‹ Les grandes heures (volume 4)Chapitre 26 sur 33 · LES DÉCOUVERTES · texte numérisé non relu

LES DÉCOUVERTES

n'avions pas assez compris qu'ils offraient une exception, celle des n moins Américains », des éliminés de l'existence violente et combative de là-bas, à laquelle ils préféraient celle plus douce, et plus frivole aussi, quils trouvaient le moyen de se faire chez nous, où leurs façons primesautières et originales, leur fortune et leur charité les rendaient très aisément sympathiques et même populaires. Mais étaient-ce bien là les Américains, si séduisants, si savoureux qu'ils fussent, capables d'être pour nous de parfaits exemples, de bons modèles, au point de vue de l'exactitude et de la généralité ? l'ividemment non ; pas plus que les très agréables et fins ouvrages d'écrivains de mentalité européenne, influencés par l'éducation, le milieu, la profession, l'esprit national, et leur désir aussi d'observation scrupuleuse et d'impitoyable franchise, n'étaient capables de nous renseigner avec précision. Pour être à même non déjuger mais d'essayer de juger les hommes des Etats-Unis, il eût été indispensable que nous les vissions chez eux. Et nous n'y allions pas, ou en nombre infime, parce que notre humeur et nos ambitions modérées ne nous lançaient pas vers ces contrées de lutte et d'inconnu dont les perspectives nous effaraient. L'Amérique, pendant longtemps, ne fut à nos yeux de Français et de Parisiens qu'un but pour les risque-tout, misérables et avides, pressés de faire fortune, et les gentilshommes ruinés chercheurs de dot, ou encore un lieu d'exil et de punition infligé aux fils de famille endettés ayant mauvaise tête.

igo LES GRANDES HEURES

Il aura fallu la guerre, et cette guerre mondiale, avec les transformations et les convulsions, les tremblements de terre, d'opinions, d'idées, qu'elle a produits partout, chez tous les peuples, même chez ceux qui n'y ont pas participé, chez les neutres, pour que, l'Amérique alors tout entière passant l'eau, et représentée à l'unanimité par toutes ses classes et dans tous ses rangs, venant chez nous et y débarquant son industrie, ses troupes, ses richesses, ses machines, ses méthodes, toute la puissance de son organisation complète et de ses moyens inouïs, nous commencions seulement à avoir une notion approximative de ce qu'elle est, de ce qu'elle vaut, de ce qu'elle peut, de ce qu'elle veut, de ce qu'elle s'apprête à faire et fera. C'est du jour où elle est entrée, où elle s'est jetée dans la guerre pour la gagner, que nous avons eu le sentiment de la découvrir, ce qui ne signifie pas que, malgré les progrès accomplis dans celte nouvelle et ardente étude, nous puissions encore, en découvrant l'Amérique, nous targuer de la connaître! M'allons pas si vite. Elle nous réserve, ainsi qu'au monde entier, des surprises par lesquelles peut-être elle-même ne pourra pas s'empêcher d'être atteinte, car il n'est pas défendu de prévoir que les effets de son formidable effort dépasseront sa conception et seront supérieurs à tout ce qu'elle en avait espéré et

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