LE SAN<Î DES NOIRS
rogez-les tous, les plus haut placés, les plus difficiles, grands expérimentateurs d'hommes, les Liautey, les Gouraud, les Marchand, les Baratier, qui les ont pratiqués « à la continue ». Dès qu'ils en parlent, c'est avec une force d'émotion catégorique et qui frappe. Jamais les soldats noirs n'ont failli, en quoi que ce soit, à la confiance entière et capitale que ces officiers vraiment supérieurs ont mise en eux sans hésiter.
Ils constituent donc une élite, qui avait déjà fait ses preuves, et qui vient d'en fournir déplus belles encore dans la grande guerre des nations. Je vous disais à l'instant la cordialité profonde avec laquelle ceux qui fréquentent nos frères noirs leur rendent justice. Lisez ces lignes que je ne puis m'empécher de vous citer et que j'emprun,te à la lettre attachante de quelqu'un de bien renseigné. Il s'agit de M. Pierre Proche, administrateur des colonies, commandant en Guinée française le cercle de Kissidougou :
«... Chaque fois, écrit-il, qu'arrivent ici les journaux et les publications illustrées qui peuvent nous parvenir, je les montre à mon personnel indigène, gradés et simples gardes, vieux tirailleurs chevronnés ^t cousus de campagnes, aux chefs amis de notre cause, et je leur en com-
mente le texte adapté aux photographies. Il est curieux et touchant de voir de quelles mains pieuses ils tournent ces pages qui sont un peu le journal de vie de ceux des leurs, fils, frères, amis partis là-bas sur le front combattre et vaincre à nos côtés, et de quels regards étonnés, émerveillés tour à tour ou remplis de colère, ils contemplent l'image de nos hauts faits, de nos actions d'éclat, puis celles de la ruine, de l'incendie et de la dévastation, œuvres de l'Allemand qu'ils chargent alors de leurs imprécations.
« Vous ne savez pas avec quelle ardeur les anciens, les réservistes ont répondu ici à l'appë'! de la mobilisation générale. Des retraités même ont demandé de s'engager pour la durée de la guerre. Et depuis, que d'engagés volontaires! Combien hélas ! sont déjà tombés qui ne reverront jamais la fumée de leur village et n'entendront plus le tam-tam sonore! Que de bulletins reçus de l'intendance avec cette courte phrase : « Tué à l'ennemi! »
« Ici aussi des cœurs de mères, d'épouses, de sœurs, sont torturés, plus douloureusement peut-être parce que ces natures si naïves ignorent la grandeur du sacrifice. Et cependant... Il y a peu de jours, j'avais convoqué au poste les