‹ Les grandes religions [microforme]Chapitre 24 sur 36 · FORCE ET · texte numérisé non relu

FORCE ET

est le vêtement de l’Eternel, l’histoire la révélation de sa volonté et en Lui « nous vivons, nous nous mouvons et nous avons l’être ». Connaitre et aimer Dieu est donc le « premier et le grand commandement », et l’expérience prouve que jusqu’à ce que les hommes connaissent Dieu et entretiennent de vrais rapports avec Lui, leurs rapports avec leurs semblables ne revêtiront pas une sainteté réelle et ne se maintiendront pas fidèlement, n'importe de quelles cérémonies nous les entourions, n'importe les lois sans nombre par lesquelles nous les protégions. Notre dignité véritable est notre union personnelle avec Dieu et la garantie que l'individu et la société iront se perfectionnant. Ce facteur de moins dans notre pensée et dans notre vie, il pourra bien y avoir un conservatisme tenace de tout le bien gagné par le passé, et même un immobilisme glacial qui nous répugne tellement (quelque imposant qu’il puisse paraître à des Chinois et quelque irrésistible que soit sa vitesse une fois lancée) que nous n’hésiterons pas à dire:

« Plutôt cinquante ans d'Europe qu'un cycle de Chine »,

mais il ne peut y avoir cette impression du néant de l’homme, de son imperfection et de sa dépendance, d’où provient le sentiment du péché et qui est, en même temps, la mesure exacce de notre grandeur ; il ne peut y avoir celte communion avec Dieu, ressort de la vie et de la joie, qui nous

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rend capables de résister à la tentation et d’être plus que vainqueurs sur tous nos ennemis ; il ne peut y avoir cet élan vers le progrès, qui nous remplit de l'espoir d’arriver à de plus grandes choses qu’aucunes de celles du passé, même de celles, dirons-nous, que Jésus a faites sur la terre. vu qu'il n’est plus enfermé dans les limites de l’humanité, mais qu’il est devenu notre chef et notre souverain sacrificateur. Il est monté à la droite du Père, où «les anges, les principautés et les puissances Lui sont assujettis! »

Le Confucianisme ne tient donc aucun compte des éléments permanents de la religion : dépendance, relation, progrès. Pesé à cette balance il est encore plus « léger » que le Mahométisme, et tellement défectueux que plus d’un penseur refuse de l’appeler une religion. Ici l’on est injuste envers Confucius. Comme le dit le Dr Legge :

« L'idée du Ciel ou de Dieu comme créateur de l'homme était à la base de l’enseignement de Confucius. Voilà pourquoi je soutiens que ceux qui ne voient en lui qu’un moraliste ne le co nprennent pas! Mais le Dieu auquel il croyait : ait relégué au loin et inconnu. » Remarquons :

1° Il ne peut y avoir de sentiment de dépendance quand le culte de Dieu est restreint à des sacrifices qu'offre l’empereur dans les grandes cérémonies. Reléguer Dieu à l'arrière-plan ou à une hauteur inaccessible, et donner la place par excellence à la doctrine de la bonté humaine et à

sa prétention de nous rendre parfaits, cela explique la faiblesse du sentiment du péché, surtout parmi les lettrés, et pourquoi la croix de Christ est une telle «pierre d’achoppement » pour les hommes instruits que les conversions en Chine se foni, presque toutes, dans des classes inférieures. Il est plus difficile pour un dignitaire orthodoxe de devenir un chrétien qu’il ne l’est «pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille ».Sa connaissance imparfaite de la sainteté et du péché, son idéal de la vie qu’il place si bas et sa notion pharisaïque de son mérite, l’entourent d’une triple cuirasse d’airain. Selon le D' Legge, le Confucianisme, bien qu’il professe l'indifférence à l’égard des religions sans exception, tend à rendre le cœur plus impénétrable à l’Evangile que ne le fait même le Taouisme, bien que celui-ci reconnaisse ouvertement sa haine, considérant le Christianisme comme un rival. « Il n’y a pas moyen, comme dit Legge, de faire descendre Dieu vers l’homme dans le Confucianisme afin de l’élever à Dieu. Son incapacité morale, quand il en convient, peut produire une certaine honte, mais guère une conviction de culpabilité. Le Taouisme, avec ses superstitions, est en lutte contre le Christianisme, mais ses disciples, s’en tenant à l’étude du Taou-Teh-King (*) et pratiquant l’humilité et

() Le Taou-Teh-King (littéralement Taou el livre de vertu), le seul écrit que Lao-fse laissa après lui, n'offre rien qui puisse encourager la superstition et l'idolâtrie du Taouisme moderne, Il

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le renoncement qui y sont si fortement inculqués, sont mieux préparés que les lettrés confuciens à recevoir le message de l'Evangile. Je l’ai trouvé dans le cas d'un grand personnage taouiste qui me fil visite à Hong-Kong quand il était plus qu’octagénaire. Il me dit que l’étude qu’il avait faite du T'aou de Lao-Tse, pendant cinquante ans, l’avait convaincu de son impuissance d’atteindre à son idéal et qu’il s’était presque abandonné au désespoir, n’espérant plus trouver la vérité après laquelle son cœur soupirait! On apporta quelques «traités » chrétiens au monastère dont il était le président, au sommet du Mont Lo-Fou. « Je les lus, continua-t-il, et c'était comme si des écailles me tombaient des yeux! » Il accepta d'entrée la révélation de Dieu en Christ. De tous les Chinois que j’ai rencontrés dans ma longue expérience de missionnaire, il était le mieux « préparé à recevoir le Seigneur » (!) !

20 Il ne peut y avoir un rapport avec un Dieu perdu dans le lointain. La vie humaine cesse aussi d’être divine. Mais les hommes veulent un culte. A l’heure de la tentation il leur faut trouver une force qui ne soit pas la leur, ou bien faire naufrage sans retour. « Au jour de la détresse ils crieront », dussent-ils le faire au « Dieu in-

est très court, n'étant à peine que deux fois la longueur du « Sermon sur la Montagne »: une bonne traduetion (anglaise) est bien plus longue, grâce au style condensé de l'original.

() Religions of China, ph. 294, 295.

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connu ». Quand de légitimes espérances sont évanouies, des plans caressés renversés, qu’on se moque de leur foi ou qu’on l’abandonne, ce ne sera qu’ajouter à la désolation de ces malheureux de penser que le Créateur de toutes choses est le moqueur! Quand la mort leur arrache leurs bienaimés, ils ne croient pas que tout soit fini! En face de la mort, le cœur n’est pas satisfait de maximes surannées. Une religion quelconque vaut mieux alors qu'aucune. Quand il n’y a pas ue Dieu pour l’homme, il se donne aux revenants.

30 Il ne peut, de même, y avoir d’espérance, ni de progrès illimité vers des horizons infinis, pour un peuple qui ne trouve de sagesse que dans le passé. «Le passé est fait pour les esclaves», dit Emerson, et nous comprenons ce qu’il veut dire quand nous pensons au Confucianisme.

Le résultat de s’être embastillé dans le passé a été que le Dieu, qui inspira les anciens sages, s’est retiré dans l’invisibilité et que l’on ne voit maintenant que les sages, tandis que plus nous nous éloignons d’eux, en descendant le fleuve du temps, plus s’affaiblit, dans la nuit, leur froide lueur. Le progrès n’est possible qu'au peuple qui croit que le Dieu, inspirateur des saints hommes d'autrefois, inspire encore les hommes qui savent qu'Il est un Dieu vivant, et le Dieu des vivants, au peuple qui entend toujours sa voix répétant : « Dis au peuple qu’il marche en avant! »

Quand une religion est radicalement défectueuse

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le mal se voit jusque dans ses dernières ramifications. De là vient que l’habitude de se cantonner dans le passé exerce son influence jusque sur la notion même de la piété filiale, cette vertu par excellence dont on peut bien dire que la Chine offre un frappant exemple à la chrétienté. La piété filiale y est représentée sous les traits « d’un vieillard appuyé sur son fils ou que supporte celuici». L'idée contraire qui, pour nous, est également vraie, que le père doit tout faire pour maintenir son fils, est exclue. Le Dr Legge déclare que jamais il ne citait les paroles de Paul aux Corinthiens : « Ce n’est pas aux enfants à amasser pour leurs parents, mais aux parents pour leurs enfants », sans soulever une formidable opposition. « Quand j’essayais, ajoute-t-il, de montrer que le sentiment apostolique était favorable au progrès de la société et qu’il permettait à chaque génération de s’élever plus haut, je trouvais qu’il n’était pas facile de me faire écouter ».

Ce n’est pas seulement par ce qui manque à cette vertu chinoise qu’elle souffre, mais encore par ce qu'elle a de trop. Elle est pratiquée à un tel excès qu’elle aveugle les hommes sur la différence entre le bien et le mal, la vérité et l’erreur. En pratique, les parents sont déifiés après leur mort. Confucius voulait que le père cachàt la malhonnêteté de son fils et le fils celle de son père. Il ajoutait : « Voilà en quoi consiste la droilure », et encore : «Qu'on exhorte chaque enfant à suivre cet exemple de

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Lao-Tse : craignant que le fait qu'il était septuagénaire ne rappelàt à son père el à sa mère leur zrand âge, Lao-Tse s’habillait d’un vêtement d’enfant et jouait dans la chambre comme un enfant » (!).

Comment s’y prendre pour recommander l’Evangile aux Chinois? La Chine ne se contentera pas d’une religion moins historique que celle de Confucius ou moins adaptée à ses traditions et à son idéal politique et social, mais en même temps elle n’a pas une religion qui révèle l’Eternel, présente un but suprême à la vie et inspire des motifs permanents à la vertu et à la sainteté. La religion doit être, dans chaque âme et dans la nation, «le puits profond d’où l’eau jaillit en vie éternelle ».

Aujourd’hui les idées circulent de peuple à peuple. Longtemps la Chine s’est tenue à l’écart en superbe, mais elle ne peut plus le faire. Pas n’est besoin, pour elle, d’être infidèle à la majesté et au génie de son passé, mais elle doit reconnaitre que le monde est plus grand que la Chine et que la vérilé est une. Le Chinois peut bien se permettre de suivre l’évolution moderne. D’autres races peuvent mourir, mais elle est un des facteurs permanents de l’humanité. Sa fibre est une des plus inflexibles. La Chine ne peut être ni écrasée, ni absorbée, bien que mille défaites peuvent être nécessaires pour la convaincre que la vérité existe,

(1) Confucianism and Taouism, by R. K. Douglas, pp. 420, 145,

qu'elle n’est pas à trouver même dans ses classiques et que ce n’est qu’autant qu’elle l’accueille qu’il y a de l’espoir pour elle. Confucius pouvait seulement ignorer les besoins spirituels de son pays ; Lao-Tse et Gautama essayèrent de les satisfaire et échouèrent, mais ces trois grands hommes peuvent servir de « pédagogues » pour amener la Chine à Christ, comme Zénon, Platon, Cicéron et leurs successeurs furent les « pédagogues » qui amenèrent le monde grec et latin à Lui dans les siècles qui suivirent sa résurrection. Reconnaissons les vieux maîtres et à eux tout honneur! Aucun homme n’est en état d’offrir l’Evangile aux Chinois jusqu’à ce qu’il se soit fait Chinois, comme Paul se fit Grec, Barbare ou Juif. Les injustices dont seraient capables, à l’égard des Chinois, les nations chrétiennes, la hauteur avec laquelle elles traiteraient les leurs débarquant sur nos rives, le mépris de leurs anciennes coutumes, tout cela ne provoquerait que des représailles d’autant plus terribles qu’elles seraient plus retardées. Opérons sur les lignes où la résistance est la moins grande. Matteo Ricci, Schaal, Legge, Martin, Mackay et d’autres sages ont ouvert le chemin. L’honorable Pung-Kwang-Yu l’a tracé dans son allocution à Chicago : « Que les missionnaires, a-t-il dit, pénètrent les hommes qu’ils conveztissent de l’importance d’instruire la femme chez elle, afin de n’avoir ni femmes ni filles réqueniant les églises. Dieu seul est présent partout, comme l’enseigne

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le Christianisme. Christ lui-même ne pria pour les autres que dans le service public, tandis qu'il enseigna à ses disciples à prier en secret et jamais ne recommanda qu’hommes et femmes allassent ensemble au culte public. Point d’objection pourtant à ce que les hommes enseignent les hommes, et les femmes les femmes dans des édifices du culte séparés. Ensuite, a-t-il ajouté, que les convertis chrétiens, en Chine, apprennent qu’ils doivent s'occuper de leurs pères et mères infirmes et qu’ils doivent les maintenir, qu'il ne leur soit permis ni de vivre loin d'eux, ni de détruire les salles de culte de leurs ancêtres. Peut-être que sous ce rapport les habitudes du peuple, en Chine, sont différentes de celles des nations occidentales, mais il n’y a rien dans cette pratique qui semble militer contre le commandement de Moïse et de Christ: « Tu aimeras ton père et ta mère ». Ces deux choses sont les plus importantes qu’un missionnaire doive se rappeler s’il aime les missions en Chine et s’il désire s'assurer pour lui-même la jouissance de la paix et de la liberté. »

Après deux ans de séjour de Paul et de ses compagnons d'œuvre à Ephèse, le secrétaire de la ville leur rendit ce témoignage: « Ces hommes ne sont ni des spoliateurs de temple, ni des blasphémateurs de notre Déesse ». Et le résultat de cette conduite de Paul pour l’œuvre missionnaire quel fut-11? « Tous ceux qui demeuraient en Asie

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