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LA BALEINE

Les baleines n'ont point de dents; leur mâchoire supérieure, au lieu de dents, porte des fanons.

On nomme ainsi de grandes lames cornées de texture fibreuse, très-élastiques, à bords effilés^ fixées par leur base à la mâchoire supérieure, et serrées les unes contre les autres comme les dents d'un peigne; elles entourent la bouche d'une sorte de tamis qui en laisse sortir l'eau, mais qui retient dans son intérieur les petits êtres dont la baleine se nourrit, car ce géant fait sa proie d'animaux de la plus petite dimension. Lors-^ que la bouche est fermée, le bord inférieur des

fanons se loge entre la langue et les branches de la mâchoire inférieure, qui sont fortement arquées en dehors.

Au printemps et en été, dans les lieux de pêche, la mer est par places colorée en rouge; on navigue quelquefois dans cette mer rouge pendant une journée entière. Sa coloration est due à une quantité innombrable de crustacés longs de 0'",002, larges de 0"',0055, semblables au homard pour la forme ; ils forment des bancs de 10, 15 et 20 lieues de long, sur quelques lieues de large, et épais de 3 ou 4 mètres. C'est un des mets favoris de la baleine ; un banc de ces crustacés est ce que les marins nomment la boëte de la baleine. Quand celle-ci arrive dans un banc de boëte, elle se met immédiatement en pèche. Pour commencer, elle abaisse ses lippes et sa mâchoire inférieure, étale bieil sa langue sur le plancher intramaxillaire inférieur, et s'avance d'un mouvement lent et uniforme au milieu des infiniment petits qu'elle se dispose à engloutir. Sa bouche présente alors une ouverture antérieure de forme irrégulièrement triangulaire, arrivant entre 5, 6 ou 7 mètres carrés. A mesure qu'elle s'avance, l'eau qu'elle traverse et qui entre dans sa bouche, s'échappe latéralement par les intervalles qui séparent les fanons, mais elle s'échappe seule. La boëte s'attache aux poils des fanons ou se

colle au palais. C'est une filtration qui s'opère avec la plus grande régularité. Quand elle a parcouru un espace de 40 ou 50 mètres, elle se trouve avoir assez de boëte dans la bouche. Sans cesser sa course, elle parait pourtant la ralentir; elle relève sa mâchoire inférieure, réapplique ses lippes sur ses fanons, et gonfle sa langue de manière à lui faire occuper toule la capacité de la bouche fermée. L'eau contenue tout à l'heure dans ce vaste entonnoir s'échappe par les interstices des fanons; la pointe de la langue ramasse par un mouvement de rotation tous les crustacés pris aux barbes intérieures, et, les réunissant en une boule grosse comme le poing, les porte à l'entrée du pharynx, où s'exécute le mouvement de déglutition qui porte ce bol alimentaire dans l'œsophage et de là dans le premier estomac. Ce dernier temps de l'opération achevé, la mâchoire s'abaisse de nouveau, les lippes s'ouvrent et la pêche recommence.

Malgré sa force prodigieuse, c'est un animal timide qui, attaqué, cherche son salut dans la fuite.

Au commencement du printemps, on rencontre des mâles isolés et qui paraissent toujours faire route. Us sont certainement à la recherche des femelles. On les voit alors exécuter de grands mouvements : tantôt l'animal se roule plusieurs fois sur

lui-même, montrant successivement ses deux pectorales ; lanlut il s'élève verticalement, du tiers, de la moitié et plus de sa longueur et se rejette sur le côté, en faisant bouillonner la mer comme un navire qui chavirerait. Ces bruits sont un appel ; bientôt de nouvelles baleines viennent se joindre à celle qui les convoque, et les mêmes jeux recommencent pour durer très-longtemps, si les pêcheurs ne les interrompent. A mesure que l'intimité s'établit enlrc un mâle et une femelle, le couple s'isole delà bande. Les deux époux nagent côte à côte. Si une femelle est piquée par le harpon dans les premiers jours de son union, on voit le mâle faire mille efforts pour la dégager. 11 passe et repasse autour d'elle pour la délivrer de Tarme qui la blesse, il fait mine de se tourner contre Tagresseur, mais sa timidité reprenant le dessus, il s'éloigne au moindre attouchement. Pourtant il ne veut pas abandonner sa femelle, il la suit, la précède, semble vouloir l'entourer de ses nageoires, et en fin de compte, il finit souvent par être victime de son affection. A mesure que l'amour des deux époux devient moins ardent, le lien qui les unissait se relâche, et le moindre tiraillement peut le rompre.

L'amour maternel dure plus longtemps, est plus fort que l'amour conjugal. La mère soigne son petit comme une partie d'elle-même, ou plu-

I6t beaucoup plus qu'elle-même, car elle sacrifie sa vie pour essayer de le sauver. Quand le pêcheur s'approche d'une mère et d'un jeune, il a soin de rechercher toujours -le jeune, parce que celui-ci est moins agile, moins puissant, moins habitué au danger ; mais la mère se place, autant qu'elle peut, entre son nourrisson et l'agresseur, elle excite son petit à fuir, en le poussant de ses ailerons et de son corps ; et quand, malgré ses encouragements, malgré ses colères maternelles, l'enfant ne nage pas assez vite, elle lui passe un de ses ailerons sous le ventre, le soulève et le tenant ainsi collé contre son cou et son dos, l'emporte de toute la vitesse qu'elle peut déployer. Elle échappe souvent, emportant ainsi ses amours. Mais souvent aussi sa surveillance est mise en défaut, et son petit est atteint par le harpon ; alors c'est un désespoir furieux, elle passe sous l'enfant, le soulève sur sa nageoire, cherche à l'emporter, et gémit, la pauvre mère, quand arrivée à tendre la ligne, elle voit ce cher objet de tant d'affection glisser du siège qu'elle lui avait si tendrement préparé. Elle retourne à lui, le soulève encore, essaye de le ranimer par les mille moyens qu'une mère seule invente, et reçoit elle-même le coup mortel sans avoir vu son propre danger. Elle meurt si sûrement que les baleiniers cherchent toujours à piquer le petit. Celui-ci amarré, ils tuent la mère

sans lui envoyer de harpon : ils la tiennent par un lien bien plus fort que toutes les lignes de pèche possibles.

On distingue les baleines proprement dites , qui n'ont pas de nageoires sur le dos, des baleinoptères qui sont pourvus de cet organe. L'espèce la plus célèbre est la baleine franche^ qui appartient au premier de ces groupes. Elle descendait autrefois jusque dans nos mers; on ne la trouve plus aujourd'hui que dans celle du Nord. Pendant longtemps elle a passé pour le plus grand des animaux, mais sa taille ne parait pas excéder 26 à 27 mètres, mesure que le rorqual, qui est un baleinoptère, dépasse de beaucoup, mais elle est plus grosse que celui-ci. On calcule que le poids d'une baleine longue de 2U mètres seulement est d'environ 70 tonnes, et qu'il équivaut à peu près à celui de 300 bœufs gras. Sa tête forme à peu près le tiers de sa longueur. Ses mâchoires ont de 3",33 à 6'",66 de large. Sa peau est noire et spongieuse, les parasites l'envahissent ordinairement. Une couche de lard d'une énorme épaisseur revêt tout son corps et donne une immense quantité d'huile. Ses fanons ont de 1 à 5 mètres, suivant la partie de la bouche qu'ils occupent. Sa force est immense ; d'un seul coup de queue, elle peut lancer en l'air une chaloupe et son équipage.

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