‹ Les grandes heuresChapitre 66 sur 74 · LA DECISION DES AILES · texte numérisé non relu

LA DECISION DES AILES

ils accomplissent couramment des choses qui dépassent tout ce qu'il était possible d'oser rêver. Evidemment, on ne prévoyait pas la tranchée, la guerre de taupe, les menées souterraines, les fourmilières d'hommes s'enfouissant dans le sol et y creusant le dédale infini de leurs boyaux, mais du moins cela, si on l'avait prévu, n'eùt-il pas paru entièrement invraisemblable et contraire au bon sens... Après tout, et malgré l'incrédulité, c'était admissible et ne heurtait pas la raison... Tandis qu'établira l'avance un programme de la guerre d'en haut comportant un repérage infatigable et universel, des factions et des tenues aériennes pendant de longues heures, des croisières de jour et de nuit, des allées et des retours de centaines de lieues, des expéditions d'aigles et des manèges d'éperviers, Munich, Essen et Berlin piqués au passage comme d'un coup de bec, et les étendues aussi aisément avalées que par l'hirondelle, et les* plus fîères montagnes humiliées, les Alpes franchies à 4-000 mètres, ainsi qu'à pieds joints l'enfant saute un pâté de sable... et les mêmes gerfauts, accompagnant à l'heure de l'attaque les terriens lancés en avant hors des fosses, les escortant, les protégeant, et faisant, par-dessus leur tête, pleuvoir sur l'ennemi la mitraille, exposés ainsi au feu croisé des deux armées en lutte et se jouant néanmoins de cette double averse qui sonne sur leurs ailes de fer... vraiment, à supposer cela, on eût passé pour fou,

bien qu'on eût fait cependant œuvre de pénétration, de sagesse opportune, de prévoyance illuminée.

Aujourd'hui que ces rêves ont pris corps, sont devenus vivants, il ne doit plus nous suffire de le constater dans une extase d'orgueil. Il faut réclamer davantage et toujours plus de l'aviation. L'impossible est par excellence son champ. Continuons à lui demander de l'étendre. Que nos oiseaux de guerre, augmentant de nombre, de force et de vitesse, envahissent l'espace et l'occupent. Quils forment des nuées, et qu'il en vienne de partout, pour aller partout. Que plus rien ne leur échappe. Qu'ils signalent, foncent, poursuivent, frappent. Qu'ils soient la grande et dernière épouvante de l'ennemi, la réponse française par excellence à la guerre sous-marine, son argument décisif, la foudre pensante, le canon aîlé, l'arme impitoyable et vengeresse capable de donner la victoire et d'imposer la paix...

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