‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 79 sur 88 · I.a Grivotte, une poitrinaire · texte numérisé non relu

I.a Grivotte, une poitrinaire

(le Guersaint, la malade nerveuse, un type créé par lui.

Il fait comparaître ces malades devant nous au Bureau des constatations. C’est à eette occasion qu’il nous met en scène et décrit la physionomie de notre clinique.

« Pendant ma visite, dit-il, il pouvait y avoir une cinquantaine de personnes, beaucoup de curieux, des témoins, vingt médecins et quatre ou cinq prêtres. Les médecins, venus d’un peu partout, gardaient pour la plupart un absolu silence. Qui pouvaient-ils être? Des noms étaient prononcés, absolument inconnus. »

A côté du roman, voilà l’histoire.

Pendant le pèlerinage national de 1892, pins de cinquanle médecins ont assisté à nos enquêtes. Le jour de la visite de Zola, il y avait dans la salle : un chirurgien d’un hôpital de Paris, des membres correspondants de l’Académie de médecine, d’anciens internes et des internes en exercice dans les hôpitaux de Paris, des médecins de nos grandes villes, de nos principales stations thermales et des Facultés étrangères (1).

« Ils gardaient, dit-il, un absolu silence. »

Il place ce silence pendant l’examen d’une sourde qui a donné lieu à une discussion des plus intéressantes. Le Chaume, de Périgueux, frappé par l’intonation de cette femme qui avait des notes justes et normales, nous lit observer qu’elle avait dû entendre autrefois, ou qu’elle n’était pas absolument sourde. « De même, nous disait-il, que les aveugles de naissance, en apercevant pour la première fois la lumière, n’ont pas le sentiment des couleurs, les sourds ne peuvent avoir dans la voix les nuances variées que l’ou retrouve dans la parole. »

Noémie Leroux, de la Ferté-lNIacé (Orne), parlait trop bien pour

(1) Nous avons les noms de ces médecins.

LE ROMAN ET l’hISTOTRE

ne ptTS avoir entendu. Le D'' Aussilloux, de Narbonne, et quelquesuns de nos confrères prirent part à celte discussion. Zola résume toute cette partie de la séance par ces mots : « Comme la prétendue guérison de la sourde se présentait fort mal, le docteur la rudoya un peu : — Allons, il n’y a qu’un commencement, vous repasserez. »

Cette discussion renversait sa mise en scène des médecins muets et n’autorisait pas la tirade qui va suivre :

Le D*’ Bonamy se carrait, tirait du jeu son honnêteté, pas plus sot ni menteur qu’un autre, croyant sans croire, sachant la science si pleine de surprises... »

Tout cela peut être interprété dans un sens bon ou mauvais, c’est le procédé par insinuations, par phrases à double entente; le procédé n’est pas loyal. Le but évident du romancier est de montrer les médecins de Lourdes enregistrant sans contrôle et sans discussion tous les faits qui se présentent.

L’abbé Pierre se met encore à nous servir ses objections. Ne semblait-il pas désastreux que ce fût un médecin qui constatât la maladie et un autre la guérison! — mais c’est toujours le médecin du malade qui constate et maladie et guérison. — Il n’a pas compris notre rôle. Nous faisons une enquête sommaire, nos procèsverbaux ne renferment que les noms, l’adresse des malades, les certificats de nos confrères et le constat de leur état à leur départ de Lourdes. Des recherches ultérieures, longues, contradictoires, sont faites avec le concours de tous les médecins qui ont été mêlés à ces événements.

Zola continue : « Quels sont ces médecins qui délivrent des certificats? Ont-ils l’autorité scientifique nécessaire? Ne cèdent-ils pas à des circonstances ignorées, à des intérêts personnels? »

Notre réponse est bien simple. Nous recevons chaque année, au moins, deux mille certificats. Les malades du pèlerinage national, à eux seuls, nous en apportent mille. Les trois quarts des médecins en ont donné, souvent à leur insu. Peut-on suspecter la sincérité, le savoir de tout le corps médical français? Si les médecins subissent une pression, elle n’est pas d’ordinaire en notre faveur.

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