L EMPRUNT DE L\ VICTOIRE
lent à dessein, h cliaque occasion, le serment solennel d'aller « jusqu'au bout », Jusqu'à la victoire totale obtenue par l'écrasement du militarisme prussien, ils ne t'ont pas autre chose que de poser les conditions de la paix, mais les vraies, les seules, celles de la paix valable et détînitive. Sans renoncer à la guerre, en s'y appliquant même davantage, ils parlent de paix, bien plus sûrement que l'Allemagne hypocrite quand elle lance à toute heure ses invites frauduleuses, ses tentations perfides. Se mettre en mesure d'améliorer le mécanisme de la guerre, et de nourrir son trésor, c'est donc travailler et collaborer à la jdus prompte et grande paix, en hâter les préliminaires.
11 ne faut pas que personne pense : « J'ai trop peu. A quoi bon? » Vous savez bien que ce sont les gouttes d'eau séparées qui font la masse de la pluie. Pas de tissu sans fil. C'est surtout de ces petites réserves prudentes et chétives qu'a été constitué autrefois et que va l'être également aujourd'hui le capital immense et résistant de la nouvelle rente. Que chacun s'emploie selon ses ressources. La modicité de son versement individuel ne doit pas affecter le souscripteur. 11 donne plus en effet qu'il ne croit du moment qu'il ajoute à l'obole du voisin. La somme qui importe n'est pas la sienne, mais celle du total auquel il contribue.
Les favorisés qui n'ont que de l'argent à mettre à la disposition du pays comprendront
aussi qu'ils doivent se montrer plus généreux que s'ils faisaient par ailleurs des dépenses autrement graves. L'or ici remplace le sang. Quelle que soit la libéralité des civils, leur sacrifice ne vaudra jamais celui des soldats qui ont renoncé à tous les espoirs et à tous les biens de l'existence, qui se sont interdit le moindre viager.
Augmentons par conséquent et remplissons toujours notre trésor, afin qu'à l'égal du fonds humain qui donne intarissablement des enfants à la défense du sol, il produise intarissablement les sommes réclamées pour sa libération. N'admettez pas non plus que les difficultés actuelles et momentanées des Balkans soient capables de vous gêner, de vous conseiller l'abstention. Nous serions vraiment fous de nous appliquer à suivre à l'arrière, dans l'accomplissement de nos devoirs et de nos volontés, les fluctuations inévitables que subissent les armes. Dites-vous que l'Allemagne serait trop heureuse de profiter de la circonstance pour essayer de troubler le départ de l'emprunt qui s'annonce magnifique. Nous n'entrerons pas, par une pusillanimité aussi injustihée que coupable, dans le jeu trop grossier de l'ennemi. Le danger oriental seraitil aussi grand que le prétendent certains, qu'il y aurait une double raison de répondre à l'appel qui nous est adressé. Mais ce n'est même pas le cas. Au surplus, à quoi bon tant de paroles?... Qu'on me les pardonne. Tout le monde
l'emprunt dk la victoire 101
a senti frémir son cœur. Chacun est [)rct. Par la ruée unanime de nos foules battant les guichets, nous allons faire voir à l'Allemagne, sous cette l'orme nouvelle et non moins saisissante, la puissance inébranlable et retendue de nos résolutions.