LK CRI ET LES LARMES DES CHOSES
et rapprochée du ciel où elle s'agite comme si chacun de ces balancements n'était qu'une aspiration à y monter, mais nous ne l'apercevons pas, ou mal. C'est une majesté lointaine. Aussi sommes-nous étonnés et saisis quand, par hasard, il nous arrive d'en rencontrer une à terre, à notre niveau, à notre pauvre petite hauteur. La moins grande nous paraît énorme. Au ras du sol, à portée de la main, elle prend un aspect de déchéance et de captivité. Nous n'effleurons sa robe de métal qu'avec une déférence timide, et nous sommes gênés que, si voisine de l'homme, elle ne soit pas à sa place. Pensez alors à la force que ce sentiment, déjà si vif quand il ne s'agit que d'une cloche anonyme et privée d'histoire, atteint devant celle qui, même muette et sans qu'on la dérange, fait retentir, rien que par sa présence, le glas profond de Garency ! C'est elle, en personne! La cloche de ce village dont le nom, par des millions et des millions d'ondes toujours plus loin propagées, s'est répandu dans l'univers. La voilà là... avec ses petites et ses grandes sonneries, ses angélus et ses tocsins, tout son répertoire de paix et de guerre enfermé, silencieux et recueilli sous sa jupe de bronze et que seule la victoire, en tirant un jour sur ses cordes, réveillera... En attendant, on peut obtenir d'elle un murmure qui prend pourtant la voix d'une clameur, et lui faire dire un grand mot d'une minute, qui semble une pro[*hétie ou une ré-
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ponse... Dès que le battant la heurte elle parle, elle s'exprime. Le vaste et magnifique son, clair et noir à la fois, aux gravités d'argent, plein de soleil, de brume, d'aube, de nuit, de calme et de rafales, coule et déborde en nappes, qui s'étendent à l'infini, au delà de nous, de notre plus rapide et plus longue pensée. Il est si noble et si beau, ce son religieux aux vibrations d'héroïsme et de gloire, qu'il décore à riustant l'espace et distribue des honneurs à tout ce qui l'entoure. On l'écoute en fermant les yeux pour mieux voir le paysage deCarency, qu'il évoque et restitue, dont il est l'àme ilottante et universelle. On se dit : fy suis. C'est cela même (.[m'Us ont entendu !... C'est ce même son qui « donnait », que charriait le vent pendant les fameuses journées ! Il a été de l'office et de la grand'messe en bataille, ce son national, on n'a pas pu le voler, ni l'abîmer, ni le changer, il nous appartient toujours, et, chaque fois qu'on le sollicite, il nous commande et nous oblige, car il sait que la cloche a le même appel pressant que celui du canon. Le métal de l'un peut servir à l'autre et leurs deux bronzes ont la même âme. »
La seconde vision, qui dépasse toutes les autres en douloureuse et tragique beauté, est celle du crucifix de Revigny.
Quand on se trouve brusquement en face de cette grande croix à demi carbonisée, et dressée debout, à présent vide et dépouillée de Celui