L'UNITÉ
G Janvier 1917.
L'année qui commence, décisive, nous l'espérons, quant à la conduite et à l'issue de la guerre, sera l'année de l'Unité. Elle ne remplira le rôle attendu par la raison, la logique et la nécessité vitale que si elle crée de toutes pièces et maintient ferme jusqu'au bout cette méthode toujours vainement réclamée, mal cherchée, et jamais obtenue.
L'étendue même et l'abondance de nos ressources exigent l'unité. Sans elle nos immenses moyens, bien que très supérieurs à ceux de l'ennemi, nous mettent vis-à-vis de lui dans une situation inférieure, parce que lui, de toutes ses forces n'en a fait qu'une, tandis que nous, les Alliés, de la nôtre nous en avons fait trentesix qui, disséminées de tous les côtés, ne pèsent suffisamment nulle part.
L'unité doit être générale et continuelle, présider aux pensées et aux actes.
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Il faut qu'il y ait unité de préparation et de réalisation; unité de desseins, de vue, d'efforts et de déchaînement; unité de travail et de direction ; unité de commandement et unité d'obéissance ; unité de défensive et unité d'offensive ; unité de patience et unité de choc ; unité d'esprit et de cœur ; unité de buts successifs, — concourant tous au but final : la victoire entière; et cette victoire-là, celle de la fermeture et du couronnement, ne sera concevable que si l'on commence par remporter dabord la première et la plus difficile de toutes : la victoire de l'Unité. *
Le manque d'unité coûte non seulement de l'argent, mais du sang, tandis que si on a l'énergie de la vouloir, on ménagera les deux.
J'entends bien que lagrande unité. « de front et d'action », telle que M. Briand l'a ramassée dans une formule engageante, ne saurait arriver à être absolue au sens le plus étroit du mot, et à fonctionner avec une rigueur mécanique, mais du moins devons-nous tout faire pour nous en approcher jusqu'à la limite du possible. Or, nous en sommes encore loin.
On peut malgré tout, pourvu qu'une ferme résolution vous anime, produire cependant de l'unité... à plusieurs. Dans le mariage, oii l'on se met à deux justement pour ne faire qu'un,
on y atteint quelquefois, et superlativeinent, par cette expression catégorique et ce résumé qui s'appellent : l'enfant. Ainsi, puisqu'il est souvent moins commode de s'accorder à deux qu'à dix, ne sera-t-il pas impraticable à un certain nombre, groupé dans cette pensée commune, de coordonner de Funité, pratique et allante.
De cette façon, l'unité totale, assez délicate à réussir et à maintenir entre les personnes, trouvera plus aisément à se fixer dans leur conception d'ensemble, dans le plan formé entre elles et devenu le fruit de leurs entrailles, le rejeton de leur pensée. Et celui-ci, qui tiendra de tous, pourtant ne fera qu'un. Comme un père et une mère projettent leur double et différente ressemblance sur le visage de l'enfant, tous ceux qui auront établi le grand Dessein y reconnaitront leurs traits respectifs et aucun ne pourra, néanmoins, en revendiquer ni en assumer l'exclusive détermination,
Cette unité, seule maîtresse du salut, ne se fera que par Viuiion, c'est-à-dire par tous les genres d'unions particulières se commandant entre elles, et résultant les unes des autres pour réaliser l'harmonie générale. Avant de se préoccuper de l'union d'en haut, des têtes, des capacités et des états-majors de toutes sortes, on devra s'assurer dans chaque pays, d'effectuer au-dessous une meilleure entente des corps sociaux, des milieux, des difïérents ordres