‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 81 sur 88 · BERNADETTE · texte numérisé non relu

BERNADETTE

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LK ROALAN ET l’iIISTOIHK

hrouillcr. Nous cmi voyous parloiit aujourd’hui, même là où il u’y en a pas. Ce n’esl plus le privilège des jeunes, c’est du vieux jeu,

Kuhn, nous voilà avec une paralysie hystcricpie, qui doit guérir en coup de foudre.

Pour rendre la situation plus pathcli(pic, il enferme la malade dans une caisse étroite où l on ada[)le des roues pour la promenei*. Elle ^it dans cette boîte sept ans, (ihttiidoiiiicc des iiiédccina, c’est le mot consacré pour les malades désespérés.

« Elle vit serrée entre les planches de ce cercueil roulant, la face amaigrie et terreuse, reste d’une délicate enfance, malgré ses vingt-trois ans, charmante au milieu de scs merveilleux cheveux blonds, des cheveux de reine que la maladie respectait. »

« Les cheveux de reine, » c’est de la poésie, je me demande si les reines ont de beaux cheveux, et surtout comment les médecins peuvent être assez barbares pour emprisonner pendant sept ans, dans une sorte de eercueil roulant, une jeune fille, alors

qu ils connaissent le remède qui peut la sauver, le lieu et le jour où elle doit guérir,

« Ene violente émotion peut la guérir, » nous dit-on.

Mais on trouve partout des émotions. Mettez le feu à sa boite, tirez un coup de canon derrière elle. Essayez de l’hypnotisme et de la suggestion. Qu’allez-vous chercher à Lourdes? des chants, des prières, des cérémonies religieuses? vous en avez partout, dans les églises, dans les théâtres.

L’on nous dit qu’à Lourdes on obtient des effets de suggestion religieuse, c’est-à-dire une suggestion que la foi seule peut produire avec cette action puissante, illimitée.

C’est une sorte de suggestion à part qu’on ne trouve que là.

W ° fliarie Cartier, d’Auteuil. Guérie ddine nyaladie d’estomac, qui avait résisté à tous les traitements.

LKS OHA>’nKS (iUKHISONS DE LOUHDKS

]NIiüs alors, nous sommes sur le poini de nous cnLendrc, ce n’est plus qu'une question de mots (jui nous divise, si l’on nous aeeorde (pie ee ([ue nous obtenons dans nos clini(]ues n’est qu’un jeu d’enfant à eiHé des guérisons merveilleuses que nous observons à Lourdes.

Zola ne fait pas guérir M"e Guersainl dans la piscine; il la réserve pour la procession du Saint-Sacrement ; il la promène pendant deux ou trois jours; il la prépare; il lui donne des hallucinations de tous les sens.

« Le soir, elle est dans sa petite voiture, tout près de l’abri des pèlerins, à côté des massifs, lorscpi’clle dit à Pierre : « 11 doit y avoir des roses, ne sens-tu pas ce parfum délicieux? » Pierre chercha s’il n'y avait pas quelcpies corbeilles de roses. p]n passant près de l’abri, il s’aperçut qu’il se dégageait de là une odeur nauséabonde. Les dalles humides étaient couvertes de crachats, de graisse, de vin répandu, on y faisait de tout, dans un entassement de chairs sales et de loques. Pierre pensa (jue l’exquise odeur de roses ne venait pas là. »

« 11 avait raison ! » D’autant qu’à côté de l’abri des pèlerins, Zola avait flairé certains lieux réservés, et pendant le pèlerinage national, il ne peut être question de roses.

C’est du Zola tout pur. Je comprends fort bien qu’on ait appelé (( le symi)honiste des odeurs » l'iiomme qui a le plus vécu par le nez et qui le met partout. Iladù être bien heureux de trouver un tel endroit pour faire respirer le parfum des roses à de Guersaint.

Vient ensuite l’hallucination des yeux et des oreilles. Pendant la nuit, à la Grotte, la Vierge apparaît à la malade, elle lui parle, elle lui promet (pi’elle sera guérie à quatre heures du soir.

Je n’ai jamais observé ces visions et ces prédictions chez les malades guéris. Vient ensuite le récit de cette guérison.

« Tout d’un coup, lorsque le Saint-Sacrement passa, ses yeux se rallumèrent, son visage, sous un Ilot de sève, s’animait, se colorait, et Pierre la vi t se lever brus([uement. Il voulut la soutenir, elle l’éearta d’un geste, et son cri de guérison retentit avec une telle ivresse <pie la fonle entière en restait éperdue. »

LK ROMAN KT l’iIISTOIRE

La scène est belle. Pom* eeux qui oui éic lénioiiis de ces ccsurreclions soudaines, elle Ji’est ([u’nne pâle copie de la rcalilc. Il y a <le CCS eniolions (pic la parole Innnainc est inipnissanlc à reproduire.

de (iiiersaint vient au Pureau des médecins, et là se passe une sci'ue absoluiueut ridicule.

La llicse de Zola comporte une double erreur de diag-iiostic. Nous avons vu la cousultatiou du début. Il fallait la faire conlirmer par le médecin de Lourdes.

Il me fait dire : « Voilà uii fait indiscutable : voilà une paralysie due évidemment à une lésion de la moelle, » de telle sorte (pie sept ou huit médecins, qui étaient avec moi, nous avons leurs noms, auraient admis, dans ces conditions, une lésion de la moelle chez

une jeune fille de vingt-trois ans, ce qui est contraire à toute probabilité.

« Seul, un petit docteur, maigre, dont les yeux luisaient derrière ses lunettes, voulut voir Marie de plus près, puis, d’une façon très courtoise, sans meme vouloir discuter, il retourna à sa place. » était sans doute le camarade de Beauclair.

(^uaud Zola soutient une mauvaise thèse, il noircit à dessein les acteurs qu’il met eu scène. Comment voulez-vous que l’on écoute

avec plaisir un homme laid, sans intelligence?

11 jette sur ses portraits une tache d'encre on de boue.

J ai eu ma tache d encre. J ai, dit-il, « les yeux brouillés, la ligure rasée, je suis petit, trapu, je bâille à trois heures du matin, je suis vieux. » A peu d années près, nous sommes contemporains Zola et moi, tons les deux nous avons dépassé la cimpiantainc, et sur ce versant, nous entrevoyons les derniers horizons, mais sous

un angle dilférent.

Qui n a-t-il pas maltraité dans son livre? Bernadette, les Pères de Lourdes. Je suis en bonne compagnie.

Si Zola nous croit incapables de reconnaitre une paralysie nerveuse, Charcot est là pour nous défendre.

Dans son dernier ouvrage (La foi qui gaérii), Charcot dit expressément : (( Les médecins préposés à la constatation des miracles, et dont la bonne foi n’est pas en cause, savent très bien

LES GllANDES GIIEIUSOA'S DE LOUE DES

([UC la (lis[)arilion des paralysies hyslcriqucs n’a rien (jni sorlc du domaine des lois naturelles. Ils sont parlailement lix(^s sur la nature de ces accidents qui sont pour eux d’observation journalière. » C’est donc une ignorance inexcusable de la part de Zola, c’est plus encore.

Il alu et médite Charcot, parcouru mon Hi^ilolre de Lourdes, il m'a fait de nombreux enqunints : c’est un défaut de bonne foi.

Lorsqu’il me prête ces paroles que je n’ai pas prononcées et que je ne devais pas prononcer: « Mademoiselle que vous voyez là était at teinte d’une très grave maladie de la moelle et le diagnostic ne peut pas être contesté, » il sait très bien que je n’ai pas tenu ce langage. Il continue : « Nous n’avons pas ici de convalescence, sans doute la réparation des tissus va se faire avec quelque lenteur.

« Déjà de Guersaint apparaissait, forte, les joues remplies et fraîches. Traînant son chariot ellc-mcme, elle se pla(,*a derrière le dais, en pantoulles, la tète couverte d’une dentelle; elle marcha la poitrine frémissante, la face haute, illuminée et superbe. » C’est très beau, trop beau. Zola fait du miracle sans le savoir.

Ecoutez encore Charcot : « Si pendant ces paralysies, les muscles se sont atrophiés, et après sept ans, l’atrophie est fatale, les membres ne prennent leur force et leur volume que lorsque leurs muscles se sont refaits. C’est le cas de M"® Coirin qui ne put se servir de sa jambe atrophiée pour monter en voiture cpie vingt jours après sa guérison qualitiée de soudaine. »

Nous sommes loin de l’instantanéité telle que la suppose Zola. M"® de Guersaint, type d’emprunt, ne pouvait guérir, ni à l’heure prédite, ni en une seconde. Après sept ans de paralysie, pour refaire ses muscles atrophiés, pour donner à ses jambes leur force, à ses joues leur éclat, il fallait infuser un sang nouveau. Une résurrection instantanée et complète, c’est de V incomiii, de I’uhdelà. Tout ce (jue le romancier redoutait le plus.

Ce n’était donc pas la peine d’accumuler les hypothèses, de mettre en contradiction tous les médecins, d’enfermer cette malade sept ans dans une boîte pour aboutir à une guérison cpii se retourne contre lui.

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