elle vomissait une cuillerée à café de lait.

Au sortir de la piscine, elle prend du chocolat, du lait à la Grotte ; du lait dans notre Bureau; à l’hôpital un potage et dans la soirée du lait et des gâteaux; elle s’endort d’un sommeil tranquille. Le lendemain matin, une tasse de chocolat, puis à midi, des œufs, du pâté, des fruits, du vin ciu’elle n’avait pas bu depuis cinq ans; on ne peut la rassasier.

Son estomac digère admirablement tout ce qu’on lui donne.

Cette guérison a produit une émotion profonde parmi nos pèlerins. Un incrédule qui était à côté de la Sœur à la Grotte n’a pu s’empêcher de lui dire : a Votre guérison dissipe tous mes dou tes. » Un autre est venu la voir à l’hôpital, et s’est mis à fondre en larmes en l’écoutant.

Que d’interrogatoires elle a subis pendant les trois jours du pèlerinage !

Au retour, la môme curiosité la suivait partout; les journaux avaient déjà répandu la nouvelle de sa guérison. A Poitiers, les Sœurs hospitalières cpii l’avaient soignée le dimanche précédent, vinrent la voir à la gare et furent absolument stupéfaites. Les employés du chemin de fer ne la reconnurent pas. A la descente du train, à Paris, elle trouve laSupérieuregénérale, l’aumônier, plusieurs religieuses venues au-devantd’clle; toute la communauté l’attendait

l’ulckre de l’estomac

à la ohapclle pour chauler le ]\[agnificat. Eu sortant de lacliapelle, elle doit reprendre le récit de sa guérison devant cpiarante religieuses réunies pour l’enteudre.

Sa parole ne suHlt pas, on demande des preuves, on veut la voir manger. On lui apporte du lait, du chocolat, du pain, elle mange de tout; puis elle fait le tour de la salle, elle embrasse toutes les Sœurs.

Les médecins prennent leur part de renthousiasme, de l’élonnement général. Le D*' Malhéné rédige le certiticat suivant :

Je soussigné, ancien interne des liôpitaux de Paris, certifie que je viens de voir la Sœur Marie-Stéphanie, des Sœurs de rimniaculée-Conception, 78, rue La Fontaine, qui revient de Lourdes ;

Que je constate un changement merveilleux dans son état; qu’à la place de la malade ayant à peine un souille de vie et que l’on craignait de ne pas voir arriver en vie à la gare, je trouve une personne se tenant droite, venant d’arriver de la chapelle au parloir, quand elle n’avait pas fait un pas à l'inlirmerie depuis j)lusieurs mois; que je viens de palper la région gastrique, profondément, sans qu’elle ressente la moindre douleur, quand elle soutfrait extrêmement à la moindre palpation que l’on pratiquait; elle supporte la nourriture, pain, œufs, viande, quand, depuis près d’une année, elle n’avait pris aucune nourriture solide, et qu’elle éprouvait des vomissements répétés quand on essayait de lui faire prendre quelques cuillerées de lait ou de revalescière ; et qu’enlîn depuis cinq jours elle boit de l’eau rougie, quand depuis cinq ans elle n’avait pu absorber la moindre goutte de vin sans éprouver des aigreurs ou des vomissements.

En foi de quoi, j’ai délivré le présent certilîcat que je déclare conforme à la vérité.

Paris, le 26 août 1896.

D’’ Malhéxé,

rue d’Auteiiil.

J’ai revu la Sœur le 22 novembre à Paris, elle était transformée! A Lourdes, sa tèteparaissaitréduite, affinée, ses traits étaient immobilisés et ses yeux perdus dans le souvenir de sa douleur. A Paris, sa physionomie a retrouvé son coloris et son éelat: son regard est bien viv^ant, elle est là devant nous souriante, avee sa parole nette, claire et toujours d’une grande douceur. Un rayon du eiel semble l’envelopper eneore et répandre sur ses traits un charme particulier.

La maladie n’a fait qu’épurer son âme en la dégageant de tout lien terrestre ; il n’y a pas chez elle ee quelque chose de heurté.

‘2-jH M-’S grandes guérisons J)E lourdes

Irace dos lullcs (|uc nous Iroiivons souvciil chez les gens du monde; loul pavail liannonieux,

Les médeeins qui renlourent, professeurs, meml)res de l’Académie, médeeins des hôpilanx, nepenvenlse lasser de l’inlerroger ; elle leur dil qu’elle pesail 90 livres à Lourdes : elle en [)èse ii5: elle a engraissé de a5 livres dans l’espace de deux mois. Elle raconle sa guérison avec une grande sinqilicité, sa mémoire (idole n’a rien oublié; elle glisse volonliers sur loutes les émolions qui ont rempli son àme pendant ces jours de pèlerinage.

J’ai vu la Sœur une dernière fois avec son médecin. Le D>^Malbéné a bien voulu m’exposer toutes les phases de cette longue et cruelle maladie, m’a fait connaître les Jugements portés par tous les médecins qui avaient soigné cette religieuse. Elle avait un ulcère de l’estomac, très grave par les hémorragies abondantes qui pouvaient entraîner la mort d’une façon foudroyante; au point où elle se trouvait quand elle est partie pour Lourdes, tout espoir de guérison paraissait perdu.

Sans doute, les prévisions humaines peuvent être déjouées ; un malade condamné peut guérir. Cependant si la guérison n’était pas impossible, par une reprise graduelle avec des soins [appropriés, elle l’était absolument en une seconde, sans transition, avec un bain d’eau froide.

Ces récits, en passant par notre plume, sont toujours décolorés. Que ceux qui voudraient les retrouver dans toute la vivacité de leur couleur, aillent frapper au numéro 78 de la rue [La Fontaine, Sœur Stéphanie remettra sous leurs yeux] tous les épisodes émouvants de ces grands jours. Ils retrouveront, en l’écoutant, (pielque chose de cette émotion (pii soulcvaitsur son passage despnilliersde pèlerins.

Sœur Stéphanie appartient à rimmaculéc-Conception d’Auteuil, communauté fondée en i858, l’année même des apparitions. Les Sœurs ont adopté la ceinture bleue. Les événements de Lourdes étaient encore peu connus, et c’est par iiuc disposilion providentielle ([ue leur nom et leur costume répondent si l)icn à ce programme.

l’ulckuk de l’esto>[ac

‘-ijf)

La slaliie (le la Yicfi>'c (le Louiales domine l’autel de leur chapelle, placée dans une niche, éclairée j^ar eu haut ; elle se détache eu pleine lumière e! Trappe le regard ; c’est h'i, au pied de celle statue, ([ue les religieuses sont venues bien souvent demander la guérison de leur Sœur, et viennent cluKpie jour rendre grâce des laveurs obtenues.

SARAII ARTER

Cette guérison a eu un grand retentissement surtout en Angleterre. Nous allons reproduire l’article suivant du Tciblct du septembre, qui contient la relation de celle guérison.

« Cette histoire, dit le journal, est le récit de la guérison merveilleuse d’une jeune femme, qui demeure dans les environs d’El- Iham, près Londres, et qui est allée dernièrement à Lourdes avec le Pèlerinage national de France. Cette jeune femme et sa mère sont venues habiter Ellham au mois d’aoùt dernier. Avant cette <late, elles demeuraient à South Kensingtoii, un ([uarlier de Londres.

« Depuis leur installation à Eltham, je leur ai fait plusieurs visites ; tout ce que je vais raconter, je l’ai vu moi-mème, ou je l’ai appris de leur bouche.

« J’essayerai de raconter les faits sans les exagérer, car la vérité est si merveilleuse qu’elle ne demande aucune addition de ma part.

« Sarah Arter, âgée de trente-cim| ans, a souffert plus ou moins, depuis l’àge de dix-huit ans, d’une maladie d’estomac.

(( Depuis cinq ans, elle était alitée. Quant à la nature précise de sa maladie, les médecins n’ont pas été tout à fait d’accord. Qucl- <[ue.s-uns ont dit que c’était un cancer à l’estomac; d’autres une tumeur ou des ulcères.

« Elle a été soignée dans plusieurs hôpitaux, notamment à cinq reprises dans l’hôpital Saint-Georges, et une fois, dans l’hôpital pour les cancéreux. Dans ce dernier, on a déclaré que sa maladie

Sarali Arter.

était un cancer à l’estomac et on l’a traitée pour cette affeetion; car les symptômes de son mal appuyaient ce diagnostic.

« D’habitude, elle soulfrait d’une vive douleur, et pendant des années, elle n’avait pris aucune nourriture, sans la rendre immédiatement.

Les Hospitaliers de l’Hôpital municipal pendant le pèlerinage national.

L’riXÈUK DE l’estomac

« Elle ne pouvait pas même siippoiicr une tasse de (lié ou une tarline. De temps en lemps, elle vomissait du sang qui avait une odeur lëlide.

« Les médeeins de l’hopilal lui ont déclaré qu’on ne pouvait plus rien pour elle. Il parait qu’ils avaient essayé tous les remèdes. Il y a trois ans, le D‘’ Foulerton lui introduisit, par la gorge, un tube dans l’estomac, pour le laver entièrement; durant trois semaines, il lui lit prendre toute sa nourriture par des injections. Les médecins lui ayant dit enfin qu’elle était inguérissable, elle s’est adressée à Celui qui seul pouvait lui rendre la santé s’il le jugeait convenable.

« Elle s’est décidée à faire le voyage de Lourdes pour demander l’intercession de Noire-Dame, aün d’être guérie si c’était la volonté de Dieu. En même temps, si Dieu le voulait ainsi, elle était tout à fait résignée à souffrir et à mourir.

« Je l’ai vue partir de Cannon-Street, une gare de Londres, accompagnée de la Sœur Julienne. 11 a fallu la porter dans une chaise de malade jusqu’au train, puis du train jusqu’au bateau. Je dois l’avouer, quand je leur ai dit adieu à la gare, je l’ai vue si faible que j’ai sérieusement douté que jamais elle pût arriver à Lourdes. Le même jour, elles étaient à Paris ; Sarali aux trois-quarts morte, resta au lit tout le lendemain, jusqu’à l’après-midi du samedi, à l’heure où le train blanc devait partir pour Lourdes. Il avait été réglé que le train blanc s’arrêterait à Poitiers, qui est à moitié chemin, depuis le dimanche matin jusqu’au lundi, aün de donner un peu de repos aux pèlerins.

a Sarali était si malade, en arrivant à Poitiers, qu’il fallut la transporter sur un brancard au couvent du Sacré-Cœur, où Mme^lunster, une de ses amies, avait faitpréparer un logement pour elle et la Sœur Julienne. Le dimanche matin, on se décida à lui donner la sainte communion en viatique, car on doutait beaucoup qu’elle pùt arriver en vie à Lourdes.

« Cependant la maladie de l’estomac paraissait augmenter, et elle souffrit l’agonie la plus poignante pendant le voyage de Poitiers à Lourdes.

LKS (;HAN1)KS GIIKIUSONS DIC LOURDES

« Le Irain aniva à l^ourdcs vers eiiiq heures, le mardi malin; Sarah fui eouduile aussilol <[ue possible à la flrolle el mise à lapiseiue. A peine dans l’eau, sa douleur d’eslomae disparul lolalement ; elle se seutil guérie. (iOmme elle voyageait avee les pèlerins du Iraiu hlane, son logement était préparé à l’holel des Douleurs. Ou ne tarda pas à nous faire savoir la guérison.

« La pauvre mère s’est prescpie trouvée mal en apprenant la guérison de sa lille. Sarah, qui quelques heures auparavant ne pouvait manger la moindre chose sans vomir, trouvait maintenant la nourriture de l’iujpital insutïisante ; la Sœur la conduisit au restaurant de l’Hôtel d’Angleterre, où elle dévora deux portions de poulet , du pain et des haricots, non sans boire quatre tasses de thé. Elle lit de là, pour retourner à la Grotte, un quart de mille anglais: puis elle se présenta au Bureau des consultations pour être vue des médecins. Elle fut questionnée par un grand nombre d’entre eux (]ui, après avoir lu le certificat de sa maladie, apporté de Londres, et après avoir examiné Sarah, la déclarèrent guérie.

« Elle fut obligée de laisser le certificat entre leurs mains, mais autant (pi’elle s’en souvient, m’a-t-elle dit, il était conçu en ces termes :

« J’ai connu et soigné Sarah Arter pendant trois ans; durant tout ce temps et quelques années précédentes, elle a été tout à fait alitée. Elle a des ulcères dans l’estomac qui la font beaucoup soullVir et qui sont inguérissables. Signé: Alexandre Foulerlon, i‘2‘2, Brompton Road, Londres. »

« Sans un certiticat donné par un docteur et la disant inguérissable, je UC pense pas que le comité eût accepté Sarah Arter pour faire le voyage dans le train blanc.

« Elle revint lundi dernier, sortit du train, traversa la plate-forme et monta sans aide les marches du pont du nouvel Ellham. Elle qui, dix jours auparavant, était presque morte de fatigue après le voyage de Londres à Paris, maintenant revenait guérie et nullement fatiguée par sou voyage de Paris, (pi’elle avait (piilté à onze heures du malin. Je l’ai accompagnée chez elle, où elle a mangé un bon souper de viande froide et bu une bouteille de « Porter ». Tous les

l/rr.CKUE DE l’estomac

joui's elle engraisse et gagne des forces: elle marche, mais elle est encore faible. Je n’ai rien à ajonler à ce récit si ce n’est (]nc tout ce ({lie j’ai raconté est la simple vérité, sans, je l’espère, aucune exagération.

« (hic ehaenn pense ce qu'il lui plaira de celte guérison; pour moi c’est un miracle. »

LES FAUX MIRACLES

Le faux miracle de Moscou, malade g^uéri par une sorcière, — Une lellre du professeur russe Ivog-eAviiikolf. — Différence entre les vrais et les faux miracles. — L’instantanéité n’est qu’apparente dans les faux miracles.

A plupart des journaux de médeeine russes et aller , mands ; en France, le Temps, la Médecine moderne, la Revue de V Hypnotisme, le Mouvement thérapeutique, etc., ont enregistré, avec ou sans coinmenlaire, l’histoire d’une cure, soi-disant miraculeuse, constatée à Moscou.

Un professeur de l’université de cette ville était atteint depuis neuf mois d’un sycosis, sorte de teigne ou dartre développée dans la barbe ; il avait vainement consulté les spécialistes les plus célèbres, rien n’avait pu le débarrasser de cette maladie ; sur les conseils de sa blanchisseuse, il s’est adressé à une vieille femme qui l’a guéri très rapidement à la suite de quelques prières faites dans une église orthodoxe.

Cette observation a été communiquée par le professeur Kogewnikoff, le Charcot de Moscou, le médecin le plus célèbre de la Russie par sa connaissance des maladies nerveuses.

On a fait grand bruit autour de ce fait qui doit mettre à néant,

lÆS (;HANI)KS (iUlUUSOiVS de eoi IJDKS

ijS()

nous di 1-011, le caiacLèrc surnalurcl des guérisons de Lourdes. La presse s’en esl emparée et, comme de coulume, a dénaturé les délails essentiels. (Quelle aubaine, répètent à l’cnvi tous les échos, si ce malade, professeur à l’Université, au lieu d’aller eu compagnie d’une bonne vieille deux ou trois fois au temple de Saint-Sauveur, s’élait rendu à Lourdes et en était revenu guéri !

Dans la Revue de V Hypnotisme du mois de janvier, nous lisons :

« En soumeltant à la discussion d’une société savante l’bistoire de cetle cure merveilleuse, le professeur Kogewnikolf a fait preuve d'un grand courage scientifKjue (le suprême courage pour les médecins français, c’est d’oser parler du miracle). Sa communication aura un retentissement considérable, elle rappellera l’attention sur des faits analogues auxipiels on n’avait pas accordé tout l’intérêt qu’ils méritent.

« A la veille de sa mort, dans un article que l’on pouvait considérer comme son testament scientilique, Charcot discutait le mécanisme intime par lequel s’effectuent les guérisons miraculeuses. Dans celte étude sur la « foi qui guérit », Charcot montrait toutes les ressources que peut nous fournir la suggestion utilisée d’une façon méthodique, opposant les résultats qu’elle nous donne aux guérisons obtenues dans les principaux sanctuaires religieux. »

Enlin, M. Dumontpallier, s’adressant aux membres de laSociélé de psychologie, leur disait, toujours à propos de la guérison de Moscou : « Grâce à vous, une foule de questions qui apparaissent revêtues des allures du merveilleux, seront explicpiées et résolues. Ce sera la gloire de votre société d’avoir contribué à une révolution scientifique de eette importance. »

Nous sommes donc à la veille d’une révolution dans la science; c’est le fait de Moscou'qui précipite ce mouvement. Etudions-le en reprenant tous les détails à leur source ; laissons de coté les préocciqiations de doctrine <{ui pourraient troubler notre jugement. Avant de conclure, mettons tous les éléments du débat sous les yeux de nos lecteurs.

LRS TAUX :siii{A(;li:s

Guérison d’un sycosis ou teigne du menton, à la suite d’une prière faite par une femme dans une église russe. — Guérison d’un lupus : Marie Lemarchand. — La demoiselle Coïrin et Joachime Dehant.

La Médecine moderne dans son nninéro du i5 janvier, rapporte en ees termes la relation de eelte guérison :

« Le malade en<piestion, professeur de l’Université de Moscou, est âgé de trente ans, bien constitué, nerveux et impressionnable. Sa santé avait été bonne jusque-là. Il a une clievelure abondante et une barbe très fournie. Au mois de juillet i8()4) le malade au cours d’un voyage au Caucase entrepris par suite de surmenage intellectuel, est resté sans être rasé pendant trois semaines. A son retour, il s’est aperçu de l’apparition de quelques boutons sur la joue gauche ; leur nombre augmentait avec tendance à la symétrie, quelques-uns ont suppuré. Les médecins ont diagnostiqué dès lors un sycosis. Depuis l’état s’aggrava peu à peu malgré un traitement énergique. Vers le milieu de l’année suivante, le menton, les joues et la lèvre inférieure étaient couverts d’une éruption presque conlluente. La peau des régions recouvertes par la barbe, surtout la lèvre inférieure était enflée.

« Après la chute des croûtes, il restait une peau rouge suintante, qui ne tardait pas à se recouvrir de nouveaux boutons. L’aspect du malade était tel qu’il n’osait presque pas sortir. Les pansements très épais étaient rapidement trempés.

« Pendant les neuf mois f[ue dura la maladie, elle fut inutilement traitée par les spécialistes les plus éminents de Moscou, Berlin, Vienne, etc. Par l’examen microscopique et par la culture, on trouva tous les germes de la teigne (le staphylocoque doré).

« A ce moment, un ancien soldat lui conseilla d’appliquer de l’eau ammoniacale ; les effets furent d’abord assez bons; les boutons disparurent, mais pour apparaître de nouveau quelques jours après. En désespoir de cause, le malade recourut aux homéopathes, mais toujours sans succès. C’est alors que sur les conseils de sa

1,KS GUANDKS GUKIUSONS DE I,OURDES

blanchisseuse le malade s’adressa à une bonne femme qui, ayant examiné l’éruption, déclara qu’elle ne pouvait être f^uérie que par des prières.

« Je prierai le bon Dieu, et la maladie disparaîtra. »

Le malade consentit à se soumettre au traitement par la prière et arriva le lendemain au rendez-vous au temple de Saint- Sauveur.

« Que dois-je faire? demanda-t-il, une fois dans l’intérieur de l’église.

— Rien, restez ici, moi je prierai. (La prière à voix basse dura trois ou quatre minutes.) Maintenant, Monsieur, retournez chez vous, mais revenez ce soir, je ferai de nouveau la prière et la maladie disparaîtra avec l’aide de Dieu. »

« Le môme jour, la tuméfaction de la face commença à diminuer, les boutons se fanaient, la suppuration commença à tarir, et le soir même, le malade se décida pour la première fois à se montrer dans la rue sans pansement.

A l’église, les choses se passèrent exactement delamême manière que le matin. La prière dura trois ou quatre minutes ; le malade fut engagé à revenir le lendemain. Il ne manqua pas au rendezvous. Après la troisième séance à l’église, l’amélioration était des plus nettes : la suppuration était complètement arrêtée, la tuméfaction de la face avait disparu; il se montra une desquamation excessivement abondante. Enfin, le troisième jour de ee traitement, le malade se trouvait tellement bien qu’il se fit raser, et le coifleur ne eonstata rien d’anormal qu’un très grand nombre de pellicules. »

Après avoir pris connaissance de celte relation, j’écrivis au professeur Kogewnikolf pour lui demander de me fournir quelques éclaircissements qui m’étaient néeessaires ; il me répondit :

« J’ai publié l’observation qui vous intéresse dans un journal russe. Elle a été reproduite dans un journal français, la Médecine moderne.

, , « Je tiens à ajouter quelques détails relatifs à la vieille femme qui avait joué un rôle si important dans la guérison de IM. D... C’est

LES FAUX MIRACLES

une personne sans iiislrucüon, qui élail baig'iieuse dans un établissement de l)ains russes et (pii entre antres s’occupait de pralûpie médicale. Scs moyens tliérapenticpies consistaient, tantôt en usage de médicaments empruntés à la médecine populaire, le plus souvent cnconjuralionsctparrois en prières. La lionne lemmeassurait qu’elle usait d'une prière spéciale qu’elle seule connaissait et (pi’elle ne pouvait communiipicr à personne, dans la crainte de perdre sa force curative. »

Ces indications ne pouvaient me suffire. Inslruit par une expérience déjà longue, Je savais qu’en ces matières les moindres détails ont leur importance. J’écrivis une seconde fois au professeur Kogewnikolf en lui demandant de vouloir bien me dire quelle étaitrétcndueetla profondeur des plaies. Dépassaient-elles l’épaisseur delà peau? En second lieu la guérison avait-elle été instantanée ou avait-elle demandé quelques jours? J’ajoutais :

« ^lalgré la düïerence de religion qui nous sépare, j’ai la conliance que vous voudrez bien me fournir ces éclaircissements. J’étudie depuis longtemps les guérisons de Lourdes, et ces (piestions ont pour moi beaucoup d’intérêt. ]\Ics collègues de France, moins libéraux que vous, refusent le plus souvent de me prêter leur concours dans les sujets qui touchent de près ou de loin à la religion. Nous devons pourtant analyser les faits qui sont de notre ressort en toute liberté d’esprit et sans nous préoccuper de l’interprétation (pi’ils peuvent recevoir, w

Le D>‘ Kogewnikolf me répondit la lettre suivante dont tous les mots doivent être soulignés et qui va nous donner le véritable caractère et de la maladie et de la guérison.

Moscou, C-IS lévrier 1SD6.

Monsieur et très honoré confrère,

Je m’empresse de vous informer, en réponse à voire dernière lettre, que le malade en question ne présentait point de plaie. Sa maladie consistait en suppuration des follicules pileux et se manifestait par des pustules qui ne dépassaient pas l’épaisseur de la peau. Celle-ci olfrait en outre un état inllammatoire mal limité.

La guérison s’est produite dans l’espace de deux à trois jours.

Prof. Al. Kogevv.mkoff.

LKS GRANDES (;UEIUSONS DK LOURDES

A'oilà une cure miraculeuse bien comprise ou lout au moins ramenée à (les proporlious moindres. Il n’y a pas de plaie. — L’iuslaulauéiLé de la j^ucrisou loiile relative doit s’entendre dans le sens de deux ou trois jours.

Les laits de Lourdes sont autrement nets et eoncluants.

Opposons la guérison de Marie Lemarchand, la malade au lupus, à la guérison du professeur de Moscou. Dès les premiers mots, les contrastes vont s’accentuer et la contrefaçon du miracle va ressortir dans tons les termes.

Chez le professeur, toute la peau du menton et de la lèvre inférieure est ronge, gonllée, la racine des poils est malade, suppure par points isolés ; il se forme des croûtes là où le suintement est plus abondant. Mais enlin il n’y a pas de plaie.

jNlarie Lemarchand avait les deux joues, la i)artie inférieure du nez, la lèvre supérieure rongées par un ulcère tuberculeux qui sécrétait un pus très abondant. Cet ulcère qui détruisait les tissus dans toute leur épaisseur, gagnait l’intérieur de la bouche.

L’aspect de cette malade était repoussant.

La santé générale du professeur de ÎNloscou était bonne, la maladie de sa barbe était accidentelle et purement locale, sa guérison devait meme se produire spontanément dans un certain délai.

Marie Lemarchand avait à la jambe un ulcère de meme nature, un lupus. En outre, elle présentait du ct)té de la poitrine tous les signes d’une phtisie bien conlirmée, sa vie était menacée ; celle du professeur ne courait aucun risque.

Le ‘21 août Marie Lemarchand fut instantanément guérie

à la piscine. Cette plaie hideuse fut recouverte à vue d’œil par un épiderme de nouvelle formation, tous ces trous, tous ces ulcères furent comblés, cicatrisés. Sa guérison avait demandé cpiatre ou ciiK| minutes. Celle du professeur s’est elfectuée dans l’espace de deux ou trois jours. C’était une reprise graduelle, avec desquamation abondante ; la peau se renouvelait d’une manière visible et progressive.

Peut-on dire (pi’ily a parité entre les deux faits? Non.

Charcot, dans son travail sur la foi (pii guérit, travail tpie l’on

LES FAUX ^miACI,ES

considère comme son tcslament scicnliü(|nc, nous avait oppose la guérison de la D"° Coïrin survenue en , il y a cent

soixante-cinq ans. Il est toujours lacile d’cdilier une llièse avec des laits ([ue personne ne peut contrôler. Cliarcot nous disait : « Le 12 août i^Si, cette malade appli(pie sur la plaie qu’elle avait à la poitrine, de la terre prise auprès du sépulcre du diaere Paris, et aussitôt elle remarque que le trou profond s’était séché, et commençait à se fermer.

« Toutefois il faut ajouter, dit-il, que la plaie du sein n’était eomplètement cicatrisée qu’à la lin du mois, dix-huit jours après, et que la malade ne put sortir et monter en voiture que le 3o septembre, c’est-à-dire quarante-huit jours plus tard. » Voilà la plus belle guérison instantanée qui a mérité de fixer l’attention du maitre et d’etre prise comme type du miracle.

Charcot nous fait observer à ce propos que la cicatrisation complète d’une plaie par n’importe quel procédé demande toujours un temps normal et suffisant pour s’effectuer, et quinze Jours au moins sont nécessaires pour fermer une plaie profonde.

A Lourdes, l’instantanéité n’est pas relative, elle est absolue, elle n’est pas soumise à une loi physiologique, elle est contraire à toute loi.

A la guérison de la Coïrin, J’opposai la guérison de Joachime Déliant. Joachime entre dans la piscine avec une plaie de trente-deux centimètres de long, compliquée de carie et de gangrène ; en quelques instants les os, les tendons, l’articulation, tout est refait, tout est en place; on dirait qu’on a passé sur sa Jambe un bas fait d’une peau neuve.

Cette guérison a eu cent lémoins, a été contrôlée par un grand nombre de médecins, elle n’a pas rencontré un seul contradicteur.

Si nous n’avions à Lourdes que des guérisons comme celle du professeur de Moscou, avec quel dédain ne traiterait-on pas ces résultats? surtout si on pouvait nous opposer des guérisons dans le genre de celles de Marie Lemarchand ou Joachime Déliant.

Mais les rôles sont intervertis ; à dessein on nous oppose des

LES GHANDES (;UEUISONS DE EOURDES

faits (|iii peuvent recevoir une explication naturelle, mais (jni en passant (rnne feuille à l’autre, linisscnl par être complètement dénaturés, et prennent les allures du merveilleux.

Ainsi la malade de Charcot avait un cancer, nous dit-on, qui fut g'uéri instantanément au contact de la fameuse terre. Un peu plus loin on nous cxpli([uc que le mot cancer ne doit pas être pris au pied de la lettre et veut dire simplement une plaie. De même qu’on nous dit que la guérison inslantanée a demandé de vingt à cinquante jours.

Pour le malade de Russie, nous lisons : « Tout son menton n’était (ju’nne plaie qui fut guérie instantanément par une sorcière. » 11 faut lire : « Il n’avait pas de plaie, un simple gontlement, et il a été guéri dans l'espace de deux ou trois Jours. »

C’est ainsi qu’on crée des légendes; les Journaux reproduiront ces observations sans tenir compte des rectifications faites par les auteurs eux-mêmes. Aux plaies nerveuses, à la théorie de la foi qui g'uérit, on ajoutera sans scrupule la teigne du professeur de Russie. Et la légende fera son chemin plus sûrement que la vérité.

Méfions-nous de ces objections à grand efl’et, qui ne reposent sur aucune donnée sérieuse. Ne nous attardons pas à chercher des explications à ce qui n’existe pas.

Nous ne parlons ici que des objections qui nous sont faites par des hommes autorisés, par des académiciens et des professeurs. ()ue serait-ce si nous rappelions les objections qui ont cours dans la foule ?

L’un nous écrit : « J’ai vu guérir des verrues par suggestion : dans huit ou quinze Jours elles ont disparu. »

Un maître ès arts ou licencié d’Oxford nous envoie d’Ecosse scs objections : « Je suis en train, nous dit-il, de faire un article dont vous aurez commuuieation, sur des ineidenis analogues au miracle du cierge. J’en ai beaucoup de pareils. On eu a constaté parmi les Hindous méridionaux au Malabar; vous eu trouverez aussi dans Pline, Strabon ; Virgile nous raconte dans V Enéide, chapitre xi, vers 785, que les prêtres graissaient la plante de leurs pieds avec

LES FAUX MIRACLES

une certaine substance et passaient sur des charbons ardents sans se brûler. » Il est probable (pi’ils passaient rapidement; ils renouvelaient ainsi le jeu de nos cuisinières qui, sur répiderme durci de leurs mains, peuvent prendre une braise incandescente et la rejeter vivement dans le foyer.

Charcot prend ses exemples au siècle dernier; les polémiques actuelles nous entraînent à Moscou. Ce licencié d’Oxlbrd a plus d’envergure; il remonte d’un bond à dix-neuf siècles en arrière et nous propose un voyage dans l’Inde, au Malabar.

Les faits de Lourdes sont d’une vérification plus facile , nous les avons constatés hier, nous les constaterons demain. Ce n’est pas seulement en France, c’est dans le monde entier que l’on obtient des guérisons en invoquant le nom de la Vierge Immaculée, en buvant l’eau de la Grotte. Ces guérisons, la science ne peut ni les reproduire, ni les expliquer.

Le tableau suivant va nous permettre de résumer en quelques mots les développements qui précèdent :

Miracles de la science

Charcot. — La demoiselle Coïrin guérit d’un cancer, qui n’est pas un cancer, dans l’espace de dix-huit jours . Sa convalescence demande quarante-huit jours. C’est ce qu’on appelle une guérison instantanée. Le fait s'est passé il y a cent soixantecinq ans.

Professeur Kogewnikoff, de Moscou. — Cure miraculeuse d’un .sycosis ou dartre du menton. Il n’y a pas de plaie, mais de l’inflammation et de la suppuration des poils de la barbe. Guérison en deux ou trois jours par les prières d’une vieille femme.

Guérisons de Lourdes

Joachime Déliant. — Plaie à la jambe de 82 centimètres de long.

Compliquée de gangrène et de carie des os. Guérison en une séance dans la piscine. Les os, les tendons, l'articulation, la peau, tout est en place, tout est refait. On dirait qu’on a passé sur la jambe un bas fait d’une peau neuve.

Marie Lemarchand {Élise Rouquet, de Zola). — Lupus qui a rongé le nez, la bouche, les joues. Tubercules dans les poumons. Suppuration abondante. Aspect repoussant. Guérison instantanée dans la piscine, le 21 août 1892.

Depuis trente-huit ans, les guérisons ne cessent de se produire à Lourdes, sous toutes les formes et dans les cas les plus déses-

m:s grandes (;uerisons de lourdes

priés. Aux observations sans nombre qui ont été publiées, on n’a trouvé à nous opposer que deux exemples. On a vu ee ([u’ils valaient. Les objeelions de nos adversaires mettent en relief bien mieux que nous ne saurions le faire les didérenees profondes qui séparent les résultats obtenus dans nos eliniques des résultats (pie nous constatons auprès de la grotte,

La scieuee, ennemie de toute croyance, accepte tous les concours pour battre en brèche les manifestations surnaturelles. Elle nous oppose les praticpics des magiciens et des sorciers, elle exalte la puissance des forces naturelles, elle fausse toute notion en donnant à l’hystérie un champ sans limites. On ne se reconnait plus dans cette couception nouvelle d’une maladie dont personne ne peut se llatter d’ètre exempt.

On nous oppose des faits controuvés, sans valeur, sorte de fausse monnaie qui ne devrait pas avoir cours entre gens sérieux et convaincus. On a recours aux arguments les plus subtils pour faire intervenir à tout propos sa suggestion. Au sujet du malade de Moscou, on nous dit : « Pendant la prière, le malade prétend avoir conservé tout son calme, ne sentant aucune exaltation religieuse particulière, et considérant toute la procédure comme un moyen tliérapeuti(|uc. »

La chose nous parait en effet très probable. Cette supposition renverse les théories suggestives ; on ajoute aussitôt : « Il n’est pas douteux cependant <pie la cérémonie a produit sur lui un effet plus ou moins profond : le grand temple presque AÛde, les cantiipies lointains, la présence d’une femme ({ui fait sa prière pour sa guérison, tout cela était peu banal, trampiillisait le malade et lui donnait l’espoir de guérir. » Il serait encore moins banal de reconnaître que l’on ignore le mécanisme de cette guérison, et qu’il n’y a peut-être qu’une simple coïncidence entre cette amélioration et les prières de la vieille femme. Mais, en ces matières, les opinions sont libres. On discutera toujours sur les rapports du physique et du moral, on peut se donner libre carrière, le champ est sans limite.

Il nous suffit d’avoir marqué une fois de plus les dilfércnces

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