LE CACHALOT
Le cachalot a une rangée de dents cylindriques ou coniques de chaque côté de la mâchoire inférieure. La supérieure n'en a pas ou n'en a que de fort petites cachées dans la gencive ; mais cette mâchoire est creusée de cavités dans lesquelles se logent, lorsque la bouche est fermée, les dents de la mâchoire opposée. La tête forme la moitié et plus de la longueur totale du corps ; sa structure est des plus singulières : tout le dessus de la face et du crâne a, dans le squelette, la forme d'un vaste bassin ovalaire dont les bords, hauts de 2 mètres à la partie postérieure, s'abaissent vers l'avant, où ils deviennent nuls. Ce sont principalement les os maxillaires qui forment cette grande cavité ; elle est fermée en dessus par une sorte de tente'fibro-cartilagineuse, et divisée comme en deux étages par un plancher membraneux. Ces deux compartiments sont remplis d'adipocire, nommé aussi, mais improprement, spermaceti eiblanc de baleine, et qui est une espèce d'huile qui devient blanche et solide en se refroidissant. Comme les cavités que
nous venons de décrire communiquent avec des canaux, contenant également de Tadipocire, qui se distribuent dans différentes parties du corps et s'entrelacent dans le tissu sous-cutané, le cachalot
Cachalot.
fournit beaucoup plus de cette matière grasse que son réservoir céphalique n'en peut contenir. Ce réservoir se remplit à mesure qu'on le vide, et M. Quoy rapporte qu'on en a retiré 24 barils de 124 pintes chacun d'un individu long de 64 pieds. Le canal de l'évent traverse obliquement cette
masse d'adipocire et s'ouvre un peu à gauche, près du bord supérieur du mufle. Les jets d'eau qui en sortent sont dirigés obliquement en avaiit. Ils sont plus élevés et plus fréquents que dans la baleine.
Outre l'adipocire, le cachalot fournit de l'huile, mais il en donne moins que la baleine, la couche de lard qui s'étend sous la peau étant moins épaisse que chez cette dernière. En échange, il fournit une troisième substance plus précieuse encore que les deux autres : lambre gris, qu'on trouve par masses de 1 à 15 kilogr. flottant sur la mer ou échoué sur les côtes où la mer Ta jeté. Son origine a été longtemps mystérieuse. Lemery pensait que c'était un mélange de cire et de miel altérés par le soleil et par l'eau salée. On sait qu'il est employé dans la parfumerie et la médecine. Les mahométans, qui font le pèlerinage de la Mecque, Toffrent au prophète en guise d'encens. Dans certaines régions de l'Afrique, on s'en sert pour apprêter les aliments. Swédiaur nous a fixés sur la nature de ce médicament, de ce parfum, de cet encens, de ce condiment : l'ambre gris est l'excrément du cachalot malade. C'est l'excrément endurci dans le caecum, où les matelots vont le chercher à l'aide de fortes perches. Un pêcheur américain s'en procura de cette manière un morceau de 65 kilogr., dimension qui n'a rien de sur-
prenant, puisque le cachalot atteint jusqu'à 35 mètres de long.
Leiir nourriture se compose principalement de mollusques; les débris de mâchoires de sèches abondent dans Fambre gris. Le cachalot passe la gueule ouverte, happe sa proie, plonge ses cinquante dents dans le corps de la victime, et presse assez fortement Ids mâchoires pour que les parties du poulpe qui se trouvent en dehors du périmètredela gueule se séparent, s'échappent et flottent sur l'eau, annonçant au pêcheur la présence du cétacé. On dit qu'il poursuit les plus gros poissons, les requins même, et, parmi les mammifères, les marsouins et les phoques. Anderson rapporte qu'on a trouvé dans l'estomac de l'un d'eux des carcasses de phoques ayant 5 mètres et plus de longueur. C'est l'effroi de tous les animaux marins : on l'a surnommé le tyran des mers. « Sa force est imnuense, son appétit insatiable : s'il rencontre un ennemi, il l'affronte et ne l'abandonne que vaincu. Quand il reçoit le harpon que l'homme a dirigé contre lui, il s'avance vers l'embarcation agressive, lève la tête, ouvre la gueule, et s'apprête à broyer sous sa puissante mâchoire les hommes, le bois, les instruments de pêche, enfin tout ce qui se trouve à sa portée. Le pêcheur évite le danger en s'éloignant de la bête irritée. Il s'efface, la laisse passer
furieuse el saisit le moment où il est par son travers pour lui plonger sa lance dans le poumon. Blessée et haletante de fureur, celle-ci ferme la gueule avec un bruit sinistre et fait entendre un grincement qui donne le frisson. Qui pourrait se défendre d'un moment d'effroi à la vue de cet étau vivant, à la pensée de la mort qui attendrait celui qui tomberait dans cet enfer? » On dit qu'un cachalot peut défoncer un navire en se ruant sur lui. Certains auteurs prétendent qu'il broie une barque entre ses mâchoires.
C'est surtout dans la partie équatoriale du grand Océan et de l'Atlantique qu'on les rencontre ; ils y forment des bandes, des gammes, comme disent les baleiniers, presque aussi nombreuses que celles des marsouins.
Le cachalot va toujours droit devant lui, debout au vent la plupart du temps, et avec une vitesse qui atteint douze et même quinze nœuds ; ses séries de souffles sont au nombre de quinze, vingt, et même trente à moins d'une minute d'intervalle, et quand on aperçoit ces petits nuages paraître de moments en moments, bien loin sous le vent du navire, on doit se préparer longtemps à l'avance à mettre les pirogues à l'eau, afin de n'être pas pris au dépourvu. Comme il est resté longtemps à la surface de l'eau, le cachalot reste longtemps aussi dans ses profondeurs. Souvent, au moment d'une
sonde, le pêcheur se porte vers le lieu où il présume que l'animal doit se relever, et il attend 40, 50, 60 minutes même, sans que rien vienne répondre à son attente. Il s'imagine alors que l'animal a changé de route. Il s'éloigne et regagne son navire ; mais, après un temps qu'il estime toujours, il est vrai, plus long qu'il n'est en effet, il voit enfin reparaître les souffles, qui vont se succéder pendant 50 ou 40 minutes.