‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 57 sur 88 · I.KS CI{AM)K.S (Jl'KIMSO.XS Dlî LOUHDES · texte numérisé non relu

I.KS CI{AM)K.S (Jl'KIMSO.XS Dlî LOUHDES

Mais au prix de ([ucls sacrilices avaienl-ils évangélisé ces peuples?

Ils avaicnl Lrouvé dans ce pays des nègres d’Alrique apportés aulrelüis par la Iraile, des deseendants des premiers habitants qui étaient là avec leurs eaei<pics à l’époque de la complète, enfin un mélange d’Kspagnols, d’Anglais, d’Américains, de Français plus

f)u moins fondus entre eux par une A'ie et des intérêts communs.

Les grands planteurs, ces princes du Nouveau Monde, avaient introduit , avec toutes les habitudes du luxe, les vices des sociétés européennes.

Les noirs, qui formaient la plus grande partie de la population, avaient apporté d’Afriipie les superstitions les plus grossières.

Ce mélange de tous ces peuples et des civilisations les plus opposées, sous un climat de feu, quel terrain de choix pour l’éclosion de tous les mau-

vais germes! C’était, suivant les idées

Abljé Dumas.

du jour, un bouillon de culture admirablement préparé. Nos prêtres, témoins de toutes les dépravations, avaient à subir les contaets les plus perfides et des persécutions de tout genre.

Dans ce pays, tous les mauvais génies de l’enfer exercent ouvertement leurs maléfices; ils ont leurs sectateurs et leurs ministres. Les sorciers que l’on désigne sous le nom de Papalins et ([ui sont de la secte des Yaudoux, portent un costume, nattent leurs cheveux d’une certaine façon, cherchent à se faire des adeptes, à entraîner dans leurs sectes, les femmes, les jeunes filles et répandent partout autour d’eux la luxure et tous les vices. Ils connaissent l’art des poisons; plusieurs prêtres sont morts empoisonnés par eux. Parmi ces sorciers, on trouve aussi des francs-maçons, animés d’une haine égale contre les ministres de l’Evangile.

1,KS l*AHAI,YSIi;S

Comment ces fanatiques préparent-ils leurs poisons?

Ils mélani?ent, dans leurs abominables laboratoires, dif^nes de (ainidie cl de Locuste, le virus des maladies contagieuses, le venin des reptiles et le suc des plantes malfaisantes. Ils sc servent des matières décomposées des cadavres humains ; ils savent comment tels animaux nourris de plantes empoisonnées, prennent une chair malsaine et peuvent, lors(pi’ils servent d’aliments à leurs victimes, leur causer la mort sans laisser aucune trace.

C’est ainsi, sans doute, qu’avait été préparée la poule de l’abbé Dumas.

Ils connaissent les microbes et leurs toxines, et préparent de vraies cultures de bacilles, qui peuvent donner des maladies mortelles.

Dans les milieux, pétris d’ignorance, en certaines contrées arriérées, comme Haïti, il se fait une propagande diabolique dont le but est de pousser aux plus odieux sacrilèges ; on trouve à la fois des empoisonneurs et toute une bande de sorciers qui cherchent à détourner les jeunes tilles et à corrompre les populations.

La maladie. — Le retour en France. — Le pèlerinage à Lourdes. — Polynévrite ou paralysie de tous les nerfs.

L’abbé Dumas avait été victime d’un de ces sorciers; il devait succomber, comme plusieurs de ses confrères, sous l’action du poison le plus violent. Dès les premiers jours, avons-nous dit, il avait été pris de vomissements, de frissons, de lièvre, mais bientôt les accidents de paralysie s’étaient déclarés, gagnant rapidement les jambes d’abord, les bras ensuite; il ne pouvait faire aucun mouvement dans son lit, l’amaigrissement suivait une marche très rapide et ses membres s’atrophiaient et dépérissaient à vue d’œil. Ses pieds étaient déviés comme dans le pied bot, sa sensibilité très affaiblie, tous les mouvements réflexes supprimés.

L’intelligence était profondément atteinte. Il avait de la confusion mentale, une perte de la mémoire très prononcée, portant surtout sur les faits récents. Lorsqu’on lui posait une question, il

lÆS GRANDES GUERISONS DE GOURDES

oiihliail celle (jucslion avanl de poiivoic y répondre, comme il oubliail les premiers mois d’une phrase (pi’il venail de commeneer. La moindre opéralion de la pensée nécessilail un ellbrl el un lemps relalivemenl considérables pour mellre son espril en aelivilé. A cùlé de celle oblnsion de l’inlelligenee, il avail une dépression

Les malades sur le passage de la procession.

mélancolique, une tristesse qui se peignaient sur scs traits, tristesse parfaitement légitime dans cet état d’infirmité qui paraissait sans remède.

L’aspect de ce pauvre abbé était misérable, la vie végétative subsistait seule en lui; ses yeux étaient fixes, hagards, ses traits tirés, amaigris, sa parole embarrassée, son esprit voilé; tout révélait une caducité qui n’était pas en rapport avec son âge. Au mois de février, cinq mois après le début de l’accident, on essaya de l’asseoir sur son lit, mais il était toujours incapable de se soutenir sur ses jambes. Enfin, au mois de mai, voyant qu’il était

lÆS PAKAI.YSIKS

iibsolumcnl perdu pour le ininislère, il fut déeidé qu’on le ferait partir pour la France et ([uc le vicaire général du Gap Haïtien raccompagnerait pendant le voyage. Les médecins (jui l’avaient soigné, lui ont délivré le eertilicat suivant :

Nous soussignés, Delliuuli UIi)iauo, docteur de la Faculté de uiédccine de Barcelone, et llaïuoii Achille, docteur de la Faculté de médecine de Paris, médecins au Cap Haïtien,

Certiiions avoir donné nos soins à M. l’abbé Léon Dumas, prêtre du diocèse du Cap Haïtien, deiuiis le b octobre 1894 jusqu’au 10 avril 1890 (époque où le malade partit pour la France), pour une polynévrite à début l'él)rile devenue chronique et caractérisée principalement par les synq)lèmcs suivants, prédominants aux membres intérieurs :

Douleurs de caractère varié, au milieu des masses musculaires et sur le trajet des nerfs, spontanées et provoquées par la pression, meme légère, ou par la llcxion des segments du membre;

Paralysie llaccide ju’esque complète et atrophie musculaire (pied bot paraludique double). Peau luisante, violacée, surtout quand les jambes restent pendantes ;

Perte de la mémoire, trouble dans la conception des idées.

Fait en honneur et conscience et délivré au Cap Haïtien, le iG octobre 1890.

D’’ Deiu.uxdi, !)'■ Hasiox.

En France, le D‘ Cliavanis, de Sainl-Etienne, a vainement employé tons les traitemenls usités en pareil eas : électricité, frictions, etc.

Lorsque l’abbé Dumas vint à Lourdes, le 5 septembre dernier, il était dans les tristes conditions que nous venons de décrire. Il ne marchait pas, et son intelligence était toujours très affailtlie.

Le 5 septembre, il se rendit à la Grotte, dans sa petite voiture, et de là aux piscines. Au premier bain, il se sentit un peu mieux et put faire quelques pas. A deux heures de l’après-midi, il prenait son second bain, et aussitôt il se redressait, marchait facilement, se rendait une seconde fois à la Clrotte et venait aussitôt après au Bureau des constatations. C’est là qu’il nous lit le récit que nous venons de résumer. Sa guérison se complétait sous nos yeux : ses pieds, depuis si longtemps condamnés à l’immobilité, étaient sensibles an moindre contact. 11 s’appuyait sur sa canne, sa démarche était hésitante.

Suivant l’cxpicssion de M. PouviIlon,il avait encore ces g-csles désappris des « foudroyés de la grâce. Il mareliait, il se hâtait avec des alliindcs ganehes ; sa ügnrc, mélange d’oml)re et de lumière, élail radieuse sous les stigmates de la maladie encore visibles, comme les bandelettes funéraires autour de Lazare ressuscité. »

Son intelligence, sa mémoire revenaient par éclaircies graduelles, intermitteutes. On aurait dit un nuage qui se déchirait lentement devant lui. Nous assistions à ce réveil; c’était un moment palpitant d’émotion. Les yeux du prêtre étaient humides et rellétaient une joie sans mélange. Sa pensée, se dégageant des dernières entraves qui la tenaient enchaînée, le transportait sans doute sur cette terre où il avait failli mourir martyr, où le rappelaient déjà toutes les ardeurs de son cœur d’apôtre.

Le lendemain, l’abbé Dumas disait la messe pour la première fois depuis le i<^‘' octobre 1894, e’est-à-dire depuis onze mois. Il restait debout sans fatigue et faisait des courses assez longues. Quelques jours après son départ de Lourdes, il fut pris d’une dysenterie qui l’affaiblit beaucoup et retarda sa convalescence. Il nous écrivait cependant le ‘iS novembre : « ^la guérison est complète, je dois aller voir mon médecin qui m’a donné rendez-vous dans son cabinet pour mesurer mes forces. Je célèbre la sainte messe tous les jours, sans fatigue aucune. Le docteur de Saint- Etienne a été très surpris de me voir marcher. Il m’a dit que j’étais bien guéri. » Le 29 décembre, il nous écrivait encore : « Je me sens absolument bien. J’espère retourner à Haïti, sans pouvoir encore fixer l’épocpie de mon départ. Je n’ai pas cessé de dire la messe chaque jour.

Enfin M. Ribault, protonotaire apostolique, vicaire général du Cap Haïtien, nous écrivait, le 9 novembre dernier :

Monsieur le Docteur,

Ayant vu M. ral)l)é Dumas, de Saint-Ktienne, étendu pendant six mois sur un lit à l’évèclié du Cap Haïtien, et l'ayant amené en France dans l’impossibilité de se servir de ses jambes, je l’ai revu à Saint-Étienne avant son ])èlerinage à Lourdes, et toujours dans le même étal. J’ai eu la consolation de le revoir à .son retour délivré de cette maladie et marchant bien. Plus que

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