‹ Les grandes heures (volume 5)Chapitre 11 sur 12 · LA GUERRE S IMPOSE A TOUS ET PARTOUT · texte numérisé non relu

LA GUERRE S IMPOSE A TOUS ET PARTOUT

une justesse, une appropriation étonnantes. Il n'est pas d'endroit où elle permette qu'on l'ignore, mais elle varie ses signes et proportionne ses effets. Du bien-être et de la sécurité qui régnent en des lieux bénis elle extrait, par contraste, une directe et sévère leçon; de tout ce qui paraît le plus capable de la faire oublier, elle tire un rappel. Là où elle a la joie de n'être pas obligée de sévir, elle agit pourtant, elle se propage et se répercute, même dans la douceur. Elle crée chez ceux qu'elle n'atteint pas ou qui sont à peine frappés, un foyer de gratitude et parfois de sains remords, sans cesse entretenu. Je me refuse à croire, comme le prétendent quelques Alcestes dont la médisance est coupable, qu'il y ait des coins favorisés de notre terre où l'égoïste habitant, ménagé dans sa vie et ses biens, savoure au jour le jour sa propre quiétude. N"eùt-il pas pour se tourmenter de fils, de père, ni de parent sous les drapeaux,... il serait hors d'état de. retenir sa pensée d'aller aux armées et son cœur de battre plus fort chaque fois que, de tout là-bas, arrivent les nouvelles... Vaille que vaille il faut qu'il participe à la cruelle et salutaire angoisse; il n'a pas le droit — ni le pouvoir — de s'y dérober.

La guerre, qu'il y consente ou non, le saisit, là où il est, là où il broute, arrache son piquet, casse sa chaîne, et le roule et l'emporte dans son mouvement, le traîne dans son dédale et dans son labyrinthe. Tous ceux qui ne sont pas partis servent quand même, plus ou moins; tous les paysans qui seront restés aux champs auront défendu le sol; tous ceux qui l'auront ensemencé et cultivé pourront dire : « J'ai fait campagne. » L'intention d'aider suffit pour que l'on contribue à l'immense tâche. Les faibles et les usés, les vieillards, les femmes, les enfants qui assurent la coupe des foins et la rentrée du blé, se sentent mobilisés également; ils forment les efYectifs du dépôt rural aussi utile que l'autre; ils mettent au travail une volonté qui s'inspire de la discipline. Leur action n'est pas incohérente, elle s'ajoute à celle des combattants.

Pour être entretenus dans l'idée de la guerre, l'homme et la femme des pays épargnés ont d'abord les blessés que la bataille, à chaque instant, rejette de tous côtés comme des éclats et leur envoie de loin. Ils les ramassent et les recueillent. Le blessé est la preuve réelle, l'enseignement, l'exemple fournis par le fléau à la

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