LK HKGORD DE LA H\INE
de cendres inertes, haine qui semble harassée, détachée, perdue dans la nuit des nuits, aveugle, immobile et muette, mais qui continue de s'exhaler ([luind même et se prolonge dans Faudelà. Le silence du tombeau ne pardonne pas... il juge et prononce, en dernier ressort... Même si la haine, autant modifiée qu'elle soit, est défendue aUx défunts, la tendresse et l'indifférence ne peuvent leur être ni prescrites ni permises. Alors, quel sentiment les berce et les occupe sinon cette douce haine, persistant pour le principe ? et ([uand je parle des morts, il ne s'agit pas seulement des nôtres, mais aussi des leurs qui, renseignés enfin sur le mensonge des causes, sachant le vrai, découvrant tout ce qu'on leur a caché, voient clair aujourd'hui et, tout en plaignant leur criminelle patrie, lui jettent l'anathème.
Oue de haine ! mon Dieu ! Ou 'il y en a ! C'est affreux î Mais nous touchons au plus tragique. On a beau vouloir, en s'inhumanisant, se surhumaniser... on n'est jamais que des hommes, de simples hommes, et on le reste, à travers toutes les expériences de l'orgueil et de la folie. N'être et ne retomber à tout instant qu'un homme, c'est le châtiment, la loi, et la grandeur de notre destin. Or l'homme, même et surtout le plus méchant, a besoin d'amour. 11 ne peut respirer sans ce pur oxygène. A certaines minutes décisives, fùt-il incapable d'aimer, il veut qu'on l'aime. Après qu'il a épuisé tous les dé-
lices de la terreur et de l'exécration, même goûtant cette volupté finale de tenir sa victime écrasée à ses pieds, pantelante, il n'a qu'une idée, plus elle est impossible, c'est que sa victime l'aime. Etre adoré de ce qui vous hait, n'est-ce pas, au-dessus de tout ce qu'on peut rêver, la dernière et la plus grande des victoires ? Forcer l'amoureuse docilité de la Belgique et de la Pologne après leur avoir infligé le martyre. Quel triomphe ! Être amis plus tard ! un jour... avec ces Français si braves ! si sympathiques ! Quel but !
L'Allemagne doit faire aussi son deuil de ces agréables espérances.
On ne peut plus l'aimer. Elle a semé la haine, elle la récolte. Celle-ci revient sur elle comme ces nuages empoisonnés sortis de ses tranchées et qu'un vent insoumis rabat tout à coup dans sa direction. Demain, après-demain, quand elle cherchera de l'amour clans le monde, il n'y en aura pas pour elle. Trop tard. C'est fini. On la hait, pour toujours, avec une triste sérénité. Les hommes lui en voudront éternellement d'avoir mis la Civilisation dans l'impossibité de lui pardonner jamais.