‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 56 sur 88 · PRÊTRE DTI4ITI EMPOISONNÉ PAR LES SORCIERS · texte numérisé non relu

PRÊTRE DTI4ITI EMPOISONNÉ PAR LES SORCIERS

SA GUlilUSON LK 5 SEPTEMimE DERNIER

Une poule empoisonnée. — La vengeance d’un sorcier.

Le .5 septembre, l’abbé Dumas, jeune prêtre d’Haïti, venait à Lourdes demander sa guérison. Paralysé des bras, des Jambes, de tous les membres, il ne pouvait ni marcher, ni s’habiller seul; il était complètement inürme. Sa sœur l’accompagnait, il fallait le porter ou le traîner dans une petite voiture.

Sa parole était faible, lente, embarrassée, sa mémoire perdue, son intelligence très alfaiblie. Il se nourrissait à peine, il était dans un état de marasme tel qu’il excitait la compassion de tous ceux qui le voyaient. Il souffrait d’un mal étrange, que les médecins ne pouvaient définir.

Ce n’étaient ni les maladies des pays chauds, ni les fatigues du ministère qui avaient abattu ce jeune prêtre, non : c’était un mal inconnu, mystérieux ! On disait, autour de lui, qu’il avait été victime des maléfices des sorciers.

Voici comment l’abbé Dumas racontait son histoire :

Après avoir été vicaire pendant quelques auuées dans l’ile d’Ilaïli, il venait d’ètre chargé d’une paroisse qu’il adiniuistrait seul. La population était loin d’ètre catholique dans son ensemble ; autour de lui régnaient les superstitions les plus grossières, et de nombreux sorciers exerçaient au grand jour leurs pratiques. Les catholiipics étaient très exposés; il était obligé d’ètre lui-même constamment en éveil pour se délèndre contre les pièges qui lui étaient tendus.

Je commençais à peine, nous dit-il, à me faire aux usages et aux mœurs du pays, lorsqu’un jour je vis entrer chez moi un homme que je ne connaissais pas. Sa démarche embarrassée, son regard qui évitait de rencontrer le mien, son attitude étrange, tout me surprit en lui. « Mon Père, me dit-il, on vous portera demain un enfant à baptiser, et je viens vous prévenir que je dois être sou parrain. »

Avant de vous répondre, lui dis-je, je me demande pourquoi vous gardez votre chapeau sur la tète en me parlant. 11 hésita un moment, puis, de

LKS PAHALYSIKS

■JH;

tri-s mauviiise grAce, il linit j)ar se découvrir. J’aperçus aussilùl ses cheveux (rossés à la mode des sorciers.

— Vous savez hieii (pie je ne puis vous admellrc à aucune cérémonie.

— Je veux cire le parrain de cel cnlaul, repril-il, el Je viendrai (juand môme à l’église.

— Si vous venez, je ne ferai pas le baplême; vous m’obligerez avons iniliger une humiliation publiipie.

Le lenilemain, il vint, eu ellet, avec la famille; aussitôt je déclarai rpie je ne pouvais l’admettre pour |)arrain et (pie je ne ferais pas le baplême. Il se

i-elira plein de rage en me disant ; c( Père Dumas, vous me le paierez, je me vengerai. »

A quelques jours de là, ma servante le rencontra sur le marché. Il vendait une poule. 11 avait déjà refusé de la vendre à plusieurs personnes. Il acceiile les premières olfres que lui fait ma domestique et la lui cède avec emiiressement. ^

Le lendemain, c’était le i^‘' octobre i8i)4 on me servit cette ixmle, j’en mangeai sans remanpier rien de particulier. Le soir, je faisais rouvei ture du mois du Rosaire; je venais de monter en chaire, lorsque tout à coup je ressens un malaise inexprimable, ma parole s’embarrasse, mes yemx se voilent, mes jambes s’alfaissent sous moi; on m’emporte dans mon presbytère, je suis pris de vomissements, de frissons, de sueurs, j’éprouve tous les symptômes d’un empoisonnement. Un petit domestique qui me servait et qui a\ ait mangé de la poiih; est aussi très malade ; enlin ma chienne qui avait ramassé les débris du repas est empoisonnée; elle nourrissait à ce mom(?nt de petits chiens qui moururent tous. Ma cuisinière n’eut rien, mais elle n’avait pas mangé de la poule et son attitude dans ces circonstances m’a toujours paru des jilus suspectes.

Haïti, ses mœurs, sa population. — Les sorciers. — Chaque année, des missionnaires meurent victimes de ces fanatiques.

Saint-Domingue estdivisée en deux républiques : Saint-Doming'uc,

ancienne possession e.spagnole; Haïti, autrefois eolonie IVançaise. Plus d’un sièele d’oecupation, de 1677 à 1804, ont fait d’Haïti une •seeonde Franee. Nous trouvons là nos mœurs, notre langue, des eeoles Irançaises et surtout nn elergé qui se reerute exclusivement dans notre elergé. Ni les guerres de la Révolution, ni le mélange de tous les peuples n’ont pu dél mire l’empreinte profonde (pie nous avons laissée dans ce pays. Nos missionnaires avaient apporté sur cette terre noire religion, nos croyances : ils avaient créé entre la colonie et la métropole des liens que rien n’a pu rompre.

Page 1