‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 58 sur 88 · I.KS PARAT.YSIF.S · texte numérisé non relu

I.KS PARAT.YSIF.S

personne, je suis à luèine (rapi)récier la grftce merveilleuse qu’il a reçue a Lourdes. J’en ai lait part à révè(pie. du Cap ilailien, (|ui ni envoie un eertilieal sij>né des deux médecins (pu l’onl soijjrné pendant six mois. Je vous adresse ce cerlilical, pensant qu'il pourra vous être utile. Ces deux mécU;cius étaient portés à croire comme moi que la maladie était due a un empoisonnement, causé par un membre de l'infitme et diabolicpie secbî des Vaudonx, ce qui m'avait l'ail espérer (pic la sainte Vierge guérirait ce pauvre prêtre.

E. RlIiAlJT.T,

Protonotciire apostolique, vicaire cia Cap Ilailien.

(I.ii certificat médical envoyé par Mgr l’éveipie d’Ha'iti est celui que nous avons reproduit plus haut.)

Une conversion. — Comment on peut interpréter

cette guérison.

Pendant (lue l’abbcî Dumas nous faisait le r('‘eitde ses longues souffrances, un homme l’écoutait en proie à la plus vive émotion. Il s’attachait aux pas de ce jeune prêtre, ne se lassait pas de le voir, de rinterroger. Favorisé lui aussi de grâces exceptionnelles, il avait traversé des niomenls de doute ou de défaillance. Venait-il à Imurdes comme l’abbé Pierre Froment, de Zola, chercher la solution de ses incertitudes? Quoi qu’il en soit, à la vue de ce prêtre (pd renaissait devant lui, en entendant le récit de ses épreuves, ses larmes coulaient en abondance. Plus heureux que l’abbé de convention et de roman, il allait s’agenouiller aux pieds d’un prêtre et faisait l’aveu complet de ses égarements. 11 renaissait à la vie surnaturelle et proclamait bien haut les miséricordes infinies de Dieu dont il avait été le témoin et l’objet.

Que sont les guérisons de nos infirmités physiques à c()té de ces guérisons des âmes, mystérieux effets de la grâce, dans lesquelles ni la main de l’homme, ni les forces de la nature ne peuvent in tervenir?

Les guérisons (pic nous constatons en si grand nombre a Lourdes doivent correspondre sans doute à un nombre plus considérable encore de conversions, et souvent nous saisissons les relations dii-ectcs qui unissent ces grandes transformations pliysicpies et

i.ES (;uAM)i:s (;l’khis()>s de eoehdes

morales. Il y a plus ([u’iiiic coïiicideiicc dans ces lappioclicmenls, il y a les Iraccs bien visibles d’une acUon provideulielle.

Lorscpie l’abbé Dumas vint à Lourdes, au mois de sei)tembre, il était malade depuis un an; sous l’aetion d’un poison dont on ne connaissait pas la nature, il avait été paralysé de tous ses membres, et, celte paralysie atteignant le cerveau, avait étendu comme un voile sur toutes ses facultés.

Cependant il pouvait guérir par les seules forces de la nature, mais d’une façon lente et certainement incomplète. Une amélioration pouvait se faire, graduelle, insensible, sans jamais elfaccr pourtant les derniers vestiges du mal. Le choc avait été trop profond pour que toutes les fonctions pussent reprendre leur Jeu dans leur intégrité première.

L’abbé ressentit dans la piscine une amélioration subite, instantanée. Depuis un an il ne disait pas la messe, il ne pouvait faire un pas. Immédiatement il a pu marcher, et, le lendemain malin, il disait sa messe. C’est un premier résultat qui reste bien accpiis. Il a été trop instantané pour qu’il puisse recevoir une explication physiologique. Un paralytique, dans ces conditions, ne saute pas de son lit pour aller se promener. Les autres troubles se sont dissipés plus lentement.

Ce pauvre abbé semblait sortir comme d’un long sommeil; ses facultés se réveillaient peu à peu, et ses forces revenaient par degrés. Sa convalescence, entravée pendant quelque jours par une maladie accidentelle, a repris son cours et ne s’est pas démentie depuis cette époque. Il y a certainement un point dans cette guérison qui n’appartient pas à l’évolution naturelle des paralysies par empoisonnement, c’est sa disparition brusque. Tout le reste peut s’expliquer ou s’observer couramment. Cependant, comme il y a une relation directe entre tous ces phénomènes, nous pouvons dire que la modification profonde ressentie à Lourdes a été le point de départ, la cause réelle de l’amélioration qui s’est continuée par degrés.

Voilà comment on peut interpréter cette guérison. Elle ne s’impose pas avec celte évidence (pie nous rencontrons cpichpiefois

TJ-:S PARALYSIES

dans les j^eaiuls lails de Lourdes. Llle doit être étudiée [>ar des liouimes spéciaux. Il s’agit d’uue maladie 1res rare que nous ii observons guère. Elle demande à être nuancée dans ses détails et réclame un calcul de probabilités qui nous conduit à la certilude.

L’ablié Dumas demandait sa guérison depuis un an dans toutes scs prières. Il avait à peine trente ans: il aurait pu pendani longlemps encore continuer son apostolat. Il voyait à regret sa carrière brisée. Jusqu’à ce jour, ses prières n’avaient pas été exaucées. 11 l'allait attendre rbeure et le lieu marqués par la Providence. C’était à Lourdes qu’il devait guérir. Sa guérison se produisit sous les yeux de mille témoins, et il voyait se relever devant lui un de ses frères que le souille du doute avait elllcuré, que le contact du monde avait détourné de sa voie.

Î,KS OHANDKS GUKKISONS DE LOURDES

M. L’ABBÉ SONNOIS

FUKIIK ET VICAIUE OÉNÉUAL DE e’aUCHEVÊQUE DE CAMHHAI

Atitxie on rhumatisme. — Guérison inexplicable. — La maladie dure depuis treize ans. — Tous les traitements, sous la. direction des maîtres les plus habiles, sont restés sans ell'et. — La sufigcstion ne peut être invoquée. — Le malade a le pressentiment du jour et de l'heure de sa guérison.

Au mois (le septembre 1890, Mtf Soimois, le nouvel (“vèque de Sainl-Dié, venait à Lourdes à la tiîte des Alsaeiens-Lorrains. Ce pèlerinage laisse toujours une impression profonde sur son passage; il réveille dans nos cœurs les souvenirs les plus chers et les plus douloureux. Il nous vient du pays de Jeanne d’Arc, c’est l’espérance; il nous vient des pays annexés, c’est le deuil. On ne voit Jamais sans émotion ces bannières voilées, ces frères courbés sous le joug étranger, ces costumes que la peinture et la sculpture ont partout reproduits, images de la patrie dans ses jours d’épreuve,

M. l’abbé Albert Sonnois, frère de Msi' l’évè([ue de Saint-Dié et son vicaire général, arrivait le 4 septembre à Lourdes, précédant d’un jour les pèlerins; il était trop souffrant pour partager avec eux les fatigues du voyage.

Il y avait treize ans qu’il était malade. C’est au printemps de i8;77 (ju’il avait ressenti les premières atteintes de son mal, d’abord des douleurs à la lUHjue, le long de la colonne vertébrale, dans les jambes, dans les articulations; douleurs (|ui, comme des coups de lance, s’irradiaient un peu partout, mais surtout dans les membres inférieurs. Il s’était beaucoup mouillé pendant le carême précédent, et il attribuait à cette cause l’origine de sa maladie. iNIais en remontant plus avant dans son passé, il se souvenait qu’à vingt et un ans, étant élève de philosophie au séminaire, il avait éprouvé des accidents analogues, moins intenses à la vérité, qui l’avaient pourtant contraint à suspendre scs études.

La période des douleurs avait duré sept ans, de 18^;; à 1884; eu

T,KS PARAT.YSIKS

iS8/{, la marche était (Icvcnue pénible, vacillante, incooidonnee, le malade ne pouvait rester dehont, les yeux fermés, sans ehanccler et tomber; il avait de la peine à écrire, la main dirigeant mal la plume.

La sensibilité était à peu près supprimée dans les parties inférieures; il n’avait plus le sens du toucher : le froid et le chaud déterminaient une égale sensation. La vue s’alfaiblissait graduellement, et la lecture devenait très dillicilc. l^nün une infirmité cruelle venait encore s’ajouter à tous ces troubles, il avait une incontinence continuelle et le jour et la nuit.

En présence d’une maladie aussi grave, dont la marche progressive semblait conduire à une issue fatale, les frères de l’abbé Sonnois, justement préoccupés, conduisirent le malade à Paris. Ils

le placèrent chez les Frères Saint-Jean-de-Dieu et le confièrent aux soins du professeur Potain.

I^e D' Potain crut trouver dans ces désordres multiples les signes d’une atïection rhumatismale généralisée. 11 prescrivit le salicylate, les bains de vapeur et les pointes de feu, le long de la colonne vertébrale, eim| cents cluupie fois. Au bout de trois ou <[uatre semaines, l’estomac se refuse énergiquement à recevoir le salicylate. On le donne par la voie rectale, mais après un mois il faut renoncer à ce moyen. Les bains de vapeur, mal supportés, sont réduits à deux par semaine et à huit minutes de durée. On abandonne enfin cette médication pour revenir à l’iodure de potassium. Sous rinlluence de ce traitement, l’état de l’abbé Sonnois s’éait plutôt aggravé. Lorsqu’il quitte Paris, après un séjour de deux mois et demi, il est plus fatigué (ju’à son arrivée.

L’aphasie qui venait à peine de se déclarer était déjà très prononcée ; il ne trouvait plus le mot propre ; en écrivant, il mettait un nom pour un autre ; écriture et langage étaient souvent inintelligibles. Il avait complètement perdu le sommeil, ses idées se troublaient, sa pensée était confuse, voilée. Pendant trois ans, il n’a pu dire la messe et réciter son bréviaire.

Les grandes crises douloureuses amenaient des troubles plus marqués du côté de l’intelligence. L’abbé restait dans un état

LKS (lUANDKS Gri;HISONS DK LOUHDKB

nu‘lancoli(|uc lml)iUicl, cl, pcndanl plusieurs mois, il a eu des idées de suicide dont il uc pouvait se débarrasser.

11 élail dans eclle LrisLe situaliou lors([u’au mois d’avril 1890, sou IVèrc lut nommé évècpie de Saiul-Dié; il raccompaguc dans sa uouvclle résidence. Cette uominalion et ce changement de vie délerminent chez l’ahhé une secousse morale puissante et sendjlenl ranimer un peu son cspiât a(rail)li et découragé. Mais tout cela reste sans cUcL sur les principaux symptômes de sa maladie. Il ne rclrouve ni le sommeil, ni la possil)ililé de marcher, et les douleurs qui s’irradient dans tout sou corps sont toujours aussi fré- <picutes, aussi pénibles.

Le médecin et l’ami qui a longtemps soigné M. l’ahhé Sonnois, à Auxonne, lui a écrit une longue lettre que nous avons sous les yeux, dans laquelle il relève toute la série des accidents ([u’il a observés et dans leur ordre de suceession. Il mar<|ue bien les périodes distinctes qui donnent à cette maladie son véritable caractère ; c’est d’abord la nature des douleurs qui semblent partir de la tète, de la colonne vertébrale, pour retentir un peu partout : douleurs en ceinture, fulgurantes le long des mendjres, douleurs et troubles du côté de l’estomac et de l’intestin. En 1884. sept ans après le début des accidents, la marche devient de plus en plus pénible, la coordination des mouvements a des défectuosités presque constantes, et, quand le malade veut s’avancer, une jambe vient heurter l’autre jambe; de là des chutes qui se produisent fréquemment. A mesure que la maladie progresse, nous arrivons à la troisième période : l’intelligence est atteinte, la mémoire très alfaiblie. Malgré une attention soutenue et une recherche de longue durée, les mots ne se présentent pas, soit sous la plume, soit dans le cours de la conversation.

Il y a de la diplopie, tous les objets paraissant doubles, et à la lumière artificielle, lampe ou bougie, la perte de la vision est absolue.

L’ensemble de ces symptômes, leur ordre de suceession, leur marche progressive m’avaient fait porter, dit le médecin, le diagnostic û'aLaxic, et tous les traitements institués n’avaient pu enrayer les progrès du mal.

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