LE CULTE INFERNAL DU MENSONGE I
Anèlons-nous et examinons. Voyons de près le travail, le fignolé de la pensée et de la forme... Ces contrées de la France!... il y insiste, « et ilorissanles ! » il appuie à dessein... il agace la plaie. Et en même temps il se veut faire honneur d'une commisiralion à bout, exténuée et presque sympathique ! Il soufl're 1 c'est lui le blessô, le ruiné, le dévaste dans les profondeurs les plus fines, les plus délicates de sa sensibilité incomprise, méconnue. L'odeur du sang lui pique les yeux! Pour un peu il pleurerait... sur nous ! sur l'incorrigible et navrante folie qui toujours nous possède et nous excite à repousser sa main, l'attirante et fraternelle main qu'il ne cesse de nous tendre par-dessus les cadavres de nos soldats et les ruines de nos villes. A l'irréductible sauvagerie de sa méthode il ajoute — comme pour avoir l'air de la corriger et tâcher de la masquer — le semblant d'un regret détourné, le simulacre d'une espèce d'émotion après coup ! Il nous en veut tellement de l'avoir contraint à nous rudoyer ! Il nous aimait et ne nous souhaitait que du bien. Ne nous l'a-t-il pas assez prouvé depuis son avènement ? Il ne peut donc nous pardonner le mal que nous le condp.miions à nous faire !
Soudard élégiaque, cher bourreau mélancolique et libéral qui feint par instants que la hache lui glisse des mains et qui se penche avec une
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épaisse préciosité sur ses victimes, laissant tomber sur elles, du haut de sa grandeur, quelques phrases de pitié publique bien combinées, à tournure généreuse... Voilà ce qui frappe, étonne et dégoûte : cette prétention, cette abjecte cautèle, cette (( fourbe » inutile et recherchée ! On préférerait le cynisme tout nu du crime.
Continuons néanmoins d'étudier, dans son ignominie si instructive, le texte impérial : « Je » songe toujours, ajoute le kaiser, à ce que la » France aurait pu s'épargner de souffrances et » de misères si elle n'avait pas repoussé mon » offre de paix... » La fausseté invétérée paraît ot se proclame une fois de plus en ces paroles. On sait j)ertineniment que nous n'avons pas eu à repousser une paix que Guillaume II n'a pas olTerte, et qui ne le fut jamais. Car il ne s'agit pas de murtnurcr ou de crier par intervalles : « J'olï're la paix ! » et de s'en tenir là, en fermant le bec, pour prétendre qu'on la propose, cette paix, et qu'on la veut, sincèrement, et conforme aux seules possibilités ; et pour avoir le droit de s'ébahir après, en bonnes gens tout surpris et déçus que nous ne nous précipitions pas à la minute comme des moineaux étourdis et affamés, auxquels, pour les rassasier, on fait le geste nourrissant de jeter du pain. Le charmeur agite la main, mais il n'a rien dedans, ni même au bout des doigts.
La paix, dans la bouche de Guillaume II, ça n'est qu'un mot, ce n'est pas la chose.
Quelle paix ? Cela seul importe. Quelles en
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sont les conditions? Précises et dernières? Où, quand, et par qui ont-elles été formulées chez nos ennemis ? ou seulement indiquées de façon sérieuse? Jamais, jamais, par aucun des leurs.
Par contre, cent fois, mille fois, les Alliés ont, dans des termes clairs et catégoriques, publié urbi et orbi l'ensemble de ce qu'ils considéraient comme le minimum de leurs droits et de leurs desiderata, en tant que restitutions, indemnités et garanties. Toutes les questions vitales, nous les avons, à ce point de vue de la paix, nettoyées, vidées. Kien de l'essentiel n'a été omis escamoté ou maquillé. Le retour de l'Alsace-Lorraine à la mère patrie, gravé au sang sur le marbre et l'airain de nos volontés unanimes, est, aujourd'hui comme hier, un dogme intangible et définitif, reconnu en plus par toutes les nations qu'a soulevées et groupées, dans la plus sainte de toutes les Croisades, la cause de la Justice et du Droit mortellement menacés.
Eux cependant, quand nous avons tout dit, et redit, aussi souvent qu'il l'a fallu, et jusqu'à rabâcher de ces sujets sacrés, ils n'ont jamais rien dit ! Jamais on n'a pu en obtenir quoi que ce fût qui ressemblât à un commencement de franchise ou tout au moins de netteté. Insinuer, esquisser un signe, organiser des propos à double sens qu'ensuite l'on transpose ou qu'on dément, faire de l'œil et lancer des regards dont il ne reste rien, et puis, si ça ne prend pas, s'indigner, nous accuser, nous plaindre mOme, et verser un pleur sur notre aberration, et pro-
tester à gros éclats, devant un peuple aux vertus broyées, hébété de servitude, tel est le jeu systématique de l'Allemand, son éternelle manœuvre d'offensive parallèle.
Chaque fois que cet entêté causeur auquel on n'arrive à rien arracher a été mis au pied du mur, il a passé au travers et s'est évanoui. Il ne s'élance que pour se dérober, et si par hasard il promettait, on serait assuré que c'est pour ne pas tenir. Tous ceux qui ont eu vis-à-vis d'eux, les jugeant semblables au commun des mortels, la crédulité de la parole donnée, en ont fait invariablement la profitable et cruelle expérience.
Pourquoi, en effet, à toutes les incitations réitérées non seulement de la diplomatie alliée, mais des neutres, des tiers les plus faciles à écouter, et à influencer, quelquefois les moins bien disposés à notre égard, l'Allemagne n'at-elle jamais répondu que par un silence dont la nature est étrange ?
En effet, ce capricieux silence, elle ne le rompt à tout bout de champ que pour interroger, et dès qu'à son tour on l'interroge, elle s'y replonge. Bavarde pour questionner, elle devient aphone pour réponilre. Puisqu'elle est toujours la première à parler de paix (ce (|ui n'est ni la propo- Ber, ni la discuter, ni surtout l'imposer), c'est donc cependant qu'elle en est avide ? ou tient à le paraître? par pures considérations morales.
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bien entendu, car nul n'iynore qu'elle n'éprouve de cette guerre aucun dommage, aucune gêne, et que son peuple y vit à l'aise dans un bien-ùlre délicieux ? Mais alors, encore une fois, pourquoi cette surdo-mulité qui soudain la paralyse au moment où on la prie de développer le plus cher de ses désirs ?
Il sulTit, pour en trouver la raison, de ne pas perdre de vue le calcul, la duplicité, l'esprit d'orgueil et d'ambition déréglés, de traîtrise et de tyrannie qui l'animent et la dirigent. On s'explique alors qu'elle soit si intéressée à ne rien dire et à dissimuler le plus longtemps possible la frénésie de ses mauvaises intentions, Elle aurait tort pourtant de se figurer qu'elle les cache en les taisant. On les devine, on les connaît toutes d'avance. Mais on aimerait, pour la beauté du phénomène, qu'elle osât au moins en faire le brutal aveu, ou qu'elle consentît l'cflort, qui ne lui coûte rien, d'un surcroît de mensonges monté en grand style. Si elle s'en abstient, croyez que ce n'est pas non plus par retenue ou fausse honte, — mouvements qui lui sont étrangers ? Mais c'est qu'éclaterait trop visiblement, si elle étalait ses vrais et affreux desseins en face des justes conditions que lui opposent les Alliés, toute la dillérence qui si'pare les siens des leurs et qui n'est pas pour l'honorer !
Cette difl'érence existe sans doute en fait et sans rémission possible, mais il vaut mieux tout de même, pense Germania, qu'elle ne contribue pas elle-même trop vite à son retentissement. Il
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sera bien temps à la dernière minute, quand on tiendra le Français, l'Anglais et l'Américain à la gorge, de se montrer dans la hideur de ses appétits et la plénitude de sa rage. Jusque-là, des grognements, entrecoupés d'interjections doucereuses, ou mieux encore le silence qui recouvre et camoufle si bien les glus et les chausse-trapes.
Devons-nous donc, après cela, regretter outre mesure qu'elle ne souffle pas mot de la manière dont elle entend cette paix, calamiteuse pour nous, au-devant de laquelle elle souhaiterait que nous nous hâtions? Tout compte fait, non. Car nous savons à quoi nous en tenir et son silence est précisément l'aveu de ses prétentions inacceptables, insensées. Nous sommes certains que ses propositions, même sous une forme décente et modérée, ne cacheraient que piège et nouveau gnet-apens. Alors? Qu'elle continue donc à réserver la rapacité de ses desseins, et nous, continuons à faire sans cesse résonner la claire justice des nôtres ! Que sa détestable hypocrisie soit par nous à toute heure exposée, démontrée, mise à nu. flétrie! Que sa mauvaise foi, totale et soutenu*, soit par nous affichée, répandue, propagée par toute la terre I Constituons-nous les historiens infatigables et zélés de son infamie, les éclaireurs et les chasseurs de ses mensonges, les louvetiers de sa fourberie satanique.
El quand le kaiser a l'audace inouïe de pro-
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nonocr, sur le sol tout chaud et liorrible du charnier, des paroles dont il connaît mieux que personne l'esprit de cruauté, de malfaisance et de ruse, répliquons-lui par toutes nos voix : (( Vous mentez. Vous mentez encore. Vous men- » tcz toujours. Vos agences, vos journaux men- » tent. Vos ministres et vos chanceliers men- » tent. L'Allemagne tout entière est bourrée, » gavée de mensonges, le seul pain quotidien » que lui distribue votre dynastie dévorante ; et » pas un mot n'est vrai de la sinistre harangue » en forêt de Pinon. Qui les a déchaînées, ces » horreurs de la guerre? Qui, après tant de mil- » liers d'autres éteints, a causé la destruction de » ces milliers dejoyers, fumants sous vos narines? » Qui a transformé en déserts atroces ces contrées » florissantes de la France? Qui a résolu, préparé » et baptisé la guerre « fraîche et joyeuse »? Qui » l'a aimée, exaltée... et déshonorée? Qui a » commandé ou laissé s'accomplir depuis quatre » ans les plus ignobles forfaits? Qui a ordonné, » permis, encouragé, depuis quatre ans, tous les » crimes inutiles, toutes les destructions, tous » les pillages de châteaux, tous les incendies de )> chaumières, tous les massacres d'innocents, » toutes les déportations de femmes et de jeunes » filles? Qui, de cette oreille, pourtant si sensi- » ble, n'a rien voulu écouter? ni les cris per- » çanls des victimes, ni la voix lointaine et rt blanche du pape, ni les malédictions du monde, » ni les sirènes de la Lnsilania, ni la chute » des clochers ? Depuis quatre ans ! Qui n'a
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» jamais ou, dans l'exercice et le luxe du mal » pour le mal, une minute de faiblesse, de fati- » gue, de honte et de remords? Qui n'a jamais » empêché un vol, une barbarie, préservé un )) hameau, fait grâce à un enfant ou à un pom- » mier, sauvé une chapelle, relevé une croix? » Mais qui a tout poussé, tout achevé, dans le » dégât, la ruine et la douleur?
» — C'est vous ! Sire. C'est vous! Le premier » coupable et l'éternel ! Vous aurez beau redire » dans le panorama de votre agonie, en cherchant » à rendre une âme déjà damnée : k Je n'ai pas » voulu cela ! Je ne l'ai pas voulu ! » car ce » seront, n'en doutez pas ? les seuls mots qui » vous resteront, auxquels vous êtes attaché, et » qu'à ce moment-là vous devrez, pour la der- » nière fois, rejeter parla bouche... En dépit de » ce cri qui mentira finalement, presque en face » de Dieu... ce sera vous qui aurez voulu cela ! »