DEPUIS GUE LES ÉTATS-UMS
n février 1917 .
Au milieu de la satisfaction générale qu'a causée la décision récente du président Wilson. nous entendons certaines personnes déplorer que cet acte expressif s'accomplisse si tard.
Elles ont tort. Il ne faut rien regretter. L'événement, même s'il a été longtemps souhaité par de légitimes impatiences, n'en est pas moins, avec une exactitude historique, arrivé à son heure. Cet apparent retard lui donne au contraire le sens et la portée qui lui auraient fait défaut s'il s'était produit auparavant, c'est-àdire trop tôt.
II y a dans toutes les grandes circonstances une période de recueillement et d'enquête méditée qui s'impose. La résolution qui semble la plus prompte a souvent eu et voulu avoir, pour mieux se fortifier, des stages de lenteur. Un fruit n'est pas mûr en un jour. De cette len-
•teur scrupuleuse et de cette prudence des Etats- Unis à s'engager dans les voies difficiles qui devaient nous réunir, la France et ses Alliés reçoivent tout à coup le bénéfice inespéré et décuplé. Pour qu'une participation soit bonne et un concours efficace, la première chose qui importe c'est qu'ils soient offerts et non demandés, donnés librement et non arrachés ou soustraits. Autrement ils ne profitent à personne, ni à celui dont l'adhésion a été travaillée et surprise, ni à celui qu'une hâte maladroite prive ensuite de la plupart des avantages qu'il escomptait.
Les Etats-Unis sont aujourd'hui d'autant plus à l'aise pour se livrer en pleine franchise à leur irrévocable parti, qu'ils s'y sont d'abord tout doucement acheminés, peu à peu, presque même à leur insu, en tout cas en dehors de nous. Indépendamment de l'amitié et de la reconnaissance que nous ne pouvions manquer de leur témoigner depuis le début de la guerre pour les innombrables et touchantes preuves de bonté, de charité qu'il nous prodiguaient, notre discrétion politique fut en effet vis-à-vis d'eux complète. Ils apprécièrent hautement cette réserve; et, quoique peu expansifs à le l montrer et à le dire, ils nous en savaient cependant beaucoup de gré. Nous ne les avons pas gênés, compromis ou pressés. Beaucoup de gens, d'excellente intention, nous reprochaient parfois l'insuffisance et la mollesse de notre
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l)ropagande et nous prêchaient une activité combalive, — a Nous laissions là-bas, comme toujours, disaient-il, les Allemands maîtres de l'opinion dont ils s'emparaient, sans la moindre résistance de notre part, et cette opinion, remuée, faussée, se tournait contre nous... » Il n'en était rien. Plus d'un Américain, aussi bien (lu Nord que du Sutl, recevant nos compatriotes en mission, se faisait un plaisir de leur montrer avec un gai dédain, empilées dans des bas d'armoires ou au fond des cofTres, parmi les paperasses de rebut, les milliers de brochures dont les inondait l'Organisation teutonne. « Nous ne les ouvrons jamais... Nous n'en lisons même pas le titre... » Ainsi quotidiennement excédés de ce côté et rassurés du nôtre, les citoyens du grand et libre pays eurent-ils, pendant ces trente mois passés, tout le loisir de se faire chacun une conviction solide et personnelle, qui était la même... Édifiés désormais et voyant clair dans leur jeu dont nous avions évité de nous mêler, ils se sont, au moment précis, trouvés du jour au lendemain prêts à tout, bien au delà de ce qu'ils avaient pu craindre et supposer, et ils ont avec fermeté franchi le pas.
Ce qui ofiFre une signification frappante, c'est la promptitude d'intransigeance succédant chez M. \\ ilson aux atermoiements qui semblaient sa méthode. 11 nous montre parla toute la profondeur et la souplesse d'un génie gouvernemental qui sait se plier à la circonstance et
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s'adapter à la nécessité. Pouvait-il d'ailleurs, quand on y réfléchit bien, en être autrement ? Sans doute nous n'avions pas tort d'appréhender quelquefois que la mentalité de ce puissant peuple et de son chef ne se troublât dans la situation compliquée, inattendue et redoutable où la guerre des nations l'enfonçait pour ainsi dire malgré elle; mais cependant, le dirai-je? pour ma part je ne lus, avec beaucoup d'esprits aussi confiants, jamais sérieusement inquiet sur la tournure et l'issue de la question. Le président, quoiqu'on l'ait souvent insinué, n'avait j aucune [iréférence, secrète ou avouée, pour rAlIemagne. L'aurait-il eue que, dans la rigueur de sa probité, il se fût appliqué à la combattre. Sa nature et son goût le portaient plutôt vers l'Angleterre, et c'est justement encore pour ce désir et cette volonté d'être à tout prix impartial, qu'il eut le courage de résister aux moindres mouvements d'une sj'mpathie individuelle et qu'il donna plutôt quelquefois l'impression d'une certaine roideur vis-à-vis de la Grande-Bretagne. Aujourd'hui tout s'explique, et la réciprocité des sentiments est limpide. Le caractère loyal et généreux de l'Américain devait tôt ou tard fraterniser sans restriction avec celui des Alliés. A travers tous les obstacles, son ardent amour de la justice et du droit, son horreur de la fourberie et des ruses barbares, le conduisaient vers nous, et il ne s'est senti véritablement dans sa voie qu'en entrant dans la nôtre. A présent il est fixé.