CHAPITRE V Hindouisme
L'Inde est un pays qui l'emporte en intérêt sur la Chine et qui ne lui est inférieure qu’en population. Elle aussi peut être appeléeun continent, car elle est continentale quant à ses grandes frontières naturelles, son étendue, sa population, la variété de ses races, sa religion et sa langue. Sa population compte près de deux cent millions d’'Hindous, plus de cinquante millions de Mahométans et environ vingt à trente millions de tribus aborigènes qui n’ont pas encore été absorbées dans la communauté générale. Quand les envahisseurs arabes, afghanistans, perses ou mahométans, gouvernuient aux Indes, bien des habitants se convertirent à la religion de la cour. Ce pas accéléré du prosélytisme ne s’est pas ralenti. Les causes principales, dit-on, en sont doubles; d’abord le désir de secouer le joug des castles et de s’unir à une fraternité commune. Les premiers triomphes
116 LES GRANDES RELIGIONS du Bouddhisme aux Indes montrent quel écho un tel sentiment trouve dans l'Hindou, bien que l’inslitution dre castes prouve qu'il existe aussi dans le Brahm me un sentiment opposé également influent. lnsuite cette conviction, à la base de l’'Hindouisme, de l’unité de l’univers inspire le désir d'échapper à celte multiplicité qui découle des divinités populaires et de se réfugier dans le simple monothéisme mahométan avec son cri qu’on retient facilement : « Il n’y a d’autre Dieu qu’Allah et Mahomet est le prophète de Dieu!» Ces deux causes augurent bien du triomphe éventuel du Christianisme.
L'Inde fait maintenant partie de l’Empire bri- (annique’ es castes plus élevées sont de la même race ary( ou indo-européenne que les Anglais. Il y a quatre ou cinq mille ans, suppose-t-on, des ancêtres communs habitaient le grand plateau central de l’Asie et menaient une vie pastorale. La population augmentant, des bandes d’émigrants se dirigèrent au sud-est, à travers les défilés des montagnes dans le Punjab, et graduellement envahirent l’Inde. Avant leur arrivée, la contrée était habitée par des races aborigènes et des tribus conquérantes, de race dravidique (!) qui, par leur mariage avec les natifs ou par les longs effets du soleil, étaient devenues tellement noires de couleur que les envahisseurs les surnommèrent des
() De Dravida, canton de l'Inde. La langue dravidique diffère du sanscrit et paraît avoir été l'idiome primitif. /Trad.)
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HINDOUISME 147 « peaux-noires », par contraste avec leur teint blond. L'ancienne littérature abonde en allusions à des conflits entre ces habitants plus anciens et les immigrants aryens. Peu à peu ceux-ci refoulèrent ceux-là des plaines fertiles ou les absorbèrent et en firent des serfs. Les conquérants donnèrent naissance à la langue sanscrite et à la religion connue dans la suite sous le nom de Védisme, Brahmanisme et Hindouisme. Une autre section de la même race aryenne s’élançant vers le sud-ouest, entra en Perse et donna naissance à la langue Zend, écrivit le Zendavesta, probablement sous l'inspiration de Zoroastre quant aux idées principales et fonda l’empire des Perses qui, sous diverses formes, subsista comme puissance universelle jusqu’à ce qu’il fut renversé par les Arabes musulmans. D’autres bandes se répandirent en ligne directe, à l’ouest, en Europe. D’entre ces envahisseurs les uns créèrent les civilisations grecque et romaine, les autres les civilisations celtique, teutonique et slavonique. Cette famille s’est étendue au loin et aujourd’hui règne une branche, habitant un ilot, à des milliers de milles de la branche originaire, et règne sur des millions de la même famille qui trouvèrent une patrie aux Indes!
Assurément, nous devrions savoir quelque chose de la religion de cette multitude de nos semblables. Ils sont un peuple doué de profonds instincts spirituels et d’un raffinement d’intelligence remarquable, et il n’y a pas de plus belle
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contrée sur la terre que l’Arya-varta, le pays des Aryens, comme ils se plaisent encore à l’appeler. Mais il n’est pas aisé d’arriver à la connaissance de cette religion. Différente du Mahométisme, du Confucianisme, du Taouisme, et nous pouvons ajouter du Mazdéisme, du Bouddhisme et du Christianisme, la religion des Hindous ne s’identifie pas à un nom unique. Un homme seul n’a pu embrasser et représenter en lui-même les forces multiples de l’âme hindoue. Elle compte comme inspirés, des sages, des prophètes, des psalmistes, des législateurs, des prêtres, des philosophes, des réformateurs, des ascètes et des «revivalistes» par milliers. Elle peut être envisagée de tant de côtés à la fois et sa vie est si abondante que, selon Sir Monier Williams « c’est la religion naturelle de l'humanité ou l’expression collective des instincts religieux de l’homme, en dehors d’une révélation directe. Elle admet toutes les formes du progrès et du développement intérieur; elle n’a point de hiérarchie organisée sous une seule tête supérieure, mais un nombre infini d'associations de prêtres se tenant entre eux pour étendre leur suprématie spirituelle sur toutes les masses croissantes de la population. Elle n’a pas une seule et même forme de confession de foi, mais une croyance panthéiste élastique, capable de s’allier aux diverses variétés d'opinion et de pratique. Elle n’a pas une seule et unique Bible, une même collection d’écrits en un volume compact comme notre sainte Bible, avec
ys des | un enseignement dont les lignes convergent vers peler. une grande vérité centrale, mais elle a une longue ssance série de livres sacrés, dont quelques-uns préne, du tendent être des révélations directes de l’Etre uvons suprême et dont chacun peut être employé à Chris- part comme une autorité pour établir n’importe fie pas quelle doctrine, déiste, théiste, polythéiste ou pannbras- théiste » (1). ltiples Des sectes de toute provenance surgissent chaés, des que siècle, différant les unes des autres radicaégisla- lement et essentiellement dans leurs conceptions forma- du monde, de l’homme et de Dieu, et cepenir mil- dant tous ces professants sont également des és à la Hindous orthodoxes. Il nous manque ainsi la Monier clef qui nous fut si ulile pour ouvrir les sancmanité tuaires les plus profonds du Mahométisme et du igieux Confucianisme. Point de grande personnalité qui irecte. ait absorbé tout ce qui existe dans l'esprit hindu dé- dou et dans son histoire, en sorte que le comprenarchie dre c’est comprendre du même coup la religion de ais un l'Inde. Au lieu de cela, nous devons étudier des tenant livres sacrés de plusieurs auteurs ou de grandes ituelle périodes d'histoire auxquelles des noms ont été opula- donnés indiquant des phases marquées dans le me de progrès de la pensée religieuse. Pour ceux qui, théiste très probablement, ne liront jamais les écrits sa-
riétés crés hindous ou qui ne suivront pas les dévelopeule et pements qui ont eu lieu pendaui trois mille ans NME (t) Monier Williams, Progress of Indian religious Thought, part, , avec H, Contemporary Review, December 1878.
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de constante activité intellectuelle, il suffira d’expliquer les principes fondamentaux de la religion et de donner une esquisse de l’état de la société, conséquence de l’action réciproque de ces principes avec d’autres forces.