PLAIES INTERIEURES
niais la conséquence necessaire et bien prévue des condilions de sou état g-énéral.
Il sidïîra d’une étincelle pour créer au sein de scs tissus malades un loyer que l’oii ne pourra ni circonscrire, ni éteindre.
L’étincelle éclata le 24 janvier i88().
La malade l’ut prise, cejour-là, de douleurs d’uue violence inouïe ; les soulTrances qu’elle éprouvait étaient tellement aiguës que l’on entendait ses cris hors de la maison. Une péritonite générale se déclare et, pendant trois semaines, poursuit sou cours avec une
intensité croissante.
M>ne Gordet ne peut plus quitter son lit, tous les mouvements retentissent dans les tissus endoloris. Du mois de janvier au mois de mai, les crises se succèdent sans interruption. Pendant le mois de juin, il se produit un calme relatif, la malade fait quelques pas et peut aller de son lit à sou fauteuil. Mais, le mois suivant, les crises reparaissent et se multiplient, l’estomac ne peut supporter aucune nourriture.
Trois médecins donnaient leurs soins à la malade ; INIM. les Drs Barbey et Castay, d’Henrichemont, M. le Témoin, de Bourges.
Le 24 janvier 1890, un an après le début de ces terribles accidents, une crise plus violente que toutes les précédentes se déclare. Le cœur défaille, le pouls est insensible; le Castay passe la nuit auprès de la malade qui, par moments, agonise et dont on ne perçoit plus la respiration; les syncopes se succèdent sans interruption.
Le lendemain, on constate l’existence d’un engorgement considérable qui SC développe dans le flanc. C’est le prélude des abcès qui se forment et qui désormais ne tariront plus. Ces abcès, profondément situés dans l’intérieur, ne pourront s’ouvrir une voie qu’en traversant les organes voisins.
Depuis 1890, M'ne Gordet est sous la menace constante de ces abcès à répétition qui entretiennent autour d’eux comme un incendie toujours prêt à se généraliser, et qui mettent en péril son existence.
LKS GHANDES (UJEIUSONS DE EOl'UDES
Le i3 mars iHc)t, Gordel sc [)laignait à son médecin do rimpnissancc des remèdes : « .l’ai lonl essayé, Ini dit eclni-ei, vous avez (‘onsnllé d’anlres médecins (jni ont fait comme moi et n’ont j)as élé pins lieurenx. Nous n’avons plus <pi’un moyen à tenter... Prenez des torccs, et <piand vous serez en état de faire le voyage de Paris, im elnrnrgien habile fera l’opération nécessaire, indispensable pour vous guérir. »
INb'ic Gordet a reculé devant cette opération qui présente des éventualités redoutables. Qui songerait à l’en l)làmer? Au début de cette longue maladie en 1880, cette jeune femme avait été saisie en pleine jeunesse, en pleine force, et l’on ne pouvait songer (pie l’on était au prélude d’un drame aussi sondjre, aussi iuexoralile. On croyait (pie la médecine aurait facilement raison de ces accidents, l’on s’était adressé à la science. « ,T’ai consulté successivement treize médecins, nous dit Gordet; pendant douze ans j’ai suivi leurs prescriptions, mais toutes mes espérances ont été déçues, je n’ai cessé depuis le premier jour de descendre une pente fatale. »
Dans ces longs jours, dans ces années qui sc succédaient sans apporter aucun changement dans son état, sa pensée s’était retournée vers Dieu ; depuis longtenq'is un vague pressentiment lui disait (pie tous les remèdes seraient pour elle sans vertu. « Au début je priais bien peu, nous dit-elle, j’appris le souvenez-vous dans un mois de Marie, plus tard j’y ajoutai le chapelet. » Son curé nous dit qu’il a assisté au réveil de la foi dans cette àme si éprouvée. Le travail de la grâce suivait, d’une façon égale et parallèle, les progrès du mal.
()uand tout souriait à ce jeune ménage, la religion leur paraissait sans doute une tradition respectable, mais sans utilité bien praliipie pour la conduite de leurs allaires. Uespectueux des lois extérieures du culte, ils en suivaient d’une façon plus ou moins intermittente les diverses obligations.
(biand le souille de la prospérité cnile notre voile, nous nous laissons aller aux courants faciles qui nous portent.
(\*s courants faciles avaient été de peu de durée pour ce ménage,
PLAIKS INTliUlKUHKS
et les veiils
rilé.
coiiU'aircs ii’axaieiit pas
lai'dé à
li“Oul)lcr sa sécu-
Pendanl la saison de Yicliy, en iS88, (loi-del élail; cnirée nn joni* poni' ]>i‘iei* dans l’église de Sainl-Lonis... Agenoniilée devani la slatne de Xolre-Daine de Lomales, elle ent comme un éblouissemenl, une vision de sa gnécison pac la Vierge de la Grolle.
Depuis ce jour, elle mèlail l’eau de I^ourdes à lous ses remèdes et sa pensée se reportait sans cesse vers ce pèlerinage désiré,'
Elle avait voulu partir au mois d’aoùt 1891 avec les pèlerins du Berry, mais sa lamille, redoutant pour elle les fatigues du voyage, lit interveuir M. le curé d’Henriclicmont <pn lit comprendre à ]\I. Gordet (pi’elle n’était pas en état de se déplacer. Ce projet fut remis à l’année suivante.
Pendant les premiers mois de 1892, les crises furent moins violentes, mais la position debout était toujours impossible, le plus léger choc réveillait de vives douleurs.
Le médecin venait quelquefois dans la maison pour la mère, pour la petite tille, il demandait des nouvelles de Gordet, mais il n’osait plus proposer de traitement, sachant que tout remède était inutile.
Au mois d’avril, il lui disait encore :
« La chirurgie a fait de grands progrès, décidez-vous à aller à Paris pour vous faire opérer. — Non, répond la malade; ma famille ne le veut pas, ni moi non plus, mais je veux aller à Lourdes et je serai guérie sans opération.
— Ce voyage est prestpie impossible pour vous, et vous ne serez pas guérie, » répond le médecin.
Le Pèlerinage
Le voyage est des plus péiiiljles. — Sa visite au Bureau des médecins avant et après sa guérison. — Son immersion dans la juscine. — Sa guérison instantanée.
Le 9 août 1892, la malade fait demander son médecin, le D>' Castay, elle le prie de vouloir bien l’examiner avec soin et de constater dans un certiticat l’état dans lequel elle se trouve.
I.c nic'dccin, homme dioit et consciencieux, lui donne le certilicat <|u’clle désire. Il constate (|ue depuis son dernier examen (pii (laie dé'jà de près d’un an, il y a eu une amélioration, cependant il relrouve encore les traces de ces lissus enllammés (pii circonscrivent rahccs et cpii emprisonnent tous les organes.
Il ne partage pas les espérances de sa malade; mais il lui doit la couslalalion exacte de son état, et il le lait sans réserve.
Cette visite a lieu le 9 août. — Le 20 août, cpiatre jours avant le départ, un dernier abecs vient s’ouvrir à l'extérieur. La malade rend dans la Journée, à dix-sept ou dix-huit reprises, une (juantité eonsidérable de pus. — L’abcès achève de se vider les jours suivants; il coule encore au moment du départ, et il faut sortir la malade du lit pour la mettre en wagon.
(3e dernier accident nous démontre que la maladie est en ce moment en pleine activité. L’avant-veille du départ, le médecin rend encore visite à la malade, et en la voyant dans un si triste état, il lui répète ; (( A votre retour de Lourdes, ne vous arrêtez pas ici, allez à Paris, il faut en Unir. Il faut laisser faire eette opération qui seule peut vous guérir. »
Au moment de partir, ]\I'"®Gordet ne peut se défendre de quelques sombres pressentiments. Reviendra-t-elle dans un cercueil? reviendra-t-elle guérie? Il faut se séparer de son enfant, de tous ceux (ju’elle aime. Son père qui ne partageait pas ses eroyances, errait dans les champs, fou de douleur, et n’avait pas eu le eourage de lui faire ses adieux.
<( O mon Dieu, dit-elle, si je dois mourir à Lourdes, faites-moi plutôt mourir au milieu des miens et dans mon pays! »
Le voyage fut des plus pénibles. Dans les changements de trains, on avait de la peine à lui trouver une place dans les comparlimenls déjà envahis. A Limoges, ses douleurs sont tellement violentes cpi’il lui semble (ju’elle ne pourra continuer son voyage ; (( Je suis
PLAIES INTEIUEUHKS
brisée, » (lü-cllc à son mari. Enfin elle arrive au lernie ; elle esl à Lourdes le lundi, u<) aoi'il, au soir.
Le lendemain, elle venait au Bureau des médecins, traînée dans sa petite voiture par son mari, scs béquilles à côté d’elle. l']lle avait la voix laible, l’œil sans vie, le teint plombé; tout indiquait (pi il y avait chez elle une suppuration ancienne, cachée dans l’intérieur de ses organes. Le ccrtiticat du médecin ne laissait pas de doute sur çe point; elle avait, depuis trois ans et huit mois, une péritonite suppuréc.
A cette profondeur, on ne peut apprécier l’étendue d’un abcès ; le travail de révolution qui peut se faire est extrêmement lent. Dans l’espace d’une année, le médecin n’avait constaté que de légères modifications. Depuis quinze jours, depuis son dernier examen avec la poussée nouvelle qui venait d’éclater, il devait plutôt y avoir de l’aggravation. Quant <à vouloir porter séance tenante un Jugement sur une maladie qui durait depuis douze dns, il n’y fallait pas songer ; il fallait s’en rapporter au témoignage des hommes compétents qui avaient suivi les phases diverses de cette longue maladie.
Gordet avait une confiance absolue : « Dans une heure, nous dit-elle. Je reviendrai guérie. » Elle arrive aux piscines le mardi 3o août, vers dix heures du matin.
Là se trouvaient, pour la baigner, comtesse 'de Coetlos-
quet, de Nancy, veuve Mongeolle et deux religieuses de Niederbronn. Ces dames faisaient partie du pèlerinage alsacienlorrain.
La malade qui ne peut se soutenir est étendue dans un drap, et les dames qui l’entourent la plongent ainsi dans l’eau. Pendant les courts instants de l’immersion, un sentiment indéfinissable de bienêtre la saisit, ses traits paraissent comme transfigurés.
Bientôt elle se relève seule, sans difficulté; sans effort, elle fait quelques pas. Elle s’habille, prend ses bé(|uilles sous son bras et se dirige vers la Grotte, suivie de sa voiture de malade, entourée
d’une foule coinpîicle qui se presse, se liousculc pour voir la luiraeulée.
Une heure après, M'"'’ (lordet reveuail au bureau des médecins. Ce u’élail plus la même persouuc. Elle s’avançail souriante, sans aucun embarras, la physionomie éclairée d’une joie indicible. A ses cotés sou mari, fou de joie, qui ne trouvait pas une parole pour traduire sou émotion, et M. l’abbé Aupie, curé d’IIcurichemout, (pii nous disait qu’il n’avait jamais vu marcher la malade depuis (piatre ans.
]MM. les D’’'* Ducreux, de la Côte-d’Or, et Thomassiu, des Yosg-es, examinent avec moi M'"® Gordet avec le plus grand soin et ne trouvent aucun vestige de cette inllammation si ancienne, si étendue. Tous les tissus sont souples, normaux.
Au point de vue de l’état général, la reprise est complète, et, (juant aux lésions locales, elles se sont effacées sans laisser le plus petit vestige. La nature ne répare pas ainsi ses brèches.
yime Gordet avait promis à ses médecins que sa première visite, à son retour de Lourdes, serait pour eux. Mais le D® Castay la prévint. Le lendemain de son arrivée, le 3 septembre, il était auprès d’elle. En voyant son ancienne malade venir au-devant de lui d’un pas assuré, il s’arrêta immobile, saisi d’un étonnement (pi’il ne put dissimuler. Il y avait huit jours à peine, il l’avait laissée dans son lit qu’elle ne (juittait guère depuis près de quatre ans; il l’avait laissée avec la tièvre, avec un abcès qui venait de s’ouvrir, dans l’état le plus misérable: il la retrouvait pleine de forces et de vie, le sourire sur les lèvres, debout, marchant sans aucune trace de gêne ou de fatigue.
« 11 faut. Madame, dit le docteur, (|ue je vous examine avec soin, (pie je me rende compte de tous les changements qui se sont opérés en vous. Je veux le faire avec toute la rigueur possible, je reviendrai ce soir. »
Le soir, le médecin revenait, et dans lui long et minutieux examen il recherchait la trace de ces tissus cnllammés, de cet abcès dont il suivait les progrès et les variations depuis trois ans. Il ne trouvait plus ricu. C’étaient des tissus nouveaux.
Vue de la Grotte et de la Basilique,
VLAIKS INTliUIKIJUES
Il consii^nail dans un ccrlilicat que nous résumons ici les lésullals <le son examen (i).
La démonstralion élail complèle.
En résumé, Gordel. est malade depuis douze ans. Pendant les huit premières années, un travail lent, protbnd s’est fait dans son organisme. Ce travail a lini par aboutir à la formation de ces al)cès ([ui, depuis près de trois aus, percent à l’extérieur tous les quinze ou vingt jours.
Son médecin l’examine le 9 août et trouve parfaitement les traces de cette inllammation profonde.
Le an août, un dernier al)cès vint clore la série des abcès précé-
dents et démontre jusqu’à Lévidcnce qu’il y a encore un foyer en pleine activité. 11 y a des traces de suppuration constatées le 28 août et le 3o. En un instant, dans la piscine il y a une reprise complète. Cette malade au teint plombé, aux traits tirés, dont tout le corps endolori était sensible au moindre choc, s’est redressée brusquement et marche d’un pas alfermi sans ressentir aucune douleur.
Il U y a plus aucun vestige d’une lésion locale comme le constatent immédiatement trois médecins, et comme le constatera, trois jours après, sou médecin ordinaire, le Castay.
Il n est pas au pouvoir de la nature d'etfacer ainsi en un jour, en une heure ou en une minute, de semblables lésions. Elles persistent toute la vie, toujours on trouve les organes emprisonnés et reliés par les derniers débris de ces membranes, comme on trouve dans une pleurésie ancienne le poumon emprisonné dans des cloisons que rien ne peut détruire?
Si M“e Gordet avait eu le 20 août un simple furoncle, une plaie superticielle et récente, vous n’auriez pu faire disparaître les traces de ce luroncle ou de cette plaie dans huit ou quinze jours. Vous
(I ) Il ilisnit : Aiijourd’luii, 3 soptemlM'c 1832, j'ai procédé à im nouvel examen minutieux et j’ai constaté que les produits de l'inllammalion avaient totalement disparu.
Gordet afiirme n’éprouver aucune sontTrancc ni spontanée, ni provoquée, clic s'assied, se lève et mnrclie avec une entière liberté de mouvemenls. Médicalement, je suis aul(>risé à conclure cl ta guérison que Je souhaite entière et durable dans l'intérêt de la malade.
En loi de quoi je délivre le présent certificat que Je déclare sincère et véritable, llenrichemont, le 3 septembre 1892.
GUémSONS DE LOUllÜES
J. Castav.
voudriez que la nature ]>iit se débarrasser aussi raeilemciit d’uue vaste poche en pleine suppuration.
Dansée fait, ou a voulu donner le change, on n’a plus parlé de l’abcès qui venait d’éclater la veille du départ. On a dit que le ccrtilieat du médecin était ancien, très ancien. Les lo ou i5 jours de date sont devenus une année.
On a dit que l’on n’avait pas examiné la malade avant son entrée dans la piscine. Quel dommage, a-t-on répété à l’envi, qu’un fait de cette importance manque des garanties nécessaires! On a cherché les côtés faibles pour se débarrasser d’un fait gênant. C’est toujours ainsi quelesincrédules procèdent, etquandla démonstration devient trop pressante, ils récusent en bloc toutes les maladies internes. Ils ne veulent plus s’occuper que des plaies.
Pour nier scientiliquement ce fait extraordinaire, il faudrait établir qu’entreles deux examens pratiqués parles médecins les 9 et 3o aoCit, la guérison a pu survenir naturellement et être complète dans cet espace de temps. Il faudrait établir qu’un abcès, qui s’est ouvert le 2D août et qui coulait encore le 28, n’a pu laisser aucune trace de sa présence, le surlendemain, 3o août.
Tout cela est à l’encontre de toutes les règles connues; une maladie qui se prépare depuis 1880, et qui depuis trois ans se manifeste par des suppurations interminables, laisse toujours des traces visibles et ne s’efface entièrement ni dans un mois, ni dans six mois.
Voilà pourquoi il était inutile de répéter jour par jour, heure par heure, l’examen de cette malade. Ces faits demandent une étude longue, méthodique, mais ne se prêtent pas à ces coups de théâtre, à ees photographies instantanées que les gens étrangers à la médecine recherchent sans cesse.
Quand nous rédigeons nos procès-verbaux, nous sommes dans la position du juge qui dirige une empiète. Demande-t-on au juge de déposer dans la cause ipi’il instruit ?
Nos guérisons relèvent du témoignage, et comme dans toutes les (piestious historiipics, c’est par le témoignage (jue nous ari ivous à la certitude. Ces guérisons ne constituent pas un fait expérimental
PLAIES INTEUIEUPES
que nous pouvons reproduire à notre gré. Chacjuc guérison a son jour, ses procédés, ses témoins divers.
Il y a des malades qui nous appartiennent, que nous avons soignés, que nous connaissons avant et que nous étudions après.
Il y en a d autres, et c’est le plus grand nombre, qui arrivent avec leurs témoins, leurs médecins, leurs certificats et leurs dossiers. Ceux-là sont 1 objet d études et de recherches qui se prolongent pendant des mois et des années.
Gordetest venue plusieurs fois au Bureau des médecins apres sa guérison. Nous avons dit avec quelle émotion nous avons écouté le récit simple, naturel, qu’elle fit devant nous de sa maladie. Quand elle eut fini, un interlocuteur célèbre (i) qui était assis à nos côtés lui posa quelques questions.
— Pourquoi vous êtes-vous refusée à subir l’opération que l’on vous proposait?
— Parce que je n’y avais pas confiance et que j’étais certaine de guérir ici.
— Alors pourquoi n’ètes-vous pas venue plus tôt?
— Parce que l’on me l’avait défendu.
— Qui ?
— M. le curé qui est ici.
Alors s’adressant au curé :
— Mais vous différiez donc à plaisir la guérison de votre paroissienne?
— La famille et le médecin trouvaient le voyage impossible, je n’ai pas cru devoir prendre sur moi de l’y encourager.
— C’était prudent.
— Que dira votre paroisse. Monsieur le curé ?
— Je l’ignore, je suis presque ellrayé de la manifestation qui nous attend.
— Mais vous l’avez préparée, cette manifestation ?
(1) M. Zola.
LKS (iRANDKS crKHISONS DK KOIJIÎDKS
— Loin (le là. J’ai pric'M. et (lordcL d’alleiulic ving^t-({ualre lienres avant d’cnvoyci* des dép(iches, voulant (|u’unc nuil au moins s’c^coulàt, sur cette gucu'isou merveilleuse el en conürmàtla durt'‘c...
Le septembre iHpa, M^e Gordet quittait Lourdes, et le lendemain elle deseendait à la gare de Bourges. Là elle reneontrait son père, sa mère, sa petite lUle qui s’avançaient vers elle, un boiKjuet à la main. L’entant apercevant sa mère marcher seule, sans appui, d’un pas assuré, hésite à la reconnaître... Elle ne se souvenait pas d’avoir Jamais vu marcher sa mère !
Comme l’avait prévu M. le curé, la rentrée des pèlerins dans la petite ville d’Henrichemont provoqua des manifestations enthousiastes. La place Henri IV, les jardins qui entourent l’église, étaient envahis par une foule énorme, dans laquelle on voyait mêlés des uniformes nombreux d’olliciers et de soldats.
Ce jour-là deux régiments d’infanterie, le 85^ et le p5®, séjournaient dans la ville et les soldats partageaient l’enthousiasme des habitants. Au milieu des commentaires divers que faisait naître l’interprétation de celte guérison, legénéral qui commandait les troupes raconta un fait qui le touchait de près et dont il pouvait se porter garant.
Le soir, au cercle des officiers, il leur dit que son frère, alors vicaire général à Saint-Dié, avait été, deux ans auparavant, radicalement guéri à Lourdes. Son frère était l’abbé Sonnois, frère, comme le général, de rarchevèque actuel de Cambrai. Sa guérison pouvait être citée comme une des plus importantes (|ui aient été observées.
Le pèlerinage d’actions de grâces en 1893
Ce n’est ])as sans une émotion profonde que Gordet reprenait l’année suivante le chemin de Lourdes. Elle allait retrouver à eha([ue [>as les souvenirs bien vivants de ce grand événement (jui remplit désormais sa vie. Qn’allait-ellc éprouver en s’agenouillant devant la Grotte, en portant ses regards sur la Adcrge? Elle ne
PLAIKS IM'KHIKUHKS
pouvait nous traduire (pi’imparlaitcmeut les seiitiiueiits (pii remplissaient sou àiue.
Cependant, eu (écoutant le rc^cit de toutes les impressions de reconnaissance (pii d(3bordaient en elle, nous surprenions parfois sur son front comme un nuage de tristesse.
« Vous semblez pix'occiqH'e ? lui dis-je.
— Ah ! monsieur, si vous saviez combien est grande la responsabilité (pii mancombe et combien ma situation est didicile !
Je suis l’objet constant depuis un an de la curiosité pnbli([ue, louée par les uns, tournée en dérision par les antres. — iNIa guérison donne prétexte à des railleries, à des blasphèmes. — Je suis épouse et mère, et ma personnalité ne m’appartient plus, j’appartiens à l’opinion, à la libre critiipie, la presse s’est emparée de moi. C’est en vain que je recherche l’obscurité, l’oubli. INIon nom, ma maladie, tout est dans le domaine public. Et puis un miracle est une grande grâce, bien dillicile à porter.
Si l’ou savait tout cela, plutôt f[uc de demander la guérison, on demanderait à Dieu la résignation pour supporter ses soidfrances. »
Pendant que M''’e Gordet s’exprimait ainsi, il y avait dans la salle Sœur Julieuue, des Urselines de Brive, qui avait été favorisée, elle aussi, d’une guérison tout aussi extraordinaire. Elle écoulait, silencieuse, recueillie, et paraissait vivement impressionnée par l’aveu que nous faisait M>"® Gordet.
— Que pensez-vous, ma Sœur, lui dis-je, en me tournant vers elle, des paroles (|ue vous venez d’entendre?
— Je partage l’avis de Madame. Si nous connaissions les responsabilités que des grâces si exceptionnelles nous imposent, avant de demander notre guérison, nous demanderions la résignation pour supporter nos souffrances.
Ces préoccupations, nous disons même ces scrupules, sont le privilège des âmes d’élite. Les foules ne les comprennent guère. Mais on ne joue pas facilement au miracle. Quand on a été l’olqet d’une semblable faveur, de graves devoirs nous sont imposés, notre vie tout entière doit subir désormais une orientation nouvelle.
/f3H I-ES CiHANDF.S GTiÉlUSONS DE LOURDES
Le père de M'"® Gordet vint nous rendre visite avant de quitter Lourdes, Il voulut lui aussi nous faire le récit de la maladie, de la guérison de sa lille. Ce récit dans sa bouche avait des notes personnelles et un accent de sincérité qui écartait tous les doutes. Il nous rappelait les angoisses des mauvais jours et les joies délirantes du retour.
Au milieu de sa narration, les larmes entrecoupèrent sa voix; il fut contraint de s’arrêter et ne put que nous résumer en quelques mots ses dernières impressions.
Au moment du départ pour le pèlerinage de 1892, le père ne partageait pas les espérances de sa lille. A l’heure actuelle, il ne partage pas encore sa foi. Il fait comme le D*" Dozous qui proclamait le caractère surnaturel des visions de Bernadette, et ne conformait pas sa conduite à ses croyançes.
Depuis la première heure, la Vierge de la Grotte a voulu que les incrédules fussent les témoins de sa puissance. Leur témoignage s’impose aux volontés les plus rebelles ; leur parole est souvent mieux acceptée que la nôtre. Nous voyons sans cesse autour de nous des médecins, des hommes de toutes conditions, oublier leurs théories, leurs doctrines, pour proclamer avec nous le caractère surnaturel des guérisons. C’est un spectacle surprenant, une contradiction bien étrange. Nous poursuivons ainsi nos recherches sous les yeux, sous le contrôle d’hommes qui ne partagent pas nos croyances, et qui arrivent aux mêmes conclusions que nous. Parmi toutes les surprises dont nous sommes témoins, ce concours unanime d’hommes, aux tendances les plus opposées, est un fait des plus surprenants. Ces témoignages puisés aux sources les plus diverses donnent à nos affirmations des garanties que personne ne peut récuser.