LE COMMENCEMENT DE I.\ FIN
iijicjuc et plus lucide. Juscju'à présent on attendait ; maintenant on est tendu, et non point dans le vide et l'inconnu, mais tendu vers le terme et le but. L'arc éternellement bandé sent tout à coup se poser à sa corde la llèche qui déjà frémit du départ immédiat. Le trait n'ignore plus sa direction, il connaît sa cible prochaine : la victoire.
Ah ! celte victoire ! celle-là!... Qui de nous n"a la perception douloureuse et grave de ce qu'elle coûtera? On en sait à l'avance, hélas! le prix de revient. La guerre moderne, industrielle, savante, exacte, rompue sur ses quatre règles, basée sur d'implacables réalités, établit ses calculs avec une méthode acquise par l'expérience. En regard de chaque opération, du simple coup de main à l'attaque de grand style, elle peut, sans se tromper, prédire le chiffre de la dépense et de la perte, en argent... et en hommes... Effrayantes mathématiques ! Mais le gain, le gain vital, est d'une si urgente et si haute nécessité qu'il prime tout ; il fait mieux que d'autoriser ces lourdes et afïreuses évaluations, ils les prescrit, il les commande, car l'avenir du pays est en jeu, et]pour assurer cet avenir, pour le tranquilliser, tous les sacrifices du présent, si durs qu'ils soient, semblent justes et raisonnables. La France n'en est plus à marchander son devoir et son droit d'être, de durer et de vivre à son rang, un des premiers du monde. Aussi, quand arrive enfin le moment,
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qui presse et ne peut plus se différer, de le reprendre et de le garder à jamais, ce rang magnilique de tous nos passés perdu dans le guetapeiis de 1S70, c'est presque avec reconnaissgince que, malgré la tristesse et la solennité de ces lieures de sang, on le voit venir, et d'une àme légère on court à sa rencontre... La mort n'est plus une formalité banale, pénible et vaine, dont le fond nous échappe ; elle prend un sens, une signification lumineuse et indicatrice, elle se transfigure, elle devient la clause d'un pacte et d'un contrat sacré, la rançon de la vie française future. Chaque soldai, résolu à se priver de la période d'existence qui lui était accordée, possède la certitude, en tombant, de fournir à son pays dix fois ce qu'il renonce. Il sait, quand il abandonne tout son avoir de trente, de quarante ans, qu'il apporte des siècles à la masse commune. Il ne meurt pas pour rien. Le plus ])auvre a la révélation des richesses qu'il lègue, il connaît la grandeur et la beauté de l'héritage qu'il accroît.
On observe bien aussi chez l'ennemi une recrudescence de force combative ; mais, tandis que notre énergie renouvelée est celle de la confiance et du bon droit, l'énergie mauvaise de l'Allemand est celle de la fatigue, du désespoir et de la honte. 11 est le ^eul acculé. Et voici