I.A VIE IM'KRrEURE
en se repliant, s'ai^enouillcr devant les véritables grandeurs et Tunique souveraineté, oublier pour apprendre, s'évader du réel pour gagner le vrai, se détacher des choses, ou s'y rattacher difleremment et mieux, par d'autres endroits et d'autres liens : considérer les lails, leurs péripéties, leurs causes et leurs résultats sous un point de vue révélateur dont la justesse à la t'ois éclaire, surprend et persuade. Et c'est aussi s'interroger pour être forcé de se répondre, se poser les seules questions dont l'embarras est lumineux, repasser ses secrets, se faire des confidences, des promesses et des serments, se raconter ce qu'on sait... mais ailleurs, et avec une voix changée, se regarder en face et en dedans, se voir tel que l'on est, enfin, l'àme grelottante et nue, et se mesurer, se toiser, se juger pour s'absoudre, ou avec plus de profit se condamner... Telles sont les opérations, les fonctions principales de la vie prodigieuse et magni-' fique appelée : intérieure; la vraie vie en somme quand elle est vécue et dirigée comme il faut, et qui lait comprendre que l'autre, la vie de chair et d'os et de turbulence extérieure, n'est qu'un songe, un rêve animé. Ces deux vies, notez-le, s'accommodent très bien et ne se nuisent pas. Au contraire. Pendant que la pensée reste chez elle enfermée, « n'y étant pour personne », le corps à coté fait le ménage, et se remue, comme un bon domestique.
Maintenant, pourquoi s'aftecter avec prédi-
Icction à cette vie intérieure ? et à quoi sert-elle ? N'est-ce qu'une occasion d'agrément passager? de jouissance transcendante et spéculative?
Non. Elle sert à procurer la paix générale, à i-égler loute la machine. Elle aide à fournir — autant qu'il se peut — le sens et la raison de l'inexplicable, à résoudre les problèmes posés par ailleurs, sans parler de ceux plus ardus et essentiels qu'elle seule soulève parce qu'elle est seule capable d'en apporter la solution difficile. Elle sert à se débrouiller, à s'élucider, à se ressaisir et se reformer, à se ramasser et à se reconstituer, à se cristalliser et se précipiter comme en une cornue magique pour s'enrichir d'atomes nouveaux ou de sels plus mordants. Il s'agit d'obtenir, grâce à elle, le calme eU'équilibredu dedans pour demeurer maître au dehors, car tout se tient. Il n'y a pas une surface et un fond, étrangers l'un à l'autre, et tiiant chacun comme il leur plaît. La vague est solidaire de l'abîme qui par en dessous la prépare et la lance... Pas de fumée sans feu, de lave sans cratère. Ou'elle éclate aux sommets du firmament ou au ras des flots, la tempête arrive toujours des entrailles d'une profondeur, aquatique ou céleste, comme la haine vient toujours de loin, des souterrains de la distance.
Pour se bien battre et se posséder, le combattant a besoin de déboucher du fond de luimême, et d'accourir de son lointain, de ne rien laisser derrière lui qui le gène ou l'obsède; et