‹ Les grandes heures (volume 5)Chapitre 10 sur 12 · LA GUERRE S'IMPOSE A TOUS ET PAHTOLT · texte numérisé non relu

LA GUERRE S'IMPOSE A TOUS ET PAHTOLT

2^ juillet 1915.

Le sol de la France entière communique en ce moment d'un bout à l'autre par des voies étendues et profondes, d'une continuité mystérieuse.

Du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, un même courant circule qui relie entre elles nos provinces et fait qu'aucune ne reste étrangère au sort de ses sœurs, paisibles ou bouleversées. Malgré la diiïérence qui les sépare et l'inégalité de leur condition, les régions libres et celles que l'ennemi occupe trouvent le moyen de se rattacher et de demeurer unies par la similitude d'une confiante énergie que ne saurait entraver nulle puissance au monde. Si le village, la famille, les absents, petits et vieux, les tendres souvenirs, sans que rien puisse y mettre obstacle.

se glissent au front à certaines heures pour y surgir entre deux feux et y mener à travers les lignes leur ronde consolante, pareillement, à la ferme intacte, aux champs qui n'ont pas souffert, dans les bois où pas un arbre ni un homme ne sont tombés, les soldats, les autres absents, jeunes et plus âgés, et toutes les images de la guerre, sans que rien puisse empêcher cette bonne désertion, reviennent à certaines minutes pour y affirmer leur perpétuelle et douce présence. Grâce à ces visites fréquentes et réciproques, les relations des esprits et des cœurs que l'éloignement rapproche ne sont jamais interrompues. Par un échange facile et miraculeux qui s'opère en dehors des réalités et mieux et plus vite qu'en elles, ce que chacun a momentanément perdu ne lui manque pas tout à fait. A tour de rôle on va l'un chez l'autre, et l'on rapporte de ces congés spirituels un courage plus grand, une espérance neuve et comme reposée. C'est par là qu'à l'avant aussi bien qu'à l'arrière tout le pays résiste et tient.

Jusqu'au sein des contrées heureuses de notre territoire où jamais n'est parvenu, même affaibli, le son du canon, la guerre veut et sait se manifester, et elle s'y prend avec une mesure,

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