I.KS (niMNDKS GTIKiaSONS DE LOURDES
nienl de Iroisièinc classe. « Mais ce n’est plus le niènic homme (pi’au dépai l, s’éeiia-t-il, le ehang-cment est complet! »
T.a foule s’était donné rendez-vous à la g^are d’Aiidenarde ; le soir, tonte la ville se porta vers la station. Quand le train de Bruxelles arriva à huit heures, et que Jean agitant sa casquette, se montra à la portière, une acclamation générale retentit sur le quai : « Vive Jean! Gloire à Notre-Dame de Lourdes! Hourra!... »
De la gare à la ville, ce ne fut qu’une longue ovation. Personne ne se souvenait à Audenarde d’avoir vu foule pareille, enthousiasme aussi débordant...
A l’hôpital, tous les yeux s’emplirent de larmes, quand le médecin se jetant au cou de Jean Debrouwer, l’embrassa avec effusion. Le Révérend Doyen souhaita la bienvenue au privilégié de Notre- Dame de Lourdes, et un malade félicita le miraculé au nom de tous ses amis souffrants. Jean lui-même prit enfin la parole pour remercier ses concitoyens.
Tous les journaux catholiques relatèrent la guérison de Debrou- Aver en rendant compte du pèlerinage. Beaucoup de journaux anticatholiques gardèrent le silence. — Quelques-uns ne restèrent point muets.
Une feuille socialiste de Charlcroi prétendit « que les cléricaux avaient senti le besoin d’inventer de nouveaux miracles à leur pèlerinage; » tandis qu’une autre feuille libérale d’Audenarde insinuait que Debromver avait été guéri « par un effort d’imagination ».
11 importait de faire la lumière sur un fait que la mauvaise foi cherchait a nier ou à dénaturer. Il importait aussi d’éclairer l’opinion publique... Le comité organisateur du pèlerinage pria le D‘ Boyer de faire une enquête sur la guérison de Debrouwer... Celui-ci se rendit à Audenarde le 4 jw'»- H questionna et examina minutieusement Debrouwer et constata la guérison.
PLAIF.S INTÉRIEURES
()ucl([ucs semaines jilus lard, le D>' Yan Biilscle adressait au D' Royer la lellrc suivanlc :
Cher confrère,
Aiidcnarde, lü août 1894.
De tou.s les syinptôincs fdcheux que je vous ai décrits dans mes notes relatives à la maladie de Jean Debroinver, il ne reste pas de traces...
Le poids du corps a augmenté pendant ces trois mois de plus de dix kilogrammes. DebrouAver travaille, mange, boit; bref, semble jouir de la santé dans toute sa plénitude.
Agiéez, cher confrère, etc.
D'' Vax Butsele.
Le D‘‘ Renoii te, de Ciiarleroi, fait à son tour, dans une lellre datée du 19 septembre 1894, une déclaration tout à fait identique.
... Telle est l’iiistoire de la guérison de Jean Debroiiwer...
Je suis allé à Lourdes avec le malade: de tout le voyage, je ne l’ai guère quitté; sa guérison s’est produite sous mes yeux... Ceux (pii veulent refaire notre enquête et vérifier l’exactitude de cette histoire ont toute facilité pour cela. Le fait date d’hier, les souvenirs des témoins sont précis. Jean reste toujours à Audenarde ; en qualité d’infirmier, il vaque, à l’hôpital, à tous les ouvrages que comporte le service des malades...
... Ma tâche est donc achevée. Je ne puis qu’exposer les faits; aux médecins de les discuter. Mais il est évident que la guérison de Debrouwer mérite mieux qu’un haussement d’épaules. Elle a le droit à un examen impartial et attentif.
Simon Deploige,
Professeur à l’Unwersité de Louvain.
I,i;S GHAMDKS CLIKHISONS DK I,orHDl';S
3[i'ic GOIVDET, d’Heiskiciiemom’
Nous avons revu, dans les premiers jours d’oclohre, (lordel, doul la i’uôrisou soudaine après douze ans de maladie, avait eu un si grand relent issemenl.
Entre ces deux claies cpiel changement, cpielle transformation dans l’clal de celte femme !
Elle était arrivée, l’année dernière, sur un matelas, toute meurtrie par les secousses et les fatigues du voyage. Cette année elle descendait de wagon, après une nuit sans sommeil et un long et pénible trajet, la physionomie souriante, pleine d'entrain et de forces. Elle allait et venait de la Grotte aux piscines, aux sanctuaires, retrouvant partout les souvenirs de ses émotions passées et de son premier pèlerinage.
En i8()a, elle avait laisse chez elle ses parents : son père fou de douleur cj[ui n’avait pas eu le courage de l’accompagner juscju’au train, sa mère, sa ülle cjui craignaient de ne plus la revoir.
En 1893, elle arrivait suivie de son père, de sa mère, entre sa lille et son mari; aussi sur tous leurs visages on lisait l’expression d’une Joie et d’une gratitude sans limite.
lordet nous rappelait tous les détails de ses longues souffrances, de sa guérison. En l’écoutant, nous ressentions encore l’émotion ({ue nous avions tous éprouvée lorscpéellc était venue, au sortir des piscines, nous faire le récit de celle cruelle maladie qui l’avait clouée cpiatre ans sur son lit. Maladie sans espoir, sans issue en dehors d’une opération ejui pouvait la tuer et devait la laisser mutilée. Lorsqu’elle nous disait comment, en une seconde, elle venait de retrouver ce cpi’elle avait cru à jamais perdu, santé, forces, jeunesse, un silence absolu régnait dans le bureau: nous l’écoulions sans oser rinlcrrompre.
Pas une objection, pas un doute ne se présentait à notre esprit; ce récit simple, sans art, fait de détails intimes, de douleurs ressenties, avait rélo(pience (pie donne une conviction absolue. Celle
PLAIKS INTKRIEUHKS
conviclion nous à noire insu. , l’avais vu le regard du roinan-
eier eélèhre qui élail assis à mes C()lés, se relever, se lixer longtemps sur eelle lennne. Lui aussi il était sous le eliarine; la eonviclion l'ellleurail , si elle ne le pénétrait, pas tout entier.
I']n résumant cette observation, nous allons essayer de la rendre intelligible pour tous.
Ce n’est pas avec l’instantanéité d’un appareil photographique que nous pouvons saisir et groiqier les divers éléments qui scivenl de base à nos enquêtes.
Ce n’est pas un jeu de scène ou de tableau que nous Caisons passer sous les yeux des spectateurs; par un travail méthodique, patient, persévérant, nous essayons de donner à chaque fait son caractère, sa signihealion.
La maladie de 1880 à 1892
lîroncliites répétées. — Deux saisons à la Bourboule. — Malailie d'estomac. — Raux de l'ougues en 18R7. — De Vichy en 1888. — Péritonite avec aliccs en 188!) jusqu’au :1U août 1892.
Gordet appartient à une honorable famille de commerçants d’Henrichemont, gros chef-lieu de canton de près de quatre mille âmes, dans le département du Cher. Elle s’est mariée en i88o «àl’àgc de dix-neuf ans. A ec moment, tout paraissait lui sourire : santé, fortune, avenir. M. et M'"® Gordet étaient dans une grande aisance, et leur commerce tpii prospérait leur permettait de l’aceroilre encore. Au point de vue des probabilités humaines, ils avaient toutes les chances de bonheur; en réalité leur vie devait être singulièrement traversée.
Peu de mois après leur mariage, un accident vint détruire les premières espérances que faisait concevoir leur union. Quelque temps plus tard, Gordet, à peine remise, faillit perdre la vie dans un accident de voiture des plus graves.
Un omnibus traîné par des chevaux emportés vint se renverser auprès d’elle. Le timon, en se brisant, l’atteignit à l’épaule. Elle
ij:s grandes guérisons de lourdes
fui projoléc violeninicDl à lerrc et reçut des conlusions nombreuses. Eu dehors des lésions visililes, cette chute détermina une secousse profonde qui éliranla lout son èire.
Les divers organes furent successivement atteints. Le travail qui se faisait dans toute 1 économie et dont on ne pouvait interpréter la nature, retentit d’abord sur le poumon.
Elle avait une lièvre lente, une toux suspecte, des sueurs, une
grande faiblesse générale. Pendant riiiver de 1884, la malade ne put quitter la cliambre. Vainement, pour dégager la poitrine, on mit de nombreux vésicatoires, des pointes de feu, de la teinture d’iode. Tous les traitements restaient sans elfet, et la maladie eommençait à inspirer des craintes sérieuses à l’entourage.
Deux saisons suecessives à la Bourboule procurèrent une amélioration assez sensible dans l’état de la poitrine. INIais à peine était-on rassuré de ce côté que des complications nouvelles survinrent.
L’estomac se prend, refuse toute nourriture; les vomissements sont continuels, les remèdes ne sont pas supportés. On abandonne les eaux d’Auvergne, on prend le chemin de Fougues en 1887, de Vichy en 1888, on épuise toute la série des médications thermales.
Mais tous ces traitements ne donnent que des résultats incomplets. Mme Gordet reste languissanic, sans force, dans un état valétudinaire qui semble s’accentuer chaque jour. Pourtant rien n’a été négligé; il y a six ans que l’on lutte pied à pied, et l’on ne cesse de perdre du terrain. Son économie profondément ébranlée, minée sourdement, est bien préparée pour recevoir toutes les inlluenccs fâcheuses. La dernière crise qui va éclater ne sera pas un accident.
Gordet, mülnde depuis huit ans.
En sortant de la piscine, elle vient faire le récit de sa guérison devant Zola.