‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 80 sur 88 · I.ICS (;i{ANDKS GUKUISONS DE EOUHDKS · texte numérisé non relu

I.ICS (;i{ANDKS GUKUISONS DE EOUHDKS

,1c (lois [)rülcslci* conli'C rallilude (ju’il pcc^lc au corps iiK'dical. Voici ses [)arolcs : « Le plus grand nombre, qui devait être des ealhoUques, s’inclinait nalurellcmcnl. » Qu’en sait-il? Mais les catholiques sont très exigeants en fait de preuves; avec eux les questions se précisent. On laisse les théories pour aborder résolument l’étude des laits.

Les médecins catholicpics n’acceptent pas facilement les miracles. Nous pouvons montrer jusqu’où vont leurs scrupules en cette matic’re.

Le ])'■ Goix, de Paris, a bien voulu relever l’observation de Sclmetzer, guéri, au mois d’août dernier, d’une cécité incurable. Toutes les preuves paraissaient réunies pour donner à ce fait une consécration à l’abri de toute criti(|ue. Au dernier moment, le 1)‘’ Goix s’aperçoit que ce malade a perdu le sens des odeurs, son nerf olfactif est alfaibli, et il se demande si ce n’est pas là le signe d’une hystérie latente, qui serait le point de départ de tous les autres accidents, 11 a fallu reprendre cette observation dans tous ses détails, chercher les stigmates accusateurs, demander l’avis de nombreux médecins, pour arriver à nous convaincre que l’élément nerveux ne jouait ici aucun r()le.

Sclmetzer avait été soigné à la Salpétrière et à l’hospice des Quinze-Yingts: il avait été examiné par quatre oculistes; tous les médecins avaient reconnu une atrophie de la papille, signe d’une paralysie générale commençante,

A l’hospice de la Salpétrière, le livre des malades du professeur Charcot porte, à la page 89, cette note :

2O juillet tSç)3. M. Sclmetzer, trente-sept ans, rue de la Nation, 33. Epilepsie J aeksoiiienne . — Atrophie des papilles optiques.

A l’hospice des Quinze-Yingts, service du D>' Trousseau, le malade a la carte n« et le registre porte, 12 octobre 1893,

« atrophie opticiue des deux yeux ».

Un autre médecin spécialiste, le D‘ Fisher, délivre, le 2 juin 1894, une ordonnance avec diagnostic inscrit en tête :

Atrophie double des nerfs optiques à marche progressive datant de deu.x ans. Ne pourra jamais lire.

I,E ROMAN ET E IlISTOIIiE

l:^nün, le a‘3 juillet i8()^, le I)'' Bull, médecin oculiste, rexamiiie el conslale à rophlalmoseope que les pa})illes sont ali‘0[)liices, d'une couleui' grisâtre, cl les artères rclrccics.

Kn dehors de la perle de la vue, la faiblesse des jand)es élail très grande. 11 y avait de l’œdème des extrcmilcs,

(i’est dans ces conditions que Sclmclzer est arrivé à Lourdes, le 121 août iHy'î. Le lendemain, il suivait la procession du Saint-Sacrement, lorsqu’il dit à sa femme : « Doune-moi ton livre. 11 me semble que je vais lire. » Il distingue les lettres; il aperçoit le Saint- Sacrement: quehpies instants après, devant nous, le malade lit aisément les caractères des journaux (pii sont sur notre table. , Depuis lors, la vue est revenue comme à l’état normal. Le D‘ Bull, ([ui rexamiue à sou retour, constate (pie la vision est très bonm' et qu’il serait impossible de retrouver les signes de l’alropliie du nerf optiipie.

C’est ce malade que l’on a étudié avec soin au point de vue des symptômes de l’hystérie. L’examen est resté absolument négatif.

La sensibilité est partout normale. Le champ visuel n’a pas de rétrécissement. Schnetzer fait de grandes courses sans éprouver aucune fatigue, 11 est absolument guéri de tous les accidents que nous venons de décrire.

Cette guérison est très intéressante; elle nous donne la preuve du soin scrupuleux avec lequel les catholicpies poursuivent leurs recherches.

Zola n’est pas plus tendre pour ses amis : « Quant aux autres, aux incrédules, dit-il, ils évitaient par courtoisie d’entrer dans la discussion. » — C’est une allégation grave qui entacherait leur caractère en les supposant capables de consacrer des erreurs par leur silence. — La conclusion est digne du développement qui précède : « Evidemment, des forces mal étudiées, ignorées même, agissaient. On pouvait admettre que tout le monde était sincère, les médecins, les malades et les témoins, et de tout cela sortait, évidente, l’impossibilité de prouver que le miracle était ou n’était pas. »

Voilà le monde entier à l’état de suggestion, et Zola conserve

LKS ORANnES GUERISONS DE LOURDES

seul la possession de lui-même. Il faut avoir dans son jugement une confiance absolue pour se décerner ainsi un brevet d’infaillibilité.

M"® de Guersaint, paralysie hystérique.

Création de Zola.

La maladie, la guérison de M»® de Guersaint remplissent tout l’ouvrage. C’est un type d’hystérique, guéri par la suggestion. D’après Zola, toutes les guérisons de Lourdes doivent rentrer dans ce cadre.

La consultation au moment du départ est un chef-d’œuvre : c’est la lutte de la vieille et de la nouvelle école, le triomphe des découvertes modernes sur les formes cachées de l’hystérie.

Ils sont trois médecins, deux qui n’y connaissent rien, ce sont les vieux. Ils Unissent par se mettre d’accord, en admettant trois maladies ; une paralysie, une maladie de la moelle, une rupture des ligaments. Mais un troisième, jeune, peu counu, d’une vive intelligence, un peu bizarre (un médecin de roman), admet : « une luxation de l'organe, une déchirure des ligaments, puis rétablissement des choses en leur place, accidents nerveux consécutifs qui immobilisent la malade dans la douleur croissante. Elle reste sous Lobsession de la peur première, incapable d’acquérir des notions nouvelles, si ce n’est sous le coup de fouet d’une violente émotion. »

L’explication n’est pas claire.

11 prédit la guérison à Lourdes en coup de foudre. Ce poids, cette boule qui étouffe la jeune fille, remonterait et s’échapperait par la bouche, comme ces démons ailés, que des peintres nous représentent s’échappant du corps des possédés. Une réminiscence des démoniaques dans l’art, c’est du Charcot tout pur.

Le jeune médecin refuse absolument de signer un certificat. Quelle preuve de courage et d’indépendance!

Il ne s’était pas entendu avec ses deux confrères qui le traitaient d’un air froid, en esprit aventureux. Pourquoi? Parce qu’il reconnaissait une paralysie hystérique? Ce n’était pas la peine de se

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