LE HEC.ORD DE LA HAINE
20 novembre 1915.
L'Allemagne est aujourdlmi haïe Hu monde (^nlier. On peut le déclarer sans faire acte de haine. C'est une vérité.
Il n'y a pas lieu d'examiner les causes trop bien établies du redoutable sentiment dont elle a obtenu d'être l'objet privilégié, mais je voudrais montrer d'abord les phases successives par lesquelles ce sentiment a passé avant d'en arriver à la plénitude et à l'universalité qu'il a fini par conquérir, et ensuite les effets spéciaux qui résultent de ce succès.
L'Allemagne, nul ne l'ignore, a voulu la haine. Comme tout le reste, elle l'a préparée. Elle en a désiré et filé à la meule tous les tranchants, soigné et mis au point le mécanisme avec une préméditation méticuleuse. Elle l'a voulue entière, sous le raffinement de sa double l'orme, active et passive, en elle et chez, autrui.
86 LES r.UANDES HEURES
On ne sail pas de quoi elle a eu le plus envie : de l'éprouver ou de rinspirer, et lequel lui plaît davantage. Les deux l'ont également alléchée, ont formé son beau rêve. Elle aime la haine.
Ayant donc fait tout le nécessaire sciemment, délibérément, elle a sans tarder, dès le franc début de ses crimes, récolté ce qu'elle espérait, et au delà. Sur tous les « fronts » de l'humanité une artillerie-tambour de malédictions se mit à rouler, sans répits ; les esprits en révolte, les cœurs indignés laissèrent éclater leur immense et juste fureur. C'était l'incoercible explosion des âmes heurtées par l'afl'reuse surprise et n'ayant pas encore eu le temps de s'habituer. L'Allemagne, à ce concert, connut alors une ivresse impatiente qui n'attendait que le signal de déborder. Elle accueillit avec joie cette tempête qui lui faisait entendre le son de sa préférence, la mélodie de ses désirs. Elle exultait dans un vertige : « Enfin ! Je suis haïe, exécrée à ma taille, comme jamais on ne l'a été ni on ne le sera. x\u-dessus de tout! Quel honneur! Et quel bonheur! » Elle avait atteint son but et s'en félicitait... Cela ne pouvait manquer; le mal a sa logique et la perversité suit son propre chemin. La haine qu'on boit, que Ton respire, étourdit et grise; elle exaspère l'orgueil qui proclame : « Tant mieux ! Je me vante d'être honni ! » et pendant une période on se prélasse au milieu de la détestation. Il y a une diabolique jactance à se dresser, parmi