‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 54 sur 88 · I.KS CHANDKS (ilîKlUSONS DK KOURDKS · texte numérisé non relu

I.KS CHANDKS (ilîKlUSONS DK KOURDKS

lien, elle avait soigné reniant pendant le pèlerinage, elle lui rappelait tous les souvenirs inoubliables de ces trois jours ; son retour dans la salle au sortir de la piscine, lorsqu’elle rentrait alerte, gaie, avec ses sandales neuves et sa jambe allongée.

La mère écoulait avec une émotion visible. Sans doute, à ce moment, elle vit devant scs yeux toute sa vie passée, elle comprit ([uels ellorts avaient pu lui mériter ces laveurs exceptionnelles. Son àme, longtemps fermée, ne put retenir le secret de ses luttes, de ses soulfrances, elle commença le récit suivant, que nous écoutâmes avec une religieuse attention :

« J’ai eu douze enfants, nous dit M»'® Renauld; il m’en reste neuf. Les garçons ont été élevés chez les Frères: ils ont été mieux dirigés (j[ue je ne l’ai été moi-mème.

« ]Ma mère était absolument incrédule, elle nous avait placées, ma sœur et moi, dans une école laïque. Nous allions à la messe le dimanche, mais il était entendu qu’après notre première communion, nous ne devrions plus y aller, et que toute pratique religieuse nous serait interdite. Nous aurions voulu retarder le moment de la première communion, tant cette pensée de ne « plus aller à l’église » nous était pénible !

« Notre père, qui était Belge, avait un reste de foi qu’il devait à son éducation première, à son pays d’origine; c’est lui qui nous avait appris nos prières. J’avais été très bien préparée à ma première communion; je la lis avec de grands sentiments de piété: ce fut un grand jour dans ma vie, je ne l’ai jamais oublié.

« Notre mère dirigeait un débit de vin. Elle se couchait à une heure du matin, se levait à six heures. Nous devions faire comme elle, et le dimanche, pour entendre la messe, nous allions à cinq lieureset demie chez les Jésuites allemands. Pour arriver ùriicurc, souvent nous ne dormions jias de la nuit. Nous devions nous confesser pendant la messe, mais nous étions bien heureuses (piand nous pouvions mener nos projets à bonne lin.

« Nous avons prié dix ans, ma sœur et moi, pour la conversion de notre mère; nous avons eu le bonheur de l’obtenir.

« Juscpi’à vingt ans, je faisais partie d’un patronage, chez les

La BLEUE, paralysée depuis trente ans; guérie à Lourdes,

I,KS PAUALYSIES

Sœurs de Cligiiancourl ; j’y étais encore lorsque je fus demandée en inariag-c. Mon confesseur m’inlerrog'ca sur les sentiments reliifieux de mon liancé : « Je ne erois pas, lui dis-je, qu’il prali- Demandez-lui au moins s’il vous permettra d’aller à la

messe, »

« A cetl(* question, mon mari me répondit brusquement : « Vous êtes donc bigote! A ous ne voulez sans doute pas y aller tous les jours? Le dimanche, je le veux bien. »

« Ce lut sur cette assurance que je donnai mon consentement. Après (pielques mois de mariage : « Je pense, me dit mon mari, ([ue vous allez cesser d’aller à l’église; c’est assez maintenant. — A ous me la\ez promis, lui répondis-je, vous ne pouvez vous rétracter. » Je tins bon, mais je dus reeommencer mes excursions matinales et me lever avant six heures. Cependant, devant ma volonté bien arretée, mon mari finit par se rendre, et c’était lui qui, plus tard, me réveillait le matin lorsque j’étais en retard.

« Mon beau-père et ma belle-mère étaient absolument inerédules. Ils ne faisaient pas faire la première communion à leurs enfants. Cependant, mon mari, pendant qu’il était soldat, allait à la messe, (j était le bon temps, nous dit M‘»e Renauld. Rentré dans la vie civile, il ne mettait plus les pieds à l’église.

« Aujourd bui, nous faisons la prière en commun avec les enfants, le père quelquefois l’apprend aux plus petits; nous fermons le lavoir cà midi, le dimanche, en attendant mieux. Nous

avons un gendre Eugène Clément, qui sort du patronage de Nazareth, et qui a été guéri à Lourdes, il y a quatre ans, d’une maladie de cœur. »

Tout dans la vie de cette femme avait été le fruit, le résultat d’un effort personnel. Enfant, elle doit lutter pour conserver sa foi, observer les pratiques les plus essentielles de la religion.

Avec le mariage renaissaient les dillicultés ; mais dans son cœur se trouve une flamme qu’aucun souille ne peut éteindre, qui finit par

cclairer lame de ses parents, qui rayonne partout autour d’elle dans son foyer.

Pour nous, qui avons été nourris et bercés dans les bras de la

l.KS GHA>JDKS GUKUlSONS DE I.OXIRDES

religion, (lui avons Ironvé devant nous une voie droite et facile, pouvons-nous apprécier si leur valeur les mérites de cette fcinnic?

Dieu, juste dispensateur de scs dons, les a bien distingués ! A cette fainille de neuf enfants, soninisc à la rude obligation du travail, et üdèlc à sa loi, malgré tous les obstacles. Dieu prodigue ses grâces, (iràccs intérieures et cachées, grâces extérieures et visibles : deux guérisons miraculeuses survenues à Lourdes à un an d’intervalle.

Voilà comment se complète cette observation, plus belle encore sous le second aspect que sous le premier.

J’ai entendu bien des récits de guérisons, je n’ai jamais été ému eomme par le récit de cette femme. Cette histoire, elle ne l’avait jamais racontée, elle voulait en garder le secret, et voilà pourquoi elle se dérobait à toutes nos questions. Mais, en évoquant les souvenirs de la guérison de sa ülle, nous avons touché les libres les plus sensibles de la mère, et son àme, longtemps fermée, nous a laissé voir jusqu’au plus intime d’elle-mème.

Avec une première communion bien faite et quelques leçons de catéchisme, cette femme traverse la vie sans aucun appui matériel, au milieu d’obstacles qui s’accumulent et se renouvellent; chez elle, l’action tient lieu de la prière.

Rien ne l’arrête... Sans lutte trop aiguë, en se pliant aux circonstances, mais avec une persévérance que rien ne lasse, elle atteint son but et üxe sur toute sa famille le regard et les bénédictions du ciel.

Inclinons-nous devant ces grands exemples; leur enseignement est salutaire.

Ils nous montrent que le culte de Notre-Dame de Lourdes n’est pas le privilège de quel(|ucs âmes choisies, mais le culte le plus répandu, le plus populaire. Il pénètre dans nos grandes villes, au milieu des cités ouvrières, dans les quartiers les plus inaccessibles, comme il pénètre au centre de l’Afrique et chez les sauvages de rOeéaiiic. 11 s’adapte merveilleusement à tous les pays, comme il s’adapte aux besoins de chacun de nous, et c’est sous cette forme que Dieu se plait à nous manifester ses miséricordes.

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