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LA VIE INTERIEURE

c'est pourquoi plus qu'à tout autre la vie intérieure, avec ses préparations à celle du dehors, lui est rigoureusement nécessaire.

Cette idée d'une « vie intérieure » menée par le soldat au milieu de la fièvre, du tumulte et du fracas dans lesquels il s'agite à toute heure fera je le sais, sourire quelques-uns qui diront : Elle est impossible! Le voudrait-on qu'on n'en aurait ni le temps, ni la force et la liberté d'esprit! » Et cependant, malgré l'invraisemblable des apparences, c'est là, aux armées, dans le déchaînement et la continuité de ce cyclone de fer et de feu, dans cette obligation physique oi^i sont toutes les facultés d'être tendues du dedans au dehors, dans ce surmenage des sens qui ne connaît pas de relève, oui c'est là que se pratiquent le mieux, avec la perfection la plus régulière, et presque monastique, les exercices de la vie spirituelle, les règles du recueillement.

Pas le temps? Oh! Reportons-nous, je vous en prie, aux jours si gonflés de vide et si vite dévorés de notre existence ordinaire, où le tourbillon des intérêts, des ambitions, des plaisirs, des soucis, nous entraîne dans un vertige que le repos ne suspend même pas ! De quoi a-t-on le temps ? Ni de rester chez soi ni d'y rentrer quand on en est sorti... Comment alors aurait-on celui de pénétrer en soi, dans l'autre logis, toujours clos, qui ne prend jamais l'air — même quand nous sommes dans la rue — où s'amasse la poussière de l'indifférence, où se tissent les

toiles d'araignée de l'abandon, de Tobscurité? Non, en vérité, bien peu de gens, au cours de leur danse de Saint-Guy quotidienne, ont du temps de reste pour la vie intérieure. Observez le petit nombre de ceux qui savent le trouver, et surtout qui veulent le prendre! Les oisifs, plus débordés encore que les laborieux, n'ont pas une minute de vacances, exténués de ne rien faire .

Et la force, la liberté d'esprit, sont aussi ce qui nous fait le plus défaut dans le torrent habituel, parceque notre force est émiettée, brisée, usée et ralentie par les milliers de choses, disparates et souvent inutiles, auxquelles nous nous croyons contraints de l'appliquera la fois et au môme degré, et que pareillement dans ce tohu-bohu de passions, presque toujours terribles et contraires, qui se disputent et revendiquent chacune pour elle la totalité de notre esprit, celui-ci perd forcément sa clairvoyance et sa liberté.

Pour peu que l'on regarde de plus près on s'aperçoit alors que V homme armé, le même que celui d'avant, mais posté maintenant à la suprême défense de son pays, et qui était incapable autrefois de vie intérieure, se montre désormais dans les plus puissantes dispositions pour s'y livrer et s'y plaire. C'est aujourd'hui

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