‹ Les grandes heuresChapitre 33 sur 74 · I.KS IIKIX SOLDATS i'M · texte numérisé non relu

I.KS IIKIX SOLDATS i'M

Chaiiy.y..Caiirobcrt...Mac-.Mahon...Cbarrotlo... Los zouaves du pape!... (lallii'cl... Dans quel temps vivaient-ils? Au moyen Age? Le siège de Paris... Monsieur Thiers... Tout cela remonte à Villon et sort d'une ballade Mais où sont les sièges d'antan? Heiscboffpn? Une légende de Honcevaux. Les cuirassiers ont disparu dans le brouillard du roi des Aulnes. Le cher Dérou- Icde lui-même est déjà de la veille... et sa redingote populaire a des plis i83q... Avec nos méthodes, nos armements, nos tambours, nos uniformes, nos charges de cavalerie, nous avons, du jour au lendemain, cessé de prolonger une existence contemporaine et nous devons repasser l'eau. Nous ne figurons plus que des revenants... qui ne reviennent pas... des fantômes qui s'en vont. Nous partons, nous allons disparaître... en vous cédant la place... car nous sommes de trop et nos blessures démodées, guéries, n'offrent plus d'intérêt. Un balafré de Gravelotte, un manchot de Buzenval ne sont que de vulgaires « accidents du travail » à côté des amputés tout frais de Champagne et des mutilés du front. Sans doute nous acceptons qu'il en soit ainsi, nous le trouvons beau, juste et nécessaire et nous n'avons pas d'amertume... seulement nous ne pouvons nous affranchir d'une langueur en songeant qu'on nous oubliera...

Celui de ic)i4- — - Vous oublier! .Jamais!

Celui de 1870. — Si. Malgré tout. Et l'on a

déjà commencé. Enfin, notre impuissance est là, qui nous al'llige. Nous pensons que si nous étions forts et souples comme vous, nous trimerions à vos côtés pour accomplir de grandes choses, tandis qu'elles se produiront en dehors de nous, de nos bras affaiblis et de nos vains regrets. Les heureux, vois-tu, les prédestinés, ce sont ceux des nôtres qui, assez valides pour servir encore, auront fait les deux guerres, la première el la seconde, la petite et la grande, qui auront joué la pièce d'un bout à l'autre et fourni le dénouement. Ceux-là qui pourront dire plus tard: Jai été de tout: j'ai commencé parla défaite et j'ai fini parla victoire... ceuxlà seront les rois du monde. En attendant, nous, les anciens, nous vous aimons, notre pensée vous suit, notre vieux sang ne fait qu'un tour en voyant couler le vôtre, mais au fond nous soutirons... et vous êtes si héroïques, si étonnants qu'à côté de vous nous avons l'impression de n'avoir presque rien fait, et pourtant... nous avons bien fait, je t'assure, tout ce que nous pouvions.

Celui de 1914 — Mais vous avez tout fait !... tout î... Mais oui...

Celui de 1870. — Tu dis cela.

Celui de 1914- — -l^e dis la vérité. Sans vous, serions-nous ce que nous sommes ? C'est vous qui nous avez élevés, préparés, mis au point. Nous n'avons vécu depuis notre venue au monde qu'avec vous... Notre main est encore

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toute moite d'avoir été, pendant vingt ans de conduite, pressée mystérieusement par la vôtre. C'est de vous que nous avons appris le patriotisme et riionucur... \'otre histoire a été le manuel et la théorie de notre enfance. Tout ce que nous récoltons c'est vous qui l'avez semé, planté, arrosé de votre sang et de vos larmes. Nos tranchées ne s'écartent pas de la ligne de vos sillons. C'est vous qui nous avez fait voir et toucher le premier casque à pointe et les trois coulcL^rs du premier drapeau. Ce n'est pas nous qui sommes les ouvriers de la dernière heure, c'est vous seuls, qui « réalisez », en nous et par nous, le couronnement de votre œuvre et la beauté de vos rêves. Nous ne sommes que votre résultante, les instruments de votre opiniâtre et irrésistible volonté, l'élan de vos inactions qui se dévorent, le jet de votre vengeance, admise et pardonnée... Mais vous ne savez pas juger votre propre travail, l'étendue de votre rôle, et le succès de votre sacrifice. Vous vous méconnaissez et vous calomniez. Vous serez à l'honneur... vous y serez!... autant et plus que nous, puisqu'avant nous vous étiez à la peine, et nous n'aurons fait qu'achever votre manœuvre ininterrompue. Vous êtes nos anciens, admirés, vénérés, nos chefs de file et de pensée... En combattant pour l'avenir et pour nos enfants, nous combattons aussi pour vous, pour les sublimes parents que vous avez été dans le recueillement, la détresse et l'espoir. Solidaires

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loK uns (les aulres, nous sommes unis à jamais, inséparables dans le cœur des hommes. Nous formerons les deux parties du diptyque immortel dont on ne pourra pas ouvrir et regarder un volet sans voir l'autre côté, qui le complète ol le traduit.

Nos batailles et les vôtres se mêleront, se compenseront. Les deux guerres n'en font plus qu'une qui fut suspendue par un court armistice de quarante-quatre ans, pour donner le temps d'enterrer les morts et d instruire les vivants. Et vous êtes d'une actualité magnifique, éternelle. Au lieu de reculer dans le passé, vous vous rapprochez, vous nous touchez et mordez le présent. Le bleu d'horizon fait davantage éclater le pantalon rouge et Déroulède aura sa statue à Strasbourg comme s'il avait « fait » l'Yser et le Vieil-Armand. Il les a faits. Embrasse-moi, 70...

Celui de 1870. — Embrasse-moi, la Marne.

Celui de 1914- — A la bonne heure! A nous deux, tels quels, soldats d'hier et d'aujourd'hui, on pst les vainqueurs de demain...

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