ALFRED AUBERT
Avoiigle depuis (jiiiilorzc ans. — Un œil brûlé pnr l'acide nili'iquc s’est complètement \idé. — l*arcoiirt la France pendant (piatorze ans en mendiant, conduit par sa femme et ses enfants. — Sa guérison à Lourdes, le 21 août 1897.
AHVcd Aiibcid csl né à Cluitillon (Incite). Son liisloire pont-rail èlrc inlilulée : Ujie couvcrsio?i et une guérisoji. Sa mère, une pieuse elirélienne, avait cherché à faire passer datisson fils les sentiinenls cpii ranimaient elle-mcme. Quand Alfred la cpxitta pour aller gagner sa vie, elle lui adressa, comme dernière recommandation, ces remanpxahles paroles, cpi’elle lui avait déjà souvent répétées : <( ()uoi cpi’il arrive, n’onhlie Jamais cpxe Dieu est toujours là. » Il devait, comme hien d’autres, se rap[)eler et hien comprendre celle pensée religieuse surtout au milieu des épreuves du malheur.
Alfred Auhert exerçait la pi-ofession d’ouvrier convoyeur à Moulins-l']ngilhert, dans la Nièvre, s’était marié et était déjà père d’un petit enfant, rpiand il fut victime de l’accident cpii lui a fait perdre la vue.
Une honhonne pleine d’acide nitricpie lui glissa des mains, se hrisa sur le sol, et le licpiide rejaillissant atteignit ses yeux. La cécité ne fut pas complète immédiatement. Il pouvait au début se guider lui-meme par les chemins, et il se rendit à pied jiisc|u’à Bordeaux, où résidaient alors ses parenis; sa femme l’avail accompagné en portant son üls. Il i^eçnt à Bordeaux les soins du célèbre spécialiste, le D^' Guépin, mais saixs heui’eux résultat; dix-huit ou dix-neuf mois api'ès l’aecident, l’œil di’oit avait coulé, l’œil gauche ne percevait aucun objet, et, dirigé vers le soleil, il é[)rouvait à peine la sensation d’nne « luati-e » (c’est l’cxpi’ession d’Aidferl); la vue était donc perdue.
Cependant les premiers gages d’Anbert et l’indemnité qui lui avait été donnée par l’iisine de Moulins-Engilbert, s’étaient épuisés. Le pauvre aveugle se résolut, pour gagner son pain et celui de sa femme et des enfanis xpxe le bon Dieu pouvait lui donner (il en
AIALADIE DES YEUX
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a eu quatre jusqu’à ecjour), à sc Taire elianlcur ambulauL II avait un peu de voix; il connaissait quelques chants d’ouvrier; g-uidé par sa Tenunc, il chanterait dans les rues etsollieiterait dclacliarité ce qu'il ne pouvait plus gagner par son travail. Il fit demander en i88‘3, par l’intermédiaire du 1)‘ Vinatier, médecin à Lurcy-Lévy (Nièvre), le livret nécessaire à cet elTet, et l’ayant obtenu, non sans ditliculté, il a parcouru, durant quatorze ans. un certain nombre de départements, principalement du centre de la France.
Bien des jours de cette existence ont été pénibles. Au début,
Aubert trouva bien fatigant de chanter toute la journée dans les rues. Pendant les premières années, il a dû aussi passer plusieurs nuits sous des arbres, derrière des planches, exposé à la bise, à la pluie, couché même sur la neige.
Il en vint cependant à pouvoir acheter une petite voiture ou roulotte, un àne pour la traîner, etun clden; il avait ainsi, la nuit, un certain abri pour lui et sa famille.
Toutefois, Aubert n’avait point d’abord accepté avec une soumission parlaite la volonté de Dieu. Plus d’une fois il s’était
Alfred Aubert.
2^1aint, se demandant jiourquoi Dieu le traitait aussi durement, et s était laissé aller a des jiensées tristes et désesjiérées. Mais il y a environ neuf ans qu’il avait fait ce qu’il appelle sa résignation.
« Je me trouvais, racontait-il lui-mème, dans le département du Rhône, avec ma bourrique, mon chien, ma pauvre femme et mes