‹ Les grandes pêchesChapitre 21 sur 25 · LE HARENG · texte numérisé non relu

LE HARENG

Vivant, il est d'un vert glauque sur le dos, blanc sur les côtes et le ventre; mort, le vert du dos se change en bleu . Il habite l'hémisphère nord. Du pôle boréal au 45* degré de latitude, on le trouve dans toutes les mers, formant, en certaines saisons, des bancs longs et larges de plusieurs lieues, et d'uno

yGoogk

épaisseur énorme, et si denses que les poissons qui les forment s'étouffent les uns les autres par milliers sur les bas-fonds, et que parfois les filets qu'ils remplissent, trop faibles pour soulever un tel poids, se déchirent. La route qu'ils suivent est dénoncée la nuit par l'éclat phosphorique qu'ils répandent ; le jour, par les bandes d'oiseaux carnassiers qui les escortent. Quelques baleines, le marsouin, le morse, le requin, en font une consommation immense ; Bloch a calculé que, dans une seule localité de la Suède, on en pêche annuellement plus de 700 millions ; qu'on juge après cela de ce que peuvent en rapporter les quelques milliers de navires que les nations européennes consacrent à cette pêche, qui est la grande pêche par excellence! Mais la fécondité des harengs compense toutes ces causes de destruction ; on a compté dans une femelle 68,606 œufs. Ajoutons que les femelles sont plus nombreuses que les maies, dans le rapport de 7 à 2.

C'est le type du poisson migrateur, au dire des anciens écrivains; ils ont même tracé sur des cartes la marche que le hareng suivrait chaque année, et voici comment Tun d'eux raconte cet itinéraire:

« La grande ilaràvane qui part tous les ans en janvier de dessous les glaces du Nord, se partage en deux principales bandes : l'aile droite dirige sa

yGoogk

LE HARENG. iC5

course au couchant, et arrive en mars sur les côtes d'Islande ; l'aile gauche va vers l'orient, et se divise, à une certaine hauleur, en plusieurs bandes ; quelques-unes se rendent sur les bancs de Terre- Neuve; d'autres nagent vers les côtes de Norwége et entrent par le Sund dans la mer Baltique ; d'autres s'acheminent vers la pointe septentrionale du Jutland, et, après s'y être tenues quelque temps, vont rejoindre les bandes de la mer Baltique, en passant par le Belt ; et, après être restées quelque temps ensemble, elles se séparent de nouveau, pour se rendre sur les côtes de Holstein, du Tessel et du Zuiderzée. »

La bande qui se porte au couchant est la plus nombreuse. « Arrivée sur les cô^cs d'Ecosse, elle se sépare en deux colonnes, dont l'une se rend sur les côtes d'Angleterre, de Frise, de Zélande, de Brabant et de France, tandis que l'autre va côtoyer l'Islande. Toutes se rejoignent dans le canal d'Angleterre, très-affaiblies par les pertes immenses qu'elles ont faites, et vont disparaître dans la mer Atlantique. »

Et Vauteur ajoute :

« Ce qu'il y a de merveilleux en ceci, c'est que toutes les bandes de ces harengs, partis en une seule caravane, ont aussi un rendez-vous général : on ignore le lieu et le temps de ce rendez-vous ; mais il est certain qu'après avoir reçu des échecs

106 LES GRANDES PÉCilES.

énormes, la grande caravane arrive enfin aux plages d'où elle était partie, divisée en deux bandes qui ont pris une route toute différente ; Tune de ces bandes arrive par la partie de l'est et l'autre par le nord. »

A ce système on fait des objections très-fortes.

Il est clair, par exemple, que si ces poissons, partis tous ensemble des mers du Nord, se séparent à la hauteur de l'Islande en deux colonnes, dont l'une gagne l'Europe et l'autre l'Amérique, ces deux colonnes devront arriver à peu près à la même époque sur les côtes de l'ancien et du nouveau continent. Or c'est au mois d'avril qu'ils paraissent en Amérique, et en hiver qu'ils se montrent en Europe. Mais ce qui est le plus décisif, c'est que le hareng d'Amérique n'est pas de la même espèce que le hareng. d'Europe. Pour les harengs, comme pour tant d'autres espèces autrefois réputées voyageuses, on s'accorde aujourd'hui à admettre qu'ils changent simplement d'altitude.

La pêche du hareng est une des plus importantes ; elle occupe chaque année des flottes entières. Vers le milieu du dix-septième siècle, les Hollandais y employaient 2,000 bâtiments, et on a évalué à 800,000 le nombre de personnes que cette branche d'industrie faisait vivre seulement dans les deux provinces de la Hollande et de la Frise occidentale. Les Norwégiens, les Américains, lesÉcos-

Page 1