‹ Les grandes religions [microforme]Chapitre 11 sur 36 · À LL ( “ i ( an 1 É · texte numérisé non relu

À LL ( “ i ( an 1 É

La grande vérité que Mahomet enseigna, par rapport au devoir de l’homme, jaillit de sa conceplion de Dieu. « Islam, écrit Carlyle, veut dire que nous devons nous soumettre à Dieu, que toute notre force consiste dans une soumission résignée à Lui, quoi qu'il nous fasse... On a toujours cru que la sagesse par excellence n’était pas de se soumettre simplement à la nécessité — la nécessité oblige de se soumettre — mais de savoir et de bien se persuader que cette dure chose que la nécessité commande est la plus sage, la meilleure, la chose qui nous manque; de plus, d’abandonner ces folles prétentions de passer au creuset du cervelet de l’homme, le monde de ce grand Dieu, de se dire que ce monde possède réellement (bien que plus bas que nos sondages) une juste loi dont l’idée est bonne, que le rôle de l’homme est de se conformer à la loi de l’ensemble et de la suivre dans un religieux silence, ne posant point de questions, mais obéissant à cette loi comme dépassant toute question. Telle est l’àâme de l’Islamisme ; à vrai dire, c’est l’âme du Christianisme, car l’Islamisme se définit une forme confuse du Christianisme ; si le Christianisme n’avait pas existé, l’Islamisme n’existerait pas non plus. Le Christianisme nous commande aussi, avant tout. de nous démettre de nous-mêmes. »

Oui, le Christianisme fait cela et plus encore. Il nous révèle aussi, dans toute sa plénitude, le caractère de Dieu qui nous commande de faire sa

volonté, « Se soumettre, dit l’évèque Butler, c’est toute la religion. » S’il en était ainsi, Mahomet aurait proclamé toute la religion. Mais il n’en est rien et l’évêque n'indique qu’un seul côté de la vérité. Si la soumission était toute la religion, jamais l’homme ne s'élèverait au-dessus de l’esclave, La vraie religion n’enseigne pas seulement à l’homme le devoir de la soumission, elle révèle le nom et le caractère de Dieu d’une manière telle que la soumission s’élève à la hauteur d’une relation filiale, et la relation filiale implique une indépendance relative qui garantit le progrès. En d’autres mots, la vraie religion cultive dans l’homme les éléments de sociabilité et de progrès aussi bien que le devoir de la dépendance. L’évêque de Ripon n’exagère pas quand il déclare que tandis que l’Islamisme insiste fortement sur l’élément de la dépendance, il néglige complétement les deux autres éléments de la religion (1). On s’est efforcé, à la vérité, de les greffer sur le système, mais ces tentatives elles-mêmes prouvent l’incompétence et l’incapacité de l’Islam de satisfaire les besoins spirituels de l’homme.

Voici qui démontre bien cette soif instinctive du cœur humain à la recherche d’une communion réelle et intime avec le Dieu invisible. Les Mahométans pensent et parlent de leur grand prophète comme vivant encore et intercédant en leur faveur

&t) Permanent Elements of Religion. Bainpton Lectures for 1889, pr. 134.

auprès d'Allah, mais c’est bien au mépris de son propre enseignement. Ils s’efforcent aussi de jeter un pont sur le terrible gouffre entre la créature et le Créateur au moyen de leur culte des Wais ou Saints. Mais le Koran condamne tout culte de ce genre et relègue Dieu loin de l’homme. Des heures régulières de prières sont prescrites et observées, mais ni Rédempteur ni Intercesseur pour « étendre la main sur tous deux », et il n’est pas étonnant que la prière devienne matière de routine, ne réconforte pas le cœur dans le sentiment 4 la communion avec le divin et n’unisse pas à Diva, source d’une vie sans cesse nouvelle, d'inspiration et de progrès !

Le mouvement Süfite chercha également à suppléer l’élément d’ado:uuon de Dieu en enseignant l’amour divin ou le devoir d’aimer Dieu suprêmement el d’atteindre à la fin l’union avec Lui; mais ce mouvement est étranger à l’esprit de l’Islamisme. Mahomet recula toujours devant toute pensée, n’importe son origine, de mettre Dieu en rapport vivant avec sa création, à l’exception de celle impliquée dans la révélation de sa volonté par ses prophètes. Cet acte n’entrainait pourtant pas la fusion de l’Esprit diwm avec l'humain, mais simplement une «diet ‘es au prophète, tirée d’un texte L u plutôt d'un livre immanent e) parole divine, éternelle, incré#e. :elon le dogme que les théologiens mahométans ont pres que invariablement enseigné.

Il n’y a donc qu’un point extérieur, artificiel, le Koran, entre Dieu et l’homme et ainsi point de place pour le mysticisme ou Süfisme dans l’Islamisme.

« Le déisme et le mysticisme ne peuvent réellement pas marcher ensemble... Le conflit des principes est déguisé, non détruit. Le Mahométan qui fait des avances au Süfisme trahit la pauvreté de sa propre religion, et le vrai Suüfite n’est plus un Mahométan » (1).

Il en est de même de l’élément progressif. Il y a eu des époques où le Mahométisme, en Espagne, en Perse et aux Indes, se signala par de magnifiques élans de la vie intellectuelle, qui semblaient indiquer qu’aucune religion ne serait aussi favorable qu’elle au développement de l’esprit humain. La conquête fit un pas en avant, et «la nouvelle terre », toujours le résultat de «cieux nouveaux », compta un progrès de plus bien marqué sur tout ce qu’elle remplaçait. E. Renan dit bien vrai que, pendant cinq cents ans, du huitième siècle au milieu du treizième, il n’y avait pas seulement de grands penseurs et de savants mahométans, mais on peul même dire que, pendant ce temps, le Mahométisme dépassa le monde chrétien en culture intellectuelle. Malgré cela, sa conclusion et celle d’autres autorités impartiales, c’est qu’il n’existe pas de trait d’union réel entre la foi de l’Islamisme et

(1) Kuenen, ÆHibbert Lecture, pp. 49, 50.

l'esprit de culture et de progrès. Fait remarquable! même dans les pays où la floraison fut la plus luxuriante, aucun arbre d’une science permanente ne prit racine et aucun développement assuré de l'humanité ne put être tracé; ce fait justifie la conclusion en apparence dure de Renan. La doctrine mahométane d’un Dieu purement transcendant empêche l’union de l’homme avec Dieu, qui est la condition de la vie spirituelle la plus élevée et qui porte en elle la promesse et le germe caché d’un progrès infini.

Le Mahométisme ne permet donc pas de concevoir une religion comme une source d’eau vive dans l’âme, la fertilisant et vivifiant tout ce qui est mort. (On ne peut faire appel à l'inspiration de Dieu en faveur de l’art et de la science de l’homme, de ses chants et de ses instruments. Dieu a daigné inspirer une fois et l’inspiration est là, dans les pages d’un livre; iln’y en a pas en faveur du travail et de la pensée des fils des hommes pour consacrer la pensée et donner de la dignité à l’art. L'homme peut peindre, chanter, étudier et découvrir; il peut explorer et expliquer les merveilles des œuvres de Dieu; mais ce n’est pas grâce à une sagesse descendue d’Enhaut qu’il a fait ces choses. Dieu ne prend point plaisir en de telles choses » (1). Comment donc l’homme peut-il s’y complaire ?

La chrétienté a quelquefois découragé la science

dt The Permanent Elements of Religion, 1. 1.

et l’art; elle a prêché l’antinomie de la raison et de ia révélation. Il est vrai que certaines formes du Christianisme ont jeté de l’eau froide sur la vie et le travail du monde et enseigné l’as :étisme comme étant l’essence de la religion ; mais Kuenen fait remarquer « qu’alors qu'aucun historien sérieux n’eût rêvé d'identifier simplement le puritanisme et le Christianisme, le Wahabisme (') est au fond l’Islam lui-même, l’Islam, tout l’Islam et rien que l'Islam ».

Point de doute que le devoir capital, marqué par le terme Islamisme, naît de la conception que Mahomet avait de Dieu : ce monde est le monde de Dieu, Dieu en est le Souverain et la place de l'homme, ainsi que son devoir, c’est d’être un serviteur de Dieu. — C’en était assez de la vérité pour Mahomet. l'out s’engloutit dans cette notion : la nation est peruue dans l’Eglise ; aussi, dès qu’elle n'est pas militante, elle se corrompt ; car l’Eglise, pour Mahomet, comme Dieu lui-même, est considérée à un point de vue externe et sa mission est de conquérir toutes les nations et de les fusionner en une seule sociélé plutôt que d'élever, d’inspirer et de développer l’âme du monde, en conservant et en honorant tout ce qui caractérise l’individu et la nation. « Soumets-toi à Allah ! » Voilà ce que le prophète proclama constamment. C’est

t) Les Wahabites, secte arabe, ne datent que du commencenent de ce siècle et passe. pour des espèces de rationalistes musulmans. (Trad.)

l'Eternel qui mit tout en ordre, qui a tout prédestiné, le bien et le mal. Il a dé.été, et qui peut échapper à son décret? Cette doctrine de la prédestination passa au fatalisme, comme elle le fait toujours quand elle perd de vue la vérité plus intelligible, de la paternité de Dieu. Le seul mot: destin (Æismet) règle tout pour le Mahométan. Dès qu’il le prononce, la mort sur un champ de bataille n’a plus de terreur pour lui, et, la crainte ôtée, il se plonge dans l’indifférentisme ou dans la torpeur, paralysé par le sentiment de son impuissance. Tout différent de l’homme en qui habite en permanence la foi, la vie, il ne fait aucun effort, il ne travaille pas, il ne résiste pas, il ne s’enfuit pas ; il ne murmure même pas. Persuadez-lui pourtant que la volonté de Dieu c’est qu’il fasse l’impossible, et le voilà qui tente l’impossible! Mais l’œuvre accomplie, il retombe dans l’inaction. De là vient que Mahomet est bien plus grand dans la guerre que dans la paix. Sa vraie place est sur le champ de bataille. Aussi que voyons-nous ? Des victoires éclatantes sur des ennemis puissants plutôt que le progrès continu sur la nature ou la victoire dans le domaine de l’art, de la pensée et de la vie. «Un derviche criant en frénétique, Allah! et tournoyant rapidement jusqu’à ce qu’il tombe insensible, telle est l’image exacte de l’histoire » (mahométane).

2. Dès le début, éprouvez toute religion à la pierre de touche, sa notion de Dieu. En effet, c’est

ici la force et la faiblesse du Mahométisme. Au Judaïsme et au Christianisme il emprunta le principe divin qui exprime la réalité la plus élevée et la plus profonde de l'existence, et l’affirma avec une énergie si formidable que l’Islam embrasa le monde comme un feu qui court dans la prairie. Pauvre, sans amis, illettré, Mahomet enseigna une leçon qui ne devrait jamais être oubliée. C’est qu’une connaissance, même imparfaite de Dieu, mais sincère et toute pleine de la force de l’âme, accomplira plus qu’un crédo parfait professé par des multitudes et défendu par toutes les puissances terrestres. L’exode d’Israël fut la victoire d’esclaves sur les chevaux et les chariots de l’Egypte. La conquête de Canaan fut le triomphe de la force spirituelle sur la hauteur des murailles et sur la taille des géants. Chaque victoire que les prophètes ont inscrite et que les futures générations de psalmistes devaient chanter dans des transports de joie, était un nouvel écho de la même leçon. Chaque triomphe dans l’histoire d'Israël dont Dieu dirigeait le cours mystérieux lui enseignait qu’à Dieu seul appartient la puissance, et que ceux qui connaissent son nom peuvent en confiance se reposer sur Lui. Alors «un seul en poursuit mille et deux en mettent dix mille en fuite ». La différence essentielle entre l’Ancien et le Nouveau Testament c’est que dans le Nouveau le nom de Dieu est parfaitement révélé, selon la méthode divine des deux Testaments, non

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en paroles, mais en faits chargés de manifester la personne du Fils unique de Dieu. Et pourtant le monde n'a pas vu, ou bien il a perdu pour un moment le sens de ce nom, bien qu’il fût écrit sur la croix en lettres si grandes que tout l’éblouissement de l'empire ne put le jeter dans l’ombre, mème aux yeux d’un Constantin!

Tel fut le cas cependant : le Juif refusa de se laisser diriger par ses propres prophètes qui l’auraient conduit à Christ et le chrétien sevra la vérité de la vie, oubliant que le sens éternel du nom de Jésus c’est qu’il est le Seigneur de ce monde, que son sceptre à la main, il domine, et que son royaume doit être « en effets aussi bien qu’en paroles », en « puissance » et non en une stérile profession ! Il fallait donc proclamer de nouveau la confession primitive, celle du juif et celle du chrétien à un monde qui n’étreignait plus la vérité, et ce que nous pourrions appeler, en toute révérence, l'ironie de Dieu se vit dans le fait que celui qui donna cette leçon n’était qu’un enfant comparé aux illustres Pères de son temps, oui, un enfant qui n’avait lu que les premières lettres du nem de Dieu, mais ce nom qu’il balbutiait il le fit connaitre à d’autres. Il était bien sûr que ce monde est à Dieu, que Dieu en est le Souverain, que la place de l’homme est celle d’un serviteur de Dieu, bref, qu'il tenait ce message de Dieu pour l’annoncer à ses compatriotes et à tous les hommes. Il le proclama avec la force et la soudaineté de la foudre qui éclate.

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