PÊCHE A L'HIRONDELLE AQUATIQUE
Sur le lac Pallajervi, en Laponie, lac fertile en poissons, et fréquenté par les pêcheurs durant le court été polaire , une association volontaire et libre, en vue des travaux et des profits de la pèche, existe entre l'homme et un oiseau, le sterne, nommé aussi hirondelle de mer et hirondelle aquatique.
Ses longues ailes pointues, qui se croisent au repos, sa queue fourchue, ses pieds très-courts, son vol rapide et soutenu, l'ont fait comparera l'hirondelle, dont il diffère, d'ailleurs, sous beaucoup de rapports. Tandis que celle-ci est un passereau, l'autre est un palmipède voisin du pétrel,
LES AUXILIAIRES i)E LA PÊCHE. • il5
de Talbatros et de la mouette. Cependant ses pieds sont peu palmés et il ne nage guère plus que Fhirondelle ne marche ; comme celle-ci, il vole sans cesse, poussant de grands cris, happant au passage poissons et mollusques à la surface de Teau, insectes dans l'air. Oiseau sociable d'ailleurs, ce qui est un autre trait de ressemblance avec Thirondelle. Des bandes nombreuses se réunissent dans un même lieu pour y nicher, et souvent leurs nids sont si rapprochés les uns des autres, que les couveuses se touchent. 11 yen aune espèce commune sur nos côtes et dans le voisinage de nos eaux douces.
Bevenons au lac Pallajervi. Une île s'y trouve, Kintasari, où, en été, les pêcheurs établissent leurs huttes formées de branches d'arbres, qu'ils recouvrent de vase bientôt desséchée. Tous les jours, de grand matin, à la même heure, les hirondelles aquatiques sillonnent l'air, s'assemblent autour des huttes, çt par leurs cris avertissent les pêcheurs qu'il est temps de commencer la journée''.
A peine ceux-ci ont-ils détaché les canots , que les oiseaux prennent les devants. Ils vont à la recherche du poisson. Les rameurs règlent leurs mouvements sur ceux de la nuée vivante. Quand elle s'arrête quelque part, quand redoublent les cris continuels qui en partent, quand quelques
oiseaux s'en détachent, rasant d'un vol rapide la surface de Teau, le pêcheur est assuré qu'à l'endroit au-dessus duquel la bande ailée plane et sur lequel elle appelle son attention, les poissons se sont rassemblés. Il se hâte vers ce point, y jette ses filets, aussitôt remplis. Les oiseaux reçoivent alors la part à laquelle ils ont droit, et tout poisson jeté en l'air est immédiatement saisi au vol. Ils viennent d'ailleurs se la faire eux-mêmes jusque dans les canots, et même aident aux pêcheurs à désemplir leurs filets. Puis on repart, les hirondelles quêtant, les canots suivant, et un peu plus loin on recommence. Le soir venu, hommes et volatiles reviennent ensemble au rivage , d'où ils sont partis ensemble le matin, et les oiseaux achèvent de nettoyer les canots amarrés.
Un naturaliste voyageur, assistant à ces aimables spectacles, voulut tirer quelques hirondelles aquatiques, afin de les examiner de près. Les pêcheurs s'en montrèrent affligés, et comme ils exprimèrent la crainte que le bruit des armes à feu éloignai pour longtemps des rives du lac leurs chers el utiles associés , notre naturaliste , pour satisfaire sa curiosité sans compromettre les intérêts de ses hôtes, s'avisa d'un stratagème. Ayant caché un hameçon dans la tête d'un poisson jeté au milieu des sternes, il espérait prendre un de ceux-ci à la ligne. Plusieurs en effet mordirent à l'appât, mais
aussitôt avertis du piège par la résistance du fil attaché à rhameçon, ils abandonnèrent cette proie perfide aussi vite qu'ils l'avaient saisie, et le voyageur en fut pour sa peine.
Pêche aux hirondelles de mer.
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Le maquereau.
Corps lisse, allongé, recouvert d'écaillés excessivement petites ; le dos d'un beau bleu métallique et rayé de noir, le dessus de la tête bleu et tacheté également de noir, le reste du corps d'un blanc argenté ou nacré ; les nageoires dorsales séparées : à ce signalement, chacun a reconnu un poisson dont la chair est très-justement estimée.
Au moral, c'est un animal très- courageux, qui souvent s'attaque à des poissons bien plus forts que lui, et même à l'homme. Pontoppidan rapporte
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qu'en Norwége, un matelot qui se baignait disparut tout à coup, emporté par des maquereaux ; lorsqu'on le repêcha , quelques minutes après , il était en grande partie dévoré. Leur courage est en proportion de leur voracité, ce qui n'arrive pas toujours. Les petites espèces de leur classe, leurs plus proches parents, par conséquent, sont en danger de mort dans le voisinage des maquereaux. Au besoin, ceux-ci se rejettent sur les chairs en putréfaction. Bloch s'est laissé dire que les corps de marins noyés, et en partie décomposés , recelaient, dans leur intérieur, des maquereaux qui y mangeaient à même. Tel de nous, croyant manger du maquereau, a donc pu pratiquer, sans le savoir, une sorte d'anthropophagie de seconde main.
On les trouve dans presque toutes les mers, en quantités innombrables, allant par bandes. Ils passent l'hiver dans la mer Glaciale, la tête enfoncée dans la vase et les fucus. Vers le printemps, ils descendent au midi, côtoient l'Islande, l'Ecosse et l'Irlande, se jettent dans l'océan Atlantique, et se divisent en deux colonnes, dont Tune, longeant le Portugal, entre dans la Méditerranée, tandis que l'autre pénètre dans la Manche, paraît en mai sur les côtes de France et d'Angleterre, en juin sur celles de Hollande, et s'en va jusqu'au fond de la Baltique.
Voilà, du moins, ce qu'on disait autrefois, mais
m LES GRANDES PÊCHES.
Bloch ,Noél ,Lacépède et d'autres,pensent qu'il en est des migrations des maquereaux comme de celles des thons et des harengs, et que ceux-là, comme ceuxci , se retirent simplement pendant l'hiver, [dans la profondeur des mers, à la surface desquelles on les voit apparaître au printemps. On objecte que s'ils descendaient des mers polaires, on les verrait aux Orcades avant de les voir dans la Manche, et dans la Manche avant de les voir dans la Méditerranée; or, la pêche commence dans cette dernière, en même temps, sinon plus tôt, que dans la Manche. De plus, on les pêche en tout temps dans la Méditerranée ; enfin, on assure que chacune de ces mers a ses variétés particulières. Ainsi, ceux de la Baltique ne dépassent pas 0°*, 3,. tandis que ceux qu'on pêche entre les Sorlingues et l'île de Baz ont jusqu'à 0°*,7 de long, et on dit que sur les côtes d'Is- # lande ils ne valent pas la peine d'être péchés.
Les intestins du maquereau entraient dans la composition du garum le plus estimé. Le garum ainsi fait valait, au dire de Galien, 2,000 pièces les deux pintes. Aujourd'hui, on ne recherche plus dans le maquereau que sa chair excellente, surtout quand on l'a préparée avec ces fruits acides qu'à cause de cet emploi on nomme groseilles à maquereau.
C'est principalement dans les mois de juin et de juillet qu'on le pêche, depuis la mer du Nord,
jusqu'à l'extrémité sud de la Bretagne, région où il abonde. On le rencontre dès avril, mais il est alors petit etnon laite ; c'est dans les mois susdits qu'il est et le meilleur et le plus commun ; il y en a encore assez en août, mais alors ils ont frayé. Enfin, on en pêche de petits vers la fin de septembre et au commencement d'octobre, qui paraissent être nés dans l'année même, et il n'est pas même rare d'en avoir jusqu'en décembre. Tout cela est fort irrégulier, et des pêcheurs attribuent aux tempêtes ces apparitions insolites.
La pêche se fait à la ligne et avec des filets semblables à ceux qu'on emploie pour le hareng, sauf que les mailles sont plus grandes ; elle se fait ordinairement de nuit, étantalors plus productive que dans le*jour.
Pèche du maquereau.
Le thon.
C'est un très-proche parent du maquereau ; il s'en distingue entre autres caractères par celui-ci : la première nageoire dorsale s'étend jusqu'à la seconde, tandis que dans le maquereau il y a un intervalle entre les deux. En outre, le corps du thon est en forme de fuseau. Il est d'ailleurs beaucoup plus gros que le maquereau ; il atteint 2 mètres et plus de longueur. Pennant en a décrit un de 7 pieds 12 pouces et qui pesait 460 livres. Aristote et Pline prétendent qu'on en a péché du poids de 15 talents, ce qui, d'après Paucton, équivaudrait à 675 livres (387\50). Il a le dos de ce bleu
foncé que prend l'acier poli ; son ventre est argenté. C'est un poisson très-carnassier, friand surtout de sardines, d'exocets, de maquereaux, et qui n'épargne pas sa propre espèce. Les requins et les espadons ne l'épargnent pas non plus, et l'homme pas davantage. On sait combien la chair du thon est estimée. La pêche de ce poisson constitue depuis l'antiquité une des principales richesses des peuples riverains de la Méditerranée. Au moment d'entreprendre cette pêche importante, les Grecs, pour se rendre les dieux favorables, offraient un thon en sacrifice à Neptune, le priant de les préserver de la concurrence, pour eux désastreuse, de l'espadon; et quand l'expédition avait été heureuse, ils renouvelaient le sacrifice en signe d'actions de grâces.
On a dit de tout temps que les thons qui abondent dans la Méditerrannée y entrent au printemps par le détroit de Gibraltar. Ce seuil franchi, ils se diviseraient en deux troupes: l'une suit les rivages de l'Afrique et remonte jusqu'au Bosphore, l'autre côtoie l'Espagne, la France et l'Italie septentrionale, passe entre l'île d'Elbe et la Corse, et s'arrête dans les parages de la Sardaigne où les poissons dentelle se compose déposent leur frai.
Mais on ne croit plus guère à ces migrations ; on pense aujourd'hui que les thons restent toujours dans les mêmes parages, changeant seule-
ment d'altitude avec les saisons. On dit cependant que les bancs de thons qui se montrent au printemps sur les rivages de la Provence, se dirigent tous vers TOrient, tandis qu'à la fin de Tété ils suivent une direction opposée.
On les pêche à la ligne et au filet, et dans ce dernier cas on peut s'y prendre de deux manières différentes : à la thonaire et à la madrague.
La première se fait ainsi : dès que l'approche des thons est signalée, de nombreux bateaux parcourent la mer, dessinant une courbe, jettent leurs filets, cinglent vers la côte, rétrécissant de plus en plus l'enceinte formée et chassant devant eux le poisson. Près d'aborder au rivage, et lorsqu'il n'y a plus que fort peu d'eau, les pêcheurs tendent un grand filet fermé à un bout,' capturent les thons et les jettent sur la plage, où on les tue. On peut prendre ainsi d'un seul coup deux à trois mille quintaux de thons. Cette pêche se pratique sur les côte de la Calabre et de la Sicile.
Celle à la madrague est plus compliquée, et c'est même la plus compliquée de toutes les pêches. A l'aide de filets tenus verticalement, en haut par des flottes en liège, en bas par des cailloux, on construit dans la mer des espèces de chambres disposées de manière à ce que les thons qui côtoient le rivage s'y engagent presque nécessairement ; une grande ligne de filets, parallèle à
la côte, les mène dans la première enceinte, de celle-ci dans la seconde et ainsi de suite, les pêcheurs poussant derrière eux un filet tendu verticalement, qui les contraint à avancer. On les rassembleainsi dans le dernier compartiment, nommé chambre de mort. Le fond de celle-ci est tendu d'un filet que l'on soulève la capture une fois faite, et les thons sont harponnés au fur et à mesure qu'ils se montrent à la surface ; vainement, au milieu d'un immense tumulte, les malheureux pois- sons essayent-ils d'échapper à la mort : on en prend ainsi jusqu'à 7 et 800. Cette pêche, usitée à Gênes, en Sicile et à Marseille, y est considérée comme une fête, et l'on vient y assister de fort loin. M. de Quatrefages en a été témoin sur les côtes de la Sicile, et il Ta racontée avec son talent habituel. Laissons-le parler :
«Cinq cent cinquante thons, poussés de chambre en chambre par des portes qui se refernaaient derrière eux, sont arrivés dans la dernière, dans la chambre de mort. Celle-ci possède un plancher mobile, formé par un filet que des cordages permettent de ramener du fond à la surface. Toute la nuit, on a travaillé à l'élever peu à peu , et maintenant chacun de ses bords repose sur un des côtés du carré formé par les barques. En face de nous se tient le propriétaire de la tonnara^ entouré de son état-major d'un groupe gracieux de dames venues
de Palerme pour assister au spectacle qui se prépare. A droite et à gauche, les deux barques principales portent l'armée des pécheurs. Ces barques, entièrement vides et découvertes, attendent leur chargement. Seulement une longue poutre, allant d'une extrémité à l'autre, laisse entre elle et le bord une sorte de couloir étroit, où se pressent deux cents marins accourus de vingt lieues à la ronde. Demi-nus, montrant leurs membres athlétiques couleur de cuivre rouge, ces hommes attendent, en frémissant d'impatience, le moment d'agir. Leurs yeux brillent sous leurs bonnets phrygiens de couleur brune ou écarlate ; leurs mains agitent les instruments de mort, larges crochets aigus et tranchants, tantôt adaptés à de longues perches, tantôt placés au bout d'un manche court, massif, et muni de profondes entailles pour donner plus de prise à la main. Au milieu de l'enceinte, une petite yole toute noire, manœuvrée par deux rameurs, porte le chef de pêche. C'est lui qui commande la manœuvre, qui stimule les travailleurs et transporte les hommes d'un côté à l'autre, là où il est besoin de renfort. « Cependant les cabestans placés aux extrémités du filet n'ont pas cessé de tourner, et le plancher mobile du corpou s'élève d'autant. De plus en plus refoulés vers le haut, les thons commencent à se montrer. Grâce à la transparence de l'eau, on les
voit parcourir en tous sens, avec une irrégularité inquiète, la vaste poche qui les enserre. Déjà quelques-uns rasent la surface et s'élancent en bondissant. Malheur à ceux qui viennent à portée des barques! Des mains de fer s'allongent aussitôt et enfoncent dans leurs flancs des griffes acérées. D'ordinaire les blessés échappent à ces premières attaques. Pleins de vie et de force, jouissant de toute la liberté de leurs mouvements dans ce bassin encore assez étendu, ils s'arrachent aux mains de leurs ennemis, laissant seulement au fer des crampons quelques lambeaux ensanglantés ; mais aux cris cadencés des matelots les cabestans tournent toujours, et le filet impitoyable monte de plus en plus. La yole du chef de pêche chasse les thons vers les bords. Les blessures se multiplient. Déjà quelque poisson, plus profondément atteint, a ralenti sa course, et de temps à autre montre son large ventre argenté, que raye un ruisseau de sang noirâtre. A chaque nouveau coup qu'il reçoit, sa résistance diminue. Bientôt il s'arrête un instant, et cet instant suffit : dix crampons s'enfoncent à la fois dans ses chairs, vingt bras se roidissent et le soulèvent au-dessus de l'eau. En vain la peau se déchire; le crampon qui vient de lâcher prise s'élève, retombe, s'enfonce de nouveau, et bientôt le malheureux animal est hissé jusque sur le bord. Aussitôt deux
130 LES GRANDES PÉCUES.
hommes le saisissent par ses grandes nageoires pectorales, le font glisser sur la poutre placée derrière eux et le lancent dans la cale.
« Mais le filet mobile monte sans cesse, et le troupeau des thons se découvre en entier. Pressés les uns contre les autres; on voit ces monstrueux poissons s'élancer avec désespoir contre les parois flexibles du corpou^ montrer leur dos noir moucheté de larges taches jaunes, ou fendre la surface de l'eau avec leur grande nageoire en croissant. Au milieu d'eux bondissent quelques espadons au long nez terminé en lame d'épée. Enivrés par le spectacle de la proie qui s'offre à leurs coups, les marins frappent et plus vite et plus fort. La pêche devient alors une vraie boucherie. Dans cette foule serrée, on ne distingue plus les individus. Ce ne sont que têtes violemment agitées, que bras rougis qui s'élèvent et s'abaissent, que harpons qui se croisent et se heurtent. Tous les yeux étincellent, toutes les bouches poussent des cris de triomphe, des clameurs d'encouragement. Les eaux du corpou se teignent de sang. A chaque instant de nouveaux thons tombent dans les cales ; les morts, les mourants s'amoncellent, et les barques, bientôt insuffisantes, s'enfoncent sous leurs charges demi-vivantes.
« Après deux heures de carnage, l'épuisement commence à se faire sentir ; les thons deviennent
rares, et leurs ennemis auraient trop à attendre. Aussitôt une barque se détache, s'écarte de chaque côté de l'enceinte, et les deux principales se trouvent plus rapprochées de moitié. Les cabestans se remettent à jouer, et les pécheurs impatients leur viennent en aide. Les mains s'enfoncent dans les mailles, les crochets aident les mains. Ces efforts, d'abord désordonnés, ne produisent pas grand résultat ; mais le sifflet du chef se fait entendre. Des chants cadencés s'élèvent: sous l'influence du rhythme les mouvements se coordonnent, s'harmonisent, et à chaque cri le filet monte de quelques lignes. Bientôt il est presque à fleur d'eau ; il est temps de se remettre à l'œuvre. La yole, jusque-là simple spectatrice, prend alors une part active à l'action. Montée par quelques pêcheurs d'élite, elle poursuit les thons dans l'espace étroit qui leur reste, les atteint avec de longs harpons, et les pousse aux crochets des barques (Jui les enlèvent.
« Je dois le dire, ce spectacle, que nous avions désiré, nous laissa tristes et mécontents : cette tuerie nous avait péniblement affectés. Peut-être impression eût-elle été différente si les pêcheurs avaient eu l'ombre du danger à courir, si seulement les thons avaient pu rugir en se débattant ; mais ces luttes si complètement inégales, ces agonies muettes où des mouvements convulsifs accusaient seuls les angoisses des victimes, nous
avaient réellement impressionnés. Quant à nos matelots, ils étaient radieux. Pêcheurs, ils ne pouvaient sentir et voir qu'en hommes de leur profession, et la pèche avait été superbe. En trois heures, ils avaient harponné 554 poissons, pesant environ 80 kilogrammes en moyenne. On savait d'ailleurs que les chambres de la madrague renfermaient encore près de 400 prisonniers. Le propriétaire pouvait donc compter, dès le début de la campagne, sur environ 72,000 kilogrammes de chair de thon, représentant une valeur d'au moins 43,000 fr. On voit que le loyer de la tonnara était bien près d'être payé. »
Pèche à la thonaire.
Espadon.
L'ESPADON
C'est un scombre, et, par conséquent, un voisin des thons et des maquereaux ; mais c'est le plus grand de tous ; il atteint souvent, il dépasse même 5 mètres, et c'est le plus puissamment armé. Son nom lui vient d'une espèce d'épée large, tran-
chante , acérée , dure comme Tacier et souvenl longue de 3 mètres, qu'il porte à plat devant lui. Ce n'est autre chose qu'un prolongement osseux de la mâchoire supérieure. Cette arme, jointe à la grandeur de l'espadon , à sa force et à son agilité extraordinaires,faitdelui un adversaire redoutable même pour les plus grands animaux marins. On le nomme aussi, ou on le nommait V empereur.
Il a le corps allongé, une seule dorsale courbée d'avant en arrière , les côtés de la queue fortement carénés. Il est noirâtre sur le dos, argenté sous le ventre, sa forme a pu servir de modèle à la galère antique. « Son arme, dit Élien, paraît aussi longue qu'un éperon de trirème quand le poisson est devenu adulte. »
On le trouve dans l'Océan. M. Sabin-Berthelot note qu'il se montre par bandes nombreuses dans les eaux de l'archipel Canarien, et vers le littoral de l'Afrique occidentale. Ils sont nombreux dans la Méditerranée. On dit qu'ils vont ordinairement par paires, le mâle et la femelle; celui-là veillant sur celle-ci. Malgré la force incomparable de leurs armes, on assure que ce sont des animaux paisibles, ennemis du carnage ; ces puissants seraient doux. Ils se nourriraient de fucus ; on sait cependant qu'ils ne dédaignent pas les thons. Au moment d'entreprendre la pêche de ces derniers, les Grecs faisaient un sacrifice à Neptune , le priant
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d'éloigner de leurs parages Tespadon qui fait fuir les thons, ou qui déchire, en s'y laissant prendre, les filets destinés à ces derniers. Lancés sur les côtes de Provence à la poursuite des sardines, les thons sont eux-mêmes poursuivis par les espadons entrant pêle-mêle avec eux dans la madrague. Ils sont terribles dans les combats : rapides comme un trait, ils transpercent de leur glaive la carène d'une embarcation, même, dit-on, la cuirasse des crocodiles, car à l'embouchure de quelques fleuves on trouve de ceux-ci dans la mer, et, du reste, l'espadon remonte les fleuves , puisque anciennement on le péchait dans l'Ister. Enfin, il livre à la baleine des combats dont celle ci ne sort pas toujours victorieuse.
Il n'est pas rare de trouver dans la paroi d'un navire le bec brisé d'un espadon. L'animal se sera cru attaqué, peut-être même aura-t-il été heurté par la machine flottante, et il aura tourné contre elle son aveugle colère. Élien , ainsi qu'on va le voir, se faisait une singulière idée de la manière dont un de ces poissons, pris par le bec, peut employer sa force.
a Des auteurs, écrit-il, ont avancé dans leurs écrits, qu'ils avaient vu un vaisseau bithynien tiré à sec et dont la carène, en très-mauvais état par le temps, se trouvait avoir besoin de réparation ; que leurs regards avaient été frappés d'y remar-
quer attachée une tête d'espadon ; que le poisson, après avoir planté son dard naturel dans le navire, aurait essayé de s'en arracher, et qu'à force d'efforts tout son corps se serait séparé de son cou qui était resté enfoncé tel que lors de son agression. »
C'est l'ennemi naturel de la baleine, et c'est, avec le poisson-scie, son plus redoutable ennemi. On dit qu'il est très-friand de la langue du cétacé. Il le poursuit sans relâche. Celui-ci, n'ayant que sa queue pour défense, tâche d'en frapper le poisson, qui, atteint, est écrasé du coup. Mais l'agile espadon esquive souvent l'attaque; il bondit en arrière, revient comme un trait, perce la baleine de son glaive ; bientôt la mer est teinte de sang. Les pêcheurs rencontrent quelquefois en mer des baleines tuées dans ces sortes de duels.
Ce vaillant est affreusement tourmenté par un crustacé de la famille des lernes. V empereur a naturellement ses parasites; ils lui causent de si horribles douleurs, que, perdant la tête, il lui arrive de se jeter sur le rivage ou de sauter sur des navires. . Il y est le bienvenu, sa chair étant des plus agréables, aussi n'attend-on pas d'ordinaire qu'il y débarque de lui-même. Les anciens le péchaient, les modernes les imitent. C'est cependant aujourd'hui une industrie un peu négligée et sans motif; elle se relèvera.
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Un des procédés en usage chez les Grecs consistait à se servir de barques taillées d'après la forme de l'espadon, pourvues d'une pointe avancée qui représentait sa mâchoire, et peintes des couleurs foncées qui lui sont propres. L'espadon s'en approchait sans défiance , croyant voir des poissons de son espèce; les pêcheurs, profitant de son erreur, le perçaient avec des dards. Quoique surpris, l'animal se défendait vigoureusement, frappait de son épée le bordage des barques trompeuses, et souvent les mettait en danger. Les pêcheurs saisissaient ce moment pour essayer de lui fendre la tête et de lui couper, s'ils le pouvaient , la mâchoire supérieure. Après avoir triomphé de sa résistance, ils l'attachaient à l'arrière de la barque et l'amenaient à terre. Oppien compare à une ruse de guerre cette manière de prendre l'espadon en le trompant par la forme des barques.
Cette ruse fut également mise en usage par les Romains. La pêche de l'espadon était alors une des plus importantes qui se fissent sur les côtes de la mer Tyrrhénienne et sur celles de la Gaule narbonnaise. On le prenait aussi , mais accidentellement dans la madrague où il s'engageait, imprudemment emporté par son ardeur à poursuivre les thons et d'autres scombres. « Quoiqu'il puisse rompre les filets, dit Oppien, il recule ; il soup-
çonne quelque piège ; sa timidité le conseille mal ; il finit par rester prisonnier dans Tenceinte, et par devenir la proie des pêcheurs^, qui, réunissant leurs efforts, l'amènent sur le rivage, où il trouve une mort certaine. >* Les choses ne se passaient cependant pas toujours ainsi, et, trop souvent au gré des pêcheurs , l'espadon déchirant les parois de la chambre de mort, rendait la liberté aux poissons tombés avec lui dans le piège.
La pêche de l'espadon se fait dans le détroit de Messine, à la lame pour les gros, et au filet pour les petits. Ce filet, long de 30 mètres, large de 3, à mailles serrées, faites de fortes ficelles, se nomme palimadara. Elle commence vers la mi-avril et se fait jusqu'à la fin de juin le long des rivages delà Calabre, que suit alors le poisson entré dans le détroit par le Phare. Passé cette époque, elle se fait jusqu'au milieu de septembre où elle prend fin, sur la rive opposée, sur les côtes de la Sicile que longe alors l'espadon entré par la bouche du sud. Quel motif l'attire ainsi alternativenaent d'un côté à l'autre? Est-ce le même poisson qui passe et repasse? Spallanzani, à qui nous empruntons les détails qui vont suivre, pose ces questions sans les résoudre. Elles restent pendantes. La seule cliose certaine, c'est que l'espadon ne côtoie la Sicile que quand il fraye ; on voit alors les mâles courir après les femelles. L'occasion est belle pour
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les surprendre, car une fois que la femelle est tuée, les mâles ne s'en éloignent point, et se laissent facilement approcher. ^
Il paraît d'ailleurs certain qu'ils se propagent dans la mer de Sicile et de Gênes, car, depuis novembre jusqu'aux premiers jours de mars , on en prend chaque année dans le détroit de Messine du poids d'une demi-livre jusqu'à 12 livres.
Ce sont les jeunes qu'on pêche avec la palimadara. Entre deux bâtiments à grandes voiles latines, le fdet descend jusqu'au fond de la mer. Les balancelles voguent à pleines voiles. Dans ses mailles étroites, le filet prend tout ce qui se trouve sur. son passage. L'illustre observateur qu'on vient de citer s'élève avec raison contre cette méthode barbare. « J'assistai plusieurs fois à cette pêche, écrit-il, et je ne puis dire combien de petits poissons en étaient les victimes; n'étant bons à rien, on les rejetait à la mer, mais tout mutilés, et déjà morts par le froissement qu'ils avaient éprouvé dans les mailles, du filet. J'écrivis contre cette manie destructrice , et je représentai avec force tout le dommage qui en résultait. On me répondit, à la vérité , qu'il existait une loi à Gênes qui prohibait l'usage, ou pour mieux dire, l'abus des balancelles, mais cela n'empêche pas qu'il ne sorte chaque année du golfe de la Spezzia trois ou quatre paires de ces bâtiments qui, gagnant la
haute mer, vont se livrer à cette pêche. U y a plus ; le gouverneur du lieu, qui devrait surveiller l'exécution de la loi, est le premier à favoriser, moyennant une somme d'argent, l'abus qu'elle proscrit. »
La pêche à la lance, outre qu'elle est tout à fait avouable, offre plus d'intérêt. ^
La barque qu'on y emploie est longue de 6 mètres, large de 6"*,66, haute de 1",33, et plus large à la poupe qu'à la proue. Au milieu est planté un mât haut de 5°*, 66, surmonté d'un plancher de forme circulaire et muni de marches pour faciliter l'accès de cette plate-forme. C'est là que se place la vigie, dont l'office est de suivre l'espadon dans ses tours et détours, et de l'indiquer de la main ou de la voix aux rameurs , que le poisson semble défier à la course. Le même mât est traversé près de sa base par une pièce de bois qui coupe la barque à angle droit dans toute sa largeur, et en dépasse les bords; à chacune de ses extrémités est attachée une rame qu'un homme fait agir, et à un certain moment la vigie elle-même, descendant de son poste, se place sur le milieu, et d'une main tenant la rame droite, de l'autre la gauche, en règle le mouvement, et fait office de timonier. D'autres rameurs sont au milieu de la barque; d'autres encore, armés de rames plus petites, sont attachés à la poupe. A l'avant se
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tient debout l'homme dont le rôle est de frapper. Sa lance, qui a 4 mètres de long, est faite d'un bois de charme qui plie difficilement, terminée par un fer long de 0°,18 environ, et munie latéralement de deux autres fers appelés oreilles, comme le premier, aigus et tranchants, mais mobiles et qui, se séparant de celui-ci, rendent la blessure plus large. Le fer principal lui-même , quand le coup a porté , se détache du bois et reste plongé dans la plaie ; il est attaché à une corde grosse comme le petit doigt, et longue de 200 mètres.
Ce n'est pas tout. Il est nécessaire encore d'avoir deux vigies sur la côte. Sur celle de Calabre, les vigies s'établissent parmi les rochers et les écueils; ceux-ci manquant sur le rivage opposé, les hommes se tiennent sur un échafaudage établi tout exprès, et dont la hauteur est de 27 mètres.
« Tout étant disposé, voici, dit Spallanzani, Tordre de la pêche. Lorsque les deux explorateurs perchés sur la cime des rochers ou des mâts jugent de loin l'approche d'un espadon , au changement de la couleur de l'eau sous la surface de laquelle ce poisson nage , ils le signalent de la main aux pêcheurs, qui accourent avec leurs barques, et ils ne cessent de crier et de faire des signes que lorsque l'autre explorateur monté sur le mât l'a découvert et le suit des yeux. A la voix de celui-ci, la barque vogue, tantôt à droite, tantôt à gauche ;
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tandis que le lancier, debout sur la proue, Tarme en main, cherche à le tenir sous le coup. Quand le poisson est à la portée de la lance, l'explorateur descend de son mât , se met au milieu des deux
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Pêche de l'espadon.
rames, les dirige selon les signes que lui fait le lancier ; celui-ci, saisissant le moment favorable, frappe sa proie souvent à la distance de 10 pieds. Aussitôt après le coup, il lui lâche la corde qu'il tient en main pour lui donner calme^ dit-il, tandis que la] barque , voguant à toutes rames , suit le
L'ESPADON
poisson blessé jusqu'à ce qu'il ait perdu ses forces. Alors il monte à la surface de Teau; les pêcheurs s'en approchent, le tirent à eux avec un crochet de fer, et le transportent sur le rivage. Quelquefois il arrive que Tespadon, furieux de sa blessure, s'élance contre la barque et la perce de son épée; aussi les pêcheurs se tiennent-ils sur leurs gardes au moment de l'abordage, surtout si l'animal est d une grandeur considérable et paraît conserver de la vie. Quelquefois il se sauve de leur poursuite, soit que le coup n'ait pas pénétré assez profondément, soit que la corde vienne à se rompre en lui laissant le fer dans la blessure. Si elle n'est que légère, il en guérit promptement, plusieurs ayant été pris couverts de cicatrices ; si elle est profonde, il meurt infailliblement, et devient la proie des autres poissons ou du premier occupant. »
Pêche de l'espadon.
Saumon,
Une rangée de dents pointues sur les os maxillaires, une autre rangée aux intermaxillaires, autant aux palatins, deux rangées au vomer, deux sur la langue, deux sur les os pharyngiens (c'est l'armure buccale la plus compliquée que Ton con-
LE SÀUHON. 149
naisse) ; corps en fuseau couvert de petites écailles minces qui sont comme perdues dans Tépaisseur de la peau, une tête assez grosse, la robe généralement tachetée d'une manière agréable; dans la natation une aisance et une force prodigieuses ; fécondité remarquable, chair excellente, estimée, qui forme le fond de la nourriture de plusieurs peuples, des mœurs intéressantes : tel est le saumon.
C'est un poisson du Nord. Poisson d'eau douce pendant la belle saison, poisson de mer pendant le reste de l'année. 11 quitte la mer au printemps pour frayer, et voyage par troupes immenses ; un ordre remarquable règne parmi les voyageurs rangés sur deux files qui, réunies à l'avant, forment le coin ; c'est la disposition qu'observent dans Tair plusieurs oiseaux migrateurs. En tête de la colonne, la plus grosse femelle conduit le reste ; les plus petits mâles forment l'arrière-garde. Deslandes assure qu'ils se tiennent à la remonte le plus près possible du fond où le courant contre lequel ils ont à lutter est le moins rapide, tandis qu'au retour ils s'élèvent à la surface, pour profiter de toute la force du courant qui leur est alors favorable. C'est ainsi que les mariniers font remonter leurs bateaux le long du bord, et que, pour descendre, ils cherchent le milieu de l'eau. D'autres auteurs disent que les saumons se tiennent
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à la surface quand la température n'est point trop élevée, près du fond quand la chaleur est forte.
Ils remontent d'ordinaire avec lenteur et comme en se jouant, produisant un grand bruit, mais dès qu'ils se croient menacés, leur vitesse devient telle que l'œil a peine à les suivre. On dit qu'ils font alors jusqu'à 10 lieues à l'heure. Ni les digues, ni les petites cataractes ne les arrêtent; se couchant de côté sur des pierres, ils se courbent fortement en arc , puis se redressant avec violence, ils se trouvent projetés en l'air à une hauteur de 5 mètres et passent par-dessus l'obstacle. Ils s'avancent ainsi jusqu'aux sources des fleuves, parfois à plus de 800 lieues des côtes, cherchant dans les plus petits ruisseaux des endroits tranquilles, à fond de sable et de gravier et propices à la ponte. Us restent dans les rivières et dans les lacs jusque vers la fin de l'automne, et, à cette époque, décimés, amaigris, regagnent l'Océan, où ils passent l'hiver.
Au moment de pondre, la femelle creuse dans le sable un trou allongé, profond de 0*^,50 à 0",60; profondeur où les œufs n'auront rien à craindre du froid. A ce rude travail, au dire de Grant, elle use ses nageoires. La ponte est excessivement abondante; dans un individu du poids de 10 kilogrammes on a compté 27,850 œufs. La femelle les recouvre de sable avec sa queue. Dès que les
jeunes ont atteint 0",30 de long, ils gagnent à leur tour la mer.
Comme les hirondelles, les saumons reviennent chaque année aux lieux qu'ils ont habités Tannée précédente. Le fait a été démontré par Deslandes. « J'avais, écrit-il, chargé les pêcheurs Ide Châteaulin de retenir une douzaine de saumons (parmi ceux qui descendent la rivière, et après avoir attaché à chacun un petit anneau de cuivre vers la queue, de les remettre dans l'eau ; ce qu'ils ont exécuté avec beaucoup d'adresse, et en trois années différentes. J'ai ensuite su d'eux-mêmes qu'ils avaient repris quelques-uns de ces saumons, une année cinq, une autre année trois, une autre enfin deux. La disposition du coffre, et plus encore du réservoir où le coffre aboutit, rendait cette observation très-aisée. »
Pour le dire en passant, c'est à l'afde de pareils signes distinctifs attachés à des saumons par des riverains du golfe Persique, qu'on a reconnu qu'il existe des communications souterraines entre ce golfe et la mer Caspienne, entre celleci et la mer Noire, les poissons marqués dans le golfe ayant été repris dans les deux dernières mers. L'accroissement du saumon est très-rapide; à ^deux ans, il pèse déjà 5 à 4 kilogr. On en a péché mètres de long, et pesant de 40 à 50 kilogr.
onde à tel point en certaines localités, qu'à
152 LES GRANDES PËGIIES.
Berghem, par exemple, il n'est pas]rare]de voir des pêcheurs en rapporter 2,000 à la fin de leur journée. En quelques rivières d'Angleterre, on en prend jusqu'à 700 à la fois, et on rapporte qu'en 1750, dans la Ribble, un seul coup de filet en fournit 3,500.
On les pêche d'une foule de manières : au harpon, à la ligne, avec des filets de diverses formes ; en établissant sur les rivières qu'ils fréquentent des barrages destinés à les arrêter. En Ecosse, les sportmen se plaisent à les poursuivre à cheval le long des rivières peu profondes, et à les atteindre avec des javelines barbelées, exercice qui demande beaucoup d'adresse. Mais ce n'est qu'un jeu ; la pêche proprement dite est une industrie des plus importantes, et, comme je l'ai dit, c'est en certaines contrées l'un des principaux moyens d'existence de ceux qui s'y adonnent.
Les Groënlandais les prennent tantôt à la main, en fouillant entre les grosses pierres où le poisson s'est retiré, tantôt en les perçant d'une fourche. La méthode la plus usitée est celle-ci : on forme une digue à l'embouchure des ruisseaux qui se déchargent dans la mer. Cette digue est construite en pierres, disposées cependant de manière à ne pas obstruer le courant du ruisseau ; on y pratiqua une petite écluse, pour faciliter davantage l'écoulement du ruisseau. Lorsque la marée monte.
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elle couvre facilement la digue et l'écluse, de façon que* le saumon n'a nulle peine à passer ; il remonte le ruisseau assez haut, et s'oublie trèssouvent dans l'eau douce, mais à la marée descendante, l'écluse se ferme d'elle-même; alors le saumon se trouve enfermé dans un réservoir dont il ne peut plus franchir la digue ; bientôt il s'y trouve presque à sec, et les Groênlandais le prennent sans aucune peine.
En Islande, des pêcheurs, placés sur les deux rives d'un cours d'eau, tendent un filet en travers de celui-ci; puis, marchant contre courant, ils poussent devant eux le saumon, qui, bientôt, ne pouvant plus reculer, s'élance sur le rivage. On en prend souvent jusqu'à 200 à la fois.
En Finlande, on borne la rivière, dans l'endroit où elle est le plus bruyante, à l'aide de pieux enfoncés dans son lit et entre lesquels on entrelace des branches d'arbres. On ne laisse que quelques ouvertures par où le poisson puisse passer ; mais ces ouvertures donnent dans des filets d'où le poisson, une fois entré, ne peut sortir.
« Les paysans riverains sont d'une adresse incroyable, dit Acerbi, pour marcher sur ces pieux, que le courant fait souvent mouvoir d'une manière sensible à la vue. Hommes, femmes, enfants, tous sautent de pieux en pieux avec la plus singulière agilité. Nous désirâmes leur aider à tirer
leurs filets; nous fûmes assez téméraires pour franchir un tiers de la palissade, mais la vue de Teau, dont le courant passait avec rapidité sous nos pieds, fit tourner la tête à un de nos compagnons, et, s'il ne se fût arrêté à temps, il serait tombé, dans la rivière. Les enfants et les hommes même se confient trop témérairement à leur légèreté, et il est rare qu'il se passe une année sans que quelqu'un d'eux ne tombe dans l'eau, au risque de se noyer, attendu que la violence du courant empêche que l'on tienne à portée un bateau pour donner du secours. »
A l'ouest des montagnes Rocheuses, les Indiens Shoshonies se livrent, sur la rivière des Serpents, à la pêche des saumons. \\ est un endroit nommé Chute-du-Saumon ; c'est une succession de rapides, au-dessus de laquelle est une chute perpendiculaire de plus de 6 mètres ; on y prend une quantité incroyable de saumons. Us commencent à sauter peu après le coucher du soleil, remontant le cours de la'rivière.'^C'est alors que les Indiens arrivent en nageant au milieu des chutes. Quelquesuns se placent sur des rochers, d'autres restent debout dans l'eau jusqu'à la ceinture, et tous, armés de lances, harponnent les saumons, lorsque ceux-ci essayent de sauter ou lorsqu'ils retombent en arrière. C'est un massacre continuel.
La construction de la lance destinée à cet usage
LE SAUMON. ibl
est toute particulière. Elle est armée d'un morceau de corne d'élan, droit, et long d'environ 7 pouces, sur la pointe duquel une barbe artificielle est fixée avec du fil bien gommé. Ce fer est attaché par
Indiens hai*ponnant les saumons à la lance dans les montagnes Rocheuses.
une forte corde de quelques pouces de longueur, à une grande perche de saule. Quand le pêcheur frappe juste, le fer de lance traverse souvent le corps du poisson. Il se détache ensuite facilement, et laisse le saumon se débattre avec la corde dans
son corps, tandis que le pêcheur tient la perche. Sans cet arrangement, la baguette de saule serait cassée par le poids et les secousses du poisson. On en prend plusieurs milliers dans une journée. Un voyageur, M. Millin, témoin de cette pêche, assure avoir vu un saumon faire un saut de près de 50 pieds, depuis l'endroit où l'eau commence à écumer jusqu'au sommet de la chute.
Deslandes a décrit les pêcheries de Châteaulin, en basse Bretagne.
« L'établissement consiste dans un double rang de pieux serinés les uns contre les autres, qui traversent la rivière d'un côté à l'autre, et qui étant enfoncés à refus de mouton, forment une espèce de chaussée sur laquelle on peut passer. A gauche, en amont, est une sorte de coffre en grillage, qui a 15 pieds sur chaque face : on l'a tellement ménagé, que le courant de la rivière s'y porte de lui-même. Au milieu de ce coffre, et presque à fleur d'eau, se voit un trou de 18 à 20 pouces de diamètre, environné de lames de fer-blanc un peu recourbées, qui ont la figure de triangles isocèles, et qui s'ouvrent et se ferment facilement. Leur assemblage ressemble assez aux ouvertures des souricières faites avec du fil de fer. Le saumon, conduit par le courant vers le coffre, y entre sans peine en écartant les lames de fer-blanc qui se
trouvent sur sa route, et dont les bases bordent le trou. Ces lames, en se rapprochant les unes des autres, forment un cône, et elles ouvrent jusqu'à devenir un cylindre. Au sortir du coffre, le saumon entre dans un réservoir, d'où les pêcheurs le retirent par le moyen d'un filet attaché pour cela au bout d'une perche. Leur adresse est en cela si grande, qu'ils ne manquent point de retirer aussitôt celui qu'ils choisissent de l'œil.
« Les saumons ne viennent pas toujours avec la même abondance. Quand ils se suivent de loin, ils se rendent tous dans le coffre, et du coffre dans le réservoir, sans monter davantage ; mais quand ils arrivent par grandes troupes, les femelles attirant les mâles , qui redoublent d'ardeur et de force pour les suivre, alors ils passent à travers les pieux qui forment la chaussée, et avec une vitesse incroyable : à peine les peut-on suivre des yeux. Par ce moyen un grand nombre de saumons échapperaient aux pêcheurs, s'ils n'avaient l'attention de s'embarquer dans de petits bateaux plats, et de se couler le long de la chaussée, en y tendant des filets dont les mailles sont extrêmement serrées : tout le poisson qui s'y prend est aussitôt porté dans le réservoir, où il se dégorge et acquiert un goût plus exquis. »
Cette pêche s'ouvre vers le mois d'octobre ; elle est dans son fort vers la fin de janvier. On prend
m LES GRANDES PÊCHES.
alors des quantités prodigieuses de poissons. Elle diminue en mai, et cesse entièrement au mois de juillet.
Saumons sautant une chute d*eau.
Hareng.