‹ Les grandes heuresChapitre 25 sur 74 · L EMPRUNT DE L.V VICTOIRE · texte numérisé non relu

L EMPRUNT DE L.V VICTOIRE

Hu T) p. loo ! Nous autres ici, loin du champ (Je bataille, en donnons-nous tous au pays comme elTort, comme peine? Lui servons-nous régulièrement, depuis la guerre, cette rente généreuse d'ardeur et de bonnes volontés? Les soldats, eux, n'y regardent pas et sont au pair, depuis longtemps même ils le dépassent... Mais nous? pouvons-nous, sans exception, dire que nous fournissons un taux de travail égal à celui de rémunération que nous ofïre le nouvel emprunt? Non. Nous avons à payer davantage de notre personne. Nous sommes bien loin encore d'avoir atteint le maximum de rendement exigé de nos moyens. Notre capital humain ne produit pas à sa complète valeur. Or, voici que par une incroyable prévenance on nous propose l'occasion de nous acquitter en nous enrichissant, de pratiquer, sans surcroît de fatigue, un devoir en retard qui nous rapportera au lieu de nous coûter ! Oui, dans les circonstances les plus difficiles, les plus tragiques de notre histoire, nous voyons revenir à nous, du fondd'im confortable passé, cette bonne rente populaire de 5 p. loo dont M. Ribot, avec une gravité émue, a évoqué le rassurant souvenir et salué le retour. C'est merveilleux. Que demander de plus? Pouvions-nous rêver autant? Jamais on n'aura fait une affaire plus sûre en courant moins de risques.

Songez à la destination sacrée de cet emprunt, à rhonorabilité du « placement » auquel il nous

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invite. La pensée qui a inspiré l'entreprise et le but qu'elle se promet sont, en dehors de lout avantag-c pécuniaire, d'une conccpiion si noble et si élevée que les termes de bourse et de finance, composant la langue technique du gain, s'en trouvent changés, rehaussés... Le drame mondial, dont l'emprunt de 1915 n'est qu'un des innombrables incidents, restitue en l'espèce, au mot de litres, son sens moral, de fierté supérieure. Ces titres de rente seront, sans hyperbole pour ceux qui les auront, des « titres de noblesse », et aussi de gloire, non qu'ils aient, bien entendu, le privilège de rendre leurs possesseurs nobles et glorieux, mais parce qu'ils leur représenteront sans cesse la noblesse intimxC du mouvement auquel ils ont cédé en les souscrivant, et la gloire du succès final que d'en bas ils ont eu en vue. Pas un d'entre eux qui n'éprouve demain une satisfaction rare à s'imaginer qu'il est en quelque sorte devenu le créancier de la patrie. Oue de garantie et de sécurité n'ofîre-t-elle pas? C'est la meilleure des débitrices. Nous lui prêterons.

Réfléchissez d'ailleurs que cet emprunt de guerre, au lieu de signifier qu'il retarde ou écarte la paix comme quelques-uns se le ligurent, l'envisage au contraire et tend à la rapprocher. Notre persévérance à ne pas désarmer avant le résultat n'est que la preuve de l'opiniâtreté directe avec laquelle nous voulons l'atteindre. Quand la France et les alliés renouvel-

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