‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 66 sur 88 · PLAIES INTÉRIEURES · texte numérisé non relu

PLAIES INTÉRIEURES

AU lîUREAU DES COINSTATATIONS

Un médecin raconte sa guérison obtenue dans des circonstances désespérées en invoquant Notre-Dame de Lourdes.

Le 2 août dernier, im médecin de première classe de la marine interrogeait avec scs collègues les malades qui se présentaient au Bureau des constatations; il étudiait les divers symptômes qui permettaient de bien délinir les maladies et d’apprécier l’importance des résultats obtenus.

La plupart de ces faits réclamaient une enquête plus complète et laissaient encoredes doutes dans l’esprit. Le chirurgien militaire, se tournant vers les autres médecins, leur dit ; « Ma guérison est plus concluante que toutes celles que je vois ici en ce moment. J’ai été guéri après avoir invoqué Notre-Dame de Lourdes, guéri à trois mille lieues de mon pays, dans des conditions absolument désespérées, et, si vous le permettez, je vais vous résumer les principaux détails de ma guérison. » C’était une bonne fortune d’entendre un médecin faire lui-même le récit de sa guérison, noter d’abord jour par jour, lieure par heure, les progrès de sa maladie et démontrer ensuite que l’arrêt brusque, instantané dans la marche d’un mal incurable, ne pouvant s’expliquer par aucune loi physiologique, était au-dessus des etforts de la nature.

Aussi les médecins présents au bureau prêtèrent-ils une oreille attentive au récit de leur collègue.

« Je suis Agé de trente et un ans, leur dit le D‘’ G.... mon père est un ancien professeur agrégé d’une faculté de médecine; j'ai suivi les traditions de ma famille en embrassant la carrière médicale. En ma qualité de médecin de la marine et des colonies, j’avais déjà fait de longs séjours dans les pays chauds; je suis resté quatre ans consécutifs en Cochinchine, et puis, sans transition ni repos, j’ai

dysenterie très grave, je ressentis les premiers symptômes d’un abcès du foie; cct abcès, très volumineux, faisait saillie sous les

LES GUANDICS LITEIUSONS DE EOlJHDES

Vio

('ùlcs cl lui oiivcrl, au mois d’aoùt par le médecin principal

allaclic à l’Iiopilal où j’avais clé Iransporlé.

« Un second abcès plus ppolbnd suivil bieuLôl le premier. Il fallut, dans le couranl de septembre, faire une large ouverlure j)our arriver Juscpi’à lui el conduire le bistouri au milieu des organes les plus imporlanls. C’était une opération 1res délicate cl très grave.

« Malgré ce traitement énergi(pic, le travail de décomposition (pu atteignait tout le foie continuait scs ravages. Les plaies extérieures SC cicatrisaient, mais la suppuration, se creusant une issue au travers du diaphragme, pénétra dans la plaie, perfora le poumon et vint sortir par la bouche. Chacpie Jour, pendant trois mois. Je vomissais des quantités considérables de pus et Je rendais parfois des morceaux de poumon gangrenés. Les organes les plus essentiels étaient altérés ; Je m’empoisonnais à vue d’œil. Mon teint était livide, ma physionomie décomposée; une lièvre hectique me minait rapidement. On me nourrissait avec du chanqiagne et quelques biscuits; J’avais perdu soixante livres de mon poids: de cent quarante, J’étais descendu à (quatre-vingts livres.

« Non seulement Je rendais en vingt-cqualre heures une cuvette de j^us, mais encore, tous les huit Jours, J’étais qiris de vomissements, cl, en une seule fois. Je renqilissais ma cm elle. Ma situation était manifestement au-dessus de toute ressource. Je conijirenais la gravité de mon mal, et mes collègues ne qîouvaient me dissimuler toutes leurs alarmes. Les bonnes Sœurs de l’inq^ital, religieuses de Saint-Paul de Chartres, me firent faire une neuvainc à Notre-Dame de Chartres, mais Je ne constatai, à la lin de la neuvainc, aucune amélioration dans mon état.

« C’est alors ([ue ma qicnsée se tourna sqiontanément vers Lourdes. Lourdes, c’était la France; c’était qilus encore: c’était jmur moi jnœscquc le foyer, la famille! C’était là que se raltaehaient mes souvenirs les plus intimes et les qilus chers: ce mol résonnait à mon oreille d’une façon merveilleuse et réveillait des sentiments d’une indicible es|>éran(‘c. Quand on se trouve perdu loin de tout ce (pi’on aime, couché sur un lit d’iuipilal, disqnitant à la mort, eu

Pr.AIES INTKlUKinUÎS

[>loino jeunesse, les dernières énergies d’une vie (|ui s’éleini, l’espril el le eœur pereoivenl alors, avec une aevulé que vous ne j)ouvez eoucevoir, toute lueur (pu vieul éclairer noire liorizon; et ce lïil une lueur bien douce ({ue celle ([ui, parlaid de la GroUe, vint jus- ([u’àinoi, pour me rendre le courage, en attendanUpi’elle me rcndil la vie !

« Les religieuses avaient de l’eau de la Grolle; avec elles Je commençai des ncuvaines ininterrompues. INIa mère, que j'avais prévenue de la gravité de mon état, taisait prier de son ccHé et demandait partout des neuvaines dans les memes intentions. Dès ce jour, l’espoir vint soutenir mon àme. Cependant pouvais-je guérir autrement (pie par un miracle et un miracle éclatant? Il était impossilile au point de vue médical, de résistera cette décomposition générale, de réparer les organes détruits, de condjler ces cavités qui pouvaient contenir plusieurs litres de pus. Si la guérison instantanée d’une plaie superticielle demande du lenqis et des soins, (|uels temps et (jucls eU’orts de la nature ne devait pas demander la guérison de ces plaies profondes et inaccessibles à tout remède? Gomment refaire ou cicatriser ce poumon gangrené ?

(( Il fallait un miracle. Avec l’eau de la Grotte, avec des neuvaines répétées, j’ai obtenu ce miracle. 11 s’est fait chez moi non pas un retour graduel des forces, mais une transformation complète et instantanée; du jour au lendemain, toute suppuration a été tarie : je n’ai plus rendu une goutte de pus par la bouche. Mes forces me sont revenues; je ne prenais aucune nourriture : j’ai pu m’alimenter, manger d’une façon sutlisante. An grand étonnement des méde cins qui me soignaient, des religieuses meme, je me suis relevé, ressaisissant, en (juel([ues heures, ma vie prête à s’échapper. Qucl- (]ues mois après, je m’embarquai pour la France. IMa santé générale ne laissait rien à désirer, j’avais regagné vingt-deux livres de mon poids.

(( En France on me croyait perdu, on m’avait proposé pour la réforme. J’ai refusé la réforme ; j’ai demandé un congé, et je me propose de reprendre mon service et de repartir pour les colonies à la lin de ce congé.

« S'il est doux de s’agenouiller au pied de la (jlrolle, n’est-il pas plus doux encore de pouvoir, dans les jours d’épreuve, et loin de son pays, s’associer à toutes les consolations qui partent d'ici pour rayonner jusqu’aux extrémités du monde? »

Voilà un médecin qui agonise dans un lit d’hôpital: il n’y a pas de guérison possible pour lui. Tous les moyens seront impuissants. Il entend son arrêt dans les paroles affectueuses mais découragées de ses confrères; pour lui, désormais, ni illusion, ni espérance. Et voilà que, subitement, tout s’éclaire : l’espoir et la conüance renaissent. Quelle est donc cette divine panacée dont il a trouvé le secret et qui est venue l’arrêter sur la pente fatale?

11 a revu par la pensée cette Grotte de Lourdes qu’il a visitée dans sa jeunesse. Les souvenirs d’une éducation chrétienne se réveillent en foule; il retrouve dans sa mémoire les prières apprises sur les genoux de sa mère. La pensée de la mort s’éloigne, il se reprend à espérer, et, bientôt après, la guérison survient avec une rapidité qui déjoue toutes les prévisions. — « Si vous pouviez demander à tous mes confrères, nous disait le D>’ G., à tous les chefs de l’hôpital ee qu’ils pensent de ma guérison, ils vous diraient qu’ils ont été renversés par ce dénouement imprévu, mais que personne n’a mis en doute son caractère, ou du moins n’a cherché à l’expliquer d’une façon naturelle. Ma reconnaissance est sans limites. Chaque jour je remereie Notre-Dame de Lourdes; mon plus vif désir est de la faire connaître, de la faire aimer davantage ; j’ai renvoyé en Cochinchine des statues et de l’eau de Lourdes, et, partout où je passerai, je veux établir le culte de la Vierge de la Grotte. »

N’est-il pas consolant, à l’heure où nos soldats sont dispersés sur des plages lointaines, exposés à des épidémies meurtrières, de penser (pie Notre-Dame de Lourdes abaisse ainsi sur eux son regard maternel et leur prodigue ses grâces de choix?

Nous avons traduit, bien incomplètement, les sentiments qui remplissaient l’àme jeune et généreuse de notre confrère. Nous éprouvions tons, en l’écoutant, cette émotion communicative qui déborde eu lui et à lacpielle nous ne pouvions nous soustraire.

LES MALADIES NERVEUSES

Une séance au Bureau des constatations. — Un membre de l’Académie de médecine. — Comment guérissent les maladies nerveuses. — Alarguerite Savoye, de l’Etoile. — Célina Ferry. — Marie Daout. — Céleste Mériel. — Alaladies nerveuses compliquées de lésions organiques, M'"'^ Pontou. — Eugénie Bron. — Les malades des hôpitaux et les malades de Lourdes. — Les épileptiques : Alarie IIolTmann; M. Poujol, de Toulouse.

OS séances ont souvent une physionomie à part. Celle du II septembre a été, sous ce rapport, une des plus intéressantes. Il y avait, ce jour-là, dans le bureau, une dizaine de médecins. A ma droite, un membre de l’Académie de médecine que le programme de ses excursions avait conduit près de nous. Il était en traitement à Bagnères et n’avait pu refuser à sa femme et à ses enfants une excursion à Lourdes. Ici, on avait voulu voir le bureau médical et j’avais pris femme et enfants pour retenir le père.

Mon confrère de l’Académie est peut-être, après Charcot, un des médecins les plus versés de notre époque dans l’étude des maladies nerveuses. Homme du monde, d’une courtoisie parfaite, du commerce le plus agréable, mais au point de vue religieux bien éloigné de nous, je le suppose du moins.

Nous ne devions pas nous entendre, nous avons fait assaut

LKS (IHANDES GTJKIMSONS DK KOUHDKS

(l’iiinabililc, sui* le loiid nous n’avons pas ^'■ag'né grand’cliosc, nous sounnes rcslés aux deux exUéinilés de l’horizon.

a Je vois ici, lui dis-je, prescpie autant de maladies nerveuses ({ue vous. — Pas autant, me répond-il, mais vous en voyez beaucoup. »

Je continue : « Mes malades ne sont pas prises dans le même milieu ({ue les vôtres. Vous voyez des remmes du monde usées par les plaisirs ou les déceptions de la vie. Je vois d’ordinaire des femmes de la campagne (pie la civilisation n’a pas même efllcurées ; les troubles nerveux ne sont pas chez elles le résultat des passions surexcitées: mes malades sont dans des conditions morales excellentes : ce sont souvent des filles deplitisi(|ues, des dégénérées ; une maladie, un travail trop soutenu ont troublé l’équilibre de leur économie peu résistante et réveillé des accidents nerveux que rien ne peut elfacer. Cliez les vôtres, vous avez à lutter contre des causes extérieures d’ordre moral, tandis qu’ici, la maladie fait partie du tempérament lui-même, elle est en germe dans l’organisme. Voilà pourquoi nos malades sont plus dilïiciles à guérir que les vôtres.

(( Je vais vous en donner un exemple en vous résumant l’observation de M"e Le Calvez qui est là devant vous. Je choisis cette guérison parce qu’t. ' date d’un an; si elle datait d’hier, vous n’en tiendriez pas compte d vous auriez raison. — En elTet, me dit mon confrère, une guérison d’un jour ne permet pas de conclure. »

Le Calvez, de Saint-Brieuc, guérie à Lourdes le 11 septembre 1894.

M''e Joséphine Le Calvez, âgée de trente-sept ans, a été élevée à l’Orphelinat de Nazareth, à Saint-Brieuc. Son père, samèrect six frères ou sœurs sont morts de la poitrine. Elle est donc la seule survivante d’une famille nombreuse. Comme elle est d’un tempérament très délicat, on comprend en la voyant ([ue l’elfort le plus léger a pu détruire l’é([uilibrc de cette sauté si frêle. Un retour sur sou passé va nous montrer la justesse de cette observation.

T,KS MALADIES NEUVEUSKS

En soi'lanl de rOrphclinal, elle servit coniinc reninie de cluimhi-c pendant deux ans. Les aceidents nerveux, qui allaient ehacpic jour en anginenlant de tVécpicnce et d’intensité, la eontraignirent d'abandonner son service. Elle dut gagner sa vie en allant en journée. On la rcclierehait beaucoup à cause de sa modestie, de sa simplicité, de l’estime générale dont elle était l’objet. Bien qu’elle tVit très pauvre, elle trouvait le moyen de secourir de plus pauvres qu’elle; elle recueillait souvent chez elle scs anciennes compagnes (l’Orphelinat qui se trouvaient sans place. Elle avait le cœur débordant de charité, et cette charité prenait sa source dans une toi ardente, dans une conliance sans bornes en Notre-Seigneur et en la sainte Vierge. Cette délicatesse de sentiments et cette générosité dans le caractère ne sont pas l’apanage des natures faussées par l’hystérie.

Cependant, la maladie empirait chaque jour ; M“eLc Calvez avait des évanouissements qui duraient plusieurs heures; les crises étaient parfois si effrayantes qu’on devait éloigner les enfants et les domestifpies dans les maisons où elle travaillait. Son existence même paraissait compromise. Elle supportait ses souffrances avec résignation, mais elle ne pouvait se consoler pourtant, en pensant qu’elle était à charge à tout le monde.

Étant allée un dimanche à l’hôpital pour rendre visite à une de ses anciennes amies, elle fut prise dans la salle d’une crise des plus AÛolentes. Une sœur de Saint-Thomas qui lui donna des soins ne put s’empêcher de lui dire : « Mais à l’hôpital, nous recevons beaucoup de personnes moins malades que vous, et les familles qui vous prennent chez elles font preuve d’une grande charité. »

Frappée de ces paroles, Joséphine Le Calvez résolut d’aller à Lourdes demander sa guérison. Non pas pour elle, disait-elle, mais pour les autres, à qui elle croyait, bien à tort, la pauvre enfant, inspirer de l’horreur.

Il y avait neuf ans qu’elle était aflligéc de ces troubles nerveux ; elle avait maigri, elle se nourrissait mal; le moment approchait où tout travail allait devenir impossible, où elle devrait s’aliter et recourir à la charité pidjlicpic.

lÆS GHANDES GUERISONS DE LOURDES

Joséphine Iravaillail, souvent chez le D'’ Grovallct, qui avait pour elle lieaucoup d’adectiou. Avant sou départ, le docteur lui avait dit : « Je croirai au miracle si vous revenez guérie sans vous plonger dans la piscine. » L’immersion brutale dans l’eau glacée, d’après le docteur, pouvait produire quelquefois dans les maladies nerveuses de singuliers ellèts de guérison.

« Pensez-vous, dis-je à mon confrère, que l’eau froide ait une action aussi puissante dans les maladies nerveuses? — INIais non, me répondit-il, quelquefois l’eau froide, au contraire, aggrave les accidents. »

Je suis absolument de son avis, et ceux qui ne voient qu’une modiücation produite par l’eau froide dans les guérisons que nous observons ici font preuve d’une connaissance bien incomplète des maladies nerveuses. Toutes les commotions violentes les exaspèrent; c'est vainement qu’on a baigné, douché et arrosé nos malades avant de nous les envoyer, leurs troubles nerveux ont résisté à tous les traitements. Joséphine, du reste, ne devait pas se baigner, elle l’avait promis à son médecin.

Elle part le lo septembre 1894- Le voyage est des plus pénibles ; les crises se succèdent sans interruption. A Lourdes, elle fait quelques lotions sur la tète, le mercredi la et le jeudi i3; son état s’aggrave, c’est à peine si elle peut faire un pas.

Le jeudi, elle AÛent à la Grotte, appuyée sur deux bras. jNIalgré sa grande fatigue et son extrême faiblesse, elle prie longtemps; elle met dans sa prière toutes les ardeurs de foi dont son àme est consumée. Elle suit en se traînant tous les exercices de la journée ; elle veut meme monter au Calvaire avec la procession. C’était là que devait sonner pour elle l’heure de la guérison. Elle y pensait à peine sans doute ; tous les exercices étaient terminés ; le pèlerinage touchait à son terme; elle n’avait éprouvé aucune amélioration.

Elle descendait péniblement, triste mais résignée, les rampes escarpées du Calvaire. Brusquement une modification profonde se fait eu elle; sa tète toujours brûlante se rafraichit, se dégage ; elle sent un bien-être général qui lui était inconnu ; elle marche d’un

lÆS ÎMALADIES NERVEUSES

pas ferme, se dirige vers l’hupilal ; elle se met à table, mange eomme tout le monde, avec appétit, alors que depuis cinq jours elle n’avait presque rien pris.

Depuis ce moment, ]\I"e Le Calvez n’a plus ressenti ces ardeurs brûlantes à la tète qui la faisaient si cruellement souffrir; elle devait mettre le plus souvent des compresses d’eau sur son front, et ces compresses se réchauffaient et se séchaient rapidement.

Le retour à Saint-Brieuc fut merveilleux ; pas un moment de malaise, de fatigue, un bien-être absolu, et depuis ce jour, elle n’a pas ressenti la plus légère atteinte de ces crises qui l’avaient tourmentée pendant tant d’années.

Joséphine, avec sa prudence, a voulu attendre un an avant de chanter son Magnificat. Elle est revenue à Lourdes le ii septembre pour l’anniversaire de sa guérison et c’est ici qu’elle nous a fait connaitre tous les détails de ce grand événement. Le médecin qui l’avait soignée et lui avait recommandé de ne pas se baigner est mort depuis cette époque; il n’a pu lui donner de certificat. Mais sa veuve, le notaire de Saint-Brieuc, tous les notables de la ville se portent garants, dans une déclaration très longuement détaillée, de l’exactitude des détails qui précèdent. Le curé de la paroisse complète ces renseignements; il ne peut se lasser de faire l’éloge des qualités morales de cette jeune fille. « Elle exerce, nous dit-il, une grande et salutaire influence sur ses compagnes qui ont souvent recours à ses conseils. »

« Cet exemple est bien intéressant, dis-je encore à mon confrère. Que pensez-vous de cette maladie nerveuse qui dure depuis dix ans, qui n’est pas la conséquence d’un accident, d’une vie agitée, d’épreuves morales? c’est plutôt un germe héréditaire déposé dans cet organisme, c’est une prédisposition apportée en naissant. »

« Le père, la mère, six frères ou sœurs sont morts de la poitrine ; elle doit mourir, elle aussi, de consomption. Les troubles nerveux ne sont que le prélude, le rideau derrière lequel se cache l’effondrement qui se prépare; c’est une hystérie dont on meurt. Vous ne la reconnaitriez pas pour sœur de ces femmes du monde

IJOS OUANDKS GUKIUSONS DE LOURDES

(lc'si‘([iiilil)i‘ces, à riinaL,'inalioii dusordoimée, à la volonlc faussée <[110 vous rcucoiilrez chaque joui*.

— Oui, me répond mou eoiilVèrc, celle voloutécpii s’allirmcpeul sur[)reudre ; riullueuce (pic ccLlc jeune ülle exerce autour d’elle est bien rcmaripialilc. Cependant ces malades conservent toujours un désir de domination, et c’est encore une manifestation de

rii\ siérie.

Je lui réponds : « Ce désir tient alors du caprice et ne comporte g'uèrc une reclitude de jugement, une suite absolue dans les idées. Le désordre se retrouve, même derrière cette volonté qi i s’aQirme. »

Le confrère qui m’avait fait le sacrifice de l’eau froide ne pouvait me faire d’autre concession; il ne voulait pas, en se déclarant surpris, se déclarer vaincu; il se levait pour prendre congé. A ce moment même, on introduisait dans le bureau une femme pâle, amaigrie, couchée dans une voiture.

— Attendez, lui dis-je, voilà un fait nouveau que je ne connais pas, nous allons l’étudier ensemble.

Marie Méheust, âgée de trente-cinq ans, de Saint-Brieuc, nous dit qu’elle vient de retrouver la voix qu’elle avait perdue depuis près d’un an. A son premier bain de piscine, la parole est revenue subitement, claire, bien timbrée. Mon cou frère lui dit: « La voix a dû vous revenir par un cri brusque, par un éclat qui est venu subitement déchirer l’obstacle qui vous paralysait. — INIais non, ditla malade, je n’ai observé ni éclat ni clfort, et j’ai parlé immédiatement comme je parle maintenant. » Cet éclat de voix dont les romanciers font grand cas rappelle, disent-ils, le diable qui sortaitbrusquement de la bouche des possédées. Cliarcot avait développé cette thèse dans ses études sur les démoniaques dans Vavt.

Mon confrère dit encore à cette femme : « Levez-vous! — ^lais je ne le peux, répond la pauvre malade. — Si, vous le pouvez; levez-vous! » vous dis-je. La malade reste immobile. Cet essai de suggestion ne produit aucun résultat.

Si nous lisions son ccrtilicat de maladie, dis-je à mon confrère, peut-être trouverions-nous la raison de son immobilité. En parcourant, en clfet, le rapport du 1)‘ Ménard, nous apprenons cpie

-Me:

Ancien Bureau médical; celui où fut reçu Zola

LES ^[ALADIES KEUVEUSES

celte malade est alteinte de tumeur blanche du g’enou. Eu outre, elle a la poitrine prise depuis quehpie temps. Elle présente de ce côte tous les symptômes d’une phtisie qui a gai^né la goi’g'e, éteint la voix. Il ne s’agit pas de maladie nerveuse, et toutes les suggestions du monde resteraient ici sans effet. Mou confirre compi'cnd qu’il n’est plus sur sou terrain, il renonce à pousser plus loin son enquête, il se lève et prend déüuitivement congé de nous, en nous pi'ometlant de revenir, mais nous ne l’avons pas revu.

M"e Marie Méheustest partie de Lourdes sans être complètement guérie.

Un an après, jour par Jour, au mois de septembre dernier, iM>'e INIéheust entrait une seconde fois dans notre bureau. Ce n’était plus celle malheureuse que nous avions vue couchée sur un brancard, consumée par la phtisie, bridée par la fièvre. Elle avait non seulement les apparences, mais l’éclat de la santé ; de l’embonpoint, des couleurs, la voix forte. Nous ne la reconnûmes pas ! Nous cherchions k démêler sur son visage quelques traits déjà vus, nous ne trouvions rien; la transformation était complète. Elle nous rappelait vainement toutes les circonstances de sa première visite: enlin elle nous produisit son premier certificat et nous revîmes alors par la pensée notre malade du ii septembre i8ç)5, que le médecin de Paris avait vainement essayé de suggestionner.

Que s’était-il passé depuis cette époque ? Le Ménard va nous le dire encore.

Il nous écrivait : « Méheust est allée à Lourdes, et là, non seulement elle a recouvré instantanément la voix, mais depuis son pèlerinage elle s’est mise à manger. Elle a engraissé au point que toutes les personnes qui l’ont vue, en sont émerveillées, et n'osent croire à pareille amélioration.

La voix est restée très bonne, la respiration parfaite. Il n’y a plus de submatité, de souffle, de râles, plus de crachats. 11 y a de l’embonpoint général, et les membres inférieurs sont en rapport comme grosseur avec le reste du corps.

— Cette guérison s’est faite très rapidement à la suite du premier voyage à Lourdes. »

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TÆS GRANDES GUERISONS DE LOURDES

Du c()lc (lu gfcnou, plus de lumeur blanche, de gonllemenl; (piehpics cra<picments dans les mouveincnls de flexion, mais pas de raideur, de la faiblesse. La malade vient encore avec des bc(piilles, mais, après un bain de piscine, elle laisse ses bé(|uillcs et la guérison se complète sous nos yeux pendant ce dernier pèlerinage.

« Il est remarquable, ajoute son médecin, (jiie, huit Jours avant

le Dr Frostin, neveu de la malade, me dit avoir observé de très forts cracpiements articulaires, et depuis le pèlerinage ils ont disparu. Cela nous explique comment la malade ne pouvait avant son départ cjuitter ses bécpiilles et comment depuis elle peut marcher sans appui. »

Le l)r Ménard nous donne les noms des médecins qui ont examiné à diflérentes reprises Méheust :

Tous ont porté le diagnostic de tumeur blanche.

Ainsi, INI"® Méheust atteinte de phtisie et de tumeur blanche retrouve la voix instantanément, le ii septembre 1890, à Lourdes. Depuis ce jour, une transformation rapide et complète se fait dans son état. Tous les symptômes de tuberculose, (j[ui datent de plus de dix ans, s’eflacent du côté de la poitrine et du côté du genou. 11 ne reste (pie de la faiblesse dans la marche.

Cette année, la faiblesse elle-même disparaît. Désormais, la guérison ne laisse rien à désirer.

Tous ces résultats ont été constatés avec une précision telle (ju’il ne peut rester aucun doute dans l’esprit. Sept médecins ont soigné cette malade pendant dix ans. Sept ou huit médecins l’ont vue dans le bureau de Lourdes, le ii septembre 189;), alors (]ue ces lésions étaient en pleine activité, et les mêmes médecins ont constaté en 1896 la guérison ([ui s’est opérée pendant et après le pèlerinage.

LES MALADIES NERVEUSES

Ht HC-

Les maladies nerveuses de Lourdes ne rcsscmhlent pas aux maladies nerveuses que l’on observe dans les hôpitaux. - Elles sont souvent coinpiii, nées de lésions organiques. - Une femme nerveuse peut se casser une jambe. Guérison d’une de nos clientes, Savove"*'^*'^ Laitee pai les maiti'os delà science pendant quinze ans. — M"« Marguerite

Lourdes offre un champ très vaste pour rétude des maladies

nerveuses.

On n’observe pas d’ordinaire le malade d’hôpital, type arliüciel. exagéré ou créé; vous observez surtout la femme tpii porte le double poids de ses devoirs et de sa maladie ; celle que la religion soutient et relève. Au milieu des soulTrances les plus cruelles, vous constatez souvent chez elle des qualités morales vraiment exquises.

A côté des formes légères, à peine accusées, vous avez les accidents les plus graves. C’est une clinique sans rivale et par le nombre et par la variété des sujets. Souvent, dans ce milieu, nous pouvons démêler les données d’un problème c[ui n’est pas encore trop complexe et remonter jusqu’eà la cause première des accidents.

Ah ! Je comprends qu avec les malades des hôpitaux nous sommes

dans un monde à part. Mais nos malades ne sont séparées que par des nuances, par une ligne de démarcation insensible, des limites de la vie commune.

Parfois l’économie n’est, pour ainsi dire, touchée qu’à la surface :

les manifestations du mal sont intermittentes, éloignées les unes des autres. Il faut une grande précision, dans l’examen et l’étude.

pour interpréter tous ces phénomènes, les ramener à leur point de départ.

Nous ol)servons à Lourdes la disparition d’accidents nerveux, comme on en observe à la Salpêtrière et dans les hôpitaux; mais nous faisons sur ces faits les plus grandes réserves. Nous ne nous appuyons jamais sur eux pour faire la preuve d’une intervention surnaturelle.

Chez les femmes nerveuses, nous rencontrons aussi des lésions organiques. Elles peuvent se casser une jambe, devenir imitrinaires.

lÆS GUA^'DES GUERISONS DE LOURDES

Les tubercules, les fraelures ou les plaies sont soumis aux lois eonuues (le réparation des tissus. Si une jambe se soude instantanément, même ebez un sujet nerveux, le résultat mérite d’èti-e consigné.

Dans quelle proportion voyons-nous guérir les maladies nerveuses à Lourdes et par (piel procédé? En i8()5, sur cent soixante guérisons, nous ii’avons eu que vingt-trois cas de maladies nerveuses; en i8{)(), dix-se[)t sur doux cents; en 1897, vingt sur deux cent trente; nous avons moins de nerveux guéris que de poitrinaires. Ces vingt guérisons ne représentent même plus nolie moyenne de dix pour cent; car nous devons avoir sûrement plus de quatre cents névroses autour de nous; les nerveux y guériraient donc dans une proimrtion très faible, et ce résultat est d’autant plus étonnant (pic toutes les inlluences suggestives atteignent ici, nous dit-on, leur maximum d’intensité.

L’observation suivante va nous montrer quel caractère peut revêtir à Lourdes la guérison d’un état nerveux compliqué de lésions organicpies.

Mme Ponlou a toujours été très impressionnable et a présenté de bonne lieure des traces de nervosisme très accusé. A seize ans, elle perd sa mère. Ce premier chagrin, qui ne laisse d’ordinaire à cet flge qu’une impression fugi tive, détermine chez elle des hallucinations et des phénomènes de catalepsie. Elle se marie à dix-huit ans, et, deux ans après son mariage, à la suite d’une contrariété, les phénomènes liystériques éclatent dans toute leur intensité. Les hallucinations reparaissent; la léthargie et la catalepsie se succèdent sans interrui)tion. Spontanément, la malade devient étrangère au monde extérieur et reste des heures entières dans un état d'insensibilité comi)lète. Sa main, ses bras, sa tète conservent la position qu’on leur donne, et la rigidité est absolue.

Les fonctions de l’estomac se troublent, et des vomissements, répétés vingt ou trente Ibis par jour, apportent un trouble profond dans la nutrition. La famille justement alarmée d’une perturbation aussi grave, dans la santé de celte j(‘une femme, tient. à s’entourer des plus hautes garanties et des conseils les plus autorisés. On conduit la malade à Velpeau, eu i858. Celuici cherche dans un traitement local, le remède à tous ces désordres ; il garde la malade à Paris, en observation, et praticpie des caulérisalious. Ce Iraitement exaspère les .accidents; la malade rentre chez elle sans amélioration, mais semljle pourtant retrouver quehpic tem})s après un calme relatif. On dirait (pu; cette dépense nerveuse a épuisé ses forces, cl il se l'ail une iléleule momeiitaïuH'. La période de calme n’est pas de longue durée; les accidents reparaissent.

LES MALADIES NERVEUSES

La malade revient à Paris, et s’adresse à Jobert, de Lamballe. Joberl pratique des cautérisations au fer rou^e, cautérisations profondes, qui ont pour but de détruire tous les tissus malades. Ce traitement est’aussi inutile <pie le j)remier. Quelques années plus tard, on fait un troisième voyage à Paris, où l'on consulte Nélaton. A cette époque, séduit i>ar les espérances que nous faisait concevoir la méthode de Sims, j’avais conseillé à Poutou de s’adresser au chirurgien américain, et de chercher, dans une opération nouvelle, un remède plusetlicace. Nélaton détourna sagement la famille d’une voie qui pouvait être périlleuse, et qui n’aurait pas eu un résultat utile. La malade revint une troisième fois de Paris, sans guérison, sans amélioration, découragée, désillusionnée. Quelques années s'écoulèrent dans cette triste situation .

La famille, désolée, voulut tenter un dernier essai.

La réputation de Courty était arrivée jusqu'à nous. De tous les côtés de la France, les malades se dirigeaient sur Montpellier. M'"'' Poutou part pour cette ville. De nouveaux accidents s’étaient, du reste, développés chez elle.

Depuis longtemps, une suppuration continuelle, abondante, indiquait que la lésion constatée dès le début avait évolué et que la métrite avait pris un caractère nouveau, une gravité plus grande. 11 y avait quinze ans que la malade était en traitement. Elle arrive à Montpellier en novembre 1878 et reste cinq mois dans une maison de santé. Courty met tout en œuvre: dilatation avec l’éponge, cautérisalion, curettage. Rien ne réussit; la maladie s aggrave. A la (in, Courty, découragé, reconnaît que le mal est au-dessus de ses lorces. 11 s’excuse des souffrances inutiles qu’il a inlligées à la malade, et sa parole trahissant sa pensée, il laisse deviner à cette malheureuse femme que son affection est absolument incurable.

Poutou rentre chez elle en mars 1874. Bien des années se sont écoulées depuis le début delà maladie. Toutes les célébrités ont été consultées, tous les traitements mis en œuvre, et cej)cndant chaque jour le mal progresse. Elle ne peut plus se tenir debout; elle marche appuyée sur deux bras et toute courbée. Ses douleurs sont continuelles, atroces. L’écoulement, toujours plus abomlant, d une suppuration verdâtre, a déterminé des érosions, des brûlures a la peau, lous les soins, toutes les précautions ne peuvent remédier à ces accidents.

1 endant le séjour de M""® Pontou a Montpellier, une malade, également en traitement chez Courty, l’avait engagée un jour à visiter une ehapelle

JIme Ponton.

LES GEANDES GUERISONS DE LOURDES

appartenant aux Jésuites, on se trouvait une statue de Notre-Dame de Lourdes. La distance était grande. Malgré sa fatigue, elle avait fait ce pèlerinage avec une grande foi et une grande conliance. Le souvenir de l'imiiression qu’elle éprouva aui)rèsdela statue de la sainte Vierge, lui est toujours resté présent, fille ne peut encore en parler sans émotion. Avant de quitter Montpellier, elle voulut faire une neuvaine dans cette chapelle et se consacrer spécialement à Notre-Dame de Lourdes.

Quelque temps après, une de ses cousines, sourde de naissance, qu’elle affectionnait beaucoup, lui demande de l’accompagner à Lourdes. Elle fait part de ce projet à son mari, mais celui-ci oppose un refus absolu. C’est une folie, dit-il; la prudenee la plus élémentaire défend d’agir ainsi. 11 finit pourtant par se rendre. Elle part et arrive à Lourdes, le 22 aoCit 1874. Elle sait c|u’elle ne doit pas guérir, qu’elle a une maladie incurable; elle ne demande pas la santé. Ce qu’elle demande, c’est la résignation aux souffrances, la force de les supporter, la guérison de sa cousine, la conversion des siens.

Elle croit si peu à sa guérison que, pendant les trois jours qu’elle reste à Lourdes, elle ne prend pas un seul bain. Le dernier jour pourtant, sur les instances de ses amies, elle consent à boire un verre d’eau, mais toujours dans la même disposition d’esprit. Elle repart de Lourdes et arrive chez elle horiblement fatiguée. Son mari vient la rejoindre, très préoccupé des suites de ce voj'age. 11 lui demande de ses nouvelles; elle secoue la tète : « Rien n’est changé dans mon état. — Si la sainte Vierge t’avait guérie, reprend M. Pontou, je l’en aurais remerciée tous les jours de ma vie. » Elle se couche en conservant cette pensée : Mon mal est absolument sans remède.

Le lendemain, elle se lève, marche sans fatigue, va, vient, sans aide et sans appui, visite ses eolons et ses fermiers d’un pas assuré. Ces derniers, accoutumés à la voir, depuis de longues années, avec l’empreinte de la souffrance et de la maladie, courbée, pliée en deux, portée plutôt que soutenue, la regardent avec la plus grande surprise. Les membres de la famille, partagés entre la crainte et l’espérance, n’osent encore s’abandonner à la joie que leur cause ce changement inespéré ; quant à elle, elle est inconsciente du résultat que tout le monde constate. Cependant il faut se rendre à l’évidence. Non seulement ses fonctions ont repris en un instant leur jeu, leur intégrité, mais encore cette suppuration qui, depuis des mois et des années, indiquait qu’une plaie profonde étendait chaque jour ses ravages, s’était tarie du soir au matin. Cette plaie, qui fournissait un écoulement abondant, que trois et quatre serviettes avaient peine à étancher, que tous les traitements n’avaient pu modilier, qui s’aggravait même par les efforts faits pour en arrêter le développement, cette plaie s'était cicatrisée tout à coup.

La malade, au moment de son coucher, était réduite au dernier degré de l'épuisement et de la faiblesse. Elle se réveillait transformée, animée d'une vie nouvelle. Ainsi, en un instant, s’était évanouie une maladie qui durait depuis seize ou dix-huit ans, qui se compliquait d’accidents matériels, visibles et palpables, qui s’était préparée lentement par un ébranlement de toute l’économie; en un instant la malade retrouvait tout ce qu’elle avait cru perdu !

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