PERFECTIONNEMENT DE LA PÊCHE
L'abandon où est réduite, en France, la pêche des cétacés, a deux causes principales : la rareté de la baleine franche et l'imperfection de Tarmement. ,
Ces deux causes ne sont pas irrémédiables.
Preuve : la situation de cette grande industrie aux États-Unis.
Déchirée par la guerre civile, la république américaine entretenait encore plus de trois cents bâtiments pêcheurs dans le nord du Pacifique et dans les archipels de TOcéanie. Combien pouvions-nous lui en opposer? Trois!
Des causes susdites, celle qu'on a mentionnée en premier lieu commande l'autre. Avec un armement plus imparfait encore que celui de nos pêcheurs, les anciens baleiniers ont réalisé des profits considérables. Confiante et nombreuse, la baleine se laissait plus facilement approcher qu'aujourd'hui et, après une occasion manquée, une occasion nouvelle se rencontrait bientôt, ce qui n'a plus lieu. L'outillage n'a paru insuffisant que du jour où la baleine franche est devenue méfiante et rare.
M. le docteur Thiercelin raconte une campagne faite dans la baie de Chesterfield par deux navires français, le Gustave et le Winslow, qui avaient associé leurs efforts. Sur dix-sept baleines piquées, trois furent tuées ; sur trois baleines tuées, deux furent prises.
Le harpon aujourd'hui employé ne diffère qu'en deux points de celui dont les Basques se servaient il y a quatre cents ans : 1° sa lame est moins large, ce qui fait qu'il pénètre plus aisément dans la chair ; 2® il est à bascule, c'est-à-dire que, dès que le coup a porté, le manche se met à angle droit avec la tige, ce qui permet de s'amarrer plus solidement.
Il se lance comme auirefois à la main et on ne peut l'envoyer à plus de 5 ou 6 brasses (8",! à O"*,?). Trop rarement pénètre-t-il à la profondeur voulue. « Sur cinq ou six baleines piquées, il arrive souvent qu'une seule se trouve bien amarrée. » Quand, par suite d'un faux jugement sur la distance, par maladresse ou par frayeur, le harponneur a mal piqué, la baleine, par une vive contraction de ses . peaussiers , se débarrasse promptement de l'arme qui l'a blessée ; aussitôt libre, elle part dans le vent, et c'est en vain qu'on voudrait la poursuivre ; on la perd de vue après quinze ou vingt minutes ; elle entraîne même le plus souvent toutes ses compagnes et devient plus difficile à accoster.
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Le harpon s'est-il solidement fixé dans les chairs de l'animal, alors, commence cette fuite effrénée avec alternative de sondes et de souffles. Ici se place une invention américaine qui est le seul perfectionnement notable apporté depuis les Basques à l'armement du pêcheur. Naguère, la baleine harponnée était attaquée à coups de lance; les Américains ont remplacé la lance par ce qu'ils nomment la bombe-lance, projectile explosif envoyé par un fusil q^ui porte juste à la distance de 15 à 50 brasse (24 à 48 mètres).
Cette bombe est un tube en fonte aigre de 3 à 4 décimètres de long et d'un diamètre de 2 à 3 centimètres, rempli de poudre de chasse (100 grammes environ) et terminé, en avant, par une pyramide triangulaire, à faces évidées, aux angles tranchants et à pointe très-aigué; en arrière, par un tube plus étroit contenant une mèche. On verse dans le fusil une quantité déterminée de poudre, on recouvre celle-ci d'une bourre percée en son milieu et, par-dessus la bourre, on place laJ)ombelance, de manière que la mèche touche la bourre. La pointe du projectile dépasse de 1 à 2 centimètres l'extrémité du canon.
Tel est l'outil. Voici la manière de s'en servir.
La baleine étant amarrée au moyen du harpon lancé à la main, on se haie sur la ligne, de manière à se trouver, autant que possible, par le tra-
vers de l'animal au moment où il montre ime partie notable de son corps. Si le coup est beureux, la bombe pénètre dans les parties charnues, portant avec elle la mèche allumée par l'explosion du fusil. Quelques secondes après, un bruit sourd se fait entendre. Le cétacé fait un soubresaut violent et meurt presque instantanément si l'explosion a eu lien au milieu du poumon.
Mais ce n'est pas ordinairement le cas. Qu'on se représente le chasseur debout sur l'avant d'une pirogue ballottée par la lame et par la traction de la baleine ; qu'on se rappelle combien est rapide (1 à 2 secondes) Pinstant pendant lequel l'animal peut être accosté ; qu'on ait égard enfin à l'émotion inséparable d'une pareille situation, et l'on comprendra que le lieu d'élection n'est pas souvent atteint. M. Thiercelin nous montre, durant la campagne dont il a été question plus haut, une baleine amarrée par la troisième pirogue du Gustave. Cette pirogue était commandée par un baleinier expérimenté et ardent. Il tire sur l'animal trois coups de fusil ; un seul porte. La baleine, malgré ses blessures, gagna la passe. On dut couper la ligne ; c'était à recommencer. Atteint partout ailleurs que dans le tissu pulmonaire, et la bombe eût-elle produit les plus graves désordres dans l'abdomen ou fracturé les os de la tête, ou déchiré les lobes de la queue, l'animal ne meurt pas de
suite, si tant est qu'il meure. « Le temps se passe • la nuit vient, il faut souvent couper la ligne et tout est perdu. »
• D'ailleurs,, l'emploi de la bombe-lance ne dispense pas de la première attaque par le harpon. Ce perfectionnement, si important qu'il soit, est donc loin d'avoir remédié aux inconvénients et à Pinsuffisance de l'armement des baleiniers.
Mais cela n'empêche pas les Américains d'envoyer chaque année des centaines de bâtiments i\ la pêche des cétacés, et de réaliser, par ce moyen, des fortunes colossales et rapides. Pourquoi ? Pour deux raisons principales, dont la première est que la baleine franche devenant de plus en plus rare et farouche, les Américains se sont adonnés à la poursuite d'un autre gibier.
La baleine franche, en effet, n'est pas le seul cétacé à fanons qui puisse donner des produits, et les cétacés à fanons ne sont pas les seuls (même le cachalot mis à part) qui méritent d'hêtre chassés.
Cuvier a classé près des cétacés souffleurs, et de Blainville a rapproché des éléphants un groupe d'animaux qui ont, avec les cétacés proprement dits (dauphin, cachalot, baleine, etc.), une grande analogie de forme et d'organisation, mais qui s'en distinguent, entre autres traits, par l'absence d'évents, leurs narines s'ouvrant non point à la par-
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lie supérieure de la tête, mais à Textrémité du museau.
Ce sont les cétacés herbivores des naturalistes, les tritons et les sirènes des anciens , les hommesmarins et les poissons-femmes des modernes.
Leur lèvre ombragée de longs poils, leurs mamelles pectorales, Thabitude qu'ils ont d'élever la partie antérieure de leur corps verticalement au-dessus de l'eau, l'adresse avec laquelle ils se servent de leurs nageoires comme de bras pour porter leurs petits : ces traits grossiers de ressemblance avec l'homme leur ont valu l'honneur d'être considérés, par des gens qui n'y regardaient pas de près, comme les ancêtres aquatiques de notre espèce. Ils sont herbivores, ne s'écartent pas beaucoup des côtes, fréquentent principalement l'embouchure des fleuves, les remontent quelquefois, viennent souvent à terre, rampant et s'aidantde leurs membres antérieurs plus flexibles que ceux des autres cétacés, vivent par troupes, montrent de l'attachement les uns pour les autres et se laissent assez facilement approcher. Tels sont : le lamantin (ainsi nommé à cause de la ressemblance de ses nageoires avec des mains) et le dugong, dont la tête a quelques rapports avec celle d'un éléphant dont on aurait coupé la trompe.
Jadis, Dieppe et Dunkerque équipaient des bâtiments qui allaient pêcher le lamantin dans la ri-
vière des Amazones. Ce que nous faisions autrefois, les Américains le font aujourd'hui ; cette importante innovation n'est que le rétablissement d'une ancienne pratique. Leurs premières expéditions dans les mers du Sud furent dirigées contre les cétacés herbivores; elles eurent pour théâtre les îles et les côtes les plus désertes des régions australes. Ils ne s'en tinrent pas là. Sur le banc du Brésil, à Tristan, vers la côte d'Afrique, vivait en grandes troupes mne baleine moins grosse que celle du Nord ; les Américains pensèrent que le nombre des individus compensait leur petitesse relative. Ils s'adonnèrent à la poursuite de cette espèce, et c'est ainsi que furent édifiées les grandes fortunes dont il a été question.
Nous avons dit que leur succès a une autre cause. Celle-ci réside dans la durée de leurs expéditions. Aussitôt que leur chargement est complet, les baleinières se rendent dans un port voisin des lieux de pêche, y déposent l'huile , prennent de nouveaux fûts et des provisions fraîches et retournent vite à l'œuvre. Des navires partis du port d'armement ont apporté ces ustensiles et ces vivres ; ils emportent les produits de la pêche ; deux fois par an ils font ce voyage. Des pêcheurs ont pu, grâce à cette combinaison, rester cinq ou six ans dehors et rentrer avec une vraie fortune.
M. Thiercelin ne paraît pas croire que cette com-
binaison soit aisément réalisable avec des équipages français, moins patients, à ce qu'il paraît, moins persévérants, plus exigeants en fait de bienêtre matériel que les équipages américains. Je ne fais qu'indiquer ce point, n'ayant pas d'éléments d'appréciation. Je ne puis cependant m'empécher de dire que nos matelots mériteraient probablement moins le reproche qu'on. leur fait si les armateurs n'avaient encouru celui que M. Thiercelin leur adresse de n'avoir pas su partager les bénéfices équitablement entre les capitalistes et les travailleurs.
J'insisterai au contraire sur les perfectionnements possibles de l'armement, les progrès réalisables dans cette direction étant probablement à notre portée.
Ce point a été l'objet des recherches de M. Thiercelin. L'innovation qu'il propose est toute une révolution. Après en avoir poussé l'étude aussi loin que faire se pouvait dans le laboratoire, il a voulu en diriger lui-même l'expérimentation, précaution qui n'î^vait rien d'excessif; car telle est dans cette industrie la puissance de la routine, qu'on a vu des baleiniers, chargés d'essayer de nouveaux engins de pêche , les rapporter sans les avoir dépaquetés. M. Thiercelin s'embarqua donc, le 7 avril! 865, à bord du baleinier le Gustave, qu'un jeune négociant du Havre, M. Emile Boissière, ja-
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loux de faciliter l'essai du nouveau procédé , n'avait pas craint d'équiper au moment même où nos armateurs s'accordaient à considérer la pêche de la baleine comme une industrie niorte.
L'auteur du Journal du baleinier s'est attaché à rendre pratique une idée déjà ancienne. Il propose d'empoisonner la baleine. D'autres avant lui l'ont proposé. On avait recommandé l'acide prussique ; il a été essayé ; un journal a même rapporté, il y a cinq ou six ans, qu'une baleine atteinte par un projectile plein d'acide prussique était morte foudroyée. Cela n'a pas empêché les pêcheurs de s'en tenir au procédé ordinaire, et, cette fois, ils ont bien fait, pour plusieurs raisons dont l'une suffira : l'instabilité de Tacide prussique, qui est telle, que plusieurs jours après avoir été préparé, ce poison si énergique peut être transformé en un corps complètement inerte.
L'acide prussique ne vaut donc rien. Quant à l'idée de l'inloxication , c'est autre chose. Qu'on trouve un agent stable, non dangereux pour le pêcheur, assez actif pour tuer en peu de minutes, et que le projectile contenant la substance toxique, puisse, comme la bombe-lance, être envoyé par une arme à feu : quelle simplification ! L'animal devant mourir promptement, l'amarrage est désormais inutile et c'est la partie la plus difficile de la pêche; l'amarrage supprimé rend
remploi du fusil bien plus facile ; le poison opérant en quelque endroit du corps qu'il soit mis en contact avec une surface saignante, et tous les points du corps devenant lieux d'élection, une grande précision de tir n'est plus nécessaire; enfin comme l'attaque peut se faire de loin, il est clair que les difficultés créées par la rareté et la méfiance des baleines sont fort amoindries.
Pendant plusieurs années , aidé des conseils de M. Wurtz, notre auteur se livra, dans le laboratoire de la Faculté de médecine, à des recherches comparatives sur la valeur de quelques poisons solides choisis parmi les plus énergiques. Enfin son choix se fixa sur un mélange du plus soluble des sels de strychnine avec un vingtième de curare. A la dose de 5 ou 10 milligrammes pour chaque kilogramme de l'animal empoisonné , ce mélange tue les quadrupèdes dans l'espace de 10 a 13 minutes. Ainsi pour un chien de 10 kilogrammes : 5 milligrammes; pour un cheval de 200 kilogrammes : 10 centigrammes. Il faudrait donc 40 grammes pour une baleine de 80,000 kilogrammes.
Le poison trouvé, restait à le mettre en contact avec la surface absorbante la plus large possible. Pour cela, M. Thiercelin a recours à la bombelance. Il met la cartouche pleine de poison dans la tube plein de poudre ; la charge de poudre se
trouve réduite à 60 grammes, mais c'est plus qu'il n'en faut pour produire la rupture du tube et déchirer les tissus de la béte.
On se garda bien de dire aux matelots du Gustave qu'ils allaient tremper dans une innovation. Il avait été convenu entre M. Thiercelin et le capitaine du baleinier que l'on n'enverrait les bombes empoisonnées qu'après l'amarrage au harpon, comme des bombes ordinaires. « De cette manière, écrit M. Thiercelin , l'équipage ignorerait même qu'il y eût un poison en jeu, et une fois la baleine morte, nous n'aurions pas à craindre les répugnances qui avaient déjà arrêté à plusieurs reprises des expériences analogues. Mais ce parti n'était pas sans inconvénients.
« Si on compare en effet les mouvements lents, presque réguliers, d'une baleine qui ignore le danger, aux soubresauts violents, saccadés, furieux de celle qui vient de recevoir un harpon et cherche à fuir, on concevra de suite combien l'envoi de la bombe-lance est facile dans le premier cas et combien il devient difficile dans l'autre. Au moment où la pirogue est entraînée dans la course de l'animal furieux, ballottée e;i tous sens par ses ricochets, ses sauts, ses bonds au-dessus de l'eau, l'officier n'a certes pas un grand loisir pour prendre à la main une arme lourde, l'épauler convenablement, viser juste et tirer à temps. Si
encore il n'avait que cela à faire I mais il lui faut éviter la baleine quand elle revient sur le boat, filer la ligne quand elle sonde, embraquer quand elle court, etc., etc., car c'est lui qui veille au salut commun, qui souvent y travaille seul ; les matelots conservent bien juste assez de sang-froid pour nager d'après son commandement. »
Aussi qu'arriva -t- il? C'est que les premières bombes empoisonnées firent toutes explosion dans l'air ou dans l'eau. M. Thiercelin, craignant que ses cartouches ne fussent jusqu'à là dernière consommées en pure perte, essaya d'amener le capitaine à commencer l'attaque par l'envoi des projectiles. Le capitaine parut goûter ce conseil et... défendit à ses officiers de rien changer à leur manière de faire. De sorte que la poudre continua de s'en aller au vent, comme le poison de s'en aller à l'eau.
« A la fin cependant , la fortune se lassa de m'être contraire, et deux faits, aussi évidents que possible, prouvèrent que je n'avais pas trop présumé des procédés que je conseillais. Une baleine piquée par un boat du Winslow était amarrée depuis quelque temps déjà, et rien ne faisait présumer que la lutte fût sur le point de finir. L'animal encore plein de vigueur nageait dans l'est et atteignait la passe où on allait être contraint do couper la ligne et de l'abandonner. A ce moment,
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M. Jamet qui se trouvait par le travers de la baleine, à 15 ou 20 brasses, lui envoya une bombe empoisonnée dans Tabdomen. Cinq minutes plus tard, le cétacé étendait une de ses pectorales au-dessus de Teau et cessait de faire le moindre mouvement. Après cinq autres minutes il mourait. »
Amenée à bord, dépecée et fondue, cette baleine ne donna lieu à aucun accident parmi^ les hommes qui se livrèrent à ce travail, « travail qu'ils auraient refusé de faire s'ils avaient connu la véritable cause de la mort de l'animal. » Aussi s'étonnèrentils grandement de la subite cessation de ses mouvements.
Le second fait est plus concluant encore.
Une baleine avait été harponnée, les officiers des deux navires lui lancèrent plusieurs bombes qui toutes portèrent ou trop haut ou trop bas, si bien même qu'on finit par renoncer à l'emploi du fusil et qu'on la tua à coups de lance. Mais le sort voulut qu'une de ces bombes perdues allât frapper dans l'abdomen, en un point très-rapproché de la queue, une baleine qu'on ne visait pas.
« L'animal s'éloigna rapidement, soufflant avec force et frappant violemment la mer de sa nageoire caudale. Les baleiniers, persuadés qu'elle n'était que légèrement blessée,* ne s'en préoccupèrent point. Cependant le hasard m'avait cette fois servi à souhait. Il veYiait donner une preuve
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irréfragable en faveur de mon procédé. La baleine s'éloigna rapidement pendant cinq minutes, puis elle étendit une de ses nageoires pectorales, comme avait fait la première, et continua sa course avec la vitesse acquise, mais sans remuer aucun de ses organes moteurs. Six minutes s'écoulèrent à peine dans cette immobilité relative, et un boat vint lui envoyer un harpon quand elle était déjà morte. »
Ces faits ont été racontés par M. Thiercelin dans le Journal d'un baleinier ^ il en a depuis fait connaître d'autres dans une note adressée à l'Académie des sciences. Nous allons les résumer.
Le 5 décembre 1863, sur les côtes d'Australie, une baleine d'une espèce qu'on n'a pas pêchée jusqu'ici, une juborte (baleine à aileron dorsal), est atteinte à son tour par une bombe empoisonnée : frémissement général qui dure deux minutes, puis pendant deux minutes encore, mouvement de progression automatique, après quoi l'animal chavire, se renverse et coule.
Le 10 mai 1864, en vue des îles Kouriles, c'est encore une jubarte qui sert de point de mire ; elle meurt en quatre ou cinq minutes.
Le 10 août, dans la merd'Ochotsk, une baleine polaire est frappée et meurt par 15 brasses d'eau, sans qu'on ait constaté aucun mouvement.
Le 2 février 1865, dans la baie de Sainte-Marguerite (Basse-Californie), une baleine noueuse, de la variété que les Anglais nomment Gray-Baci, ayant reçu une bombe, meurt pour ainsi dire sur le coup. Elle coule par 10 brasses d'eau assez claire pour qu'on puisse s'assurer qu'elle ne fait aucun mouvement.
Abrégeons : le 28 du même mois, le 1®" mars, le 7 juillet et le 6 septembre, dans la baie susdite et dans la mer de Behring, quatre baleines, dont deux polaires, atteintes à leur tour par la bombe empoisonnée, meurent : trois en dix minutes, une en dix-huit minutes, trois après quelques convulsions, une sans faire aucun mouvement.
Les observations sont donc jusqu'ici au nombre de dix. On les jugera sans doute décisives. Loin que les cétacés se montrent rebelles à l'action du poison, ils paraissent être plus sensibles à son action que les mammifères terrestres ; il y aura donc lieu dans la pratique de diminuer la dose de l'agent toxique, afin de provoquer une mort moins rapide.
Le temps écoulé entre celle-ci et l'instant de la pénétration delà bombe est, comme on voit, trèsvariable ; la mort a été pour ainsi dire instantanée dans un cas, elle s'est fait attendre dix-huit minutes dans un autre ; le plus souvent elle'est survenue dans l'espace de quatre à dix minutes . Ces différences
sont dues probaBlement à ce que, selon que la bombe se brise plus ou moins complètement, le poison est répandu sur une surface saignante plus ou moins considérable. L'influence de la dissémination est mise en relief par quelques-unes des expériences que M. Thiercelin a faites à la Faculté de médecine. Jl lui arriva de déposerdans une plaie étroite une dose de poison double de celle qui, en contact avec une surface plus grande, suffit pour donner la mort; l'animal, après une suite d'accès tétaniques, revient à la santé.
Des dix baleines empoisonnées, deux (lesjubartes) étaient de celles qu'on ne pêche pas, pour la seule raison qu'on ne les a jamais pêchées. Pleins de respect pour la routine, les baleiniers abandonnèrent aux^ carnassiers marins les cadavres des deux géants. Deux autres baleines furent perdues par suite de fortunes de pêche indépendantes de la nouvelle méthode. Les six autres furent fondues, donnèrent leur huile et leurs fanons. Des hommes qui avaient aux mains des écorchures et mêmes des plaies récentes les touchèrent sans éprouver le moindre accident.
Qu'on compare les effets de la bombe empoisonnée à ceux de la lance et de la bombe ordinaire, on ne pourra nier la supériorité de la nouvelle méthode.* Espérons que cette méthode ne
tardera pas trop à se répandre, et que, grâce à el! e, la pèche de la baleine, à peu près abandonnée par nos mari.is, prendra chez nous un nouvel essor.
baleines pienant leurs ébats.