‹ Les grandes heures (volume 4)Chapitre 25 sur 33 · LES DÉCOUVERTES · texte numérisé non relu

LES DÉCOUVERTES

29 juin 1918.

La guerre a été pour tous, aussi bien pour nos alliés et nous que pour nos ennemis, une cause de découvertes de tout genre, bonnes et mauvaises, petites et grandes.

La principale et la plus heureuse pour nous aura été celle de l'Amérique.

Sans doute nous n'étions pas jusque-là dans la complète ignorance de cette quatrième partie du monde, mais, ce qui olFrait plus de gravité que de ne pas la connaître du tout, nous croyions la bien connaître et nous la connaissions mal, ou même la méconnaissions. En dehors de la part que nous avions prise au siècle dernier à l'établissement des Etats-Unis et à leur indépendance, et sur laquelle nous avions quelques données, pas toujours très exactes ni complètes, que savions-nous de cette Amérique immense, innombrable et lointaine? Rien ou très peu de chose. Nous avions gardé vis à-vis d'elle un vieux fonds d'opinions désuètes et soties, d'idées injus-

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tes et fausses. Sur la foi, qui n'était pas toujours la bonne foi, de mémoires et de récits trop complaisamment acceptés, nous nous étions peu à peu, malgré les avertissements et les reproches qui pourtant ne nous avaient pas manqué, fait une Amérique à notre tournure et à notre amusement, je n'ose dire à notre image et à notre tai41e, mais conforme à nos désirs, à nos suppositions, à nos points de vue d'intérêt, de vanilc, d'amour-propre et de critique malicieuse, une Amérique de livre, de théâtre et de roman, d'un grandiose amusant et à côté, d'un pittoresque cocasse et facile, une Amérique d'aventures, de dollars, de revolver, de paquebots et de catastrophes de chemin de fer dont les quelques types, très réduits, les seuls que nous ayons consenti à faire entrer dans notre rapide et enfantine classification, étaient tous, du milliardaire excentrique à la jeune fille émancipée, du philanthrope au ranchmann, de l'agriculteur à l'homme d'affaires, d'une convention un peu ridicule. En fait d'Américains nous n'avions vu que celui qui voyage, qui passe, et précisément, dans ces périodes de détente et de récréation, se dépouille aux trois quart» de lui-même pour devenir un tout aiilre homme, très dilTérent et souvent l'opposé de ce qu'il est dans le plein exercice de sa vraie nature, dans sa vie de lutte et d'activité quotidicMine. Et quant aux Américains qui, au lien de traverser en hâte notre pays, se fixaient dans la capitale, pour un long temps, des mois, des annres, voire d'une façon délinitive, nous

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