LES VOLONTAIRES
sirojilie c\ volé au-devant du malheur... Tons les sui>lfM'fi.iL!;es, toutes les ruses, tous les pièges do l'amour et de la tendresse, les raisonnements el les scènes, le calme et la colère, ont donné, tour à tour... et rien n'y a fait... rien!... Les hommes qui voulaicîit sont restés sur leur position, maîtres de l'idée. Ah! bouleversés... oui !... navrés, ravagés de chagrin... mais inébranlables. Cent fois, plus encore, ils ont, sous l'orage, ouvert et laissé retomber leurs bras en signe d'inulililé... pour tâcher de faire entendre par là qu'ils étaient forcés, qu'ils ne pouvaient se tuer eux-mêmes, se suicider dans leur honneur... Et, quand on a vu que tous les assauts et toutes les vagues n'avaient pas gagné un pouce de terrain... il a bien fallu qu'à bout do forces, dépensée, on les laissât partir... \Lï ils sont partis!... victorieux souvent des derniers spasmes d'une tendresse anéantie et résignée... et souvent aussi persécutés par l'obsession de ces luttes pathétiques... les oreilles et l'âme comme fêlées au choc des cris d'enfants et des accents de femme... qui jusqu'à leur dernier soupir les meurtriront, les déchireront... Mais ils sont partis.
Croyez-vous qu'alors ils aient, enfin, trouvé lo chemin libre ? Allons donc ! Ne savez-vous pas qu'il suffit au mérite et au désintéressement de s'offrir pour s'exposer au refus et le provoquer? Avez-vous songé aux démarches, aux pas, aux promenades, aux renvois et aux attentes
dans les antichambres de ministères, aux escaliers montés et descendus, aux plaidoyers éloquents devant des fonctionnaires qui tenaient des porte-plumes, aux protestations jetées à des majors qui disaient en hochant la tête : « Vous ne pourrez pas !.. », aux visites médicales : « Respirez ! Toussez! Pliez ! », aux lettres qu'il a fallu écrire, aux pièces que Ton a dû se procurer, à la patience inouïe dont il a été salutaire de secuii'asserpour supportei' la mauvaise grâce, les rebuffades, Tinertie, les étonnements, les sourires... à la chaleur ardenteet continuelle enfin que toute cette glace a réclamée avant de tondre... ?
Puis, quand le oui si ardemment désiré a été arraché, ils ont été heureux, certes, de leur victoire. Mais que de peines encore et de travaux pour ceux qui ne démordaient pas de se battre et d'arriver jusqu'à la première ligne du feu ! Et une fois là, il s'est agi, en manière de couronnement, de gagner l'estime, la considération, le respect, atin d'être traité d'égal à égal. Pour plus d'un camarade expert et jaloux, ces nouveaux venus, en effet, ces volontaires avantageux à qui on n'avait rien demandé et qui néanmoins voulaient en tûter à tout prix, étaient un peu suspects et encombrants. .. « Ah çà? Prétendaient-ils épater le voisin? Eh bien, on les guettait, on allait les voir au pied du mur, et sur le tas... »
On les a vus. Pour « se justifier » et donner
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à leur titre de volontaires toute son élégance, ils ont demandé les missions délicates, fait les gestes sacramentels, ils se sont exposés. otTerts : tout le temps, dans le détail, ils ont continué de s'engager, à fond, et jusqu'à la mort. Les colonnes du tableau d'honneur sont pleines de leurs exploits. Ils n'éclipsent pas les autres, c'est entendu... Mais s'ils se valent tous dans la bataille « à l'arrivée », du moins pour les engagés « le départ » a-t-il été plus joli, plus voulu, d'une promptitude plus personnelle... On ne peut pas leur ôter ça.
Si la médaille conimémorative de la guerre est créée, c'est en bonne justice à eux qu'il faudra la donner d^abord. Puisqu'ils ont mis tant de hâte à servir, on les servira en premier.