LE RECORD DE L.V HAINE
maine en tout... la délégation et la représentation divines sur terre,... et ne pas être adorée ! se dire : « Je suis haïe! Je le serai toujoars pour des chaînes de siècles. » Même quand cette liaine sera allénnée, ou qu'on la croira disparue, admell.ons-le, dans des abîmes d'années, elle renaîtra, rétrospectivement, chaque fois que l'on étudiera et racontera l'histoire de cette atroce guerre... elle reparaîtra comme une tache qui revient sur une joue ou, à travers le gant, sur le dos d'une main, dès que l'on prononce uu mot magique. Elle est indélébile.
Réfléchissez qu'il y a en ce moment dans le vaste empire de Germanie des millions d'êtres accablés, ou simplement décontenancés et méditatifs, assis au coin du feu qui ne les réchaufi'e pas, et songeant devant les goulTres de l'hiver : « Ainsi, on nous hait... non seulement notre empereur, nos maréchaux, nos armées... mais nous, les femmes, les mères, les jeunes filles, les petits, les non-militants, les pauvres... tous les Allemands, on nous hait, partout, sans réserve, innocents et coupables, doux et cruels, tous enveloppés dans la même aversion... Que nous soutirons de cette sentence! Pourquoi nous faut-il la subir? «
Et quand ils ont dû s'avouer cela, d'une façon générale, est-ce fini? Non. Ils sont forcés d'énumérer toutes les haines qui les atteignent et d'en faire le compte. Après celle des Alliés c'est celle des neutres — à commencer par les
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Etats-Unis — haine moins olficielle, moins légale, mais aussi sûre, et plus véhémente, parce qu'elle est excitée, taquinée, bravée sans cesse et contrainte à se ronger... Ah ! la rancune amère des |)etits pays, gaiottés par Tépouvante et qui détestent deux fois plus l'ogresse d'être abaissés à la crainte! Ils rougissent d'euxmêmes de leur défection et ils ne pardonnent pas à cette Mégère de l'Europe de les réduire à rester sourds aux voix du passé, aux reproches de leur conscience, aux trompettes de l'avenir...
L'Allemagne ramasse, jusque dans ses rangs, la haine de ses propres auxiliaires, de ses complices domestiqués, de ses faux et servîtes amis, celle des Autrichiens molestés, éreintés, décimés, des Turcs énervés et ravalés à ce dernier rôle de honte en croyant que « c'était écrit ». Il y a des Bavarois et des Saxons qui vous feraient reculer d'horreur si vous pouviez lire tout à coup dans leur àme vindicative la iiaine vouée au tyran de Prusse. Ferdinand de Bulgarie, prince et Judas de France, a lui aussi, n'en doutez pas, la haine de ses trop grands protecteurs... et c'est en l'exécrant qu'il embrasse le Kaiser échauffé de son côté pour lui d'une pareille ilamme.
L'Allemagne n'échappe pas non plus à la haine des morts, qui vient grossir celle des vivants, haine endormie, couchée et dédaigneuse, haine de marbre, de pierre et de plomb,