‹ Les grandes pêchesChapitre 24 sur 25 · L'H,U1TRE · texte numérisé non relu

L'H,U1TRE

fer pourvue d'un filet et attachée par une longue corde à l'arrière du bateau-pêcheur. Celui-ci voguant à pleines voiles, la drague racle le fond de la mer et détache le mollusque, qui tombe dans le filet.

Afin de ne pas épuiser les bancs , on les divise en plusieurs zones qui sont livrées successivement à la pêche : pendant que l'une d'elles est en exploitation, l'huître dans les parties réservées se multiplie et acquiert la taille^marchande. La pêche est en outre défendue pendant les mois de mai, juin, juillet et août, pendant lesquels l'huître jette son frai. Ce sont aussi les mois pendant lesquels on s'abstient d'en manger (les mois dans les noms desquels il n'y a pas la lettre r), et c'est précisément dans ces mois-là, pour le dire en passant, que les moules sont recherchées, si l'on peut dire toutefois que cet humble mollusque soit recherché.

Mais les huîtres n'ont pas, au sortir de la mer, toutes leurs qualités, et pour les rendre à la fois plus grasses, plus tendres, plus savoureuses, on les dépose, avant de les livrer à la consommation, dans des parcs de un mètre et plus de profondeur, dont le fond est recouvert de sable ou de galets, dont les bords sont disposés en talus et qui communiquent avec la mer à l'aide d'un conduit par où l'eau peut entrer et sortir. Dans les uns, leau

est renouvelée à chaque marée, dans les autres, elle ne l'est qu^une ou deux fois par mois : les parcs de Marennes, Tréport, Étretat, Fécamp, Dunkerque, sont dans le premier cas ; ceux du Havre et de Dieppe sont dans le second.

Le temps pendant lequel on y laisse les huîtres varie de quelques jours à un mois. Elles acquièrent dans certaines circonstances, en môme temps qu'une couleur verdâtre, une saveur piquante qui s'ajoute à leurs titres ordinaires de recommandation.

Valmont de Bomare, croyant sans doute que les huîtres paissent l'herbe, prétend que la coloration des huîtres vertes ne se produit que dans les parcs entourés de verdure, opinion qui n'a pas besoin d'être réfutée.

D'après M. Gaillon, elle serait due à un animalcule microscopique, le vibrio ostrearius^ dont l'huître fait sa nourriture , mais Bory de Saint- Vincent a prouvé que ce vibrion n'est pas normalement vert, et qu'il ne le devient que dans les circonstances où l'huître elle-même prend cette couleur. Bory attribuait cette coloration à la matière verte de Priestley, qu'on voit apparaître dans toutes les eaux soumises à l'action de la lumière.

D'autres ont fait jouer à des navicules, lesquelles se multiplient prodigieusement dans les parcs dont l'eau n'est pas fréquemment renouvelée, le

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rôle attribue par M. Gaillon au vibrio ostrearius.

D'autres encore disent que c'est au sol qu'appartient le principe colorant.

Le plus probable est que l'huître Terte doit sa saveur tant appréciée à... une maladie du foie. Telle est l'opinion de M. Coste, c'était aussi celle de M. Valenciennes, d'après qui, la cause immédiate de la coloration réside dans une substance animale sui generis^ due à un état particulier de la bête. Cette substance a été analysée par M. Berthelot.

L'art de parquer les huîtres est probablement fort ancien. Artémidore dit que les riverains du golfe Arabique entretiennent des coquillages charnus dans des mares qu'inonde l'eau de la mer, et que ces coquillages leur servent de noutriture quand le poisson est rare.

Cependant on attribue généralement l'invention des parcs à Sergius Orata, qui vivait avant la guerre des Marses, et qui, ayant eu l'id^ée de mettre des huîtres dans le lac Lucrin pour les y engraisser, fit un commerce considérable de ce mollusque perfectionné. Charles Etienne donne ainsi Tétymologie de ce lac, situé au fond du golfe de Baïa, près des ruines de la ville de Cannes : « A Lucro dictus, écrit-il, à cause de la grande pêche qu'on y faisait. » 11 n'en reste plus rien; le président de Brosses en donne la description suivante : « Ce n'est

plus qu'un mauvais margouillis boueux. Ces huîtres précieuses du grand-père de Catilina, qui adoucissent à nos yeux l'horreur des forfaits de son petit-fils, sont métamorphosées en malheureuses anguilles qui sautent dans la vase. Une vilaine montagne de cendres, de charbon et de pierres ponces, qui, en 1538, s'avisa de sortir de terre, tout en une nuit, comme un champignon, a réduit ce pauvre lac dans le triste état que je vous raconte. »

On connaît une soixantaine d'espèces d'huîtres, mais il n'en est qu'un petit nombre qui soient admises à l'honneur de figurer sur nos tables, et ce sont les suivantes :

Vhuître édule^ nommée aussi petite huître. On la trouve sur presque toutes les côtes de la Manche. Sa valve supédeure est plate, l'inférieure est bombée. C'est celle dont on fait à Paris la plus grande consommation. Vhuitre (COstende n'en est qu'une variété et, comme nous l'avons dit, Vhuître verte n'est que l'huilre édule cultivée et non une espèce distincte.

Vhuître pied-de-cheval est la plus grande de toutes, mais non la plus savoureuse. Les deux valves sont bombées. Elle habite la même mer que la précédente. On la mange le plus ordinairement cuite et en la découpant au couteau, en raison de ses dimensions qui peuvetit égaler celles d'une

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petite assiette. M. Lafosse a obtenu à la Hogue des hybrides de cette espèce et de la précédente :

V huître cuiller, ou huître de la Méditerranée^ est ovale, oblongue, épaisse, et a la valve supérieure concave.

Vhuître de V Adriatique est mince et denticulée d'un côté. C'est celle qu'on mange à Venise.

Vhuître d^ Alger a un test épais et la valve inférieure est souvent percée par les animaux marins.

Vhuître parasite, ou huître des mangliers, trèscommune sur les côtes du Brésil, s'attache presque toujours aux racines des mangliers et d'autres arbres qui croissent sur le rivage et dont le pied est baigné par les eaux de la mer. La valve inférieure se moule sur ces racines, la supérieure est d'un blanc violet. On la sert sur les tables encore attachée aux objets sur lesquels elle s'est développée.

La durée de la vie des huîtres n'est pas exactement connue. On croit qu'elle est d'une dizaine d'années. Les pêcheurs disent qu'elles ont au bout de trois jours trois lignes de diamètre, à trois mois la dimension d'une pièce de trente sous, à six mois celle d'un écu de trois livres et à un an celle d'une pièce de six francs ; vieux style comme on voit, et vieux document. 11 faut trois ans, d'après M. Costa, pour qu'elles acquièrent la taille marchande ; mais il parait que leur croissance est plus ou moins

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rapide suivant les circonstances ; ainsi M. Bureau de la Malle rapporte que les mêmes huîtres qui, sur le banc de l'Yellette, n'acquièrent toute leur taille (0'°,09 de diamètre) qu'en cinq ans, l'atteignent en un an et demi dans la baie de Cancale,

Les huîtres sont à la fois mâle et femelle. On pense qu'elles se produisent à l'âge de quatre mois. Elles frayent ou pondent en mer depuis le commencement de juin jusqu'à la fin de septembre. Dans les parcs, la ponte a lieu plus tôt, quelquefois dès le commencement de mai, ce qui paraît dépendre de la température qu'acquiert l'eau conservée dans des bassins peu profonds. Le frai forme une sorte de bouillie blanchâtre auquel on donne communément le nom de lait ; de là aussi le nom d'huîtres laiteuses, donné à celles qui sont en train de frayer.

Leur fécondité est extrême. M. Davaine a trouvé de six cent à douze cent mille œufs dans une huître pied-de-cheval, et comme elles font plusieurs pontes dans une saison, il n'y a rien d'invraisemblable dans l'évaluation qui porte à deux millions le nombre d'œufs qu'un seul individu peut donner annuellement.

L'huître n'abandonne pas ses œufs au moment de la ponte ; elle les garde en incubation pendant plusieurs semaines entre les lames de ses branchies. Quand les petits sortent de l'œuf, ils n'ont

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pas encore la forme de Tadulle ; l'huître est un animal à métamorphoses. La larve est douée d'une faculté qui manque à sa mère, celle de se mouvoir librement dans le liquide ambiant. Il en est du reste ainsi des petits de tous les animaux fixés, et l'on comprend que la vie de ces animaux ne peut guère commencer autrement. La petitesse des larves de Thuître est telle que, d'après Leeuwenhoeck, il en faudrait un million sept cent vingthuit mille pour former uiie sphère de 1 pouce de diamètre (0",027).

Retour des pêcheurs d'huttres.

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Poisson-scie.

La nacre et les perles sont produites, personne ne l'ignore, par des animaux à coquilles, c'està-dire par des mollusques.

Divers mollusques, les patelles, leà haliotides, la moule commune, en donnent, mais il est un qui

produit de bien plus belle nacre et de bien plus belles perles que tous les autres ; ce mollusque est Yavicule mère perle (avicula mar.jaritifera).

Il s'enferme, comme l'huître, dans une coquille bivalve; comme l'huître, il appartient à la classe des acéphales. Son nom d'avicule (avis, oiseau) lui vient de ce que, dans certaines espèces, les valves étant écartées, l'animal a une certaine ressemblance avec un oiseau dont les ailes sont ouvertes. Les amateurs lui donnent même le nom d'hirondelle. Ses espèces, au nombre de vingt environ, habitent les mers des pays chauds. Pline dit que celles qui produisent les plus belles perles se trouvent dans l'océan Indien, ce qui est encore vrai aujourd'hui. Vavicule mère perle foisonne dans les environs de Ceylan, où elle forme des bancs do plusieurs lieues de longueur. De même dans le golfe Persique. On en tirait naguère une si grande quantité du golfe d'Arabie, qu'elles portaient le nom de pierreries delamerRouge. Améric Vespuce rapporte qu'il s'en trouvait en grande abondance dans les parages visités par lui durant sa seconde navigation : les sauvages les troquaient avec empressement contre quelques verroteries. On en trouve également dans la Méditerranée.

Mais qu'est-ce que la nacre, et qu'est ce que la perle?

La nacre est une substance calcaire très-dure.

brillante, d'un blanc argentin, à reflets irisés, qui garnit Tintérieur de la coquille, et la perle n'est autre chose qu'un globule isolé de nacre.

La nacre l'ail partie intégrante de la coquille. La perle, au contraire , n'est qu'un accidenl. Tel mollusque en renferme — on en a trouvé jusqu'à soixante-dix-sept dans un mémte individu — tel autre, de la même espèce et de la même variété que le précédent, semblable pour tout le reste à celui-ci et vivant à côté de lui, n'en a pas. Pourquoi?

C'est que le premier s'est trouvé dans le cas de réparer quelque accident survenu à sa coquille ou de se préserver du contact d'un corps incommode introduit entre ses valves; et que le dernier n'a pas connu cette nécessité.

Qu'une avicule soit blessée en quelque partie de son test, par exemple, qu'un animal perforant ronge sa coquille, ou qu' un corpsdur, anguleux, un imperceptible grain de sable pénètre dans celle-ci; bientôt une excroissance de nacre bouchera l'ouverture, ou la nacre sécrétée autour du grain de sable préservera du contact de celui ci la peau fine et délicate du mollusque. Aussi cxiste-t-il presque toujours un petit corps étranger au centre des perles isolées, et on est à peu près sûr de trouver des excroissances de nacre ou des perles adhérentes dans l'intérieur d'une coquille dont le test montre

à l'extérieur la trace de profondes blessures. Bien plus ! on détermine la production de perles en introduisant de très-petits grains de sable dans «ne avicule vivante, ou en perforant sa coquille de manière à mettre à nu, sans le blesser, un point du corps du mollusque.

Telle est l'humble origine du produit que les Orientaux qualifient poétiquement de gouttes de rogée durcie, et dont leurs poètes ont fait l'emblème de la perfection et de la beauté.

L'histoire nous apprend que, de temps immémorial, ce genre d'ornement a été recherché. Il en est parlé dans le livre de Job et dans le livre des Proverbes. Une tenture de perles faisait un des principaux ornements de la salle où Assuérus donnait ses audiences. Dès la plus haute antiquité, les princes de l'Orient enrichissaient de perles leurs vêtements, leurs armes et leurs meubles ; il en est encore de môme aujourd'hui. Tavernier vendit à un schah de Perse, au prix de deux millions sept cent mille francs, une perle qu'il avait achetée à Catifa. Avec le goût du luxe, la passion des perles s'empara des Grecs et des Romains. César offrit à Servilie, mère de Brutus, une perle valant plus d'un million de notre monnaie. Pline évalue la fameuse perle avalée par Cléopatre à une somme qui représenterait aujourd'hui cinq millions. 11 rapporte quePompée avait un cabinet entièrement

tapissé de perles. Il dit aussi avoir vu LoUia Paulina, qui devint Tépouse de Caligula, porter sur elle pour quatre millions de perles et d'émeraudes: ses cheveux, ses oreilles, son cou, ses bras et ses doigts en étaient surchargés. Parmiles plus grosses qu'on ait vues, on cite celle qui fut présentée à Philippe II, en 1579, et qui était de la grosseur d'un œuf de pigeon. Elle avait la forme d'un poire et venait de Panama ; on l'évaluait à cent mille francs, ce qui équivaudrait aujourd'hui à près d'un million. « Parmi la quantité de perles que ron présente tous les ans au roi d'Espagne — lisonsnous dans un auteur du siècle dernier — ce prince fait mettre à part les plus belles, et les emploie au service divin. On peut juger de la quantité qu'il consacre à ce pieux usage, par un habit de Notre- Dame de la Guadeloupe, dont tout le blanc n'est autre chose que des perles, le rouge et le vert sont d'émeraudes et de rubis. Il n'y a dans le monde que le souverain des Indes qui puisse mettre une si grande magnificence dans sa dévotion. »

Une collection de quatre cent huit perles, évaluée à cinq cent mille francs, faisait partie, sous Iç dernier règne, du trésor de la Couronne de France. Une grande régularité dans la forme (ronde, ovale ou pyriforme), une belle eau ou une teinte blanche vive, à reflets brillants, semblables à ceux de l'opale, ce qu'on appelle un bel orient, enfin

une grosseur un peu considérable, telles sont les qualités qui donnent de la valeur à une perle. Celle qui les réunit supporte la comparaison avec les rubis. Elles sont néanmoins bien plus sujettes que ces derniers aux caprices de la mode, ce qui vient de l'inconvénient qu'on leur a reconnu de perdre quelquefois, et tout à coup, leur éclat.

On peut leur rendre le brillant en les faisant avaler par des pigeons; Redi a constaté l'efficacité de ce moyen ; mais en même temps il avertit qu'il ne faudrait pas laisser la perle bien longtemps dans le tube digestif de l'oiseau, vu qu'en vingt-quatre heures elle y perd le tiers de son poids. Cette méthode est en usage à Ceylan où, d'après YAsiatic Journal, on tue au bout d'une minute le poulet (c'est un poulet qu'on y emploie) à qui cette restauration est confiée. Les frottements que les perles ingérées éprouvent dans l'estomac, peut-être aussi l'action des sucs gastriques, expliquent le résultat que les joaillers pourraient obtenir d'une façon plus rationnelle et moins barbare.

Comme on l'a dit, l'avicule forme des bancs considérables dans la mer Rouge, dans le golfe Persique, dans le détroit de Manaar, entre l'île de Ceylan et la pointe de la grande presqu'île hindoue, dans le golfe de Bengale, dans celui du Mexique, dans la mer Vermeille, etc. Chaque mollusque est attaché par son bissus à des roches

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sous-marines, situées à d'assez grandes profondeurs ; un banc de l'île de Ceylan occupe ou occupait une longueur de 10 lieues. Afin de ne pas détruire des coquilles trop jeunes pour être productives, ce banc est mis en coupe réglée, dont chacune forme le septième du tout ; on exploite chaque année une de ces parties. On admet à Ceylan que les avicules atteignent toute leur taille en sept ans, et que passé ce terme l'animal expulse de sa coquille les perles devenues incommodes. La pêche commence dans les premiers jours de février et finit en avril. Venues des îles voisines et de divers points du continent, les barques qui nt acheté du gouvernement du pays le droit d'y prendre part s'assemblent dans la baie. A dix heures du soir, un coup de canon leur donne le signal du départ; elles arrivent à la pointe du jour sur le banc où la pêche doit se faire. Chaque barque est montée par vingt hommes outre le patron ; il y a dix rameurs el dix plongeurs. Ces derniers ont pris dès l'enfance l'habitude de.leur rude métier ; les plus habiles viennent de Colung, de la côte de Malabar et de l'île Manaar. Ils se partagent en deux groupes de cinq chacun, qui alternativement restent à bord pour hisser ceux qui plongent. Pendant les jours qui ont précédé, ils ont enduit leur corps d'huile et fait usage d'une nourriture plus substantielle que d'ordinaire,

Pèche de la nacre et de la perle dans l'Inde.

et chacun d'eux s'est muni de trois feuilles de néflier sauvage sur lesquelles sont tracés des caractères qui doivent les préserver de la rencontre ou de l'attaque des monstres marins. Au cou du plongeur est suspendu un petit panier ou un sac en filet, destiné à recevoir la récplte. Il saisit une corde lestée d'une grosse pierre, met ses pieds sur celle-ci, et, par une forte inspiration ayant rempli sa poitrine d'une grande quantité d'air, il donne un signal ; on file la corde, et le poids de la pierre entraîne l'homme. Combien de temps reste-t-il sous l'eau ? Jusqu'à cinq et six minutes d'après quelques auteurs, mais un officier de la marine royale d'Angleterre, qui a suivi cette pêche dans le golfe Persique, M,. Welsted, . déclare qu'une minute est le terme moyen, et qu'une seule fois il a vu la durée de l'immersion atteindre une minute et demie. Combien ramassentils d'huîtres? De huit à dix d'après l'observateur qu'on vient de nommer, et cela quand les coquilles sont en groupes serrés. Afin de retenir son haleine, le plongeur se met parfois sur le nez un morceau de corne élastique qui tient les narines fermées : quand il veut remonter, il donne une secousse à la ligne, et les gens du bateau l'enlèvent avec toute la rapidité possible. A peine arrivé, il rend le sang, par le nez et par les oreilles, à moins qu'il ne le rende par de plus grandes ouvertures, ayant

fait la rencontre d'un requin ou d'un poisson-scie.

Dans le golfe Persique, un banc d'avicules s'étend depuis Sharja jusqu'au golfe des îles Bidulph. Le fond est de sable, de coquilles et de fragments de corail ; la profondeur varie de 3 à 16 brasses. Le droit de pêche est commun, mais les altercations entre les tribus qui l'exercent sont fréquentes. Deux navires du gouvernement croisent habituellement dans ces parages, afin d'empêcher que ces querelles ne dégénèrent en une confusion générale ; et la querelle qui ne peut être vidée sur les lieux se termine ordinairement dans les îles où les rivaux débarquent pour ouvrir les mollusques.

Les bateaux sont de dimensions et de constructions diverses et portent, terme moyen, de 10 à 15 tonneaux. La seule île de Barhein en envoie 3,500 ; la côte, depuis cette île jusqu'à Tentrée du golfe, 700, la côte de Perse, 100. Les équipages varient de dix à quarante hommes et le nombre total des marins en activité dans le cours de la saison s'élève à plus de trente mille. Us vivent de dattes et de poisson, qui est abondant et de bonne qualité. Aucun d'eux ne reçoit de gages déterminés, mais ils ont un intérêt dans les profits de l'expédition. La valeur des perles recueillies par tous ces bâtiments monte à quatre cent mille livres sterling (dix millions de francs).

Lorsque les embarcations revenant de la pêche ont déchargé à terre leurs cargaisons d'huîtres, chaque propriétaire emporte son lot et procède chez lui à ce qu'on peut appeler le dépouillement du butin. Dans Tlnde, on a coutume d'étaler les coquillages sur des nattes étendues au fond d'une fosse creusée dans le sol, et de les abandonner à l'action de l'air et delà chaleur. Ils ne tardent pas à s'ouvrir et le mollusque se putréfie. Lorsque sa décomposition est assez avancée, on cherche les perles que les valves peuvent contenir, puis on recueille la matière animale décomposée et on la fait bouillir dans de l'eau qu'on tamise ensuite pour retrouver les perles qui ont échappé à la première inspection. En Amérique, on ouvre les huîtres une à une avec un couteau, et l'on cherche les perles en écrasant les mollusques entre les doigts. Cette méthode est plus lente, mais outre qu'elle n'est pas malsaine et répugnante, comme celle que nous venons de décrire, elle a encore, assure-t-on, l'avantage de laisser aux perles leur fraîcheur et la pureté de leur éclat.

Dans tous les cas, les perles extraites des coquilles sont bien lavées, puis polies avec de la poudre de nacre presque impalpable. On les trie ensuite par catégories, suivant leur grosseur, en les faisant passer par une série de cribles en cuivre de plusieurs dimensions. L'opération qui vient après

le triage est le forage pour la mise en chapelets. Il se fait au moyen de poinçons de diverses grosseurs, suivant les numéros des perles. L'opération passe pour difficile : il faut , en effet, savoir apprécier le plus beau côté de chaque perle pour le mettre en évidence dans le chapelet. Les Indiens et les Chinois excellent dans ce travail et peuvent, dans leur journée, percer six cents grosses perles ou trois cents petites. On enfile sur soie blanche ou bleue les perles moj^ennes et petites ; on réunit les rangs par un nœud de ruban bleu ou par une houppe de soie rouge, et on les vend par masses de plusieurs rangs, suivant le choix. Les marchés pour le commerce des perles sont les mêmes que pour celui de la nacre. Ainsi que nous l'avons dit plus haut, on trouve quelquefois des perles dans certains coquillages d'Europe. La plupart proviennent des côtes septentrionales de la Grande-Bretagne, et sont connues dans le commerce sous le nom de perles cP Ecosse; elles n'ont, en général, qu'une médiocre valeur. Le commerce des perles d'Orient trouve ses principaux débouchés en Perse, dans l'Inde, Tlndo-Chine et la Chine. Il s'en importe aussi d'assez grandes quantités en Europe. C'est en Russie et en Italie que les perles baroques s écoulent le plus aisément. En Italie, il est peu de femmes du peuple qui ne possèdent pas au moins un collier de ces perles.

Quant aux perles globuleuses ou pyriformes d'une certaine grosseur, elles sont achetées par les joailliers de tous les pays. La semence , c'est-à-dire les très-petites perles, se vend beaucoup en Espagne pour les ornements d'église, mais c'est surtout en Orient qu'on remploie en broderies pour les vêtements. Les perles des pêcheries d'Amérique arrivent directement en France, en Espagne, en Angleterre, etc., par la voie de mer; celles de l'Inde passent par Constantinople ; une partie est expédiée de là sur Leipzig. C'est aussi à la foire de Leipzig qu'un grand nombre de marchands français, allemands et italiens vdht porter leurs perles pour les vendre aux Russes, aux Polonais et même aux Turcs, qui les achètent à titre de retour des châles, des pelleteries et des autres marchandises qu'ils ont placées en foire.

Pintadine. — Mère perle.

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Préparation de l'holothurie.

On la nomme vulgairement cornichon el concombre de mer, et ce nom donne assez bien Tidée de son apparence. C'est une grosse masse charnue allongée, dont la forme est tantôt celle d'un cylindre, tantôt celle d'un fuseau, d'une massue, d'un

prisme pentagonal, etc. Il y en a qui n'ont que quelques centimètres de long, d'autres atteignent i mètre. La peau est molle chez les uns, coriace chez les autres; quelquefois transparente, d'autres fois opaque ; plus ou moins lisse et dans certaines espèces très-raboteuse. Le tube digestif s'étend d'une extrémité à l'autre du corps ; a un bout est la bouche placée au fond d'une espèce d'entonnoir et entourée d'un certain nombre d*appendices. Si on l'irrite, l'holothurie vomit tous ses viscères, et ces viscères se reproduisent. Dans une région plus ou moins étendue du corps, elle fait sortir un certain nombre de suçoirs rétractiles qui sont ses pieds ; elle s'en sert pour s'attacher aux rochers et pour changer de place, bien qu^elIe puisse également se mouvoir à la manière des serpents, par une sorte de reptation.

On en trouve dans presque toutes les mers, souvent à de grandes profondeurs, quelquefois près des bords, et il arrive que les vagues en jettent sur le rivage. Mais en beaucoup d*endroits, on n'attend pas qu'elles viennent d'ellesmêmes et on va les chercher. L'holothurie passe en effet pour un manger délicieux ; les Napalîtains en font grand cas , mais c'est surtout en Chine qu'on l'estime. Le fameux trépang est une holothurie ; il est dans le Céleste-Empire l'objet d'une grande pêche et d'un grand commerce, et Ton dit

que bien longtemps avant que les Européens connussent la Nouvelle-Hollande, les Malais se rendaient sur les côtes de ce continent pour y pêcher les holuthuries qui y abondent.

Dumont d'Urville a été témoin de cette pêche. U Astrolabe et la Zélée^ commandées par cet illustre explorateur, étaient mouillées dans la baie de Rafles. Sur un îlot, les savants officiers de l'expédition avaient établi leur observatoire.

a Souvent dans mes courses j'avais remarqué sur plusieurs points, raconte Dumont d'Drville, de petits murs construits en pierre sèches et affectant la forme de plusieurs demi-cercles accolés les uns aux autres. Vainement j'avais cherché à me rendre compte de l'usage auquel étaient destinées ces constructions, lorsque les pêcheurs malais arrivèrent. »

Quatre Tpraos, portant les couleurs de la Hollande, étaient entrés dans la baie et avaient laissé tomber leurs ancres à une encablure de l'observatoire. A peine les bateaux étaient-ils ancrés, que les Malais descendirent dans l'île plusieurs grandes chaudières en fonte affectant la forme d'une demisphère, dont le diamètre atteignait souvent la longueur d'un mètre ; ils les placèrent sur les petits murs en pierre dont j'ai parlé et qui leur servent de foyers. Près de ces fourneaux improvisés, ils élevèrent ensuite des hangars en bambous, cora-

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posés de quatre forts piquets fichés en terre, supportant une toiture qui recouvrait des claies destinées probablement à faire sécher le poisson lorsque le temps est à l'orage.

Les patrons s'étaient empressés de venir saluer les marins français. « Us m'apprennent que, partis de Marcassar vers la fin d'octobre, lorsque la mousson d'ouest commence, ils vont pocher les holothuries (le trépang) le long de la côte de la Nouvelle-Hollande, depuis Tîle Melvillc jusqu'au golfe de Carpentarie, d'où les vents d'est les ramènent ; en opérant leur retour, ils visitent de nouveau tous les points de la côte, mouillant dans les baies où ils espèrent pouvoir pêcher avec succès et compléter leur chargement. Nous sommes aux premiers jours d'avril, la mousson d'est est définitivement établie, les pêcheurs malais retournent dans leurs foyers, et en passant, ils viennent exercer leur industrie dans la baie de Rafles. »

Cette foule d'hommes travaillant avec activité à établir leur laboratoire avait donné à cette partie de la baie un aspect inaccoutumé qui ne pouvait manquer d'attirer vers ce point les sauvages habitants de la Grande-Terre. « Bientôt, en effet, ils accoururent de tous côtés ; presque tous atteignirent la petite île, soit à la nage, soit en traversant à gué la nappe d eau peu profonde qui la sépare de la Grande-Terre. Je n'aperçus qu'une seule pirogue

29i LES GRANDES PÊCHES.

en écorce d'arbre , mal assemblée , et qui avait donné passage à trois de ses visiteurs. Lorsque la nuit arriva, les Malais avaient terminé tous leurs apprêts ; quelques-uns d'entre eux seulement restèrent à la garde des objets déposés à terre, tous les autres regagnèrent leur bateau. »

Dumont d'Urville visita un de ces praos. c< La carène nous parut solidement établie, les formes mêmes ne manquaient pas d'élégance; mais le plus grand désordre semblait régner dans l'arrimage; au-dessus d'une espèce de pont formé par des bambous et des claies en jonc, on voyait au milieu des cabines, ressemblant à des cages à poules, une infinité de paquets, des sacs de riz, des coffres, etc. En dessous se trouvait la cale à eau, la soute du trépang et le logement des matelots.

« Chacun de ces bateaux est muni de deux gouvernails (un de chaque côté), qui se soulèvent à volonté lorsque le bateau touche le fond. Ces navires vont ordinairement à la voile ; ils sont munis de deux mâts sans haubans qui peuvent à volonté se rabattre sur le pont au moyen d'une charnière. Leurs ancres sont toutes en bois, car le fer n'entre que bien rarement dans les constructions malaises. Leurs câbles sont en rotin ou en gomoton. L'équipage se compose de trente-sept hommes environ. Le nombre des embarcations est de six pour chaque bateau. »

Le lendemain, ces embarcations se dispersèrent dans la baie, et la pèche commença. Le premier mérite du bon pêcheur est de savoir parfaitement plonger ; il doit aussi avoir Tœil assez exercé pour distinguer aisément Tholothurie sur le fond de Teau; il la prend à la main. Tous les hommes plongeaient, sauf les patrons de chaque embarcation qui se tenaient debout dans leurs barques. Il était midi ; c'est le moment le plus favorable pour la .pêche; plus le soleil est élevé sur l'horizon, et mieux les plongeurs peuvent apercevoir leur proie et la saisir. L'astre ardent versait ses rayons sur Jeurs têtes sans les incommoder. Nos marins pouvaient les voir sous l'eau. Chaque homme en remontant à la surface tenait une ou deux holothuries de chaque main, les jetait dans les canots et disparaissait aussitôt. Quand les embarcations furent suffisamment chargées, d'autres les remplacèrent et les premiers regagnèrent l'îlot.

Aussitôt débarqué, le trépang, encore vivant, est jeté dans une chaudière d'eau de mer bouillante, et on le remue constamment au moyen d'une longue perche de bois appuyée sur une fourche fichée en terre afin de faire levier. L'animal rend en abondance Teau qu'il contient; au bout de deux minutes environ, on le retire de la chaudière. Un homme armé d'un large couteau l'ouvre pour en extraire les intestins, puis il le rejette dans une

seconde chaudière, où on le chauffe de nouveau avec une très-petite quantité d'eau et de Técorce de mimosa. II se forme dans la deuxième chaudière une fumée abondante produite par Técorce qui se consume. Le but de cette dernière opération semble devoir être de fumer l'animal, afin d'assurer sa conservation. Enfin, en sortant de là, le trépang est placé sur des claies et exposé au soleil afin de se sécher. Il ne reste plus ensuite qu'à l'embarquer.

Il était deux heures de l'après-midi quand les plongeurs cessèrent de pêcher et vinrent à terre. Bientôt ils entourèrent la tente du navigateur français. Le commandant du prao qu'il avait visité la veille lui offrit du trépang. Dumont d'Drville lui trouva un goût analogue à celui du homard, mais une répugnance invincible l'empêcha d'en manger ; ses hommes le trouvèrent fort bon. Ce zoophyte se vendait alors trente-deux francs environ les 125 livres sur les marchés de la Chine. Le capitaine dont il vient d'être question estimait son chargement à trois mille francs ; il lui avait fallu trois mois pour le faire.

Il était près de quatre heures lorsque les Malais terminèrent leurs opérations. En moins d'une demiheure, ils eurent embarqué leur récolte; les hangars furent démontés et rapportés, ainsi que les chaudières, sur les bateaux qui se préparèrent à

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appareiller; 5 huit heures du soir, ils avaient hissé leurs voiles et ils sortaient de la baie.

Au même groupe que l'holothurie appartient la synapte découverte par M. de Quatrefages dans le sable des îles Chausey.

« Lorsque je conservais pendant quelque temps des synaptes vivantes dans un vase d'eau de mer, je les voyais se morceler d'elles-mêmes, dit le naturaliste qu'on vient de nommer. Le jeûne est la seule cause de ces amputations spontanées. Au bout de quelques jours, il ne restait souvent qu'un petit ballon sphérique couronné par les tentacules. La synaple, pour conserver la vie à sa tête, s'était peu à peu retranché tout le corps. »

Holothurie.

Engin pour la pêche du corail.

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