LE COMMENCEMENT DE LA FIN
iO février 1011.
Dés l'aube de 1917, soldats et non combattants, nous avons tous eu soudainement Timpression que l'année nouvelle, le troisième acte du drame, pourrait bien en être le dernier.
Chacun a reçu en soi, comme par une télégraphie sans fil, la confidence que cette année 1917 était décisive, qu'elle serait glorieuse — et terrible aussi — entre toutes et verrait probablement se résoudre, avant même de s'achever, la question capitale. Sentiment précieux, utile et nécessaire qui, passant du simple espoir à un grade supérieur, s'est tout d'un coup, presque du jour au lendemain, dégagé de la brume de nos pensées, dessiné et imposé à notre réiiexion avec une irrésistible évidence.
Sans doute mille raisons matérielles, de pratique et de fait, d'une puissance et d'un éclat rigoureux, fixaient en nous une telle opinion ;
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m;us, ce qui vaulbicii mieux, celle-ci trouvaitsurlouL sa cause et sa solidité dans une assurance morale qui ne s'était jamais affirmée encore d'une façon aussi précise, aussi déterminante.
D'où viennent ces étranges et opportunes certitudes? On croit l'expliquer sans peine, et pourtant on n'en sait rien. C'est le mystère des avertissements suprêmes, l'élucubration profonde et merveilleuse, la mise en train rationnelle et instructive des éléments et des atomes, des forces et des instincts, le mécanisme, subi et cependant ignoré, des états d'esprit et d'âme, de leur marche, de leur progrès et de leur contagion. Le travail s'accomplit, sourdement, et se révèle à l'heure précise où il le doit.
Nous sommes à cette heure.
Depuis plusieurs semaines, tout a contribué à nous ancrer dans l'idée de plus en plus claire que nous approchons du but, môme si nous ne l'apercevons pas encore. Tout nous fait signe et nous garantit qu'il n'est plus loin, que nous allons bientôt y toucher et que nous serons entraînés vers lui plus vite et plus violemment peut-être que nous ne le soupçonnions. Ces perspectives, quoiqu'elles ne nous éliraient pas, nous émeuvent cependant. Rien n'est plus naturel. Notre confiance, accrue et raffermie, entre néamoins dans une fièvre permise et dont on peut même dire qu'elle est bienfaisante. L'oiïensive est dans l'air; et, mieux encore que
dans les mots brefs prononcés à voix basse, clic est dans les regards, les sous-cntendus et le silence. Sur les fronts, dans les attitudes, sous l'indifférence apparente des propos, perce plus aiguë que jamais — pourquoi ne pas l'avouer? — une anxiété réelle, à bout de calme et de patience, et lasse par moments de se contenir et de s'étouffer depuis tant de mois.
Mais, à côté de cette noble angoisse si légitime qu'elle aurait honte de prétendre se dissimuler, rayonne un véritable soulagement de savoir, de posséder une sûreté, de n'être plus dans d'impénétrables brouillards, de penser que l'avenir, celui-là qui nous intéresse, le nôtre, et qui de saison en saison reculait, cesse enfin de battre en retraite et qu'on va l'aborder, le relenir et le réaliser. Nous vivons les palpitantes impressions de la Veille, et de quelle Veille ! Celle du plus grand jour peut-être de notre histoire ! Partout et de toutes les façons l'on se prépare pour être prêt. Les difficultés, croissantes et enchevêtrées, ne comptent plus, ne frappent plus ; on les traverse au prix de sacrifices nombreux et aussitôt acceptés, maison en vient à bout quand même. Pour que les grands fourneaux de l'usine de guerre ne manquent pas de combustible, les petits foyers s'en privent. Chacun fait la part du froid. C'est un mouvement et une coordination de toutes les activités redoublées. La stoïque résignation d'hier a produit un nouvel entrain plus éner-