‹ Les grandes heuresChapitre 29 sur 74 · LE TABLEAU D HONNEUR · texte numérisé non relu

LE TABLEAU D HONNEUR

lailli' ol tous les mérites, tous les exploits guerriers, de la chair, du cœur et de l'âme, dans rini-rovabie varit^té de leurs nuances, sont réduits en quelques expressions calmes et laconiques, ayant la froideur sévère des phrases destinées au marbre; et en effet elles ont revêtu déjà, pour ceux qui sont morts, la tranquillité des épitaphes.

Les classes sociales sont ici mêlées, sans distinction de grade, en un suprême rapprochement. Plus encore que dans le rang, le troupier voisine avec le chef, et le simple soldat coudoie le général. Et enfin, au-dessus de chaque citalion dessinant et sculptant la figure morale du brave, et la mettant en lumière, est présentée son image physique, la reproduction de cette face humaine qui fut la loyale enveloppe, et f l'expression de son courage, le relief de sa volonté. Grâce à ces deux signalements le portrait se complète, il obtient d'un seul coup toute sa ressemblance. On va du premier au second pour chercher et trouver la corrélation qui les unit. La physionomie explique Pacte, et le texte est justifié par la franchise des traits. Ils se traduisent l'un par l'autre avec fidélité.

Quelle émouvante galerie offre la longue suite de ces mâles visages ! Nous prenons chaque feuille nouvelle qui s'ajoute aux précédentes, et

nous en commençons Texamen dans une même ferveur. Ces modestes, ces inconnus qui mériteraient d'être célèbres, occupent aussitôt et réveillent les plus hautes de nos pensées, ils nous font respirer l'air pur de leurs sentiments. Un par un nous les abordons, possédés du désir de les connaître en cette rapide minute où trop tard ils nous passent par les yeux et l'esprit pour n'y plus jamais peut-être revenir...

Et cependant, tout en sachant bien que nous ne pouvons pas nous les rappeler, nous les rassemblons dans une application sincère, comme si nous devions les conserver inscrits dans nos souvenirs. Nous n'en laissons pas un de côté. Tous nous sollicitent, nous sont amis. Si nous avions encore notre mémoire d'enfant, nous les apprendrions par cœur. Qu'ils soient en uniforme ou en habits civils, que leur portrait date de la guerre ou d'avant, ils ont le même regard droit, le même port de tête fier et résolu. Ils semblent tous nous confirmer : « Voilà ce que j'ai fait. » Ouelques-uns ont une flamme à la prunelle, ou bien à la lèvre un sourire. Des bons garçons d'honnête peuple rient, sans la moindre gêne. Mais la plupart sont sérieux, méditatifs, comme s'ils songeaient pour toujours aux choses qu'ils ont vues...

Pour moi, quand j'ai bien fini d'observer

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