LUE
Pi.i-alysie depuis trenlc-cinq ans. - N’avait pas quitté son lit depuis cette époque.
Guerie en septembre 1898 à la procession du Saint-Sacrement.
Bcnoîle Crozet, de Gumières (Loire), est âgée de soixanle-ncuf ans, elle n’a plus de parents. A la suite d'une lièvre typhoïde, elle resta paralysée des jambes, et la paralysie l’euvaliit si bien qu’elle fut bientôt absolument percluse, ne quittant plus son lit, et cela depuis trente-cinq ans.
Mangeant à peine. Jamais ni pain, ni viande, se soutenant seulement avec un peu de café, de chocolat et des œufs, de fréquentes douleurs lui traversaient tous les membres, mais aucune plainte ne s échappait jamais de ses lèvres, Elle passait tout son temps à dire et à redire le rosaire pour ses parents, ses amis défunts et pour ses bienfaiteurs. Parmi ces derniers, citons en première ligne la famille de Meaux, de Montbrison, qui avait installé notre petite viedle dans son pays natal, payant la location d’une chambre, payant aussi une personne pour soigner la jiauvre paralytique.
En re^ anche. Benoîte Crozet était considérée comme le véritable ange gardien de la famille, et lorsqu’on avait une grâce à obtenir, vite de s’écrier : « Demandons à la Bleue de nous l’obtenir du bon Dieu. » Et ainsi était-il fait! La Bleue, oui, c’est là l’appellation sous laquelle a toujours été connue Benoîte Crozet, depuis l’àge de dix-sept ans, où sa grande dévotion à la sainte Vierge lui lit désirer et décider de ne toujours porter, durant sa vie entière, que les couleurs de Marie, le blanc et le bleu, le bleu surtout, moins salissant, de là le surnom de la Bleue.
Or, dci)uis plusieurs de ces dernières années la pauvre paralytique avait un vif désir de venir à Lourdes, de voir la Grotte bénie, de se plonger dans l’eau miraculeuse sortie du rocher. « Folie,
(I) Ainsi nommée, parce qu’elle portait toujours les couleurs de la sainte Vierge.
LUS GHANDKS GUKH ISONS DE LOUHDES
SCy'l
(ju’im tel voyap^c pour vous, » lui disait chacun et son confesseur lui-inènic, le bon curé de la paroisse, âgé de quatrc-vingt-cimj ans : « Vous seriez morte, avant d’arriver à Saint-Etienne! »
Cependant l’appel de la sainte Vierge se faisait plus pressant chaipie année, et ce pieux désir de venir à Lourdes aux pieds de Marie Immaculée ne quittait plus d’un seul instant la pensée de la pauvre « bleue ».
Cette année, l’abbé Deseombes, vicaire à Cumières, inspiré probablement de la Providence, se dit (pi’en présence d’un tel désir, d’une telle soif d’aller vers Notre-Dame de Lourdes, il devait y avoir là un appel tout particulier avec lequel la sagesse humaine n’avait pas à compter.
Lu beau jour, l’abbé Descombes vint donc annoncer à la paralytique que, puisqu’elle tenait tant à aller à Lourdes, elle irait ou que, du moins, lui ferait tout son possible pour qu’il en fût ainsi.
Au Jour dit, on transporta Benoîte Crozet, couchée sur un matelas, de Cumières à Saint-Romain, de Saint-Romain à Saint- Etienne ; de là dans le train de pèlerinage, toujours sur son matelas.
Déjà n’est-ce point un miracle de voir arriver cette femme percluse si faible, si chétive. Jusqu’à Lourdes, elle qui, depuis trentecinq ans, 71 a pas quitté son lit et vit de si peu de chose?
On la place sur un brancard; elle demande à être baignée, on hésite : cette eau si glacée, dont les bien portants eux-mèmes redoutent presijue l’impression, lui semble, au contraire, selon sa propre expression, « délicieuse »; elle ressent un bien-être très grand, les forces, lui semble-t-il, reviennent. On la porte à la procession, au passage du Saint-Sacrement.
— Hosanna au Fils de David! Jésus, guérissez nos malades! Seigneur, si vous le voulez, vous pouvez me guérir! Seigneur, faites que Je voie! Seigneur, faites que J’entende! Seigneur, faites que Je mcrche!
De tous côtés, la foule pieuse et émue envoie ces invocations ardentes et pleines de foi vers le ciel.
Les malades sont là, étendus sur leurs civières, leurs brancards.
LES PARALYSIES
et, palpitants de toi et d’espéranec, eux aussi, ils répètent de tout cœur ces invocalions sublimes.
Jésus passe et convie tons ees pauvres malades à avoir loi en lui, la Résurrection et la Vie, à le suivre, à lui taire un cortège triomphal.
Benoîte Crozet sent et cnicnd cet appel ; une force mystérieuse rcnvahit, elle est prête à s’élancer, à se lever de son grabat, mais elle résiste à cette impulsion, elle hésite. — Jésus a passé.
Le lendemain. Benoîte se fait de nouveau conduire à la piscine. Nouvelle sensation délicieuse, nouveau sentiment de force pénétrant tout son être; il lui semble que ses membres se dégagent, elle peut faire (piebpies pas, et alors, au passage du Saint-Sacremen I , voici que Benoîte ressent l’appel delà veille, plus violent encore ; elle se sent poussée à se lever, à marcher. Une dame se trouve tout près. Noire-Seigneur lui inspire à ce moment précis de tendre la main à la paralytique. Celle-ci la saisit et se lève rapidement.
Elle n’a ([u’uii jupon, un lichu. Ses pieds ne sont chaussés qu’avec des bas.
Elle se lève, elle marche, elle, la pauvre paralytique qui n’a à peine mis les pieds par terre que la veille et ne l’a pu faire depuis trente-cinq ans.
Elle s a\ ance seule, elle suit son Seigneur et son Dieu jusqu’au perron de l’église du Rosaire, lui formant un cortège d’honneur et de reconnaissance avec les autres appelés, les autres guéris (|ui ont senti, eux aussi, le divin appel, le veni foras, et ont répondu : Nous voici Seigneur !
Benoîte Crozet est guérie; elle rentre à l’hèpital. Toute paralysie a disparu; elle mange, elle se sent forte; elle répond sans fatigue aux mille questions que chacun ne lui ménage point; elle conserve ce visage calme et souriant que nous lui voyons en ce moment devant les médecins qui l’interrogent.
Nous lui demandons si elle est heureuse d’être guérie. — « Oh oui, bien heureuse d’être guérie, c’est vrai, nous répond-elle, mais surtout d’être venue à Lourdes : c’est si beau! et l’on y voit de si bon monde ! »
LES on ANDES GUÉUISONS DE LOURDES
Pauvre cl clièrc Bcnoîlc Grozct, pauvre Bleue, si simple, si douce, si pieuse, si pleine de calme et de paix, c’est vous tous^ malades admirables d’abnégation, de patience, de résignation qui êtes le hon inonde ; aussi nous vous demandons à tous, pauvres membres souirrants de Jésus-Cbrist, d’avoir une petite prière, un petit souvenir pour ces bospitaliers et bospilalières qui vous aiment tant et vous admirent de tout leur cœur.
Un mot pour tinir, et il nous est fourni par un docteur présent : « Je suis catholique, mais non prati([uant. Eh bien, cette seule guérison, alors (pie, pourtant, j’ai vu, tous ces jours-ci, bien des cas extraordinaires et intéressants, me bouleverse plus que je ne saurais le dire. Celte paralysée depuis trente-cinq ans, celte femme ([ui n’a pas marché depuis trente-cinq ans et (pii, maintenant, marche seule, sans appui, sans souliers même, alors que scs pauvres pieds ne se sont pas posés à terre depuis si longtemps et (ju’ils devraient être d’une sensibilité extrême, ne permettant pas la marche, tout cela me confond. C’est lini ; je me rends et je crie : Vive Notre-Dame de Lourdes, ([ui opère de telles merveilles pour la conversion de pauvres mécréants comme moi! »
Qu’ajouter déplus à ces paroles rigoureusement vraies et aulhenti([ues, sinon nous unir de cœur ru cri de ce médecin qui a trouvé ici son chemin de Damas ?
Vive donc, vive à jamais Notre-Dame de Lourdes !
F. Taberne,
Hospitalier de Notre-Dame de Lourdes.
l.ES PAHALYSIKS
3f“« ADÈLE GOFFETTE
DK TROXQUOY (NKUECHATEAu)
drienl S v "T"' ’ ' déceml.re 1S93. - Obtient 4,000 francs
de .entes Mage.es connue .ndemmté. Elle ne peut quitter le lit;pl, s ta.-d ne la.t quelques pas quavec des béquilles. - Sa guérison à Lou.-des, .nai IsW (1)
Haute de taille et le bras fort, Adèle GoIIelle est la lille d’im propriétaire terrien de la province du Luxend.ourg-. Habituée dès sa jeunesse aux travaux de la culture, elle y a aetpiis, sous les rayons du soleil et au £>raud air, dans le maniement du hoyau, une 4' igueu r ex I rao rd i n a i re ,
Aucmi médecin ne l’a jamais traitée. Elle possède la grâce d’nne santé parfaite, de ses vingt-quatre ans, de sou avenir sans nuage, — car ou vit bien de son travail à la maison, — lorsrpie l’horizon change subitement pour elle et l’épreuve, une épouvantable épreuve vient la visiter avec la vitesse de la foudre.
^ Le 8 décembre i8.f)‘3 — cette date est à souligner — Adèle Golfette prenait un billet de chemin de fer pour Paris, où l’un de ses freres mariés se trouvait, au dire du médecin, à la veille d’avoir son premier enfant. Adèle accourait pour le recevoir et l’emporter à Tronquoy, où le lait est plus pur, où les enfants s’épanouissent, où la vie se conserve et la santé aussi. Toutefois le nouveau-ue se lit attendre. Le médecin s’était trompé. L’enfant n’arriva que le .5 février, et fut baptisé le 6, et le même jour, à onze heures du soir, Adèle Golfette reprenait à la gare dn Nord, avec l’entant bien emmaillotté, le train express pour la Belgique. On alla de belle allure jusque près de Gompiègne. Entre temps, un vaste incendie éclaira le trajet de ses immenses lueurs, puis' les lampes s’éteignirent dans le wagon et noire voyageuse seule au milieu de son compartiment, tenant le nouveau-né sur ses genoux, se demandait avec une certaine impiiétude ce qui pouvait bien
(1) Relation rcpi’oduite d’après les Annales de Belgique.
LKS GRANDES GUERISONS DE LOURDES
ôlre arrivé, lors(|ii’unc première seeousse la lit osciller de f,Giuclic à droilc cl de droite à gauclic. Un cracpiemcnt suivit. Le wagon lancé comme dans le vide, se trouva renversé sur la voie, dans iin troul)lc cUVoyahle! La machine du train venait, en cUct, de heurter contre trois caisses énormes de verrerie tombées un instant auparavant d’un train de marchandises; elle s’était engagée dans des rails voisins, traînant trois wagons renversés, malmenés, disloqués, au milieu décris épouvantables. Comme si la fatalité fut survenue pour ajouter à ce premier malheur, un antre train de marchandises y arriva juste à point pour prendre en écharpe les wagons ainsi renversés. Ce Int un moment de confusion et de terreur inoubliables. Quatre hommes furent tués; on releva vingt-sept blessés. Heureusement que les voyageurs n’étaient pas nombreux ce soir-là !
Le sinistre s’était produit entre Tourette et Joinville, quelques semaines avant la catastrophe d’Apilly.
Ce (j^uc ÏM'’e Golfettc est devenue avec son enfant au maillot, elle n’a pu nous le raconter avec précision. Ensevelie sous des débris où le hasard, mieux encore, la Providence décide du sort de chacun, elle n’a éprouvé rien autre chose que des secousses, entendu que des éclats et senti que des planches au milieu des- (juelles elle reste, avec son précieux fardeau, plus morte que vive, pendant plus de deux heures.
Son état est celui de l’étourdissement. Ses sollicitudes pour l’enfant sont pourtant restées telles qu’elle l’a préservé, et que les médecins n’ont pu y constater qu’une fracture de la clavicule droite.
Lors({u’on la retira du milieu des décombres, il était deux heures du matin.
Elle se rétablit assez vite de plaies contuses à la tète, de fractures de plusieurs côtes, et de lésions graves de l’épaule et du coté gauche; mais elle resta atteinte d’une lésion grave de la hanche gauche et de la région contiguë du bassin et de l’articulation coxo-fémorale gauche. Depuis cette époque jusqu’au pèlerinage de mai 1897, soit pendant plus de trois ans, elle ne put pour ainsi dire, quitter le lit,
LES PARALYSIES
ni marcher. En son nom, sa lamillc inlenla à la Compagnie de chemins de fer un procès en demande d’indemnité pour raccidenl dont elle avait été victime. Le procès eut lieu devant le tribunal de Compïègne, qui nomma trois médecins pour constater la gravité de l’inlirmité que l’accident de chemin de fer avait causée. Le médecin de la Compagnie du Nord, le D>- Lechanteur, de Liège, lit rapport à sa Compagnie sur l’état grave de la malade.
Les trois médecins nommés tirent leur rapport au tribunal qui, conformément à ce rapport, condamna la Compagnie aux frais du procès et à une pension annuelle et viagère de 4,000 francs, au profit de M'ie Goffette, dont aucun médecin n’espérait plus la guérison. Le jugement du tribunal de Compiègne est du
4 mars 1896.
L’expertise des médecins datait du
5 septembre 1893. Voici les termes de la conclusion de l’expertise :
« Les lésions du membre inférieur ont été produites par un traumatisme violent de la hanehe et du bassin. En raison de l’ancienneté de l’aeeident et de l’état de la malade, il n’est pas possible de formuler aujourd’hui un Adèle Goiiette.
diagnostie ehirurgieal précis, mais
quelle que soit la lésion, nous la eonsidérons comme delinitive et incurable. Quant aux troubles lonctionnels, raccourcissement du membre, parésie musculaire, diminution de la sensibilité, ils sont le résultat éloigné des lésions et de la perturbation profonde
GUÉRISONS DE LOURDES o.
LES CHANDES GUERISONS DE LOURDES
apporU'C par la violence du Iraumalismc. Ils consliLucnl dans leur ensemble une infninilé (pii nous parait peu susceptible d’ani(*lioralion dans l’avenir. »
Beaucoup de g’cns prcMcndent ne croire aux gmirisons de Lourdes cpi’à condition (ju’il s’y agisse de chirurgie. Or, un cas chirurgical, c’est prcicisément ce (pie constatent ici les médecins. Le diagnostic des médecins ne constate pas seulement des troubles fonctionnels : contracture du membre, raccourcissement du membre, diminution de sensibilité : ils concluent à l’existence de lésions. Ils disent cpi’il s’agit de lésions réelles, exigeant selon leur expression un diagnostic chirurgical, et ils ajoutent connaitre assez ces lésions pour pouvoir dire qu’elles leur semblent en tout cas définitives et incurables. Dans le cours du certificat, ils ont soin d’indiipier en outre les symptômes qui leur permettent de conclure à l’existence de lésions. Voici comment ils s’expriment ;
« La région de la hanche est manifestement augmentée de volume. La colonne lombaire, suivant la projection de la hanche à gauche en haut, au lieu de continuer la ligne droite, est fortement inclinée à gauche, de façon à décrire une courbe à concavité gauche. Le palper et les mouvements provoqués révèlent l’absence de toute contracture musculaire; il existe au contraire une certaine llaccidité dans les masses musculaires de la région. »
Il demeure évident, d’après ces constatations, que les médecins n’ont pu se tromper en affirmant l’existence de lésions. Ils indiquent exactement la déformation de la colonne lombaire.
De plus, ils relèvent cette circonstance que cette déformation ne peut tenir à une contracture musculaire, ils sont formels sur ce point.
Le rapport cité est, en effet, formel sur ce point : il n’y avait aucune contracture. Dans la station droite, la jambe gauche pendait inerte.
(( A première vue, disent les médecins, on constate que la hanche gauche est notablement plus élevée cpie la droite. La ligne horizontale passant par l’éqiine iliaque, la gauche se trouve à (piatre centimètres au-dessus d’une semblable ligne passant par l’épine
LES PAllAEVSIES
iliaque droite. Celle (liiréreiiee de niveau sc retrouve dans les membres inlericurs, la jambe droite présente donc un raccourcissement de quatre centimètres. »
On ne peut nier la compétence des médecins, ni le soin qu’ils
ont apporté à leur examen. On ne niera pas non plus leur impartialité.
Les médecins ipii signent le rapport sont au nombre de trois. Le premier, Peltier Gustave, est le ebirurgien en chel* des hôpitaux civils de Sedan; le second, Lapierre, ex-interne des hôpitaux de Paris, est également médecin en cher des hôpitaux civils de Sedan; le troisième, ex-médecin principal de l’armée française, chevalier de la Légion d’honneur.
Ils sont nommés comme experts dans une cause importante où il s’agit de sommes considérables à allouer.
On ne dira pas qu’il s’agit de certiticat donné par compassion ou par faveur sur la demande de la malade : les médecins sont accompagnés du Chevalier, de Compiègne, médecin de la Compagnie du Nord défenderesse et représentant la Compagnie à. l'expertise médicale.
Le rapport des experts n’est pas seul ; il est contirmé en tous points par les certificats des autres médeeins : i° du premier médecin traitant, le D‘ Doms, le 12 juin i8p4; 20 en date du 28 avril 1894, du D^- Demélinne, médecin traitant après la mort du précédent ;’ 3'’ i3 avril 1890, des D^^Esclnveiler et Demélinne; 4° 2 février 1890, des mêmes docteurs; 5o 24 avril 1897, Demélinne. Ce dernier certificat, qui date de trois jours avant le départ, constate encore
l’impossibilité de se servir du membre inférieur gauche par suite
de lésions graves du bassin. Au début de 1877, la malade toujours au lit, depuis deux ans, abandonnée des médecins, fait vœu de se rendre a Notre-Dame de Lourdes aussitôt que son état le lui permettrait. Son état s’améliore, la douleur de la hanche gauche
laibht, elle peut se lever quelques heures et marcher cà l’aide de deux béquilles.
Elle vieiu à Lourdes. Au bain, les dames inlirmières la soutiennent dans la piscine avec girande précaution, et ne parviennent
3jl
(Iu’rvcc peine à lui éviler les mouvements douloureux, Au deuxième bain, l’eau qui lui avait semblé glaeée la veille au soir, ne lui parut pas ditlércr des eaux ordinaires. Elle ne la sentit meme pas; mais par eonlre une douleur violente se déclara dans la hanche : sortant de l’eau, elle était guérie. Les lésions n’existaient plus.
Auparavant la jambe gauche étant tout étendue sans contrac-
Les trains du pèlerinage national.
ture, ni flexion, elle ne parvenait qu’à toucher le sol du bout du pied; maintenant, avec une joie émue qui lui lait répandre des larmes, elle refuse ses béquilles, elle se rend compte que soudain sa jambe est revenue à sa longueur normale, que le pied repose maintenant tout entier sur le sol, et enliii (pie toute douleur dans les mouvements a disparu: elle chemine doucement à pas hésitants (pii semblent avoir désappris la marche, depuis plus de trois ans (pie dure son supplice.
Les pèlerins ont pu voir cette marche à chaipic instant s’aflermir de plus en plus et la force revenue. M. le D‘' Boissaric et les médecins du Bureau des constatations, apres un examen attentif.
LES TARALYSIEft
repris plusieurs jours, uc eouslalent plus la moindre claudiealion, ni gène de mouvemenl, ni douleur.
Les libéraux belges no surent (pie dire. U Ar donnais, journal libéral local, sans rien explicpier, lit imprimer seulement (pie celle guérison était pure supercherie. La Chronique, journal libéral de Bruxelles, se signala au contraire par cette remarque impie : ([uc, puisque la sainte Vierge de Lourdes guérissait ainsi iM"® GofTclte, la sainte Vierge, si elle voulait protéger (loirettc, aurait mieux lait et aurait eu plus lacile d’empècber la catastrophe de Compiègne ou tout au moins d’en retirer Gotrelte qu’elle protège
miraculeusement.
Que la Chronique se rassure, la sainte Vierge sait a quoi s’en tenir. Elle n’ira pas prendre conseil près de la mauvaise volonté (les journaux libéraux. Si la sainte Vierge aime les miracles et si elle nous les obtient, c’est non seulement pour conserver ou guérir les corps, mais aussi par charité pour les âmes de bonne volonté qui s’inclinent devant le témoignage de la puissance et de la miséricorde divine qu’une telle grâce de guérison donne de contempler.
LKS GIJANDKS OUKRISONS DE LOURDES
YVONNE AUiMAiniE
Sa guérison dans la piscine le 26 juin, racontée par son père, médecin à Nantes
Eu i8()4, le y juillet, la petite Yvouue Aumaîlrc, ma troisième petite lille, naissait à Goiirmalou, près de Pornic.
()uelle ne fut pas ma douleur en constatant que la pauvre petite arrivait au monde avec une infirmité terrible, ses deux pieds tournés, deux pieds bots.
J’étais doublement frappé, et comme père et comme médecin. Je savais combien la science est souvent impuissante à guérir cette difiormité, et je me disais à part moi que jamais mon enfant ne guérirait. De plus, il me fallait, au moins pendant les premiers jours, cacher à la mère celle cruelle vérité. Au bout de quelque temps, il fallut le lui dire, et tous deux nous avons bien pleuré en voyant l’état de notre chère petite.
Nous l’aimions d’autant plus qu’elle n’était pas comme les autres, et tout ce que nous avons pu faire, nous l’avons fait.
Plusieurs docteurs de mes amis l’ont examinée; chacun donnait son avis, et tous concluaient que ce serait bien long; ils espéraient que plus tard elle arriverait à marcher. Tous ces paroles nous laissaient toujours aussi tristes, aussi incertains du résultat en pensant que pour la vie notre Yvonne serait infirme.
Qu’ils sont longs les jours et les nuits que l’on passe avec ces tristes pensées, combien les cœurs d’une mère et d’un père en sont douloureusement meurtris! Après bien des avis et quand l’enfant eut pris un peu d’àge, à quinze mois, nous nous décidâmes à la faire opérer par mon bon et excellent ami, le D>’ Boiffin, de Nantes.
On l’endormit au chloroforme, et avec une émotion poignante, nous avons assisté à cette opération, qui a consisté à couper les
lÆS PARALYSIES
(leux tendons d’Achille, pour lâcher de redresser les pieds. L’opération lut très habilement faite, mais il fallut mettre deux grands appareils articulés, remontant jusqu’au haut de la cuisse, pour maintenir les pieds et les jambes.
Les genoux, en effet, participaient à la déviation des pieds, et les jandiesde l’enfant
se tournaient en tous sens comme les jambes d’un pantin. Les appareils n’amenèrent aucun résultat ; bien plus, sous leur influence et à cause de la fatigue qu’ils occasionnaient, les jambes et les cuisses diminuèren t de volume, s’amaigrirent.
Pour remédier à cet amaigrissement, j’amenai ma fille chez le D‘’ Saquet, de Nantes, qui lui fît du massage scientifique des muscles et des jambes; le résultat
fut encore bien faible. ^ .
Yvonne Aumailre, ayee de vingt-trois mois.
A ce moment, je lui
fis faire deux semelles en bois; sur le côté et en dehors, deux tiges de fer pour redresser les pieds.
Malgré ces appareils et même soutenue solidement de chaque coté par chaque main, elle ne pouvait rester longtemps debout: elle laissait traîner ses pieds sur le bord externe, elle ne pouvait faire un pas sans appui, toiile seule, ses jambes se repliaient sous elle.
LES GHANDES GUERISONS DE LOURDES
C'esI dans cet étal que je la menai au Bureau des constatations médicales à Lourdes, où j’étais arrivé le a4> avec ma femme, mes deux pelites lilles et mon beau-père. Tous, après avoir demandé les secours de la science, nous venions nous prosterner aux pieds de Notre-Dame de Lourdes et lui demander une g-uérison qui était l’imique but de nos pensées et de nos aspirations de clia([ue jour. Aussi, le jour même de noire arrivée, le 24» avee quelle foi et <pielle émotion nous nous sommes rendus à la Grotte. b]n même lemps que nos prières, nos larmes coulaient silencieusement. .C’était le lendemain que devait avoir lieu le premier bain de piscine.
Ajirès avoir assisté à la messe de huit heures et y avoir communié, ma femme, moi et mon beau-père, nous avions résolu de plonger notre enfant dans la source miraculeuse. Oh ! cette messe à la Crypte, avec quelle piété nous y assistâmes, et combien ferventes furent nos prières! combien nous nous sentions remués jusqu’au fond de l’ànie, par la demande d’une si grande grâce et, dans ce milieu si pieux, qui élève l’âme au-dessus de notre pauvre humanité! Enfin, la messe s’achève et nous nous rendons à la Grotte; je laisse ma femme et l’enfant portée par sa bonne se diriger vers les piscines, pendant que je reste en prières à la Grotte.
Au premier bain, l’enfant pleurait beaucoup et se débattait; le soir, deuxième bain. Après ces deux bains, on ne constatait encore rien. Le D>; Boissarie vit la petite Yvonne marcher d’une manière misérable, solidement maintenue, sa mère et sa bonne la tenant chacune par une main; ses jambes étaient de eoton et se repliaient sans cesse sous elle.
Le 26 au malin, après son troisième bain de piscine, Yvonne se mit à marcher toute seule, avec une stabilité bien suffisante, qui ne serait pas plus complète chez un enfant qui ferait ses premiers pas en parfait état d’équilibre.
L’instantanéité du résultat donne à ce fait un intérêt tout parliculier.Nous sommes transis par l’émotion, et mon beau-père, M. Pergeline, ancien président du tribunal de commerce de Nantes, est aussi bien ému. Nous n’hésitons pas à reconnaître l’effet d’une grâce spéciale obtenue auprès de la Grotte de
LES PARALYSIES
Lourdes. Ce jour-là, le D>' Bolssaric vit reniant inareher seule à plusieurs reprises.
Le 'i"] au matin, après la messe, on plong-e de nouveau l’enfant dans la piscine, puis au Bureau des constatations, le D* Boissarie la lait marcher toute seule, après avoir enlevé les liges de 1er de l’appareil. A ce moment, les simples i>lafpies de bois ne jouent que le rôle d’un soulier ordinaire ; les genoux retrouvent ainsi que les jambes leurs mouvements normaux.
En résumé, voilà une enfant avec un double pied bot, un amaigrissement considérable des muscles des deux jambes, des genoux aux articulations relâchées, opérée à quinze mois sans résultat sensible, ayant subi ensuite du massage, sans grand résultat non plus, et qui brusquement retrouve son équilibre et marche à l’âge où marchent les autres enfants, avec la meme stabilité et en portant ses pieds dans une direction à peu de chose près normale. Tout cela s’est fait instantanément, après le troisième bain de piscine. Cette chère petite, au dire des docteurs, ne devait marcher que dans plusieurs années, et voilà que, tout d’un coup, elle se trouve n’avoir pas été retardée d’un jour dans sa station et dans sa marche.
Il est un point sur lequel je tiens à insister : c’est que ma chère petite n’a pas deux ans et que la reprise instantanée de la marche et de la stabilité est bien difficile à expliquer scientitîquement. Tout effort de volonté est absent, la suggestion est impossible, la foi, l’imagination, tout est supprimé, toutes les théories suggestives sont ici en défaut. A cet âge, un enfant ne peut être hypnotisé. Il ne reste donc plus qu’à s’incliner devant l’évidence des faits, sans vouloir ni pouvoir les expliquer, en constatant simplement combien est grande la puissance de Notre-Dame de Lourdes et combien magnitiques les grâces obtenues par son intercession.
En racontant cette guérison qui me va si droit au cœur, j’ai désiré contribuer à faire œuvre de reconnaissance à l’égard de Notre-Dame de Lourdes.
D‘ Aumaitre.
Lourdes, 27 juin 1896.
M ‘“ AMÉLIE GIMAR])
Paralysée depuis dix-scpt ans. — Ne se nourrit que de l)Oiiillon et de lait. — En 1881, premier pèlerinage à Lourdes sans résultat. — Sa guérison, le 24 août 1890, pendant le passage de la procession du Saint-Sacrement. — Ce qui lui a mérité une si grande grâce. — Humilité et résignation. — Impressions diverses des pèlerins.
M''e Amélie Gimard, de Bordeaux, faisait partie du pèlerinage national de 1890. p]lle a été guérie le dimanche 24 août pendant le passage de la procession du Saint-Sacrement. Paralysée depuis dix-sept ans et trois mois, ne pouvant depuis plusieurs années supporter aucune nourriture solide, elle était réduite à un état de maigreur qui paraissait à peine compatible avec la vie. Elle n’avait plus que la peau et les os. On ne trouvait plus trace de ses muscles, ses jambes étaient les jambes d’un squelette.
Dans ces conditions, elle s’est relevée brusquement de son brancard, a suivi d’un pas ferme et assuré la procession, mettant ainsi en défaut toutes les notions physiologiques et nous montrant par son exemple que l’on peut marcher sans muscles.
Les médecins qui ont soigné M>'e Gimard n’ont pu dissimuler l’étonnement que leur causait cette guérison soudaine et absolument inexplicable.
Une paralysie qui dure dix-sept ans, qui s’accompagne des troubles les plus graves et d’une atrophie musculaire considérable, ne peut s’effacer en un instant.
M"e Gimard est âgée de cinquante-neuf ans. Lorsqu’elle se mit au lit, à l’àge de quarante ans, en 1878, son médecin crut reconnaitrc une maladie de la moelle. Dès le début, il y eut une paralysie, une impossibilité de marcher, La malade put d’abord rester assise sur un fauteuil, se faire rouler d’une chambre dans l’autre; mais peu à peu ces déplacements devinrent dilliciles, pénibles, il fallut y renoncer.
Dans les dernières années, il fallait, pour la faire glisser d’un lit sur un autre, passer un drap sous elle et la lever avec précaution.
LKS 1*AMAI,YSIKS
Sa vue s’aduiblil ; il lalliit renoncer à tout travail, à tonte distraction : les heures s’écoulaient lentement, au milieu de sonirrances conlinnelles et sans aucune diversion possible.
Pour comble d’infortune, sa sœur, qui la soif^nait, avait à peu près perdu la vue. « Il m’est arrivé souveul. me disait-elle, d’en-
M"' Amélie GimarJ.
tendre marcher dans les appartements voisins, de croire que des malfaiteurs s’étaient introduits dans notre maison; je n’osais demander à ma sœur de s’en assurer, puisqu’elle n’y voyait pas, et nous passions toutes les deux la nuit dans des transes mortelles, enfermées dans notre chambre. »
En 1884, M"® Gimard vint à Lourdes avec un pèlerinage de Bordeaux; vainement elle pria, prit plusieurs bains de piscine; elle n’éprouva aucun soulagement.
« Je crois, DORS (lil-ellc, (lu’unc misérable pensée de vanilé dut arrêter sur moi l’action de la grâce : « Allons, ma pauvre femme, laissez-A^ous faire! » me dirent les brancardiers en me déposant sur mon brancard à la descente du train.
« Ma pauvre femme! » ce mot ne m’allait pas, je ne voulais ]>as être confondue avec les pauvres. J^c lendemain, je voulus revêtir une plus belle robe que j’avais apportée et me faire mettre quebpies atours, restes de mes toilettes abandonnées. Ce fut avec beaucoup de peine que l’on procéda à cette toilette, car je ne pouvais me mouvoir.
« Ces soins furent superllus, ils me faisaient perdre de vue l’objet principal de mon voyage.
« Je rentrai donc à Bordeaux, toujours dans le même état, et, dans les années qui suivirent, ma situation devait s’aggraver d’une façon sensible.
« Pendant les trois dernières années, mon estomae ne pouvait digérer; on me nourrissait exclusivement de bouillon et de lait, je ne pouvais supporter aucune nourriture solide.
« J’étais devenue d’une maigreur excessive; je n’avais plus que la peau et les os, j’étais un véritable squelette. »
M. le curé de Caudéran, voyant que eette pauvre malade paraissait absolument sans ressources, l’engagea à se faire inscrire parmi les malades du pèlerinage national. Mais aurait-elle la force de supporter les fatigues du voyage? Le Aumont le crut et donna un certificat de maladie pour joindre à son dossier.
La guérison
La sœur de M"e Amélie et une religieuse du Bon-Pasteur l’accompagnent; ce n’est pas trop de deux personnes pour veiller sur une malade aussi sérieusement atteinte. A Lourdes, elle trouve un lit dans la salle Saint-Camille, à l’hôpital des Sept-Douleurs.
Le aa et le a3 août, on la porte deux fois par jour à la piscine. 11 n’y a aucun soulagement.
Le dimanche a4, les malades se disposent tous à assister à la
lÆS PARALYSIES
})i‘Ocessioii (lu Saiiit-Siicicincnt. M"® Gimarcl, d(3COurag(5c, rcl’usc (le sortir do sou lit. Pour(|uoi s’imposer de nouvelles fatigues? M. Blavignae, pharmacien à Bordeaux, insiste, et, autant de force (pie de grc\ la fait prendre sur un brancard et transporter à la (îrotte. Dans la précipitation, on a à peine le temps de l’habiller, d’attacher ses vêtements. Elle est déposée devant la Grotte, elle prie avec les malades qui reulourcnl.
Au moment où le Saint Sacrement arrive auprès d’elle, porté par jNIg‘ Gouzot, arclievè(pic d’x\ueh, elle éprouve une sensation étrange, elle est soulevée sur son brancard.
<( Il me semble, nous dit-elle, (pic je suis couchée sur une vague ([ui me soulève; j’ai tout à fait la sensation d’un Ilot ([ui me porte. Cette sensation dure environ cimj minutes. Je reprends mes prières, je cherche à me distraire de cette préoccupation pour retrouver un peu de recueillement. La cérémonie poursuit sou cours.
(( Le Saiut-Sacrement traverse de nouveau nos rangs, et lors- (pi’il arri(’eprès de moi, sans avoir conscience de ce (pie je fais, je me redresse sur mon brancard, je me lève et je marche d’un pas assuré derrière le Saint-Sacrement.
<( jNIes vêtements, à peine attachés, glissent et m’échappent; les personnes (pii m’entourent les retiennent et cherchent à les fixer; je u’ai aux pieds (pie de mauvaises pantoutles, et je m’enfonce dans la bouc jusqu’à la cheville, dans un sol détrempé par une pluie continuelle. Mais rien ne m’arrête, je m’avance sans aucune hésitation, et je vais ainsi depuis la Grotte jusipi’au milieu de l’esplanade de l’église du Rosaire, pendant un trajet d’environ deux cents mètres.
« Le Magnificat retentit autour de moi. iMa sœur et la religieuse, (pii ne pouvaient me voir, se disent en entendant ce chant ; « Si c’était Amélie (pii était guérie! »
(( Elles fendent la foule et m’aperçoivent, les vêtements en désordre, mais la ligure radieuse, au milieu d’une foule enthousiaste.
« Leur émotion est extrême; elles m’arrêtent et me conduisent
IJÎS OllANDKS GUKIUSONS DE LOUHDKS
dans rôj^lisc du Rosaire, où l’on recommence le cliant du Magnificat. Au sorlir de l’éfïlise, je regagne, lonjours à pied et sans être soutenue, le milieu de la grande avenue, et de là je rentre à l’impital dans une voiture à bras.
« Il y avait trois ans que je n’avais pris aucune nourriture solide; une dame, à l’iippital, distribuait des gâteaux aux malades de la salle : elle m’en ofl’re. «Je ne prends rien. Madame, lui dis-je, mon
Les Arlésiennes :'i la Grotte.
estomac ne peut supporter que le lait ou le bouillon. » Un prêtre ({ui se trouvait à côté me dit : « INIais à Lourdes, tout le monde mange. »
« Je prends le gâteau, je le mange avec plaisir; j’en demande un second, j’en fais acheter d’autres, je ressens une faim que je ne puis satisfaire, je fais mettre du pain dans mon bouillon. Cette sensation, qui m’était inconnue depuis si longtemps, s’était réveillée brusquement dans toute sa plénitude, je ne pouvais me rassasier...
« Le lendemain nous partions. Je voulus marcher, mais il me
LKS PARALYSIES
scmblail c[iic je nuircliais sur des épiiif>;les. Mes pieds, qui depuis dix-sept ans ne s’élaienl pas posés à terre, étaient devenus d’une sensibilité exeessive; Je n’avais plus sous la jilantc (|u’unc peau très mince, presipic dépourvue d’épiderme.
« Cependant, en arrivant à Bordeaux, au couvent des Dames du Bon-Pasteur, je pus me rendre à pied à la chapelle, et je n’ai jamais gardé le lit depuis le jour de ma guérison.
« En rentrant à l’hôpital, le a4 août, après la procession, les dames de la salle, (pii m’avaient habillée une heure avant, furent frappées de la modilication instantanée cpii s’était produite dans l’état de mes jambes. Elles avaient pris de la vie, de la couleur, et même un volume appréciable. Les jours suivants, ce résultat est devenu plus sensible encore, et M. Mesnard, professeur agrégé à la Faculté de Bordeaux, exprime son étonnement en présence de ce résultat, cpii semble contraire à toutes les lois physiologicpies. »
Je soussigné, professeur agrégé à la Faculté de médecine, médecin des liôpitaux de Bordeaux, renouvelle dans ce certificat cecjuej’ai déjà constaté chez M"® Gimard, pensionnaire au couvent du Bon-Pasteur, de Caudéran. Cette demoiselle était atteinte de j)araplégie, avec cette particularité cpio celle-ci était accompagnée d’une atrophie presque totale des muscles des membres inférieurs.
J’ai revu Gimard marchant passablement et présentant des masses musculaires, à peu près suflisantes aux membres inférieurs. Elle m’a raconté que, lors du i)èlerinage national à Lourdes, elle avait pu se lever et marcher en suivant le Saint-Sacrement pendant un parcours de deux cents mètres.
Le fait d’avoir pu marcher aussi longtemps avec une atrophie musculaire aussi considéralile, m’a paru tout à fait digne d’être noté dans un certificat médical. J’ajouterai qu’il y avait dix-sept ans et trois mois que M'‘® Gimard ne marciiait pas, elle vivait sur son lit, ne pouvant même rester sur un fauteuil.
M“® Gimard s’est rendue à pied dans mon cabinet, faisant ainsi trois kilomètres environ ; elle retourna à son couvent de la même façon.
En foi de quoi, je délivre le présent certificat.
D‘" Mesnahd,
Professeur agrégé à la Faculté de Bordeaux.
Bordeaux, 2 octobre 1891.
Ain.si, voilà une paralysie qui dure dix-sept ans et trois mois, qui résiste à tous les moyens employés, qui entraiiie un amaigrissement
(|ui ne peul cire porté plus loin sans compromeltrc la vie, qui trouble toutes les fonctions : la vue est affaiblie, l’estomac ne digère plus. En une seconde, tout disparaît, la malade se relève, marche, éprouve une faim irrésistible.
Ce résultat n’est pas une surprise faite à l’économie, c’est un résultat complet, définitif. Depuis deux ans, il n’y a pas eu de rechute. Chose plus étonnante encore, les muscles des jambes, tous ces tissus atrophiés et détruits, renaissent à vue d’œil, se reproduisent comme par une création instantanée.
Tel est le fait matériel tel qu’il est attesté par tous les témoins, par les médecins dont nous copions les certificats.
Les signes qui précèdent la guérison
]\I"e Gimard a cinquante-neuf ans, elle n’est plus à l’àge où l’on joue avec les nerfs. Cette maladie de dix-sept ans de durée a déterminé une infirmité irrémédiable et ne doit avoir chez elle d’autre terme que celui de sa vie même. Une maladie dont on peut mourir est une maladie sérieuse et trop réelle. La guérison, dans les conditions où elle s’est produite, est digne de nos méditations.
« 11 y a des moments, nous disait Gimard, où je me demande
si j’ai été guérie à Lourdes, si j'ai bien été l’objet d’un miracle.
J’oublie tous les détails de cette guérison instantanée, la maladie s’oublie si vite ! Mais il y a une chose qui me ramène au sentiment de la réalité et que je n’oublierai jamais. C’est ce sentiment indéfinissable que j’ai éprouvé sur mon brancard, ce mouvement de Ilot, de vague, qui m’a soulevée tout entière au moment du passage du Saint-Sacrement.
« Celte sensation, je ne puis l’oublier, je ne l’avais jamais ressentie dans ma vie ; je ne puis ni la comprendre, ni l’expliquer, mais elle provenait certainement d’une cause étrangère et supérieure à ma nature. »
Souvent, dans les guérisons de Lourdes, nous observons des
Il»-
Un groupe de miraculées du pèlerinage national de 1896; Sœur Stéphanie au milieu.
LES PARALYSIES
commolions i(]enli([iies ([ni sc'inbleni indiijuer l’inlervcnlion d'iino force supi^'ricnre. C est un sig-ne sensible ([ni lombc sons nos sens, et ([ni, cependant, (*cliappe à l’action de notre volontf*. Lors([iie Hernadelle vonlait traverser le Gave à la snitc de ses coin paf? nos, nn souille puissant vint par deux fois relenlir à ses oreilles, lui lit relever la t(3tc et diriger scs regards vers la Grolte.
Les malades ([ni gncrisscnl à Lourdes ressentent dans leurs membres, depuis si longleinps paralysés, des sensations violcnl(*s, donlonrenses, prélude dn monvement et de la vie ([ni reviennent nstantanément.
(.liez les aveugles, nn rayon éblouissant passe devant leurs ycnx avant ([ne la Inmièrc leur soit rendne. De malbenrenx agonisants, sans force et sans voix, se relèvent dans la piscine, comme mns par nn ressort, La donlenr arrachait des larmes à Dnlmis
pendant que l’aignillc cheminait dans sa main fermée, violemment contractée depuis plnsicnrs années,
Nons trouvons dans ces phénomènes étranges le sujet d’ime étude intéressante ; ils se répètent trop souvent, sons les formes les pins diverses, pour n’ètre ([ne de purs accidents, sans corrélation entre eux, Nons pourrions les rapprocher de ces appels mystérieux qui condnisent parfois les malades à Lourdes, et semblent lenr indi([iier le moment de lenr guérison. Commotions et pressentiments viennent donner à ces guérisons un caractère qn’on ne peut méconnaître.
GüliniSON.S lE LOURDE?