‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 46 sur 88 · LE PÈRE HERMANN · texte numérisé non relu

LE PÈRE HERMANN

Glaucome

Une (les premières guérisons publiées par les Annales est eelle du P. Hermann. Ce religieux, fatigué par le travail, voit depuis uu an sa vue s’affaiblir de jour en jour. Le repos absolu, l’air de la montagne ne peuvent arrêter les progrès du mal. Toute lecture devient impossible, même celle du bréviaire. Il part pour Bordeaux, et va consulter un oculiste célèbre, le D'’ Guépin. On examine ses yeux avec la plus sérieuse attention, et on les trouve dans un état fort alarmant; il y a des obnubilations, une excavation des pupilles optiques, une teinte grisâtre sur le fond de l’œil. De l’ensemble de ces faits, le médecin conclut formellement à l’existence d’un glaucome. Il propose de recourir à l’excision de l'iris. Le frère du P. Hermann, Louis Cohen, a été opéré lui aussi d’une cataracte avec excision de l’iris, par de Graefe.

Au retour de Bordeaux, le mal empire chaque jour. La lecture devient impossible, et l’organe de la vision ne peut plus supporter l’éclat de la lumière. C’est à ce moment (|u’on lui suggère l’idée d’une neuvaine à Notre-Dame de Lourdes. La neuvaine, commencée le 24 octobre, se termine le i®*' novembre, dans la Grotte, auprès de la fontaine où tous les symptcîmes du mal disparaissent complètement. « Depuis lors, dit-il, j’écris et je lis tant cjue je veux, sans lunettes, sans précautions, sans efforts, sans fatigue. Je fixe le regard sur la lumière du soleil ou du gaz, sans ressentir la moindre lésion; j’ai obtenu tout ce que je désirais, je suis radicalement guéri. »

C’est à la Grotte, le jour de la Toussaint, pendant c|u'il disait à genoux le dernier chapelet de la neuvaine, (pi’il sent tout à coup un sentiment vif et profond envahir son àmc. Il n’en est pas le maître; sans calculer ce cpi’il fait, il se tourne vers les personnes (pii l’entourent et leur dit : a Je sens cpie la sainte Vierge me guérit tout à fait en ce moment. »

MALADIli: DES YEUX

3oi

Le P. llerniann est atteint d’un glaucome, alleetion lacilc à constater. Un habile oculiste de Bordeaux le déclare sans réserve, en décrivant les lésions caractéristiques, en proposant le seul moyen capable d’enrayer le mal.

Le glaucome chronique, c’est ici le cas, a une marche fatalement

Le l'ère Hermann.

progressive. Tantôt la maladie s’aggrave lentement, tantôt elle évolue par crises, par poussées. Le résultat est toujours funeste ; il survient une cécité absolue et irrémédiable. Le glaucome, en ellet, révèle un trouble de nutrition profond du aune compression exagérée; c’est une sorte d’Iiydropisie de l’œil, qui devient dur comme une bille.

('/est dans ces conditions que le P. Hermann, n’ayant encore

lieu fait pour arrèlcr celle aHeclion, jus([ue-là fatalement progressive, voit tout à coup tous les accidents disparaître et passe, sans transition, sans convalescence, de la maladie à la santé.

Ses yeux qui, depuis un an, ne peuvent supporter la plus faible lumière, condamnes à un repos forcé et absolu, retrouvent immédiatement leur acuité normale. Ils supportent la lecture et récriture sans fatigue, l’éclat de la lumière la plus vive sans en cire importunés. Nous ne sommes pas habitués à des guérisons aussi complètes, aussi instantanées; elles sortent absolument des règles et des traditions de notre art. Pour mon eompte, je cherche vainement par quel côté on peut matériellement contester ou interpréter ce fait.

Le P. Hermann s’est complu souvent à répéter tous les détails de sa guérison. Nous les trouvons toujours reproduits dans les memes termes. C’était une physionomie bien connue et bien sympathique que celle du P. Hermann. Il était Allemand d'origine, mais Français par le eœur. Lors(|ue la guerre fut déclarée, ne pouvant servir sa patrie d’adoption dans nos ambulances, il demanda et obtint du gouvernement prussien le service religieux des prisonniers français internés à Spandau. Il se dévoua pendant une épidémie meurtrière avec toute la générosité de son cœur. Il mourut en deux jours de la petite vérole noire en soignant nos soldats: il mourut martyr de la France, martyr de la charité. Sur ces âmes d’élite, qui représentent les hauts sommets de l’humanité, les rayons du ciel s’arrêtent plus volontiers.

MALADIE DES YEUX

yiON-DUllï

Double décollement de la rétine

Aveugle depuis huit ans. — Placé dans un asile comme incurable. — Guérit instantanément avec quelques gouttes d’eau de Lourdes. — La guérison constatée par un médecin protestant. — Discutée à Paris au Congrès des oculistes.

Le 2 août i8()o, François Yion-Diiry a été j>'uéri d’un doiilile décollement de la rétine qui l’avait rendu absolument aveugle depuis sept ans.

Il raconte sa maladie et sa guérison avec des détails si précis, si circonstanciés, qu’il serait ditficile de trouver une observation plus complète et plus concluante, meme sous la plume d’un médecin.

« Vers le milieu de novembre 1882, je fus désigné pour un service de patrouille dans la ville, depuis six heures du soir et par une pluie battante; en sorte que bientôt je fus tout mouillé comme mes compagnons. Au milieu de la nuit, un incendie se déclara au café de l’Hotel-dc-Ville. Nous fûmes commandés pour travailler à en arrêter les progrès. A l’étage supérieur se trouvaient quatre personnes qu’il fallait arracher aux flammes, nous volâmes à leur secours, et nous fûmes assez heureux pour les sauver toutes. Eu ouvrant une porte, je vis une grande flamme m’arriver en pleine tigure.

« Depuis ce moment, mes yeux se sont tellement aflaiblis que, au bout de trois mois, je n’y voyais plus rien. En vain, à l’hôpital de Dijon, on essaya divers traitemcnls. On linit par constater le décollement des deux rétines; et, le 24 mai i883, on me renvoya dans ma famille, avec une gratification de 180 francs.

« Tout le monde plaignait mon triste sort. Je dus faire diflerentes démarches, soit à Bourg, soit à Belley, pour obtenir une pension suflisante, au lieu d’une simple gratification renouvelable.

c Le II juillet 1884, je recevais la pension de 600 francs avec mon

IJCS (MIANDES (JIJEUISONS DE LOURDES

cong'é (léünilir. Bicnlôt, on m’engagea à l’aire quelques démarches pour obtenir une pension plus l’ortc. C’est dans ce but que M. Dor me délivra la déclaration du i6 septembre.

Voici cette déclaration :

Je soussigné, doclcur en médecine, domicilié, 2, quai de la Charilé, à I^yon, déclare que Vion-Dnry François, soldat réformé de Lallcyriat, canton de Nantna (Ain), est all'ecté de décollement des deux rétines. Bien cjue la rétine se soit rappliqnée dans l’œil gauche, cet œil ne distingue jias le jour de la nuit. Avec l’œil droit, M. Vion-Dury compte à i)einc les doigts ào™,!Jo de l’œil. Il ne j>eut donc faire absolument aucun travail et doit être considéré comme complètement aveugle des deux yeux, sa maladie étant absolument incurable.

D"" Don.

Lyon, le 16 septembre 1881.

« Au mois d’août de la meme année, j’allai à Lausanne consulter le D‘' M. Dufour, oculiste distingué. En son absence, son adjoint, M. Yerret, après m’avoir examiné, me déclara qu’il n’y avait rien à faire.

« Je sollicitai mon admission à l’hospice de Confort (près Bellegarde, Ain). J’y arrivai le 16 juillet 1890.

« Deux ou trois jours après mon entrée, la Sœur Louise me dit :

— Pauvre Monsieur, vous êtes encore bien jeune (trente ans) pour être complètement aveugle. Si vous avez la foi et si vous aimez bien la sainte Vierge, vous pourrez obtenir, par son intercession, de voir assez pour vous conduire.

« Tous les jours, Sœur Ironise et surtout Sœur INIarthe me répétaient les mêmes paroles. Celte dernière ajoutait : Ecoutez, on fera prier les enfants, et la prière des enfants est elTicace. Je vous donnerai de l'eaii de Lourdes; vous vous laverez les yeux par trois fois; et, si vous avez bien conliance, la sainte Vierge vous guérira. — Je répondais toujours : Je ne suis pas digne!

« Je commençai cependant une neuvaine qui devait finir le vendredi i« aoiü. Ce jour-là, je n’avais constaté aucune amélioration.

« Le lendemain, je dis à la Sœur : Vous m’avez parlé d’eau de Lourdes, vous m’en remettrez bien un peu? En effet, quelques

MAI.ADIE DES YEUX

iiislaiils après, Sœur Maillic est entrée, apportant une petite liole d’eaii (le Lourdes. l']lle l'a dé[)osée en disant : — François, la voilà sur votre table.

— Mais, nia S(eur, coinnient làiidra-t-il prendre eette eau de Lourdes? làut-il un linge?

— Non, vous en toneherez; simplement votre doigt, et a'ous le passerez sur vos yeux.

— Et (pie faudra-l-il dire?

— Notre-Dame de Lourdes, ou : O ]Marie eonçue sans péelié !...

— Ah ! ma Sœur, si vous saviez, je ne suis pas digne!...

11 y a quelque eliose (pu se passe en moi... je ne sais pas

ee ({ue j’ai Tenez, laissez-

nioi tranquille!

(( Je me mis au lit, tant j’étais fatigué... Je prenais le llaeon et je voulais le déposer; mais ma main le retenait toujours sur la table...

J’hésitais... C’était un eonibat indétiiiissable. Est-il possible!... lâche que tu es!... le diable ne sera pas toujours maître !... 1) un mouvement nerveux, je brisai le bouchon et enlevai avec elfort la partie qui était restée.

<( Bienheureux Clianel, je ne suis pas digne, demandez pour moi à la sainte Vierge d’y voir clair!

« Par trois fois, faisant toucher l’index de la main droite à l’eau de Lourdes, je l’ai chaque fois passé rapidement sur les deux yeux. A la troisième, j ai ressenti une violente douleur, comme si l’on m avait enfonce un couteau dans les deux yeux. Alais la Sœur s’est trompée; c’est de l’ammoniaque qu’elle m’a donnée! Pour m’en assurer, je portai le llaeon à mes lèvres; à peine l’eau les avait-

T,KS (;rtA>’l)KS GUKHISOA’S DK LOUUDES

elle toiicliées (jue l;i vue m’est revenue tout d’un coup, aussi promptement qu’un coup de fusil.

« Je distinguais les rideaux, les croisées, etc. — Simon, Simon, je vois! ((Tétait mon plus proelie voisin.) Allez vite elicrclicr les Sœurs. Un autre, <pii n’était pas encore au lit, s’est approché :

— Si vous \oyez, dites comment je suis habillé. — Vous avez un tricot, une cravate, un chapeau. — Mais, c’est vrai! il voit! puis il court avertir les Sœurs; elles arrivent à l’instant.

« Dans l’intervalle, je m’étais levé. Les Sœurs m’ont trouvé appuyé sur mon lit, tenant la üole (Veau de Lourdes et disant ;

— Est-ce possible! est-ce croyable!... Ah! mon Dieu! mon Dieu! Eulin!... ô sainte Vierge INIarie, ma bonne Mère, (pie vous êtes bonne!... Ah! ma pauvre mère, elle qui m’avait tant recommandé de faire cela, si elle me voyait, (pi’elle serait contente!... Que j’ai donc eu de bonheur de venir dans cette maison!... — Je m’agenouillai, et je dis : Priez, priez, mes Samrs. Nous avons fait ensendile une prière.

« A la voix, je reconnaissais successivement chacune des personnes présentes: je dis en particulier à Sœur Gabrielle : Oh! comme vous êtes, habillée! vous avez un voile blanc, comme des religieuses cpie j’ai vues à Dijon ! (Test donc vous, ma S(eur Marthe ; en vous entendant marcher, je vous croyais plus jeune.

« Cachez la lampe, disait la Sieur Louise, la lumière pourrait lui faire mal aux yeux. — Non, non, laissez-la, rien ne me fait mal. On me présenta un livre dans lecpiel je lus plusieurs phrases. — Sieur jMarthe, voici mes lunettes (i), je n’en ai plus besoin, portez-les k la chapelle; allons-y remercier le bon Dieu.

« Le dimanche malin, à 5 heures i/a, j’étais déjà à la chapelle pour assister à la sainte messe et faire ma communion. J’ai demandé un livre pour lire les actes préparatoires. Je me levai pour aller à la Taille sainte; le Erère Directeur des écoles chrétiennes de (Confort, ignorant ce qui s’élait passé, m’olfrait le bras pour me conduire. Je lui lis signe cpie je n’en avais pas

(1) Il portait lies lunettes, noa pour y voir clair, puisqu'il était complètement aveugle, mais pour protéger ses yeux, qui étaient très sensibles à l’air.

MALADIIC DES YEUX

besoin. A la lin de l’aclion de grâces, M. le curé (il réeilcr le Magnificat.

« Depuis celle époque, je vois comme à vingt ans. Le samedi idaonl, j'aceoinpagnai M. le curé qni se rendait à lîonrg. Delà gare de Cliàtillon-dc-!Michaille, je dislingnai parfaitement la croix <[ui est sur la montagne de Meniières, et je lis remarquer à M. le curé des lauchcurs dans les prés, en haut de Confort, c’està-dire à une distance d’au moins trois à (piatrc kilomètres en ligne <lirecle. »

Celte guérison a été discutée au dernier Congrès d’ophtalmologie, C’est un médecin protestant qui a demandé à scs collègues l’explication de ce fait, unique disait-il, dans la science. Nous donnons ici le compte rendu de la discussion que nous trouvons dans les journaux de médecine.

SOCIÉTÉ FRANÇAISE D'OPHTALMOLOGIE (Onzième session, tenue à Paris du i^'' au ^ mai iSq3.)

Les guérisons de Lourdes Observation présentée par un médecin protestant

Dans la réunion du mai, M. Dor, oculiste distingué de Lyon, appelle l’attention de la Société sur la guérison spontanée d’un double décollement rétinien.

« Un jeune soldat, dit-il, Vion-Dury, est atteint, en i883, d’un <louble décollement de la rétine, survenu à la suite d’un accident , (|uand je l'observai beaucoup plus tard, il existait, à gauche, de larges cicatrices d’uu décollement ancien et à droite un décollement partiel. Le malade était à peu près aveugle, son acuité visuelle n’était guère que d’un deux-ceutième (r/aoo), autant d’un côté (pie de l’autre.

« Ce décollement a été constaté par un grand nombre de spécialistes et a résisté à toutes les tentatives de traitement.

« Vion-Dury est resté sept ans et demi dans celte situation. Puis,

TJÎS GRANDES GUERISONS DE LOURDES

sans Iraileincnl spécial, à l’occasion d’un voyage à Lourdes, la vue csl redevenue à peu près normale. L’œil droit a une vision parfaite, et l’œil gauche a nue acuité d’un liers au lieu d’un deiix-ccnlicme.

Vion-Dury. Aspect de sa rétine. Œil gauclie.

« Ce cas, ajoute le Dor, est le seul connu Jusqu’ici, où la guérison soit arrivée après un si long temps. »

Le professeur Panas, en répondant à M. Dor, lui rappelle un exemple observé par le D' Pamard, d’Avignon. Un malade, atteint d’un double décollement rétinien, fut guéri sponlauément à la suite d’un voyage.

iM. Panas ne nous dit pas si le décollement était aussi grave.

aussi ancien

’MALAniIC DES YEUX

En oulrc, la Ihéoric du voyage n’a rien à l’aire ici. C’esI par erreur (jiie l’on l’ail, A enir Dnry à Lourdes. Il n’y est jamais venu : il a clé guéri dans son liospice, en mettant une eompresse d'ean de Lourdes sur ses yeux.

Dans ses conclusions devant le Congrès, ]\L l)or disait : « La morale personnelle à lirer de ce fait est celle-ci : je serai à l’avenir pins circonspect pour déclarer (pi’nn décollement très ancien est incurable, pniscpie l)or a guéri, d’antres peuvent guérir. »

Celte conclusion dans la bonclie d’un protestant n’est pas faite pour nous déplaire, il reconnaît que le fait est sans preeédent; c’est tout ee (pie nous demandons.

Nous sommes heureux que cette question ait été portée devant nos Sociétés savantes par un homme dont on ne peut soupçonner ni l'indépendance, ni les connaissances spéciales.

M. Dor est un oculiste distingué et un médecin protestant. Il est venu à Lourdes au mois de septembre dernier, et nous avons attiré son attention sur la guérison de Vion-Dury qu’il avait longtemps soigné. Il nous avait promis de nous faire eonnaitre son sentiment en tonte sincérité. Il a tenu parole, il a porté la question devant les Sociétés savantes qui ont reconnu que cette guérison était sans exemple dans le passé.

I,KS (;l<ANDi:S X:UKHISOi\S DE LOfIU)ES

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