LE RAIM'RDCIIEMENT DES CLASSES
sanls à garantir de la grenade et de l'obus. Plus de distinctions exlérieures. Tout le monde a le même uniforme, brasse la même boue, mange le singe et boit le jus. On a froid, on a faim, on soutire, on est blessé, on tombe et on expire, tous à peu près de la même manière, sans ditîérence d'après le nom ou la fortune, avec la même chaîne au poignet. « Le dirigeant » , le rentier découvre l'ouvrier qui lui faisait peur et dont la rudesse le choquait, et l'anarchiste, au lieu de rêver « la peau du bourgeois », la défend comme si c'était la sienne. On s'aperçoit, un peu tard, que les hommes, d'où qu'ils viennent et où qu'ils aillent, sont tous des « semblables » ni plus ni moins, dans la vraie acception du terme, et qu'avec des désirs, des espoirs et des passions contraires, ils ont par en dessous, quand on creuse jusque-là, un même fonds de sagesse, de raison, de justice et de sensibilité.
La guerre aura donc, en les enrôlant et en les amalgamant, rapproché les classes, ou plutôt les membres des différentes catégories sociales émiettées. Cette réunion particulière, cette liaison nouvelle des individus signifie-t-elle que plus tard les groupes antérieurs reconstitués, pratiqueront pendant la paix l'entente cordiale observée dans la tempête ? Evidemment et malheureusement non. Les classes désagrégées et confondues aujourd'hui, se rallieront, se reformeront, perdant chacune l'avantage qui résultait de leur mélange et de leur fréquentation
quotidienne. Elles s'oublieront un peu, se voyant moins. Elles retrouveront leurs vieilles raisons d'èlre, et leur folie de vouloir souvent les unes et les autres l'impossible. N'ayant plus d'ennemi commun — ou croj^ant ne plus en avoir, car il existera toujours — elles reprendront position entre elles et continueront leur autre t^uerre d'idées, d'opinions, d'intérêts, de malentendus éternels. Mais du moins nous croyons sincèrement que, de part et d'autre, dans tous les rangs de ce qui fut la magnifique et fraternelle armée française, les soldats licenciés, et retournés à la ville et au village, dans leurs foyers, dans leurs faubourgs, dans leur usine, à leur métier, quel qu'il soit, et ceux aussi qui seront rentrés dans le bien-être souvent immérité de leur existence, tous, sans exception, auront gardé de cette amitié si belle, si forte et si douce des sombres jours, un tel souvenir, une telle élévation, que leur conception même de la vie, de ses exigences et de ses nécessités, de ses rigueurs, de ses inévitables tristesses, en sera modifiée, remuée, plus sage, moins féroce, et que les cœurs labourés en resteront attendris à jamais...
11 suffira, dans les heures hargneuses, d'évoquer le passé d'un mot, d'un certain regard, de dire : « Rappelle-toi la guerre qu'on a faite ensemble, si amis!... si unis!... l'un tout contre l'autre!... à tout partager! » pour qu'aussitôt les bras menaçants retombent, que la main vide du déshérité, renonçant à prendre, se ferme, et
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que celle du fortuné, qui se dérobait, s'ouvre toute grande... afin de donner. Oui, j'en ai l'espoir, il y aura quelque chose de changé dans les rapports des classes. <Juoi qu'il doive advevir, Ui connalssdnce a été faite, dans la douleur. Ola ne peut pas s'etîacer.